#OFF23 – Virginie & Paul

Critique de Virginie & Paul, de Jacques Mougenot, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre Essaïon
Avec Carole Deffit, Jacques Mougenot, Fabian Richard, accompagnés sur scène par Patrick Villanueva, Benoît Dunoyer De Segonzac, François Chambert

Celui-ci, j’ai failli le louper. Il avait échappé à ma vigilance lorsque je cherchais le nom des comédiens suivis dans le programme du OFF. Il faut dire que je ne m’attendais pas à y découvrir le nom de Fabian Richard, éternellement le meilleur Emcee de Cabaret à mes yeux. L’occasion aussi de découvrir enfin l’écriture de Jacques Mougenot, comédien très important pour moi puisqu’il faisait partie de la distribution du Doit-on le dire ? de Jean-Laurent Cochet que j’ai vu trois fois et qui a peut-être signé mon amour du théâtre à tout jamais… Bref, beaucoup trop de bonnes raisons de venir voir ce spectacle.

Si je tentais de vous résumer le spectacle, je ferais sûrement une erreur. On me l’aurait pitché, je ne sais pas si j’aurais signée. C’est une pièce très originale, quelque part entre Jacques Demy et du vaudeville, légère, fantaisiste, un peu décalée, et drôle, surtout. Une histoire un peu random qui se base sur des comiques de situation à l’infini. Des Paul et des Virginie qui surgissent de partout. Pour notre plus grand plaisir.

On serait tenté de se dire au début : « encore du théâtre dans le théâtre… ». Mais la pensée disparaît presque aussitôt. Il y a une manière si subtile de jouer avec cette convention qu’on s’en amuse presque, un équilibre absolu entre les apartés faits pendant ces répétitions, le suspens lié à l’histoire, et les chansons qui ponctuent le tout. Ça swing sur le plateau avec trois musiciens live et cette ambiance jazzy semble se répandre progressivement dans la salle et entraîne les spectateurs dans un sentiment d’allégresse généralisé.

J’avais donc sélectionné ce spectacle pour Fabian Richard et Jacques Mougenot. Et le mieux dans tout ça, vous savez ce que c’est ? C’est cette chose merveilleuse au théâtre qui est de découvrir quelqu’un. C’est qu’au milieu de ces deux artistes de talent que j’admirais déjà, il y avait Carole Deffit, que je découvrais, et qui s’est révélée être une lumière absolue dans ce spectacle. Elle a tout pour elle : elle rayonne sur le plateau, son sourire est un enchantement, sa voix est magique. Je suis tombée complètement sous le charme.

Une délicieuse fantaisie, coup de coeur de cette édition 2023 ! ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Histoire de baiser(s)

Critique de Histoire de baiser(s), d’après Fabien Vehlmann, vu le 10 juillet 2023 au Théâtre des Barriques
Avec Gabriel Arbessier Cadot, Thomas Ailhaud, Lorette Ducornoy, Anaïs Robbe, Léa Schwartz, mis en scène par Camille Plazar

C’est devenu une tradition (depuis l’année dernière, ok, mais il faut bien un début à tout) : découvrir la nouvelle création de la compagnie Tout le monde n’est pas normal. J’ai de la chance en plus : cette année on y abordera le sujet si touchy si tabou mais surtout si passionnant de la sexualité !

C’est le deuxième spectacle de mon festival qui me prend un peu par surprise en s’approchant du théâtre documentaire et qui m’embarque quand même avec lui. Histoire de baiser(s) se présente comme une succession de témoignages issus de l’Herbier Sauvage de Fabien Vehlmann. On y parle masturbation, couple libre, fantasme, orgasme, rapport au corps et à l’autre, entre autres. On s’y révèle un peu.

J’adore parler de sexe. J’en parle très librement et je pense que c’est aussi en racontant et en écoutant les histoires des autres qu’on évolue et qu’on s’ouvre sur le sujet. Autant vous dire qu’avec Histoire de baiser(s), j’ai été servie sur un plateau ! Je ne m’attendais pas à ce format, à la fois différent du Dépôt amoureux mais avec une patte commune, des atmosphères qui se dessinent facilement, des personnages qui semblent se découvrir à eux-même et au monde. On s’approche un peu du théâtre documentaire. Et ça fonctionne à merveille. Les textes sont bien choisis, parfaitement équilibrés, existent réellement sur le plateau.

