#OFF23 – Pauline & Carton

Critique de Pauline & Carton, d’après les textes de Pauline Carton adaptés par Virginie Berling, Christine Murillo et Charles Tordjman, vu le 12 juillet 2023 à la Scala Provence
Avec Christine Murillo, mise en scène par Charles Tordjman

Je ne sais rien de Pauline Carton. Je n’avais même jamais entendu ce nom avant de découvrir ce spectacle. Par contre, je sais que j’adore Christine Murillo. Et que ça me suffit pour savoir que je vais adorer Pauline & Carton.

Il n’y a rien, ou presque rien. Une table, une chaise, un carton qui aura été déposé au début du spectacle, et une comédienne qui lit et dit les souvenirs de Pauline Carton. Ce sont des anecdotes, des extraits de vie avec ces artistes qu’elle a croisés, Sacha Guitry en tête mais également Jean Marais ou encore Michel Simon. Rien de très substantiel. Rien d’essentiel. Et pourtant.

Christine Murillo est géniale. On aurait envie de s’arrêter là. Je ne sais pas à quel point sa composition est fidèle au personnage, je sais juste qu’elle propose une vraie incarnation. Dans un sens, ça change des seuls en scène où le comédien cherche la performance en dessinant tous les personnages de son récit, parfois jusqu’à la caricature. On est venu là pour rencontrer Pauline Carton, et pas à un moment elle n’abandonnera ce rôle. Même les personnages qu’elle convoque, elle les joue à travers Pauline Carton. Elle joue Pauline Carton interprétant ces différentes figures. Sans appui. Sans effet. Ce spectacle semble n’avoir d’autre objectif qu’un partage presque banal avec le public, sans désir particulier de plaire, de faire le show, de s’illustrer.

Je pense que les deux comédiennes partagent un talent comique indéniable, presque inné. Christine Murillo sait faire rire, avec ce visage pâte à modeler qui se modèle et se remodèle en permanence, de grimaces en imitations. Et quand elle-même se met à rire, c’est contagieux. Je ne connais pas Pauline Carton. Je n’ai pas les références. Mais comme toute la salle, je ris. Je passe peut-être à côté de certaines blagues mais l’essentiel n’est pas là. Tout est dans le rapport avec le public. C’est un moment à la fois léger et très humain. Elle raconte, sans jamais appuyer, sans relever une anecdote plus haute qu’une autre. C’est une vie à la fois riche et tellement simple. Ce spectacle lui ressemble. Modeste et tellement généreux.

Les anecdotes seront peut-être vite oubliées. Mais l’atmosphère, l’humain, l’âme, elle, restera. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Porn for the blind

Critique de Porn for the Blind, de Victorien Robert, vu le 14 juillet au Théâtre des Béliers
Avec Lison Pennec, Xavier Martel, Victorien Robert, mis en scène par Victorien Robert

Porn for the blind. J’ai d’abord cru que c’était un spectacle théorique, le genre de truc où « l’artiste a testé pour vous… » et raconte (il y en a un dans le style au Train Bleu, Camgirl chronicles, pour les intéressés). Intriguée par le titre, attirée par l’affiche, je me suis finalement penchée sur le résumé du spectacle. Franchement, je suis très curieuse. Et heureuse à l’idée d’y retrouver Lison Pennec !

Porn for the blind, c’est le nom de la boîte dans laquelle postule Eva pour essayer de retrouver cet homme aveugle qu’elle a seulement croisé et dont elle ne sait rien, sinon sa cécité. Comment faire pour retrouver quelqu’un sur qui on n’a aucune info ? Qu’est-ce qui relie tous les hommes trentenaires entre eux ? Le porno, sans doute. Or quand on est aveugle, le porno, ça s’écoute. Et il faut bien des gens pour le raconter. C’est peut-être par là qu’elle le retrouvera.

