De la garde à vue à la séquestration

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Critique d’En garde à vue, d’après le roman de John Wainwright, vu le 31 octobre 2019 au Théâtre Hébertot
Avec Wladimir Yordanoff, Thibault de Montalembert, Marianne Basler et Francis Lombrail, dans une mise en scène de Charles Tordjman

Je me suis fait étrangement avoir avec ce spectacle. J’aurais dû me méfier, j’aurais dû sentir le truc venir. L’affiche est superbe, à tous points de vue. Visuellement d’abord, je la trouve très réussie. Et quand on voit la distribution, on ne peut que s’incliner. J’avais très envie de voir ce spectacle et j’avais vu peu de critiques passer. J’ai l’impression d’avoir essuyé les plâtres de la communauté des théâtreux se méfiant d’une affiche aussi attirante en se souvenant de certains récents ratés de l’Hébertot. J’ai voulu tenter quand même. J’en sors dépitée.

Le soir du réveillon de Noël, le maire de la ville est convoqué au commissariat. Il répondra à quelques questions du commissaire Toulouse avant d’être placé en garde à vue. Le motif : trois enfants ont été violées puis assassinées à quelques mois d’écart et il n’a aucun alibi pour ces trois journées de terreur. Sa femme débarquera bientôt au commissariat pour appuyer sa condamnation à venir : elle le sait pédophile et leur racontera des histoires impliquant son mari et de jeunes enfants. On suivra l’évolution de l’enquête jusqu’aux révélations finales – qu’on ne dévoilera pas.

Dès les premières minutes j’ai senti que ça n’allait pas le faire. On les sent, ces textes mal fichus. On les sent de loin et ils se rattrapent rarement au fil du spectacle. C’est le cas de celui-ci. Quelques échanges entre les personnages suffisent. Ils donnent le ton du reste de la pièce. Le dialogue est mal articulé, quelque part entre la mauvaise traduction et la mauvaise adaptation, comme si les personnages ne se répondaient pas vraiment les uns les autres, comme si les répliques étaient hachées. On se sent impuissant devant ce spectacle qui manque de vigueur, qui manque de vie, un spectacle mort-né – d’ailleurs la salle est cruellement vide – et ce fut un douloureux moment.

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Car sans texte, malgré la distribution exceptionnelle réunie sur le plateau, impossible de faire démarrer la moindre once de tension. L’histoire ne prend pas, n’intéresse pas. On n’a pas envie d’écouter ce que les personnages ont à dire car on n’est pris à aucun moment dans ce qui leur arrive. Les quelques blagues lancées ici et là ne fonctionnent pas du tout. Je n’ai pas vu le film et ne peut donc proposer aucune comparaison, je me dis simplement qu’il est peut-être plus facile de créer des ambiances au cinéma et de combler un manque de texte. Qui sait également ce qu’on dirait de ce film aujourd’hui : pour ce qui est de l’adaptation théâtrale, je l’ai trouvée terriblement vieillotte. Franchement, cette histoire de couple sans désir où on accuse presque la femme d’être à l’origine de la pédophilie de son mari, ça va deux minutes. Et même deux minutes, c’est dur.

Pourtant, sur scène, ils font tout ce qu’ils peuvent. J’avais mal pour eux, parce que ce sont des grands, et même à travers ce spectacle qui ne m’a pas convaincue une seconde on sent que ce sont des grands. Les mots étant trop faibles, ils jouent avec leur chair pour tenter de donner vie au spectacle. Mais ce n’est pas comme si la mise en scène les aidait beaucoup. On se demande un peu ce qu’a fait Charles Tordjman dans l’affaire. La lenteur qu’il impose sur le plateau a l’air voulue pour ménager une tension dramatique qui ne s’installera à aucun moment. Les silences sont longs et vides. Le décor ne sert pas le propos. Cela fait maintenant plusieurs spectacles de Tordjman que je vois et ce que j’en tire c’est que voilà un homme qui fait des mises en scène de gens assis sur des bancs blancs.

Donc maintenant qu’on est face à ça, que dire de plus ? Peut-être qu’il faudrait que Francis Lombrail revoie la formule et arrête les adaptations de film. C’était exceptionnel pour Les cartes du pouvoir, j’étais la première à le dire, mais au théâtre, reproduire une formule ne suffit pas à faire un succès : essayer de reproduire le combo gagnant n’a jamais fonctionné, ou bien ça se saurait. Et je dois vraiment reconnaître que je suis sortie absolument dépitée de ce spectacle : parce qu’il avait une distribution incroyable, parce qu’il se joue dans un théâtre que j’aime beaucoup, parce que la place avait coûté cher, et parce que j’avais le sentiment d’avoir perdu ma soirée, et les comédiens aussi.

Je ne suis pas seulement déçue, je suis triste de voir cela. pouce-en-bas

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