A travers les différents témoignages, c’est un monde qui s’offre à nous. C’est fait avec beaucoup de sobriété. On aurait presque envie de dire sans intention. Sans autre intention en tout cas que de faire vivre cette multitude sexuelle sans jamais la juger. Faire vivre le trop autant que le trop peu, le désir autant que son absence, la normalité au côté de l’anormalité. Les témoignages sont incarnés avec simplicité, défendus de manière quasi-organique. On découvre des personnages différents, tous sont dessinés, mais avec une subjectivité toute objective. Pas de provocation. Pas de voyeurisme. Pas de jugement. Pas de vulgarité. Juste la merveilleuse école de la diversité.

Un moment libre, ouvert, à la fois intime et universel. ♥ ♥

#OFF23 – La voix d’or

Critique de La voix d’or, d’Eric Bu et Thibaud Houdinière, vu le 10 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Sandrine Seubille, Élodie Menant, Grégory Benchenafi, Marc Citti, Benjamin Egner, et Charlie Fargialla, mis en scène par Eric Bu

A l’annonce de La voix d’or, je ne vais pas vous mentir, j’étais hyper emballée. Je suis Marc Citti depuis des années, j’adore Grégory Benchenafi, je commence à croiser souvent Elodie Menant et Charlie Fargialla sur les plateaux pour mon plus grand bonheur, et surtout, surtout, surtout, c’était un spectacle musical ! Sur le papier, une jolie promesse, donc. Franchement, j’en attendais tellement, que je ne pouvais qu’être déçue.

La voix d’or est une fresque familiale (basée sur l’histoire des grands-parents de Thibaut Houdinière – qui coécrit la pièce) : Charles Gentes et Christine Vercel, vedettes de la chanson d’après-guerre, qui ont vécu une histoire d’amour tumultueuse, nourrie autant de passion que de jalousie. Leur histoire va se mettre en scène sous nos yeux, à travers les yeux d’un auteur en panne d’inspiration.

On pourrait se dire que c’est facile la chanson. Surtout pour moi. Je suis bonne cliente. Un comédien qui se met à chanter sur scène et hop mes yeux font des coeurs. Mais ce n’est pas juste ça. Ce n’est pas juste un spectacle musical avec les chansons qui vont bien. C’est un spectacle ultra bien fichu, ultra bien pensé, ultra bien équilibré et surtout plein de surprises. Je pensais que je savais ce que j’allais voir, et ils m’ont fait le meilleur des cadeaux : ils m’ont étonnée.

Je ne sais pas comment ils ont fait. Pourtant je le connais le truc de l’auteur qui invente sa pièce au fur et à mesure et la voilà qui se construit sous les yeux des spectateurs. Ce n’est pas révolutionnaire et pourtant ici il y a une touche en plus. Un petit je ne sais quoi d’inventif qui fait que ce spectacle sort du lot. C’est peut-être cette manière de mêler la réalité à la fiction, simplement en petites touches, qui permet de surprendre le spectateur à chaque fois. Ou ces chansons si différentes qui se mêlent sans jamais se finir vraiment, créant un foisonnement et un renouvellement constant.

Ou c’est peut-être Marc Citti. Je connais bien le jeu de Marc Citti, ça fait un bout de temps que je le suis. Mais là je vais manquer de superlatifs. Il est un maître de cérémonie absolument exceptionnel. Il mène la danse avec une énergie folle, touchant, drôle, exaltant, et surtout incroyablement généreux. Son Claude François est magique, son Jean Nohain est brillant. Et comme si ça ne suffisait pas, il est un chef d’orchestre qui met en valeur ses partenaires. Benjamin Egner est la face de cette pile électrique, le yang du yin qu’est Marc Citti, et le complète à merveille, tempérant la tempête par une attitude qui se veut calme, parfois fiévreuse, probablement un peu dépassé. Sandrine Seubille, dont je découvre avec bonheur la merveilleuse voix, apporte une jolie complexité à ce personnage de grand-mère. Gregory Benchenafi, que je retrouve sur scène, était le meilleur choix pour incarner ce rôle, avec ses yeux qui semblent voir au-delà de ce qu’ils regardent et cette gueule d’ange qui soudain devient démon. Charlie Fargialla dégage avec beaucoup d’humanité la leçon de résilience de cette histoire. Elodie Menant apporte une touche de douceur bienvenue dans cet ensemble. Tous sont formidables. Ils donnent tant qu’on en devient boulimiques et qu’on en voudrait encore. Bravo !