Bon, entre nous, je ne sais pas s’ils ont choisi le bon titre. Il ne rend pas hommage au spectacle. A l’originalité, à la douceur, à l’humour qui se cache derrière. Porn for the blind, c’est avant tout une histoire d’amour. Et c’est malin. Parce que c’est assez inattendu. Et parce qu’elle est très jolie, cette histoire d’amour. Elle est bien écrite, pleine de tendresse, étonnante. Elle est presque vouée à l’échec, mais elle est racontée avec tellement d’espoir, tellement de sincérité et de sensibilité par Lison Pennec qu’on se retrouve à y croire. A l’espérer.

Et elle permet de faire entendre pas mal de choses, cette histoire. C’est malin de juxtaposer ainsi le romantisme et la crudité du porno, et de ce qu’il peut impliquer. On ne se rend pas forcément compte, mais au milieu de la fiction, quelque chose passe. Par l’humour, d’abord : les scènes de description des films porno sont évidemment drôles parce que tellement indigestes. On a beau connaître cette industrie, c’est peut-être plus marquant à écouter qu’à voir. L’idée fonctionne bien – et la merveilleuse voix de la comédienne n’y est pas pour rien – et ne flirte à aucun moment avec la vulgarité.

Mais aussi par des éléments plus durs, des histoires parallèles bien dosées – il n’en fallait pas plus – qui viennent s’intercaler de manière presque hachée avec la vision poétique presque idéaliste du personnage d’Eva. Ce n’est pas agréable, et on se réfugie rapidement dans l’échappatoire bienvenue qui nous est proposée et qui devient une idée évidente, un avenir tout tracé. Et on en vient à se demander ce qu’attend cette industrie pour se transformer. Malin, on vous avait dit.

Un bien joli spectacle, qui appuie délicatement sur le coeur tout en soufflant dans le cerveau. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Notre petit Cabaret

Critique de Notre petit cabaret, de Béatrice Agenin et Émilie Bouchereau, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre des Gémeaux
Avec Béatrice Agenin et Émilie Bouchereau

Je n’avais pas réussi à le caser dans l’agenda l’année dernière, cette année fut la bonne ! Toujours dans ma quête de spectacle musical, c’est évidemment le nom de Béatrice Agenin qui a attiré mon oeil sur celui-ci. La réunion de la mère et la fille, sur scène, pour chanter ce qui leur tient à coeur, c’est quelque chose qui me parle. Une fantaisie qui m’interroge.

La première chose qui me vient en tête, c’est cette image, probablement un peu nostalgique, de ces spectacles qu’on fabriquait, enfants, entre nous, et qu’on présentait aux parents à la fin des vacances. C’est fait dans le plus grand des sérieux et dans la plus grande joie. On s’amuse, mais on y met tout son coeur. C’est sincère et pétillant, joli, un peu naïf, parfois coquin, mais surtout plein d’insouciance.

Et puis il y a cette chose en plus. Une certaine complicité sur scène. Des souvenirs qu’on sait partagés. Vécus. Qui jusque-là n’existaient que dans le coeur des deux artistes et qu’elles nous livrent avec pudeur. J’ai été aussi heureuse d’y retrouver Béatrice Agenin que d’y découvrir Emilie Bouchereau. Elles ne se marchent pas sur les pieds, se laissent la place, sont complémentaires. On prend autant de plaisir à écouter des tubes de la chanson française que des chansons originales. L’univers d’Emilie Bouchereau est très chouette, très rock, très entraînant. Sa voix est superbe. Je suivrai son parcours avec grand plaisir.

Et le théâtre est là, aussi. Dans les textes comme dans les anecdotes. Et même dans certaines chansons, où je retrouve l’un de mes plus grands plaisirs de spectatrice : écouter une comédienne qui chante. Car elle ne chante pas. Elle vit.

