#OFF21 – Seuil de tolérance

Critique de Seuil de tolérance, de Frédéric Sabrou, vu le 19 juillet 2021 au Grand Pavois (14h10)
Avec Isabelle Hétier, Gauthier Fourcade et Malik Amraoui, dans une mise en scène de Armand Éloi

Par évident de trouver un spectacle à se mettre sous la dent en ce 19 juillet, dernier jour de Festival pour moi et jour de relâche pour de nombreuses compagnies. J’épluche le programme en quête de la proposition qui me permettra de finir mon séjour sur une bonne note. Je ne trouve rien. C’est finalement un courriel de présentation du spectacle qui attirera mon attention. Ma complice avait vu et critiqué favorablement un spectacle de Armand Eloi il y a quelques années, elle en garde un très bon souvenir, cela finit de me convaincre. Ce sera donc Seuil de tolérance qui signera la fin de mon édition 2021. Alors bon ou mauvais choix ?

Michel et Alice vivent une vie tranquille. Ils ont l’âge où l’enfant a quitté la maison et où on a le temps pour faire ce qu’on aime. Ils ne le disent pas franchement, mais ils s’ennuient un peu dans leur petite routine. Alors sur les conseils d’un ami, ils décident de renouveler un peu leur quotidien en accueillant une étudiante italienne chez eux, dans la chambre de leur fils parti vivre aux Etats-Unis. Ils contactent l’organisme, règlent les derniers détails, tout est parfait. Mais lorsqu’on sonne à la porte, c’est un certain Malik Chraibi qui entre. Il est jeune, il est originaire de Bruxelles, il est musulman, et il est barbu. Voilà voilà.

Je vous le dis franchement, quand j’ai vu l’affiche, j’ai un peu paniqué. Autant le reconnaître : sans le nom d’Armand Eloi, jamais je n’aurais découvert cette pièce. C’est con ce qu’une simple affiche peut nous faire manquer. Car contre toute attente, ce Seuil de tolérance est une très bonne surprise. Je ne m’attendais pas à un texte aussi bien ficelé : sur un sujet pourtant très délicat, il propose quelque chose d’à la fois très fin et très drôle. Et, chose rare dans cette édition avignonnaise, c’est un texte qui a une vraie fin, franche et théâtrale.

Ce qui fonctionne à merveille, c’est ce qu’il fait des clichés. Il utilise absolument tout ce qui peut être dit sur l’islam d’un côté comme de l’autre, chez les détracteurs comme chez les défenseurs, de la pire chaîne de télévision au musulman le plus convaincu. C’est toujours piquant et rythmé, et le résultat est franchement drôle. La situation est bien trouvée, les petits arrangements que notre couple fait avec sa conscience d’islamocraintifs – on n’est surtout pas islamophobe chez ces petits bourgeois ! – sont succulents, la maussaderie de Malik, sans surjeu, est la cerise sur le gâteau.

C’est vraiment un spectacle à déguster avec le petit doigt en l’air, bien conscient que les petits lâchetés de nos deux personnages sont un miroir de nos propres démons. L’auteur le sait, il en joue. Il a su créer, autour d’un sujet de fond très actuel, une comédie faite de dentelle. C’est un vrai numéro d’équilibriste que d’arriver à doser les poncifs pour éviter l’écueil de l’extremisme, et il le fait avec brio. Il est très bien servi par la mise en scène d’Armand Eloi, précise et efficace, et par trois comédiens dont les registres totalement opposés permettent à ce texte de dévoiler toutes ses saveurs.

On peut donc encore rire de tout, et on rit encore plus quand c’est signé Sabrou. ♥ ♥ ♥

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