Un spectacle qui mérite une médaille d’or. Sertie de diamants. Et doublée de platine. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Dolorès

Critique de Dolorès, de Yann Guillon et Stéphane Laporte, vu le 8 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Olivier Sitruk, François Feroleto, Joséphine Thoby, Sharon Sultan, Ruben Molina, Cristo Cortes, Dani Barba, mis en scène par Virginie Lemoine

C’est pour Olivier Sitruk que j’ai d’abord choisi ce spectacle. Mais aussi pour cette affiche qui m’avait tapée dans l’oeil. J’ai été un peu brave, il faut le dire. J’aime beaucoup l’affiche de Dolorès, mais je ne l’ai pas suffisamment regardée, peut-être trop happée par ces deux danseurs au centre. Quand je suis arrivée, je croyais venir pour légèreté et divertissement. Je n’avais pas bien observé le dessin dans son ensemble. J’aurais pu y voir quelques indices sur l’histoire qui allait se jouer sous mes yeux.

Si on regarde bien, autour des danseurs, c’est la guerre. La seconde guerre mondiale, pour être exact. Sylvin Rubinstein, ancien danseur de flamenco, raconte son histoire. Il raconte le succès du couple qu’il formait à la scène avec sa soeur jumelle, Maria, il raconte la guerre, le ghetto de Varsovie, leur séparation forcée, puis son entrée dans la résistance. Il raconte plus encore, mais ce serait dommage de divulgâcher…

J’étais venue pour de la légèreté, et ce n’est pas ce que j’ai eu. Mais je n’ai pas craché dans la soupe. Parce que ce Dolorès m’a saisie dès les premiers instants. Olivier Sitruk est posé au comptoir. Il raconte son histoire. On le reconnaît, mais son corps est changé. Je me laisse prendre au piège. Lorsqu’il entre dans sa propre récit, lorsqu’il se met à incarner son propre rôle des années plus tôt, il bondit hors de son siège et se transforme du tout au tout en un seul saut. Et impulse une énergie particulière toute propre à ce spectacle.

Car il a quand même quelque chose d’étonnant, ce spectacle. Moi qui en ai marre des nazis (au théâtre surtout, mais en général aussi, entendons-nous bien), j’ai trouvé que, pour une fois, on abordait la période sous un angle un peu différent, un peu nouveau. L’histoire est originale, et la scénographie aussi. Le spectacle se déroule dans une ambiance très sombre, et parvient malgré tout à créer de belles atmosphères grâce à des lumières magnifiques et subtiles. C’est une prouesse technique qui devient un véritable partenaire des comédiens, accentuant leur présence, leur influence, leurs émotions.

Et qui met également en valeur les danseurs, évidemment. La belle idée de Virginie Lemoine, c’est sans doute de n’avoir pas abusé du flamenco. Les moments dansés sont rares, et donc précieux. Ils captivent. Ils ne sont pas un prétexte, ils habillent réellement cette histoire. Une intelligence qui est présente à tout niveau : scène, jeu, rythme, partition, tout est minutieux, harmonieux, sincère.

Un bel hommage aux frère et soeur Rubinstein. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse

Critique d’Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse, de Pierre Notte, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre de la Reine Blanche
Avec Pierre Notte et Benoît Giros, mis en scène par Benoît Giros

C’est un peu la tradition. Chaque année, je vais découvrir le spectacle dans lequel joue Benoît Giros, et j’ai l’impression que chaque année, j’y retrouve Pierre Notte. Et c’est un peu un comble, parce que j’ai beaucoup de mal avec le travail de Pierre Notte depuis quelques spectacles. Alors chaque année, je sors déçue. C’est un running gag, en quelque sorte.

Je suis bien embêtée pour parler de ce spectacle. Je peux dire qu’il signe ma réconciliation avec Pierre Notte. Je peux dire qu’on y parle de sexe. Je peux dire qu’on y parle de solitude. Je peux dire qu’on y évite soigneusement les émotions. Je peux dire qu’il y a un semblant d’histoire, avec des dialogues, des vrais dialogues qui sont des échanges entre deux personnages et pas juste des concepts. Je peux dire qu’on rit, qu’on rit beaucoup, que c’est légèrement absurde, que ça ne ressemble à rien. Je peux dire que la complicité entre les deux comédiens est visible sur scène mais n’entache en rien la relation entre les deux personnages. Je peux dire que la progression de la pièce est habile, maligne, subtile. Je peux dire que le sujet est bien choisi, même si ce n’est finalement pas le sujet. Je peux dire qu’on y retrouve les tics de Pierre Notte qui ne peut s’empêcher d’intervenir dans sa propre pièce pour s’auto-commenter, mais qu’ils s’insèrent bien dans cette étrange chose qu’est Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse.