Un très chouette moment de chanson, de théâtre, et de douceur. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – La brève liaison de maman

Critique de La brève liaison de maman, de Richard Greenberg, texte adapté par Francine Bergé, Franck Pelabon et Éric Sannier, vu le 11 juillet au Théâtre du Petit Louvre
Avec Frédéric Andrau, Francine Bergé, Anne Le Guernec et Jean-Jacques Vanier, mis en scène par Isabelle Starkier

Par Complice de MDT

Cela fait longtemps que j’avais envie de découvrir le travail d’Isabelle Starkier, metteuse en scène et universitaire. Cette année, elle donne deux spectacles dans le Off, deux pièces américaines: Boxing shadows et cette Brève liaison. Ce qui a déterminé mon choix a été le nom de Francine Bergé, immense actrice qui a été dirigée par Maréchal, Barrault, Françon, Schiaretti… et qui pour moi est encore LA Lechy Elbernon de référence, autant dire une incarnation du pouvoir de l’acteur. Co-adaptatrice de la pièce, on peut penser que le projet lui tenait à cœur.

C’est une pièce new-yorkaise. Tout se passe dans une famille de juifs new-yorkais. Le père est mort, les enfants sont face au problème du grand âge de la mère, alors même que leur vie privée est chaotique. Cette mère bat-elle la campagne quand elle leur révèle par bribes la « brève liaison » qu’elle a eue il y a fort longtemps ? Elle aurait rencontré, en emmenant son fils à son cours d’alto, un homme, devenu son amant. Confidences gênantes pour les enfants, surtout quand l’identité de cet homme donne un caractère de scandale à cet amour adultère. Mais qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est forgé par l’imagination de la vieille dame, à l’aide de lectures et de souvenirs d’un événement historique ?

Très américaine, cette pièce, puisqu’elle mobilise des détails de l’affaire Rosenberg mal connus du public français (ce qui nécessite un rappel historique visiblement ajouté). Très américaine aussi dans son traitement des personnages, plus ou moins névrosés et très aptes à analyser leurs névroses. Un peu verbeuse, donc. L’auteur, Richard Greenberg, peu joué en France, sait néanmoins soutenir l’intérêt, le répartir entre les différents personnages, faire avancer la révélation, distiller des éléments qui en maintiennent l’ambiguïté, jusqu’à la phrase finale.

Isabelle Starkier la met en scène avec beaucoup d’habileté. Des accessoires manipulés dessinent les différents espaces, et évoquent sans lourdeur un parc, un cimetière, un Ehpad… Ce sont les lieux de la parole, car la pièce nous montre des personnages qui tous par la parole cherchent à dire leur vérité, comme s’il y avait urgence avant de mourir ou pour vivre mieux. Il faut des acteurs solides, et ils sont tous très bons. Sans jamais écraser ses partenaires, Francine Bergé, en plus, fascine. Comme dans L’Échange monté par Schiaretti, cette vieille grande dame aux cheveux coupés courts devient la féminité ensorcelante. Alors que les autres personnages sont un peu engoncés dans leurs costumes, Isabelle Starkier l’a vêtue d’un souple pyjama de satin rouge et on la fixe inlassablement, qu’elle soit immobile ou qu’elle danse, qu’elle parle ou qu’elle écoute et même quand elle est de dos, car tout en elle semble frémir et s’exprimer. Elle passe de l’amertume au sourire (ravageur !) ou au rêve avec un art consommé. J’ai encore sa voix dans l’oreille.

Même si cette pièce ne nous parle pas compètement, on remercie Isabelle Starkier de l’avoir montée, parce que Francine Bergé. ♥ ♥

#OFF23 – Une sale histoire

Critique d’Une sale histoire, de Benjamin Brenière, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre des Béliers
Avec Benjamin Brenière, Éric Herson Macarel, Leïlani Lemmet, Matyas Simon, mis en scène par Julie Cavanna

Une sale histoire a d’abord échappé à mon radar lors de mon épluchage de la programmation des Béliers et c’est finalement le nom de Eric Herson-Macarel qui a attiré mon regard ! J’ai jeté un rapide coup d’oeil à l’histoire : ça a pas l’air super gai, mais le festival foisonne d’intrigues sociales à ne plus savoir où donner de la tête, alors si je dois choisir, autant miser sur la distribution !

