Oh my Tartuffe !

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Critique du Tartuffe, de Molière, vu le 7 juin 2018 au Theatre Royal Haymarket
Avec Paul Anderson, Audrey Fleurot, Sebastian Roché, George Bladgen, Olivia Ross, Vincent Winterhalter, Claude Perron, Annick Le Goff, et Jaz Deol, dans une mise en scène de Gerald Garutti

J’étais curieuse. J’étais curieuse lorsque j’ai découvert ce projet de Gerald Garutti à Londres : monter un Tartuffe dans la capitale anglaise, mais pas en français, non ; en version bilingue. J’étais curieuse de découvrir Audrey Fleurot sur scène, elle que j’avais manqué lors du Tartuffe de Luc Bondy il y a quelques années à l’Odéon. J’étais curieuse à l’idée d’entendre les vers de Molière en anglais. J’étais curieuse, et j’ai eu la chance de pouvoir assouvir cette curiosité en me rendant à Londres, dans ce magnifique Théâtre Royal Haymarket – l’un des cinq théâtre royaux de la ville.

J’étais impatiente. J’étais impatiente de découvrir la proposition du metteur en scène, qui voulait faire de cette version bilingue un plaidoyer contre le Brexit. J’étais impatiente de voir à quel point la pensée de Molière, qu’on dit classique tant elle parle encore aujourd’hui, pouvait s’adapter à cette situation unique. J’étais impatiente de me confronter à un Tartuffe qui se voulait transgressif, moi qui suis pourtant si attachée à la partition d’une pièce, à ce qu’on lui fait dire. J’étais impatiente car sur le papier, j’avais vraiment été convaincue par l’idée de Garutti.

J’étais emballée. J’étais emballée par ce décor au milieu duquel trônait une cage de plexiglas, promettant une scénographie haletante. J’étais emballée par la main de ce Tartuffe se détachant du reste du décor, collée à la vitre, inquiétante, étonnante, dévoilant peu à peu le personnage sournois prêt agir. J’étais emballée par la fête introduisant le spectacle, mouvement désordonné de ces corps libérés par une danse sans but. J’étais emballée par les couleurs, par l’atmosphère, par la nonchalance qui se dégageait de ce tableau. J’étais emballée pendant les 5 premières minutes.

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© Tristram Kenton

J’étais déçue. J’étais déçue de constater à quel point la bilingualité ne fonctionnait pas. J’étais déçue car les deux langues n’ayant pas les mêmes rythmes, n’ayant pas les mêmes accentuations, n’ayant pas les mêmes phrasés, ne s’accordaient pas. J’étais déçue de m’apercevoir que le passage d’une langue à l’autre ne suivait aucune logique. J’étais déçue d’entendre Audrey Fleurot peiner sur ses passages en anglais et zieuter l’avant-scène de manière trop appuyée. J’étais déçue devant ce Tartuffe mignon tout plein, devant cette scène Tartuffe/Elmire qui aurait pu s’avérer terrible dans cette fameuse cage, mais qui finalement n’était qu’ennui. J’étais déçue pour les acteurs jonglant avec des langues trop différentes, j’étais déçue pour le metteur en scène qui n’avait pas su porter son idée jusqu’au plateau, j’étais déçue pour les anglais découvrant Molière à travers ce spectacle.

J’étais contrariée. J’étais contrariée car on m’avait vendu du vent. J’étais contrariée par une soudaine allusion à Donald Trump, à la fin de la pièce, alors même que tout le spectacle s’était déroulé sans presque jamais mentionner l’Amérique d’aujourd’hui. J’étais contrariée par les fautes que je lisais sur les surtitres. J’étais contrariée par le manque de cohérence de la production, par le manque de cohésion sur le plateau. J’étais contrariée par la publicité mensongère d’un spectacle basant sa communication française sur la présence d’Audrey Fleurot, laquelle ne participait finalement qu’à une partie des représentations. J’étais contrariée car ce qui devait être l’apogée de ma journée Londonienne s’est finalement transformé en cauchemar.

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© Helen Maybanks

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