#OFF23 – Denali

Critique de Denali, de Nicolas Le Bricquir, vu le 13 juillet 2023 à la Factory – Théâtre de l’Oulle
Avec Lucie Brunet, Lou Guyot, Caroline Fouilhoux, Jeremy Lewin, Lauriane Mitchell, Guillaume Ravoire, mis en scène par Nicolas Le Bricquir

Nicolas Le Bricquir. C’est rigolo, moi qui ne retiens pas les noms, j’ai retenu celui-là. Il m’avait tellement marquée dans les spectacles qu’Hervé Van der Meulen montait avec les élèves du Studio d’Asnières. Il ne joue pas dans Denali, mais il signe la pièce et la mise en scène du spectacle qui a reçu le prix du public 2021 du Concours Jeunes Metteurs en Scène du Théâtre 13. De quoi mettre en confiance !

Denali est tiré d’une histoire vraie, d’un fait divers américain impliquant une bande d’adolescents et un meurtre. Le spectacle va s’intéresser à l’enquête en alternant entre l’interrogatoire subi par les différents jeunes impliqués dans cette histoire, et les faits tels qu’ils les ont réellement vécus.

J’ai une quête dans la vie. Le roman qu’on lâche pas. Le page turner haletant. J’ai la même quête audiovisuelle. La série qu’on binge watche. Celle qui vous empêche de vous décoller de votre écran et qui vous maintient éveillé toute la nuit. Mais ce n’est pas une sensation que j’associe au théâtre. Le thriller et le suspens y ont peu de place. Alors quand on me sert ces impressions sur un plateau, je ne peux qu’applaudir bien fort.

C’est un travail étonnant, mais surtout brillant. L’inspiration des séries est bien là, mais l’écriture est théâtrale, fine, ciselée. Le rythme est haletant, la musique live crée des ambiances, accompagne les personnages, participe à soutenir cette cadence qui à aucun moment ne faiblit. L’utilisation de la vidéo est complètement pertinente, parfaitement dosée, presque un personnage à part entière, sorte d’Inception révélateur de l’importance des écrans dans nos vies et point de départ d’un phénomène d’emprise presque inéluctable. Parce qu’après tout, nous aussi, on est un peu fascinés par tout ça.

J’avais donc raison d’avoir retenu ce nom. Nicolas Le Bricquir. Faites-en de même ! ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Un bon job

Critique d’Un bon job, de Stephane Robelin, vu le 13 juillet 2023 au Théâtre des Gémeaux
Avec Lionel Nakache, Sophie Vonlanthen, Juliette Marcaillou, Tom Robelin, Philippe Chaine, mis en scène par Stephane Robelin

Voilà typiquement un spectacle qui fait partie de la dernière salve d’épluchage du programme. Celui-ci, c’est clairement son résumé qui m’a fait de l’oeil – peut-être parce que j’aurais moi-même besoin de quelqu’un qui pense à ma place en ce moment pour lui déléguer quelques petites taches plus ou moins ingrates… Hâte de voir comment la charge mentale est traitée !

Johana propose un bon job : devenir son homme à penser. Elle pourrait ainsi se libérer de sa charge mentale en partageant son cerveau avec quelqu’un. Car oui, ce qu’elle cherche, c’est quelqu’un qui soit capable de penser comme elle, dans la sphère professionnelle comme personnelle. Et pour ça, il doit tout apprendre. Tout connaître de sa vie, de son passé, de sa manière de travailler, d’être mère, de vivre son couple. Ses habitudes, ses réflexes, sa logique. Il doit devenir elle.

Aller voir un spectacle uniquement sur un résumé, c’est prendre un risque. On ne connaît ni l’auteur ni les comédiens ni le metteur en scène : il y a un monde où ce spectacle ne m’est pas du tout destinée. Ce Bon job était peut-être le plus gros pari de mon programme. Je n’avais absolument aucune idée de ce que j’allais voir. Au jour 7, c’est dangereux. Mais quand ça fonctionne, c’est tellement bon !

En fait, on se rend compte rapidement que la charge mentale est un prétexte à traiter autre chose. C’est un discours plus politique qui est porté sur le plateau, un affrontement entre deux montes. On ne révèlera pas tout – et la pièce laisse d’ailleurs planer une certaine ambiguïté – mais la pièce propose rapidement une critique ? un débat ? Disons une réflexion sur notre système capitaliste.