Histoire sociale, donc, inspirée de la nouvelle de Dostoïevski. On y suit Ivan Pralin, fils d’un grand patron, et directeur d’une de ses boîtes. Ses journées se suivent et se ressemblent. Il est ce qu’on pourrait appeler un manager appliqué. Le jour où il essaie d’être un peu plus que ça, le jour où il pense qu’il a enfin compris les règles du jeu, on lui annonce qu’il est remplacé. Et à partir de là, ça part un peu en cacahuètes.

En fait, je me suis trompée. Ce n’est pas le sujet d’être gai ou non. Évidemment, au niveau du fond, c’est vraiment une sale histoire. Il y a un vrai propos, et même, chose assez originale, une vraie ambiguïté. Personne n’est sauvé, tout le monde est pourri, mais alors dans quel camp se ranger (si tant est qu’il faille choisir un camp, évidemment) ? C’est une fable théâtrale qui propose sans donner de leçon. Drôle et politique à la fois.

Mais ce n’est pas un spectacle pesant. Au niveau de la forme, c’est ultra propre – ça c’était pour la blague, parce que propre, en matière de théâtre, c’est pas le meilleur compliment qui soit. C’est d’abord un peu déroutant. C’est un spectacle qui s’autorise plein de choses, et qui les réussit toutes. Au niveau de l’écriture, au niveau du rythme, des cassures, des répétitions. C’est fait avec finesse et intelligence, c’est percutant, le travail gestuel est incroyablement minutieux, et s’impose presque comme un autre langage dans cette histoire. C’est très original, c’est très visuel, c’est parfaitement dosé. Ça va parfois chercher du côté du burlesque pour compléter le tout. Et ça marche.

Une jolie prouesse. Et un nom à suivre : Benjamin Brenière. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Virginie & Paul

Critique de Virginie & Paul, de Jacques Mougenot, vu le 11 juillet 2023 au Théâtre Essaïon
Avec Carole Deffit, Jacques Mougenot, Fabian Richard, accompagnés sur scène par Patrick Villanueva, Benoît Dunoyer De Segonzac, François Chambert

Celui-ci, j’ai failli le louper. Il avait échappé à ma vigilance lorsque je cherchais le nom des comédiens suivis dans le programme du OFF. Il faut dire que je ne m’attendais pas à y découvrir le nom de Fabian Richard, éternellement le meilleur Emcee de Cabaret à mes yeux. L’occasion aussi de découvrir enfin l’écriture de Jacques Mougenot, comédien très important pour moi puisqu’il faisait partie de la distribution du Doit-on le dire ? de Jean-Laurent Cochet que j’ai vu trois fois et qui a peut-être signé mon amour du théâtre à tout jamais… Bref, beaucoup trop de bonnes raisons de venir voir ce spectacle.

Si je tentais de vous résumer le spectacle, je ferais sûrement une erreur. On me l’aurait pitché, je ne sais pas si j’aurais signée. C’est une pièce très originale, quelque part entre Jacques Demy et du vaudeville, légère, fantaisiste, un peu décalée, et drôle, surtout. Une histoire un peu random qui se base sur des comiques de situation à l’infini. Des Paul et des Virginie qui surgissent de partout. Pour notre plus grand plaisir.

On serait tenté de se dire au début : « encore du théâtre dans le théâtre… ». Mais la pensée disparaît presque aussitôt. Il y a une manière si subtile de jouer avec cette convention qu’on s’en amuse presque, un équilibre absolu entre les apartés faits pendant ces répétitions, le suspens lié à l’histoire, et les chansons qui ponctuent le tout. Ça swing sur le plateau avec trois musiciens live et cette ambiance jazzy semble se répandre progressivement dans la salle et entraîne les spectateurs dans un sentiment d’allégresse généralisé.

