Somnoler une heure

dormir-100-ans-final.pngCritique de Dormir cent ans, de Pauline Bureau, vu le 15 décembre 2018 au Théâtre de la Colline
Avec Camille Bernon, Lionel Codino, Alban Guyon, Murielle Martinelli, dans une mise en scène de Pauline Bureau

Je l’avais pressenti après Mon Coeur, ça s’était confirmé après Les Bijoux de Pacotille : j’adore le travail de Pauline Bureau. Simples et distinguées, les mises en scène de ces deux spectacles m’avaient touchée au-delà de ce que je pourrais écrire et j’avais alors placé Pauline Bureau quelque part dans mon Panthéon personnel. Seulement voilà, son adaptation de La Bohème de Puccini m’avait laissée de côté. Préférant accuser une musique qui ne m’émouvait pas, j’ai donné une nouvelle chance à Pauline Bureau dans ce conte pour enfant qu’elle a écrit et mis en scène. Une nouvelle fois, à côté.

Je lis rarement la bible avant de découvrir un spectacle. Je ne savais donc pas ce que j’allais voir, d’autant que le titre n’est pas évocateur. J’ai pensé à La belle au bois dormant, mais je n’y étais pas du tout. On suit l’évolution de deux enfants, Aurore et Théodore (ça rime !), respectivement 12 et 13 ans, dans leur vie quotidienne, la relation qu’ils ont avec leur parents mais également avec leurs réactions face à ces sentiments nouveaux qui apparaissent avec l’adolescence : la peur de grandir, le désir, la recherche de soi.

Comme c’est conceptuel, tout ça ! J’ai du mal à croire qu’un enfant se pose les questions qui sont soulevées dans ce spectacle. Moi, enfant, je crains que ça ne m’aurait pas parlé. C’est la vision d’un adulte que l’on observe, et je la comprends bien mieux aujourd’hui que je ne l’aurais comprise alors. Quand l’un des personnages écrit « Il y a une femme qui grandit en moi, je l’attends, elle prend son temps », je me tourne vers les filles assises à côté de moi et j’essaie de traduire leur visage. On se situe quelque part entre incompréhension et désintérêt. Et ennui, aussi, un peu.

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© Pierre Grosbois

Et puis, je suis un peu embêtée par les quelques clichés qui essaiment le spectacle. Le jeune garçon joue aux jeux vidéos à côté de son ami imaginaire tout droit sorti d’une bande-dessinée pendant que la jeune fille se prend en photo sous tous les angles pour essayer de comprendre ce qui change, chez elle. Alors oui, j’entends bien que cela fait en réalité l’objet d’une critique dans le spectacle, mais je n’ai pas été convaincue par la manière dont elle était amenée. Tout d’un coup, alors qu’ils se promènent dans leurs rêves, le garçon désire apprendre à pleurer et la fille apprendre à se défendre. Parce que leurs parents les ont cantonné à des stéréotypes et que ce n’est pas ce qu’ils sentent en eux. L’idée est bonne, mais le propos tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

En réalité, au-delà de cette partition qui ne m’a pas convaincue, le spectacle est d’une beauté froide inhabituelle chez Pauline Bureau. Il manque cruellement d’âme et ressemble bien plus à une succession de « trucs » scénographiques qu’à un ensemble pensé comme tel. Les vidéos projetées sur le décor, les plumes qui recouvrent progressivement la scène, les mouvements simultanés de certains personnages censés provoquer le rire sont finalement assez attendus et conventionnels.

Par contre, je dois reconnaître que les comédiens défendent leurs personnages avec ferveur. Si j’ai été un peu gênée par Murielle Martinelli, j’ai été bluffée par Camille Bernon qui incarne un Théodore plus vrai que nature et, par son interprétation, pose la vraie question du genre. Jusqu’au bout j’ai cru que deux acteurs différents interprétaient Théodore et la mère d’Aurore, alors que tout reposait sur les épaules de la comédienne. Une véritable transformation.

Un conte initiatique de l’adolescence… vu par un adulte.

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© Pierre Grosbois

 

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