C’est un texte à la fois original et malin. Le discours n’est pas dénué de certains poncifs mais ils sont toujours ironisés. Et il ne constitue pas la matière première des échanges : il est là, en toile de fond, il existe mais de manière insidieuse. L’histoire de notre personnage, de son apprentissage et de son évolution au sein de la famille occupe notre charge mentale à nous. Il y a un mystère qui plane, une envie de suivre son évolution, un intérêt qui se soutient bien. Et tout d’un coup, la fin arrive, on nous a posé tous les arguments défendant une thèse parfaitement immorale, et on serait presqu’embêtés si on nous demandait de prendre parti.

Ça fait le job… et même plus que ça ! Une jolie surprise qui donne à réfléchir ! ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Jacques et Chirac

Critique de Jacques et Chirac, de Régis Vlachos, vu le 12 juillet 2023 au Théâtre des Barriques
Avec Charlotte Zotto, Marc Pistolesi, et Régis Vlachos, mis en scène par Marc Pistolesi

Celui-ci, c’est au nom de Marc Pistolesi que je le dois. Je suis le comédien depuis des années et je suis toujours ravie lorsque je trouve son nom dans le programme ! Sans lire le résumé, j’ai comme une petite idée du sujet du spectacle, et je dois dire qu’en apprendre davantage sur Jacques Chirac ne me déplaît pas !

De Jacques Chirac, je ne savais pas grand chose. Quelques punchlines, quelques actions politiques pas très plaisantes, quelques traits de caractères pas super vendeurs. Son parcours politique, de manière assez grossière. Et le fait qu’il était le président en place à ma naissance. Mais pas beaucoup plus que ça. Son origine sociale, son lien avec Dassault, son rapport à l’argent, tout ça m’était à peu près inconnu. Je crois que maintenant, je ne suis pas près de l’oublier.

Clairement, je ne serai pas allée voir ce spectacle sans le nom de Marc Pistolesi. Il était ma bonne raison d’y aller. Et le vrai bonheur, c’est qu’il me donne mille raisons de vous le conseiller. C’est une mise en scène qui lui ressemble, qui ressemble à son jeu de comédien, à la fois ultra dynamique, ultra précise, ultra inventive. À la fois chiadé et bricolé. C’est un spectacle incroyablement bien pensé, qui ne laisse personne de côté,

Alors oui, on parle politique. Je veux dire vraiment. C’est un spectacle ultra engagé. C’est un jeu de massacre. Heureusement que Chirac est mort, sinon il ne s’en serait pas sorti vivant. Le personnages est abject, et il ne lui est laissé aucune échappatoire. Ca tire à toutes berzingues, et de l’énergie décapante qui émane de la scène arrive à émerger une petite bulle de malaise qui prend peu à peu sa place au fil du spectacle. Le visage sourit mais à l’intérieur ça se liquéfie. On s’ambiance tout en se refroidissant. Etrange sensation.

Un spectacle total, à la fois fascinant et corrosif. Courez-y ! ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Guerre

Critique de Guerre, d’après Louis-Ferdinand Céline, vu le 12 juillet 2023 au Théâtre du Chêne Noir
Avec Benjamin Voisin, mis en scène par Benoît Lavigne

Pour sûr, ce spectacle va faire parler de lui. Pas seulement parce qu’il a choisi comme matériau l’un des textes inédits de Céline publié en mai 2022. Mais aussi parce qu’il met en scène l’étoile montante du cinéma français, le génial Lucien de Rubempré de Xavier Giannoli. Bref, un petit événement.

On retrouve Ferdinand, personnage principal du Voyage au bout de la nuit, sur le champ de bataille. Il est blessé. Guerre racontera sa convalescence, mélangeant des souvenirs et bataille et tout cet après d’exaltation, d’ivresse, de sexe, de vie retrouvée. Le personnage a frôlé la mort et désormais il prendra tout ce que le monde des hommes aura à donner.