J’avais donc sélectionné ce spectacle pour Fabian Richard et Jacques Mougenot. Et le mieux dans tout ça, vous savez ce que c’est ? C’est cette chose merveilleuse au théâtre qui est de découvrir quelqu’un. C’est qu’au milieu de ces deux artistes de talent que j’admirais déjà, il y avait Carole Deffit, que je découvrais, et qui s’est révélée être une lumière absolue dans ce spectacle. Elle a tout pour elle : elle rayonne sur le plateau, son sourire est un enchantement, sa voix est magique. Je suis tombée complètement sous le charme.

Une délicieuse fantaisie, coup de coeur de cette édition 2023 ! ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Histoire de baiser(s)

Critique de Histoire de baiser(s), d’après Fabien Vehlmann, vu le 10 juillet 2023 au Théâtre des Barriques
Avec Gabriel Arbessier Cadot, Thomas Ailhaud, Lorette Ducornoy, Anaïs Robbe, Léa Schwartz, mis en scène par Camille Plazar

C’est devenu une tradition (depuis l’année dernière, ok, mais il faut bien un début à tout) : découvrir la nouvelle création de la compagnie Tout le monde n’est pas normal. J’ai de la chance en plus : cette année on y abordera le sujet si touchy si tabou mais surtout si passionnant de la sexualité !

C’est le deuxième spectacle de mon festival qui me prend un peu par surprise en s’approchant du théâtre documentaire et qui m’embarque quand même avec lui. Histoire de baiser(s) se présente comme une succession de témoignages issus de l’Herbier Sauvage de Fabien Vehlmann. On y parle masturbation, couple libre, fantasme, orgasme, rapport au corps et à l’autre, entre autres. On s’y révèle un peu.

J’adore parler de sexe. J’en parle très librement et je pense que c’est aussi en racontant et en écoutant les histoires des autres qu’on évolue et qu’on s’ouvre sur le sujet. Autant vous dire qu’avec Histoire de baiser(s), j’ai été servie sur un plateau ! Je ne m’attendais pas à ce format, à la fois différent du Dépôt amoureux mais avec une patte commune, des atmosphères qui se dessinent facilement, des personnages qui semblent se découvrir à eux-même et au monde. On s’approche un peu du théâtre documentaire. Et ça fonctionne à merveille. Les textes sont bien choisis, parfaitement équilibrés, existent réellement sur le plateau.

A travers les différents témoignages, c’est un monde qui s’offre à nous. C’est fait avec beaucoup de sobriété. On aurait presque envie de dire sans intention. Sans autre intention en tout cas que de faire vivre cette multitude sexuelle sans jamais la juger. Faire vivre le trop autant que le trop peu, le désir autant que son absence, la normalité au côté de l’anormalité. Les témoignages sont incarnés avec simplicité, défendus de manière quasi-organique. On découvre des personnages différents, tous sont dessinés, mais avec une subjectivité toute objective. Pas de provocation. Pas de voyeurisme. Pas de jugement. Pas de vulgarité. Juste la merveilleuse école de la diversité.

Un moment libre, ouvert, à la fois intime et universel. ♥ ♥

#OFF23 – La voix d’or

Critique de La voix d’or, d’Eric Bu et Thibaud Houdinière, vu le 10 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Sandrine Seubille, Élodie Menant, Grégory Benchenafi, Marc Citti, Benjamin Egner, et Charlie Fargialla, mis en scène par Eric Bu

A l’annonce de La voix d’or, je ne vais pas vous mentir, j’étais hyper emballée. Je suis Marc Citti depuis des années, j’adore Grégory Benchenafi, je commence à croiser souvent Elodie Menant et Charlie Fargialla sur les plateaux pour mon plus grand bonheur, et surtout, surtout, surtout, c’était un spectacle musical ! Sur le papier, une jolie promesse, donc. Franchement, j’en attendais tellement, que je ne pouvais qu’être déçue.