Je peux dire que j’ai passé un bon moment. ♥ ♥

#OFF23 – Le Huitième Ciel

Critique du Huitième Ciel, de Jean-Philippe Daguerre, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Florence Pernel, Bernard Malaka, Charlotte Matzneff, Marc Siemiaticky, Antoine Guiraud, Tanguy Vrignault, mis en scène par Jean-Philippe Daguerre

J’avais été complètement marquée par Adieu Monsieur Haffmann. Je l’ai vu en 2016, quand Jean-Philippe Daguerre était un quasi-inconnu. Je suivais Grégori Baquet et j’avais donc découvert ce spectacle parmi les premiers. J’avais vraiment pris une claque. J’en ai encore des souvenirs aujourd’hui. Je m’étais un peu refusée à revoir une de ses créations jusqu’ici. Peur de faire de l’ombre au souvenir. Mais bon, mon activité mêlée à la présence de Bernard Malaka sur scène ont eu raison de mes principes à la con. Et donc c’est parti pour Huitième Ciel.

Agnès Duval prend sa retraite. Après avoir construit des buildings dans 27 pays d’Europe, cette cheffe d’entreprise commence une nouvelle vie. Elle passe très brusquement d’une vie bien trop remplie à une vie bien trop normale. Son couple s’y perd un peu. Elle cherche à se trouver, ou à se retrouver. Et accepte un peu par hasard d’ouvrir son chez elle à des sans papiers géorgiens…

On va commencer par le négatif. La petite déception. C’est le jeu, je prenais le risque, je le savais. Je n’ai pas été captivée comme pour Haffmann. J’ai regardé le spectacle avec intérêt, mais une partie de mon esprit continuait d’être disponible. Donc, en dehors. Je me demande où ça va. Je ne peux pas dire que je m’ennuie, ce n’est pas le cas. Je suis l’histoire et je me demande ce qu’il va se passer après. Mais je ne suis pas hypnotisée par ce qui se passe sur scène.

Jean-Philippe Daguerre n’a pas peur de l’invraisemblable. C’est peut-être sa marque de fabrique. Haffmann l’était, mais on était tellement pris qu’on n’avait pas le temps de se poser la question. Là, on a quand même un peu le temps. Le sujet serait-il trop artificiel ? Il y a cette histoire de couple, cette histoire de rapport mère-fille, cette histoire de rapport aux migrants, et c’est comme si ces différents éléments ne s’imbriquaient pas vraiment. Ça manque de menace. Ça manque d’urgence.

Ça, c’est La Mordue un peu déçue. La Mordue qui aurait eu envie de revivre ce moment d’exception si rare au théâtre. Mais je serais injuste si je ne relevais pas aussi les qualités de ce spectacle. Car il en a. Il en a au moins six, ils sont sur le plateau, et ils défendent ce texte avec brio. Elle est peut-être là, l’urgence. Florence Pernel porte le spectacle avec une sincérité absolue. Le rôle semble écrit pour elle. Son engagement est palpable. Bernard Malaka, qui incarne son mari, est tout aussi impressionnant. Alors oui, je suis un peu amoureuse de lui, c’est vrai, mais quand même. Je ne sais pas qui résisterait à sa voix, cette voix d’une douceur infinie qui peut rendre une annonce de séparation tellement humaine. Cette manière de répondre à ses partenaires comme s’il poursuivait leurs phrases, ou plutôt leurs pensées, est toujours un régal de spectateur. Tous suivent cette excellence. Et permettent au spectateur de passer un bon moment.

Je ne sais pas si c’est le huitième ciel, mais c’est quand même un bon coup ! ♥ ♥

#OFF23 – Mata Hari

Critique de Mata Hari, de Marc Fayet, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre des Béliers Parisiens
Avec Ariane Mourier, Olivier Claverie, Bruno Paviot, Maud Le Guenedal, mis en scène par Delphine Piard

Encore un spectacle chiné chez Les Béliers dont le cru 2023 me paraît particulièrement savoureux ! C’est d’abord le nom de Marc Fayet qui m’a sauté aux yeux, mais c’est en réalité presque toute la distribution qu’on connaît et qu’on retrouve régulièrement sur les planches depuis des années, donc je suis confiante. De Mata Hari, je ne connais rien. Pour moi, c’est une chanson de l’Impératrice, et je sais vaguement qu’il y avait une histoire d’espionnage dans l’affaire. Voilà tout mon équipement avant le début du spectacle…