Habité. C’est le premier mot qui me vient quand je découvre Benjamin Voisin. C’est une véritable performance d’acteur. Il y a ces mots qu’il crache, qu’il vomit presque, et ceux qui sont dits dans un presqu’éclat de vie. Il y a ces regards, qui s’allument quand il parle des femmes, qui s’éteignent quand il parle de la guerre. Il est un enfant apeuré sur le champ de bataille. Et un homme qui redécouvre la vie quand il en sort enfin. Il a 20 ans, et il en a 70 à la fois. Il est au bord de la mort. Il a la vie devant lui. C’est une composition qui se répond à elle-même, deux versions de lui qui co-existent, comme une sorte de Schrödinger du champ de bataille.

La langue de Celine fonctionne complètement sur une scène de théâtre. C’est une langue crue qui dit les choses telles qu’elles sont. C’est un spectacle captivant et où l’on prend un vrai plaisir de spectateur. Mais je m’interroge. Je me demande si on est vraiment allé chercher tout ce que le texte avait à donner. Benjamin Voisin est trop beau pour jouer toute la répugnance sous-jacente. Il a quelque chose de tellement pur. Alors oui, cette vie qu’il joue existe dans le texte. Il ne le dénature à aucun moment. Mais tout le sous-texte, la puanteur, l’horreur, le cynisme, tout cela est absent de ce spectacle. On y perd, donc, mais est-on perdant pour autant ?

Un comédien à suivre, assurément. ♥ ♥

#OFF23 – Les parallèles

Critique des Parallèles, de Alexandre Oppecini, vu le 12 juillet 2023 à la Scala Provence
Avec Marie Pierre Nouveau, Benjamin Wangermée, mis en scène par Alexandre Oppecini

C’est l’affiche qui a attiré mon regard, d’abord. J’ai senti l’histoire d’amour. J’adore les histoires d’amour. C’est compliqué à faire exister vraiment au théâtre, mais quand c’est réussi, c’est une explosion d’émotions qui fait un bien fou et qui donne envie de crier son amour un peu partout. Alors j’espère qu’en sortant de ces Parallèles je chanterai l’amour dans la rue.

Ce n’est pas vraiment une histoire d’amour, en fait. Ou plutôt, c’est le tout début. C’est une rencontre. Les prémices. L’avant-goût. Le meilleur, peut-être ? C’est une rencontre du genre incongrue, celle qu’on n’attendait pas, celle qu’on n’a pas provoquée et qui nous tombe dessus, entre deux personnes en apparence complètement opposées.

J’adore les rencontres amoureuses. C’est peut-être là qu’on parle le mieux d’amour. Cette rencontre là est chouette. Elle n’évite pas certains clichés mais de ceux qui s’inspirent peut-être le plus de situations réelles et qui font sourire. Et puis elle ne se cantonne pas à ce registre-là. Il y a des petites trouvailles, des petites points d’inventivité qui viennent combler ces mots qu’on répète souvent pour parler d’amour.

Alors oui, les personnages sont peut-être un peu attendus, elle libre et assumée, lui poète bloqué dans sa vie, sa timidité et sa solitude. Mais il y a quelque chose dans ces stéréotypes qui va réussir à nous vendre aussi un peu de rêve. Les comédiens défendent leur personnage avec beaucoup de tendresse. On a vraiment envie d’y croire.

Qui n’est pas à la recherche de LA rencontre ? Celle-ci en est une. Touchante et juste. ♥ ♥

#OFF23 – Pauline & Carton

Critique de Pauline & Carton, d’après les textes de Pauline Carton adaptés par Virginie Berling, Christine Murillo et Charles Tordjman, vu le 12 juillet 2023 à la Scala Provence
Avec Christine Murillo, mise en scène par Charles Tordjman

Je ne sais rien de Pauline Carton. Je n’avais même jamais entendu ce nom avant de découvrir ce spectacle. Par contre, je sais que j’adore Christine Murillo. Et que ça me suffit pour savoir que je vais adorer Pauline & Carton.

Il n’y a rien, ou presque rien. Une table, une chaise, un carton qui aura été déposé au début du spectacle, et une comédienne qui lit et dit les souvenirs de Pauline Carton. Ce sont des anecdotes, des extraits de vie avec ces artistes qu’elle a croisés, Sacha Guitry en tête mais également Jean Marais ou encore Michel Simon. Rien de très substantiel. Rien d’essentiel. Et pourtant.