La voix d’or est une fresque familiale (basée sur l’histoire des grands-parents de Thibaut Houdinière – qui coécrit la pièce) : Charles Gentes et Christine Vercel, vedettes de la chanson d’après-guerre, qui ont vécu une histoire d’amour tumultueuse, nourrie autant de passion que de jalousie. Leur histoire va se mettre en scène sous nos yeux, à travers les yeux d’un auteur en panne d’inspiration.

On pourrait se dire que c’est facile la chanson. Surtout pour moi. Je suis bonne cliente. Un comédien qui se met à chanter sur scène et hop mes yeux font des coeurs. Mais ce n’est pas juste ça. Ce n’est pas juste un spectacle musical avec les chansons qui vont bien. C’est un spectacle ultra bien fichu, ultra bien pensé, ultra bien équilibré et surtout plein de surprises. Je pensais que je savais ce que j’allais voir, et ils m’ont fait le meilleur des cadeaux : ils m’ont étonnée.

Je ne sais pas comment ils ont fait. Pourtant je le connais le truc de l’auteur qui invente sa pièce au fur et à mesure et la voilà qui se construit sous les yeux des spectateurs. Ce n’est pas révolutionnaire et pourtant ici il y a une touche en plus. Un petit je ne sais quoi d’inventif qui fait que ce spectacle sort du lot. C’est peut-être cette manière de mêler la réalité à la fiction, simplement en petites touches, qui permet de surprendre le spectateur à chaque fois. Ou ces chansons si différentes qui se mêlent sans jamais se finir vraiment, créant un foisonnement et un renouvellement constant.

Ou c’est peut-être Marc Citti. Je connais bien le jeu de Marc Citti, ça fait un bout de temps que je le suis. Mais là je vais manquer de superlatifs. Il est un maître de cérémonie absolument exceptionnel. Il mène la danse avec une énergie folle, touchant, drôle, exaltant, et surtout incroyablement généreux. Son Claude François est magique, son Jean Nohain est brillant. Et comme si ça ne suffisait pas, il est un chef d’orchestre qui met en valeur ses partenaires. Benjamin Egner est la face de cette pile électrique, le yang du yin qu’est Marc Citti, et le complète à merveille, tempérant la tempête par une attitude qui se veut calme, parfois fiévreuse, probablement un peu dépassé. Sandrine Seubille, dont je découvre avec bonheur la merveilleuse voix, apporte une jolie complexité à ce personnage de grand-mère. Gregory Benchenafi, que je retrouve sur scène, était le meilleur choix pour incarner ce rôle, avec ses yeux qui semblent voir au-delà de ce qu’ils regardent et cette gueule d’ange qui soudain devient démon. Charlie Fargialla dégage avec beaucoup d’humanité la leçon de résilience de cette histoire. Elodie Menant apporte une touche de douceur bienvenue dans cet ensemble. Tous sont formidables. Ils donnent tant qu’on en devient boulimiques et qu’on en voudrait encore. Bravo !

Un spectacle qui mérite une médaille d’or. Sertie de diamants. Et doublée de platine. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Dolorès

Critique de Dolorès, de Yann Guillon et Stéphane Laporte, vu le 8 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Olivier Sitruk, François Feroleto, Joséphine Thoby, Sharon Sultan, Ruben Molina, Cristo Cortes, Dani Barba, mis en scène par Virginie Lemoine

C’est pour Olivier Sitruk que j’ai d’abord choisi ce spectacle. Mais aussi pour cette affiche qui m’avait tapée dans l’oeil. J’ai été un peu brave, il faut le dire. J’aime beaucoup l’affiche de Dolorès, mais je ne l’ai pas suffisamment regardée, peut-être trop happée par ces deux danseurs au centre. Quand je suis arrivée, je croyais venir pour légèreté et divertissement. Je n’avais pas bien observé le dessin dans son ensemble. J’aurais pu y voir quelques indices sur l’histoire qui allait se jouer sous mes yeux.