C’est drôle parce que je suis venue dans ce même endroit l’année dernière pour découvrir un biopic dont je n’attendais pas grand chose et j’avais été complètement happée. Glenn naissance d’un prodige n’avait pourtant rien de particulièrement original. Mais voilà, pendant le spectacle, quelque chose se passait. C’est tout ce qui manque à Mata Hari. De Glenn, on a envie de dire que c’était classique. De Mata Hari, on a envie de dire que c’était vieillot.

Pourtant, le sujet avait de quoi intéresser. Cette femme semble avoir eu une vie suffisamment riche pour en faire une pièce de théâtre. Et en même temps, peut-être que tous les mystères qui entourent encore sa vie sont trop lourds pour vraiment parvenir à dire quelque chose d’elle qui soit suffisamment tangible pour tenir le spectateur en haleine. Je n’ai rien de particulier à reprocher au spectacle. Si on regarde grossièrement, il pourrait ressembler à Glenn. Il manque peut-être un peu de rythme, un peu de simplicité, un peu d’âme. Le parcours de Mata Hari est complexe et les flash back participent à le rendre encore plus confus. Le jeu des comédiens n’est pas en cause. Ils défendent leurs personnages avec sincérité, mais comment dessiner des personnages d’une vie si mystérieuse ? Ils sont parfois un peu artificiels. Et moi, je reste à côté.

Dommage. ♥

#OFF23 – L’Exercice du super-héros

Critique de L’exercice du super-héros, de Sébastien Nivault et Martin Grandperret, vu le 9 juillet 2023 à La Factory
Avec Sébastien Nivault et Martin Grandperret, mis en scène par Emmanuel Vérité

J’ai aimé cette affiche. Le titre m’a interpelée et le pitch m’a plu. Je me sens complètement concernée par le sujet. Je crois qu’il ne se passe pas un jour sans que je me demande si je suis devenue la personne que je voulais être. Alors si je peux en plus trouver des réponses à mes questions, je prends !

Sébastien et Martin sont respectivement comédien et danseur, ils ont animé des ateliers dans des lycées. Ils racontent un an d’atelier dans un lycée de Corbeil-Essonnes. Ils interrogent les personnes que l’on est, à 17 ans, les rêves qui se dessinent, la vie qui s’ouvre devant soi.

En fait, je n’avais pas du tout en tête que le spectacle allait prendre cette forme, comme une restitution, du théâtre documentaire en quelque sorte. Je ne sais pas vraiment si j’aime le théâtre documentaire. Sans doute pas tant que ça, parce que mon premier réflexe, face à cette forme, a quand même été une petite pointe de déception. Je pense qu’il faut bien choisir son sujet. Et je crois que j’ai bien choisi mon sujet.

Je me suis toujours beaucoup intéressée aux ateliers artistiques. Quand je travaillais dans un théâtre, tout ce qui tournait autour de l’EAC, l’Éducation Artistique et Culturelle, me passionnait. C’est sûrement pour ça que je suis facilement rentrée dans ce spectacle. Mais pas seulement. Parce qu’une fois qu’on a accepté cette forme un peu différente de toutes les fictions qu’on avait enchaînées jusque-là, il faut bien reconnaître que ces artistes nous emportent dans leur histoire. On s’attache à leurs élèves, à ce Patrick qui devient l’un des protagonistes et qu’on espère tellement voir réussir.

Et, petit à petit, ces moments qu’ils nous restituent se mettent à devenir une vraie histoire. Une vraie petite fiction. Ils le mettent réellement en scène, ce théâtre qui sauve. Ce théâtre qui libère. Qui permet de s’évader, de s’exprimer, d’être soi. Et quelque chose passe. Parce que c’est ça aussi, le théâtre. C’est transmettre du plateau au spectateur. Et eux, ils transmettent. Ils font passer. Ce sont des passeurs. Leur envie en tant que prof, leur rage, leurs moments de craquage, les bras qui se baissent, les petits abandons. Eux aussi sont des super héros.