Christine Murillo est géniale. On aurait envie de s’arrêter là. Je ne sais pas à quel point sa composition est fidèle au personnage, je sais juste qu’elle propose une vraie incarnation. Dans un sens, ça change des seuls en scène où le comédien cherche la performance en dessinant tous les personnages de son récit, parfois jusqu’à la caricature. On est venu là pour rencontrer Pauline Carton, et pas à un moment elle n’abandonnera ce rôle. Même les personnages qu’elle convoque, elle les joue à travers Pauline Carton. Elle joue Pauline Carton interprétant ces différentes figures. Sans appui. Sans effet. Ce spectacle semble n’avoir d’autre objectif qu’un partage presque banal avec le public, sans désir particulier de plaire, de faire le show, de s’illustrer.

Je pense que les deux comédiennes partagent un talent comique indéniable, presque inné. Christine Murillo sait faire rire, avec ce visage pâte à modeler qui se modèle et se remodèle en permanence, de grimaces en imitations. Et quand elle-même se met à rire, c’est contagieux. Je ne connais pas Pauline Carton. Je n’ai pas les références. Mais comme toute la salle, je ris. Je passe peut-être à côté de certaines blagues mais l’essentiel n’est pas là. Tout est dans le rapport avec le public. C’est un moment à la fois léger et très humain. Elle raconte, sans jamais appuyer, sans relever une anecdote plus haute qu’une autre. C’est une vie à la fois riche et tellement simple. Ce spectacle lui ressemble. Modeste et tellement généreux.

Les anecdotes seront peut-être vite oubliées. Mais l’atmosphère, l’humain, l’âme, elle, restera. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Porn for the blind

Critique de Porn for the Blind, de Victorien Robert, vu le 14 juillet au Théâtre des Béliers
Avec Lison Pennec, Xavier Martel, Victorien Robert, mis en scène par Victorien Robert

Porn for the blind. J’ai d’abord cru que c’était un spectacle théorique, le genre de truc où « l’artiste a testé pour vous… » et raconte (il y en a un dans le style au Train Bleu, Camgirl chronicles, pour les intéressés). Intriguée par le titre, attirée par l’affiche, je me suis finalement penchée sur le résumé du spectacle. Franchement, je suis très curieuse. Et heureuse à l’idée d’y retrouver Lison Pennec !

Porn for the blind, c’est le nom de la boîte dans laquelle postule Eva pour essayer de retrouver cet homme aveugle qu’elle a seulement croisé et dont elle ne sait rien, sinon sa cécité. Comment faire pour retrouver quelqu’un sur qui on n’a aucune info ? Qu’est-ce qui relie tous les hommes trentenaires entre eux ? Le porno, sans doute. Or quand on est aveugle, le porno, ça s’écoute. Et il faut bien des gens pour le raconter. C’est peut-être par là qu’elle le retrouvera.

Bon, entre nous, je ne sais pas s’ils ont choisi le bon titre. Il ne rend pas hommage au spectacle. A l’originalité, à la douceur, à l’humour qui se cache derrière. Porn for the blind, c’est avant tout une histoire d’amour. Et c’est malin. Parce que c’est assez inattendu. Et parce qu’elle est très jolie, cette histoire d’amour. Elle est bien écrite, pleine de tendresse, étonnante. Elle est presque vouée à l’échec, mais elle est racontée avec tellement d’espoir, tellement de sincérité et de sensibilité par Lison Pennec qu’on se retrouve à y croire. A l’espérer.

Et elle permet de faire entendre pas mal de choses, cette histoire. C’est malin de juxtaposer ainsi le romantisme et la crudité du porno, et de ce qu’il peut impliquer. On ne se rend pas forcément compte, mais au milieu de la fiction, quelque chose passe. Par l’humour, d’abord : les scènes de description des films porno sont évidemment drôles parce que tellement indigestes. On a beau connaître cette industrie, c’est peut-être plus marquant à écouter qu’à voir. L’idée fonctionne bien – et la merveilleuse voix de la comédienne n’y est pas pour rien – et ne flirte à aucun moment avec la vulgarité.

