Studio et dépendances

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Critique de Dépendances, de Charif Ghattas, vu le 24 avril 2018 au Studio Hébertot
Avec Thibault de Montalembert et Francis Lombrail, dasn une mise en scène de Charif Ghattas

Habituée du Théâtre Hébertot, je le suis beaucoup moins de son petit frère, le Studio Hébertot, situé à quelques mètres à peine de la grande salle du boulevard des Batignolles. J’y ai vu il y a presque 10 ans Le K avec Grégori Baquet mais n’y avais encore jamais remis les pieds, par manque de temps mais peut-être aussi d’audace. Ici, chaque spectacle est un pari, dans ce « lieu d’expression contemporaine », ce qui nous est rappelé par l’ouvreuse lors du traditionnel discours pré-spectacle : « ici on ne joue que des auteurs vivants ! ». Si je n’ai rien contre cette idée-là, c’est avant tout l’affiche qui m’a mis l’eau à la bouche : le duo de comédiens me paraissait prometteur. Il l’est.

Deux frères se retrouvent dans l’ancienne maison de leurs parents. Cela fait quelques années qu’ils ne se sont pas vus et, dans cette maison où ils ont passé une partie de leur enfance, la mémoire vient se mêler aux tensions du présent. On comprend vite qu’ils attendent un troisième frère, Carl, qui ne vient pas. Au fil du spectacle, l’attente perdure. L’absence de Carl fait tanguer les liens fraternels qui ne parviennent plus à s’équilibrer. Chaque frère semble « prendre l’avantage » à tour de rôle, esquivant les dangers qui se présentent à lui sous forme de souvenirs… ou d’une réalité parfois peu agréable à affronter.

Un peu social, un peu réaliste, un peu mélodramatique, la pièce cherche à mélanger trop de genres et le fil directeur fait de nombreux zig zag pour arriver à ses fins. On sent un secret de famille prêt à être dévoilé à tout moment mais la conclusion est finalement un peu décevante – j’ai préféré le chemin parcouru au point d’arrivée. Malgré ses quelques sinuosités, le texte parvient à capter l’attention du spectateur en jonglant habilement entre souvenirs et moment présent. Des sauts dans le temps transcrits avec une belle incarnation sur la scène.

On les attendait, ils ne déçoivent pas. Les deux comédiens réussissent à nous maintenir en haleine durant l’heure de jeu. Chacun a mis dans sa composition probablement plus que ce que le texte laisse deviner des personnages. Leur lien fraternel se ressent sur le plateau, mais, mieux encore, ils parviennent à faire percevoir le poids de l’absence qui planera au-dessus d’eux pendant tout le spectacle. Peut-être est-ce dû aux silences, nombreux dans le spectacle, et à travers lesquels ils font finalement passer plus que durant leurs échanges ?

On attend maintenant un texte dans lequel les comédiens pourront montrer encore davantage l’étendu de leur talent.

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