Un Prince qui ne manque pas de charme

Critique du Prince de Hombourg, de Kleist, vu le 11 septembre 2021 au Trabendo dans le cadre du Festival Les Floréales
Avec Marie Benati, Pablo Eugène Chevalier, Jean Bourgault, Alex Dey, Edouard Dossetto, Leslie Gruel, Vincent Kambouchner, dans une mise en scène de Edouard Dossetto

J’ai découvert le Festival des Floréales en juin dernier lors de la présentation de l’édition 2021. C’est un festival entièrement dédié à la jeune création, qui a lieu sur un weekend lors duquel pas moins de onze spectacles sont joués au Trabendo, à la Villette. Le thème de cette édition 21 est « Portons nos idées haut » et accueille donc des spectacles particulièrement engagés sur des thèmes variés, parmi lesquels j’ai choisis Le Prince de Hombourg. Ce n’était pas le seul qui me faisait de l’oeil, mais c’est une troupe dont je suis le travail depuis quelque temps maintenant et j’avais envie de voir comment ils s’en sortaient avec ce monstre de Kleist  » à la sauce Tim Burton ».

La pièce s’ouvre sur une crise de somnambulisme du Prince de Hombourg à laquelle assiste également une partie de la cour qui s’en amuse. A son réveil, le Prince ne sait plus différencier le rêve et la réalité et, encore tout à ses pensées, écoute d’une oreille distraite les instruction du Grand Electeur pour la bataille à venir : il ne faudra pas attaquer avant son ordre. Ça ne manque pas : lors du combat, il ne respectera pas ce commandement et, bien qu’il remporte la victoire, il doit être puni pour avoir désobéi. Le Grand Électeur lui laisse le choix : il peut accepter la sentence mortelle prévue par la loi ou être gracié pour vivre.

Pas évident de s’attaquer à cette oeuvre ardue. Et je dois bien reconnaître qu’ils s’en sortent pas mal du tout. Dès l’entrée dans la salle, on est plongé dans une ambiance toute particulière : on entre dans le rêve éveillé du Prince. Les ambiances sont à la fois la grande réussite et le grand défaut de ce spectacle. Je m’explique. Le metteur en scène Édouard Dossetto, accompagné de son scénographe Pierre Mengelle, parviennent à créer de réelles atmosphères dans lesquelles le spectateur s’évade complètement : paysage de conte ou évocations de jeux vidéos, univers du cirque et représentations fantastiques, les inspirations sont multiples et on est transportés sur le champ de bataille puis en prison en passant par les songes du Prince avec toujours beaucoup d’émerveillement.

Et pour accompagner ces changements d’ambiance, les trouvailles scéniques se multiplient : le décor se transforme pour accompagner chaque nouvelle scène et ainsi permettre au spectateur de pressentir la situation avant même l’arrivée des personnages et l’exposition des situations. Mais c’est peut-être ne pas faire suffisamment confiance au texte que de s’appuyer ainsi sur des moyens scénographiques qui, mis bout à bout, alourdissent le spectacle. Les changements de décor sont parfois longs et ralentissent un rythme pourtant soutenu. Le mieux est l’ennemi du bien, et même si certaines idées étaient vraiment excellentes (notamment la représentation de l’héroïsation que j’ai trouvée particulièrement réussie), il aurait fallu faire un choix parmi toutes ces inventions. Mais c’est un « problème de riche » que de devoir faire le tri parmi une abondance de créativité et je fais confiance au collectif pour se restreindre davantage à l’avenir.

Cela aurait peut-être permis d’évacuer le petit flou artistique qui s’invite parfois dans l’intrigue, notre attention étant alors trop accaparée par la forme en oubliant le fond. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : cela reste un très bon travail – et c’est ce qui me permet d’ailleurs d’adopter le même regard critique que d’habitude, sans traitement de faveur pour cette troupe pourtant non-professionnelle. L’adaptation de Rémi Delieutraz est fluide et permet de rendre accessible un texte parfois abscons. La direction d’acteurs est encore un peu inégale, certains comédiens s’épanouissant totalement dans un style particulier, comme la Nathalie de Marie Benati aux contours enfantins et aux accents burlesques, contrepoint comique très réussi, quand d’autres ont des propositions plus lisses qui laissent parfois un peu trop couler le texte.

Je m’autorise une critique poussée parce que c’est une belle proposition que nous fait le Collectif Nuit Orange. On a déjà hâte de voir la prochaine ! ♥ ♥

© Fabrice Sabre

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