Mais aussi par des éléments plus durs, des histoires parallèles bien dosées – il n’en fallait pas plus – qui viennent s’intercaler de manière presque hachée avec la vision poétique presque idéaliste du personnage d’Eva. Ce n’est pas agréable, et on se réfugie rapidement dans l’échappatoire bienvenue qui nous est proposée et qui devient une idée évidente, un avenir tout tracé. Et on en vient à se demander ce qu’attend cette industrie pour se transformer. Malin, on vous avait dit.

Un bien joli spectacle, qui appuie délicatement sur le coeur tout en soufflant dans le cerveau. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Notre petit Cabaret

Critique de Notre petit cabaret, de Béatrice Agenin et Émilie Bouchereau, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre des Gémeaux
Avec Béatrice Agenin et Émilie Bouchereau

Je n’avais pas réussi à le caser dans l’agenda l’année dernière, cette année fut la bonne ! Toujours dans ma quête de spectacle musical, c’est évidemment le nom de Béatrice Agenin qui a attiré mon oeil sur celui-ci. La réunion de la mère et la fille, sur scène, pour chanter ce qui leur tient à coeur, c’est quelque chose qui me parle. Une fantaisie qui m’interroge.

La première chose qui me vient en tête, c’est cette image, probablement un peu nostalgique, de ces spectacles qu’on fabriquait, enfants, entre nous, et qu’on présentait aux parents à la fin des vacances. C’est fait dans le plus grand des sérieux et dans la plus grande joie. On s’amuse, mais on y met tout son coeur. C’est sincère et pétillant, joli, un peu naïf, parfois coquin, mais surtout plein d’insouciance.

Et puis il y a cette chose en plus. Une certaine complicité sur scène. Des souvenirs qu’on sait partagés. Vécus. Qui jusque-là n’existaient que dans le coeur des deux artistes et qu’elles nous livrent avec pudeur. J’ai été aussi heureuse d’y retrouver Béatrice Agenin que d’y découvrir Emilie Bouchereau. Elles ne se marchent pas sur les pieds, se laissent la place, sont complémentaires. On prend autant de plaisir à écouter des tubes de la chanson française que des chansons originales. L’univers d’Emilie Bouchereau est très chouette, très rock, très entraînant. Sa voix est superbe. Je suivrai son parcours avec grand plaisir.

Et le théâtre est là, aussi. Dans les textes comme dans les anecdotes. Et même dans certaines chansons, où je retrouve l’un de mes plus grands plaisirs de spectatrice : écouter une comédienne qui chante. Car elle ne chante pas. Elle vit.

Un très chouette moment de chanson, de théâtre, et de douceur. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – La brève liaison de maman

Critique de La brève liaison de maman, de Richard Greenberg, texte adapté par Francine Bergé, Franck Pelabon et Éric Sannier, vu le 11 juillet au Théâtre du Petit Louvre
Avec Frédéric Andrau, Francine Bergé, Anne Le Guernec et Jean-Jacques Vanier, mis en scène par Isabelle Starkier

Par Complice de MDT

Cela fait longtemps que j’avais envie de découvrir le travail d’Isabelle Starkier, metteuse en scène et universitaire. Cette année, elle donne deux spectacles dans le Off, deux pièces américaines: Boxing shadows et cette Brève liaison. Ce qui a déterminé mon choix a été le nom de Francine Bergé, immense actrice qui a été dirigée par Maréchal, Barrault, Françon, Schiaretti… et qui pour moi est encore LA Lechy Elbernon de référence, autant dire une incarnation du pouvoir de l’acteur. Co-adaptatrice de la pièce, on peut penser que le projet lui tenait à cœur.

C’est une pièce new-yorkaise. Tout se passe dans une famille de juifs new-yorkais. Le père est mort, les enfants sont face au problème du grand âge de la mère, alors même que leur vie privée est chaotique. Cette mère bat-elle la campagne quand elle leur révèle par bribes la « brève liaison » qu’elle a eue il y a fort longtemps ? Elle aurait rencontré, en emmenant son fils à son cours d’alto, un homme, devenu son amant. Confidences gênantes pour les enfants, surtout quand l’identité de cet homme donne un caractère de scandale à cet amour adultère. Mais qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est forgé par l’imagination de la vieille dame, à l’aide de lectures et de souvenirs d’un événement historique ?

