1h22 de trop

Critique de 1h22 avant la fin, de Matthieu Delaporte, vu le 8 février 2022 à la Scala Paris
Avec Kyan Khojandi, Eric Elmosnino et Adèle Simphal, dans une mise en scène de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière

Comme beaucoup de spectateurs, je pense, c’est la distribution qui m’a d’abord attirée vers ce spectacle. Kyan Khojandi au théâtre, évidemment, c’est un petit événement, et en plus face à Eric Elmosnino, il n’y a pas à dire, ça peut faire envie. J’avais quand même cette petite voix dans ma tête qui me disait : « attention, deux têtes d’affiche ne suffisent pas à faire un bon spectacle, ne l’oublie pas ». Mais, en brave mouton que je suis, j’ai ignoré la petite voix dans ma tête – après tout, Matthieu Delaporte avait participé à l’écriture du Prénom qui est quand même une comédie de qualité. Mais en fait j’aurais mieux fait de suivre la petite voix dans ma tête.

La pièce s’ouvre sur Bertrand – Kyan Khojandi – qui s’apprête à se suicider. Mais alors qu’il allait se laisser tomber du bord de sa fenêtre, quelqu’un toque à la porte. L’homme qui est là porte une moustache et un pistolet et est venu pour le tuer – c’est Eric Elmosnino. S’engage alors un dialogue entre les deux hommes qui parlent de tout et de rien. Mais surtout de rien.

1h22, c’est un peu l’archétype du genre. Deux têtes d’affiche, une scéno qui se tient, mais un texte qui gâte tout. Dès le début, on sent qu’il va y avoir un problème. Parfois, je me dis qu’il faudrait que je fasse une critique uniquement composée des notes que je couche sur le papier pendant la représentation. Ici, ça donnerait à peu près ça : « Vannes faciles qu’on devine avant. Manque de rythme. Silences entre les répliques. Ça ne décolle pas. Remplissage avec des paroles de chanson. Dialogues creux. »

Bref, pas la peine d’en écrire des lignes à mon tour, je pense qu’on comprend l’idée générale. Faire 1h22 de spectacle avec aussi peu de matière en dit long sur le texte qui nous est présenté. La note d’intention est édifiante – il ne semble pas y avoir d’autre intention que de combler des nuits d’insomnie. Soit. Au milieu du spectacle, pendant quelques minutes, on a l’impression que quelque chose se passe, légèrement, puis ça retombe. On finit par s’accrocher à la seule curiosité de connaître la fin. Dommage pour nous : c’est un long tunnel plutôt inconsistant dont on sort un peu abrutis.

On aura quand même un petit mot pour les comédiens, qui rendent le moment aussi consistant que possible : on connaît le flegme et la puissance comique d’Eric Elmosnino, cette voix légèrement traînante en fin de phrase qui donne toute la saveur à la réplique ; il est aussi bien que possible avec cette étrange partition qui lui est donnée et avec laquelle il semble parvenir à s’amuser malgré tout. Kyan Khojandi, qui fait ses premiers pas au théâtre avec ce rôle, semble plus fragile que son partenaire : il n’embrase pas le plateau mais la mélancolie de son regard, sa presque timidité, sa posture un peu avachie conviennent plutôt bien au personnage qu’il défend. Adèle Simphal, qui rejoint le duo à la fin du spectacle, doit faire théâtre avec un monologue si inconsistant qu’elle peine à exister réellement sur le plateau. Cette pièce n’était pas un cadeau pour une première fois sur les planches.

Bref, je ne m’attendais pas à grand chose et je suis quand même déçue.

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