Et à la fin de l’envoi, ils touchent. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Rose et Massimo

Critique de Rose et Massimo, de Félix Radu, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre du Girasole
Avec Lou Noérie, Félix Radu, Hugo Lebreton et Lionel Nocentini, mis en scène par Alain Sachs

C’est un spectacle qui a commencé à faire du bruit avant même le début du Festival. Les posts de Félix Radu sur les réseaux sociaux n’y étaient pas pour rien : il y révélait quelques uns des mots d’amour de Massimo à Rose, et ça donnait envie. Ça faisait un peu peur, parce que c’était peut-être un peu dégoulinant, mais en même temps, c’est aussi ça qu’on aime dans les spectacles qui parlent d’amour et je me suis dit qu’il y avait un monde où ce petit génie des Mots s’improsent arrivait à tirer les larmes de mon petit coeur d’hypersensible.

Je crois que j’aurais préféré que ça dégouline. Que ça soit envahi de mots d’amour niais, de romantisme de livre de gare et de bons sentiments. J’aurais préféré parce que je peux être cliente de ça. J’aime les histoires d’amour. C’est mon côté fleur bleue. Mais je me suis un peu sentie un peu flouée, en fait. C’est comme si tous les mots d’amour, je les avais déjà entendus dans le post de Félix Radu. Et on est vite arrivé à un problème : les seuls scènes intéressantes sont les scènes entre les deux amoureux. Et il y en a finalement assez peu.

Rose et Massimo tombent amoureux au premier regard, ou presque. Elle est une princesse promise à un prince, il est un quidam arrivé là par le fruit du hasard. Il reviendra tous les jours pour la voir et lui parler. Ils voudront s’enfuir pour défier le destin et pouvoir vivre leur amour quelque part où rien ne leur interdit. Bref, une comédie romantique prometteuse, finalement.

Mais quelque chose ne prend pas. Tout ce qui entoure les rencontres amoureuses manque d’intérêt. Comme s’il s’était surtout concentré sur l’histoire d’amour et que le reste servait à l’habiller mais qu’il n’avait pas choisi les bons vêtements. Toute l’action autour peine à exister. Les révélations et autres rebondissements tombent à plat. On s’ennuie un peu et l’émotion se fait peu à peu la malle. C’est dommage, d’autant que Félix Radu, qu’on savait bon artisan des mots, se révèle aussi un excellent comédien. Tant pis, on réessaiera la prochaine fois.

Déçue…

#OFF23 – Viril(e•s)

Critique de Viril(e•s), de Marie Mahé, vu le 7 juillet 2023 au 11 Avignon
Avec Deborah Dozoul, Mégane Ferrat, Capucine Gourmelon, Ilyes Hamadi Chassin, Sofia Harmouni, mises en scène par Marie Mahé

Je me souviens avoir ri en disant à un ami que je voyais mon premier spectacle woke du festival. Je me souviens qu’on s’est un peu pris la tête juste avant le spectacle. Et je me souviens que quand Sofia Harmouni est entrée sur le plateau, j’ai oublié le reste du monde. Parce qu’elle s’est mise à danser et que rien d’autre n’existait que ça. Et j’ai su que ce spectacle serait à part.

J’étais pas loin quand je parlais d’un spectacle woke. Ce sont des sujets qu’on n’abordait pas il y a encore quelques années. On y parle de féminité, de virilité, des codes, d’une société qui a du mal à changer mais qui essaie. On y parle de choses qui me touchent particulièrement, parce que je sais ce que c’est d’être un garçon manqué et de se l’entendre dire.

Mais je ne veux pas que woke soit l’unique qualificatif de ce spectacle. Parce que je suis persuadée que tout le monde peut s’y retrouver. C’est avant tout un spectacle libre. Un spectacle drôle. Un spectacle quelque part entre une cour de collège et un documentaire Arte. Parce qu’on y vit des choses vraies et qu’on y dit des choses intelligentes. Et parce que c’est juste une bombe, en fait.

Il y a dans ce spectacle une vitalité, une énergie, une rage dingue. Il y a une nécessité absolue de dire et d’être au monde. La scène est la pour s’exprimer. Pour se trouver. Pour se révéler. Et pour défier quiconque de dire qu’on n’y a pas sa place. Ces filles sont extraordinaires. D’authenticité, de naturelle, de niaque. Elles sont puissantes et belles. Elles m’ont bêtement rendue fière. Et elles m’ont donné de la force. La force de ne pas baisser les yeux, de me chercher encore plus, de m’accepter et de m’aimer davantage. Et de continuer à niquer le game.

Bravo les meufs. Et merci pour ce premier gros coup de coeur du Festival. ♥ ♥ ♥