Très américaine, cette pièce, puisqu’elle mobilise des détails de l’affaire Rosenberg mal connus du public français (ce qui nécessite un rappel historique visiblement ajouté). Très américaine aussi dans son traitement des personnages, plus ou moins névrosés et très aptes à analyser leurs névroses. Un peu verbeuse, donc. L’auteur, Richard Greenberg, peu joué en France, sait néanmoins soutenir l’intérêt, le répartir entre les différents personnages, faire avancer la révélation, distiller des éléments qui en maintiennent l’ambiguïté, jusqu’à la phrase finale.

Isabelle Starkier la met en scène avec beaucoup d’habileté. Des accessoires manipulés dessinent les différents espaces, et évoquent sans lourdeur un parc, un cimetière, un Ehpad… Ce sont les lieux de la parole, car la pièce nous montre des personnages qui tous par la parole cherchent à dire leur vérité, comme s’il y avait urgence avant de mourir ou pour vivre mieux. Il faut des acteurs solides, et ils sont tous très bons. Sans jamais écraser ses partenaires, Francine Bergé, en plus, fascine. Comme dans L’Échange monté par Schiaretti, cette vieille grande dame aux cheveux coupés courts devient la féminité ensorcelante. Alors que les autres personnages sont un peu engoncés dans leurs costumes, Isabelle Starkier l’a vêtue d’un souple pyjama de satin rouge et on la fixe inlassablement, qu’elle soit immobile ou qu’elle danse, qu’elle parle ou qu’elle écoute et même quand elle est de dos, car tout en elle semble frémir et s’exprimer. Elle passe de l’amertume au sourire (ravageur !) ou au rêve avec un art consommé. J’ai encore sa voix dans l’oreille.

Même si cette pièce ne nous parle pas compètement, on remercie Isabelle Starkier de l’avoir montée, parce que Francine Bergé. ♥ ♥

#OFF23 – Une sale histoire

Critique d’Une sale histoire, de Benjamin Brenière, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre des Béliers
Avec Benjamin Brenière, Éric Herson Macarel, Leïlani Lemmet, Matyas Simon, mis en scène par Julie Cavanna

Une sale histoire a d’abord échappé à mon radar lors de mon épluchage de la programmation des Béliers et c’est finalement le nom de Eric Herson-Macarel qui a attiré mon regard ! J’ai jeté un rapide coup d’oeil à l’histoire : ça a pas l’air super gai, mais le festival foisonne d’intrigues sociales à ne plus savoir où donner de la tête, alors si je dois choisir, autant miser sur la distribution !

Histoire sociale, donc, inspirée de la nouvelle de Dostoïevski. On y suit Ivan Pralin, fils d’un grand patron, et directeur d’une de ses boîtes. Ses journées se suivent et se ressemblent. Il est ce qu’on pourrait appeler un manager appliqué. Le jour où il essaie d’être un peu plus que ça, le jour où il pense qu’il a enfin compris les règles du jeu, on lui annonce qu’il est remplacé. Et à partir de là, ça part un peu en cacahuètes.

En fait, je me suis trompée. Ce n’est pas le sujet d’être gai ou non. Évidemment, au niveau du fond, c’est vraiment une sale histoire. Il y a un vrai propos, et même, chose assez originale, une vraie ambiguïté. Personne n’est sauvé, tout le monde est pourri, mais alors dans quel camp se ranger (si tant est qu’il faille choisir un camp, évidemment) ? C’est une fable théâtrale qui propose sans donner de leçon. Drôle et politique à la fois.

Mais ce n’est pas un spectacle pesant. Au niveau de la forme, c’est ultra propre – ça c’était pour la blague, parce que propre, en matière de théâtre, c’est pas le meilleur compliment qui soit. C’est d’abord un peu déroutant. C’est un spectacle qui s’autorise plein de choses, et qui les réussit toutes. Au niveau de l’écriture, au niveau du rythme, des cassures, des répétitions. C’est fait avec finesse et intelligence, c’est percutant, le travail gestuel est incroyablement minutieux, et s’impose presque comme un autre langage dans cette histoire. C’est très original, c’est très visuel, c’est parfaitement dosé. Ça va parfois chercher du côté du burlesque pour compléter le tout. Et ça marche.

Une jolie prouesse. Et un nom à suivre : Benjamin Brenière. ♥ ♥ ♥