Pathétik-Hôtel

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Critique du Névrotik-Hôtel de Christian Siméon, vu le 12 mai 2018 au Théâtre des Bouffes du Nord
Avec Michel Fau et Antoine Kahan, dans une mise en scène de Michel Fau

C’était le spectacle de la dernière chance. Ceux qui lisent régulièrement mes chroniques connaissent mon admiration pour Michel Fau et cette lente déchéance depuis quelques spectacles – depuis ce Fleur de Cactus si décevant la saison dernière. Depuis, je vais de déception en déception. Je misais beaucoup sur ce Névrotik-Hôtel qui semblait déjà plus fidèle au Fau que j’aimais, plus éloigné de ses dernières lubies, et j’y suis allée pleine d’espoir. J’en ressors le coeur gros, avec l’impression qu’une étoile s’est éteinte à tout jamais. Cette année, son Tartuffe à la Porte Saint-Martin s’était entièrement déroulé sans moi. Il en sera de même pour Fric Frac la saison prochaine au Théâtre de Paris. C’est la fin d’une époque. La fin du Fau.

Excitée, donc, je l’étais, en me rendant au Théâtre des Bouffes du Nord ce soir-là. Ce Névrotik-Hôtel semblait surfer sur la vague de son merveilleux Récital Emphatique : il aura malheureusement du mal à supporter la comparaison. Je suis quand même rassurée en constatant que le texte n’est pas de Fau : cela signifie qu’une fois encore, c’est bien son appréciation du texte qui est en cause, et non pas son talent. Quelque part, cela m’apaise. On se retrouve dans cet Hôtel où une diva – Michel Fau, qui d’autre ? – utilisera son talent monétaire en achetant le boy Antoine pour qu’il satisfasse ses plus étranges désirs. Ce que ce spectacle semble oublier, c’est que, quelque part, même l’extravagance a ses règles.

Décor rose acidulé qui pique les yeux, jusque-là rien de choquant. Michel Fau a toujours eu un goût particulier pour les couleurs flashys, c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Les choses commencent à se gâter à son entrée en scène : il est seul, et il a beau être lui, le texte est si vide que je sens un poids grossir dans ma gorge. Peut-être que, fort de ses précédents succès, il a fini par croire qu’il pouvait tout monter avec brio. Il faut dire qu’une partie du public sera avec lui ce soir-là ; une partie qui commence à rire à peu près à l’instant où il met un pied sur la scène. La deuxième partie, dont je suis, semble déjà plus boudeuse ; menton dans la main, yeux fermés, petit coup d’oeil sur la montre… Quant à la troisième partie, elle est tout simplement absente : on est samedi soir et pourtant je n’ai jamais vu les Bouffes du Nord aussi peu remplies…

Qu’importe le texte, je me rassure en me disant que je pourrai me raccrocher aux chansons. Sur la bible, il est indiqué que ce sont des chansons inédites : on comprend rapidement pourquoi. J’exagère un peu : certaines sont agréables à l’oreille et même plutôt entraînantes. Mais la plupart du temps, ce sont surtout des paroles désespérément creuses, si bien que seuls les arrangements de Jean-Pierre Stora prennent un véritable intérêt. Et dire que Michel Fau parle d’hommage décalé et poignant à la grande chanson française

Alors bon, tout n’est pas si noir, mais tout n’est pas aussi rose que le voudrait le décor. Par instant, le Michel Fau d’avant revient. Dans une réplique, dans une grimace, dans un geste, je retrouve ce que j’étais venue chercher, cette grandiloquence assumée, cette originalité sans complexe, cette faulie unique. Alors je prends, comme une dernière offrande, les restes d’un être qui peu à peu s’efface, perdu dans la folie des théâtres privés qui lui ouvrent leurs portes.

Le truc, c’est que le personnage de diva de Michel Fau ne chante pas divinement bien – et son acolyte Antoine Kahan non plus. C’est un peu comme Miss Knife pour Olivier Py : on ne vient pas la voir parce qu’elle va ravir nos oreilles mais parce que c’est un personnage formidable de composition et, dans le cas de ce dernier, avec des paroles qui valent vraiment le détour. Si on enlève et les paroles et la composition, il est clair que le personnage perd beaucoup de son intérêt… Et c’est exactement ce qui se passe ici. Les chansons étant ce qu’elles sont, l’intrigue étant ce qu’elle est, les voix des deux comédiens étant ce qu’elles sont… qu’est-ce qui reste ?

Plus que des souvenirs. 

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