Le fourre-z’y-tout de Nicolas Rigas

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Critique de La Vie Parisienne, d’Offenbach, vue le 28 juin 2019 au Mois Molière
Avec Philippe Ermelier, Nicolas Rigas, Antonine Bacquet, Martin Loizillon, Florence Alayrac, Amélie Tatti, Olivier Hernandez, Salvatore Ingoglia, Romain Canonne, Nicolas Aubagnac, et les musiciens Jacques Gandard, Elodie Soulard, Robin Defives et Emma Landarrabilco

C’est d’abord parce que je garde un très bon souvenir de L’Ecole des Femmes montée par Nicolas Rigas que j’étais très attirée par son nouveau spectacle, La Vie Parisienne. Ajoutons à cela le plaisir de retrouver cette pièce succulente et le soutien symbolique au Théâtre du Petit Monde, la troupe qu’il dirige et qui fête cette année ses 100 ans : pas besoin de chercher davantage, place fut prise pour mon deuxième spectacle du Mois Moliere présentant quelques avant-premières d’Avignon.

Dans La Vie Parisienne, on suit Raoul de Gardefeu qui, à l’instar de son ami Bobinet, souhaite être l’amant d’une femme du monde… En voilà une qui débarque justement – avec son époux malheureusement – la baronne de Gondremarck ! Il va se faire passer pour un guide parisien et emmener le couple chez lui, leur faisant croire qu’ils sont au Grand Hotel, et organiser toutes sortes de manigances pour parvenir à séduire la jeune femme, pendant que le baron vit sa vie de son côté, souhaitant lui aussi profiter de la capitale… à sa façon.

Avant toute chose, il faut savoir que je connais plutôt bien La Vie Parisienne, pour avoir saigné le CD de l’enregistrement du spectacle monté par Jean-Louis Barrault en 1958. Cela a des aspects positifs comme négatifs : il crée en moi une espèce de sensation-réflexe dès que j’entends les premières notes – cela me met en joie – mais il faut aussi que je m’habitue à une interprétation différente de celle qui est gravée en moi. Or ce changement est d’autant plus difficile à appréhender que les différences sont grandes entre les deux versions proposées, ce qui fut un peu le cas ici.

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Je m’explique : Nicolas Rigas s’est autorisé quelques adaptations du texte original qui, si elles avaient pu avoir du sens dans l’Ecole des Femmes, s’avèrent moins pertinentes ici. En effet, on sent un tropisme du metteur en scène sur la question du port du voile : il avait déjà proposé une Agnès voilée dans son Molière, voilà qu’il transforme le baron et la baronne de Gondremarck en prince et princesse de Gondremouck, voilà nos suédois devenus saoudiens, et la baronne intégralement voilée ! Je n’ai pas vraiment compris l’intérêt de cette adaptation, qui pourrait donner l’illusion de faire passer un message politique en désignant l’Orient comme une nation de tromperie, d’adultère et surtout de polygamie alors que le texte se veut probablement beaucoup plus léger. Dans la série « on prend les mêmes et on recommence », on notera à nouveau le double emploi de Romain Canonne, comédien et cascadeur, qui fait rire de ses galipettes maladroites dans le costume d’Alphonse. Si cela fonctionne bien ici, il ne faudrait peut-être pas que cet emploi devienne, lui aussi, une habitude.

Mais ce sont surtout les facilités de mise en scène qui m’ont dérangée. Je pense notamment au travestissement de la tante Quimper-Karadec, personne qui vient aider au dénouement en avertissant Metella de la goujaterie de son époux. Il est vrai qu’à ce moment du spectacle, le public jusque-là particulièrement attentif semblait se dissiper un peu : applaudissements moins fournis ou absents après les parties chantées, quelques mouvements sur les sièges, quelques échanges entre voisins. C’est peut-être parce qu’il sentait venir cette baisse de régime que Nicolas Rigas a choisi de proposer un personnage quasi-bouffon, tante travestie portant une ceinture de banane et un soutien-gorge ananas provoquant immédiatement les rires les plus beaufs possibles chez certains spectateurs. C’est le même rire qu’on retrouvera lors de l’imitation durant toute une scène de Marge Simpson par l’un des personnages. C’est dommage de faire rire gras sur Offenbach.

Je me retrouve donc un peu partagée devant cette version de La Vie Parisienne. Le spectacle commençait plutôt très bien – j’ai été très agréablement surprise par la superbe voix de Nicolas Rigas – mais il ne tient pas aussi bien que j’aurais souhaité dans la durée. Reconnaissons-lui cependant de beaux moments de groupe qui ne déméritent pas malgré la nombre restreint de comédiens sur scène, donnant presque l’illusion d’une distribution deux fois plus nombreuse !

Un spectacle qui gagnerait à être resserré sur la fin.

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