L’École des Femmes ? C’est Nicolas qui riga(le)s !

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Critique de L’École des femmes, de Molière, vu le 5 décembre 2018 Au Théâtre Dejazet
Avec Martin Loizillon, Salvatore Ingoglia, Romain Ranonne, Jean Adrien, Antonine Bacquet / Amélie Tatti, Philippe Ermelier / Raphael Schwob, et Nicolas Rigas, et, à l’orchestre, Emma Landarrabilco, Robin Defives, Jacques Gandard / Karen Jeauffreau, dans une mise en scène de Nicolas Rigas

J’ai très peu réfléchi avant de prendre ma place pour cette École des Femmes mise en scène par Nicolas Rigas. Certes, je ne connaissais aucun des noms sur l’affiche, et mon expérience passée au Dejazet n’était pas vraiment encourageante, mais j’avais déjà une autre École des Femmes de réservée et je n’étais que trop tentée d’en voir deux versions en peu de temps. Au-delà de la simple comparaison, cela me permet aussi de voir quels détails chaque metteur en scène a mis en avant, quelle interprétation il tire de chacun des personnages, quelle interrogation il mène en montant cette pièce. Et le résultat est intéressant.

Arnolphe a choisi Agnès dès l’âge de quatre ans après l’avoir quasiment achetée à une paysanne, l’a tenue depuis toujours à l’écart du monde tout en maintenant des vues sur elle, et souhaite à présent l’épouser. C’est un homme d’âge mûr, elle est une jeune fille. Il la croit naïve, elle ne l’est peut-être pas tant que ça. C’est en tout cas ce qu’il découvre lorsqu’il apprend, à son retour d’un voyage, que la jeune femme a fréquenté un homme, Horace, durant son absence. Elle est amoureuse, et souhaite à tout prix l’épouser, ce qui n’est pas du tout conforme au plan initial d’Arnolphe…

La mise en scène, parfois peut-être un peu trop appuyée, doit quand même être saluée. Ses accentuations ne sont pas dommageables puisqu’elles servent sans doute une dimension plus pédagogique et que, le soir où j’y étais, cela semblait combler tant les scolaires présents dans la salle que ma petite personne. Et, mine de rien, elle dissémine ici et là de belles idées : par exemple, le fait que Agnès soit voilée passe ici très bien et aurait même pu être davantage accentué. Les intermèdes musicaux issus d’Offenbach sont très bien choisis et permettent à certains comédiens de faire-valoir un autre de leurs talents.

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Je pense également à la manière dont sont traités les personnages d’Alain et Georgette, les valets d’Arnolphe, qui sont présentés comme « simples » et qui, généralement, sont un peu laissés de côté de sorte que dès qu’ils apparaissent sur scène on s’enfonce dans son siège en se préparant à piquer du nez. C’est ici tout le contraire qui se produit : en proposant une version acrobatique des deux personnages, c’est avec joie qu’on les voit apparaître dans les différentes scènes et, enfin, on peut rire de leurs cabrioles !

Et c’est un fait : on rit beaucoup dans cette proposition de Nicolas Rigas qui endosse le rôle d’Arnolphe sans chanceler. Son interprétation est à l’image de sa mise en scène : pleine de rebonds. Tour à tour pervers et calculateur, trop confiant mais finalement pitoyable, son Arnolphe donne à entendre Molière, ce contre-modèle caricatural et misogyne qu’on a plaisir à détester. A ses côtés, la distribution peine un peu plus sans déshonorer pour autant : simplement, on reprochera ses alexandrins un peu soutenus à Martin Loizillon, dont la grande naïveté et le bon coeur saura quand même nous toucher, et une composition un peu timide de Amélie Tatti, avec qui on se réconciliera dès qu’elle fera entendre sa belle voix de Soprano !

Et on ne boudera pas notre plaisir lorsque la troupe salue, à la fin, et entonne la chanson du Théâtre du Petit Monde sous les applaudissements du public. Surprise et ravie d’apprendre d’ailleurs que la troupe existe depuis 1919, et qu’on a donc goûté un petit morceau d’une grande histoire théâtrale… Voilà qui m’en fait d’autant plus apprécier la saveur !

Voilà de quoi me réconcilier avec le Théâtre Déjazet !   ♥

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