Si on regarde bien, autour des danseurs, c’est la guerre. La seconde guerre mondiale, pour être exact. Sylvin Rubinstein, ancien danseur de flamenco, raconte son histoire. Il raconte le succès du couple qu’il formait à la scène avec sa soeur jumelle, Maria, il raconte la guerre, le ghetto de Varsovie, leur séparation forcée, puis son entrée dans la résistance. Il raconte plus encore, mais ce serait dommage de divulgâcher…

J’étais venue pour de la légèreté, et ce n’est pas ce que j’ai eu. Mais je n’ai pas craché dans la soupe. Parce que ce Dolorès m’a saisie dès les premiers instants. Olivier Sitruk est posé au comptoir. Il raconte son histoire. On le reconnaît, mais son corps est changé. Je me laisse prendre au piège. Lorsqu’il entre dans sa propre récit, lorsqu’il se met à incarner son propre rôle des années plus tôt, il bondit hors de son siège et se transforme du tout au tout en un seul saut. Et impulse une énergie particulière toute propre à ce spectacle.

Car il a quand même quelque chose d’étonnant, ce spectacle. Moi qui en ai marre des nazis (au théâtre surtout, mais en général aussi, entendons-nous bien), j’ai trouvé que, pour une fois, on abordait la période sous un angle un peu différent, un peu nouveau. L’histoire est originale, et la scénographie aussi. Le spectacle se déroule dans une ambiance très sombre, et parvient malgré tout à créer de belles atmosphères grâce à des lumières magnifiques et subtiles. C’est une prouesse technique qui devient un véritable partenaire des comédiens, accentuant leur présence, leur influence, leurs émotions.

Et qui met également en valeur les danseurs, évidemment. La belle idée de Virginie Lemoine, c’est sans doute de n’avoir pas abusé du flamenco. Les moments dansés sont rares, et donc précieux. Ils captivent. Ils ne sont pas un prétexte, ils habillent réellement cette histoire. Une intelligence qui est présente à tout niveau : scène, jeu, rythme, partition, tout est minutieux, harmonieux, sincère.

Un bel hommage aux frère et soeur Rubinstein. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse

Critique d’Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse, de Pierre Notte, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre de la Reine Blanche
Avec Pierre Notte et Benoît Giros, mis en scène par Benoît Giros

C’est un peu la tradition. Chaque année, je vais découvrir le spectacle dans lequel joue Benoît Giros, et j’ai l’impression que chaque année, j’y retrouve Pierre Notte. Et c’est un peu un comble, parce que j’ai beaucoup de mal avec le travail de Pierre Notte depuis quelques spectacles. Alors chaque année, je sors déçue. C’est un running gag, en quelque sorte.

Je suis bien embêtée pour parler de ce spectacle. Je peux dire qu’il signe ma réconciliation avec Pierre Notte. Je peux dire qu’on y parle de sexe. Je peux dire qu’on y parle de solitude. Je peux dire qu’on y évite soigneusement les émotions. Je peux dire qu’il y a un semblant d’histoire, avec des dialogues, des vrais dialogues qui sont des échanges entre deux personnages et pas juste des concepts. Je peux dire qu’on rit, qu’on rit beaucoup, que c’est légèrement absurde, que ça ne ressemble à rien. Je peux dire que la complicité entre les deux comédiens est visible sur scène mais n’entache en rien la relation entre les deux personnages. Je peux dire que la progression de la pièce est habile, maligne, subtile. Je peux dire que le sujet est bien choisi, même si ce n’est finalement pas le sujet. Je peux dire qu’on y retrouve les tics de Pierre Notte qui ne peut s’empêcher d’intervenir dans sa propre pièce pour s’auto-commenter, mais qu’ils s’insèrent bien dans cette étrange chose qu’est Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse.

Je peux dire que j’ai passé un bon moment. ♥ ♥