#OFF23 – Le Huitième Ciel

Critique du Huitième Ciel, de Jean-Philippe Daguerre, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre Actuel
Avec Florence Pernel, Bernard Malaka, Charlotte Matzneff, Marc Siemiaticky, Antoine Guiraud, Tanguy Vrignault, mis en scène par Jean-Philippe Daguerre

J’avais été complètement marquée par Adieu Monsieur Haffmann. Je l’ai vu en 2016, quand Jean-Philippe Daguerre était un quasi-inconnu. Je suivais Grégori Baquet et j’avais donc découvert ce spectacle parmi les premiers. J’avais vraiment pris une claque. J’en ai encore des souvenirs aujourd’hui. Je m’étais un peu refusée à revoir une de ses créations jusqu’ici. Peur de faire de l’ombre au souvenir. Mais bon, mon activité mêlée à la présence de Bernard Malaka sur scène ont eu raison de mes principes à la con. Et donc c’est parti pour Huitième Ciel.

Agnès Duval prend sa retraite. Après avoir construit des buildings dans 27 pays d’Europe, cette cheffe d’entreprise commence une nouvelle vie. Elle passe très brusquement d’une vie bien trop remplie à une vie bien trop normale. Son couple s’y perd un peu. Elle cherche à se trouver, ou à se retrouver. Et accepte un peu par hasard d’ouvrir son chez elle à des sans papiers géorgiens…

On va commencer par le négatif. La petite déception. C’est le jeu, je prenais le risque, je le savais. Je n’ai pas été captivée comme pour Haffmann. J’ai regardé le spectacle avec intérêt, mais une partie de mon esprit continuait d’être disponible. Donc, en dehors. Je me demande où ça va. Je ne peux pas dire que je m’ennuie, ce n’est pas le cas. Je suis l’histoire et je me demande ce qu’il va se passer après. Mais je ne suis pas hypnotisée par ce qui se passe sur scène.

Jean-Philippe Daguerre n’a pas peur de l’invraisemblable. C’est peut-être sa marque de fabrique. Haffmann l’était, mais on était tellement pris qu’on n’avait pas le temps de se poser la question. Là, on a quand même un peu le temps. Le sujet serait-il trop artificiel ? Il y a cette histoire de couple, cette histoire de rapport mère-fille, cette histoire de rapport aux migrants, et c’est comme si ces différents éléments ne s’imbriquaient pas vraiment. Ça manque de menace. Ça manque d’urgence.

Ça, c’est La Mordue un peu déçue. La Mordue qui aurait eu envie de revivre ce moment d’exception si rare au théâtre. Mais je serais injuste si je ne relevais pas aussi les qualités de ce spectacle. Car il en a. Il en a au moins six, ils sont sur le plateau, et ils défendent ce texte avec brio. Elle est peut-être là, l’urgence. Florence Pernel porte le spectacle avec une sincérité absolue. Le rôle semble écrit pour elle. Son engagement est palpable. Bernard Malaka, qui incarne son mari, est tout aussi impressionnant. Alors oui, je suis un peu amoureuse de lui, c’est vrai, mais quand même. Je ne sais pas qui résisterait à sa voix, cette voix d’une douceur infinie qui peut rendre une annonce de séparation tellement humaine. Cette manière de répondre à ses partenaires comme s’il poursuivait leurs phrases, ou plutôt leurs pensées, est toujours un régal de spectateur. Tous suivent cette excellence. Et permettent au spectateur de passer un bon moment.

Je ne sais pas si c’est le huitième ciel, mais c’est quand même un bon coup ! ♥ ♥

#OFF23 – Mata Hari

Critique de Mata Hari, de Marc Fayet, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre des Béliers Parisiens
Avec Ariane Mourier, Olivier Claverie, Bruno Paviot, Maud Le Guenedal, mis en scène par Delphine Piard

Encore un spectacle chiné chez Les Béliers dont le cru 2023 me paraît particulièrement savoureux ! C’est d’abord le nom de Marc Fayet qui m’a sauté aux yeux, mais c’est en réalité presque toute la distribution qu’on connaît et qu’on retrouve régulièrement sur les planches depuis des années, donc je suis confiante. De Mata Hari, je ne connais rien. Pour moi, c’est une chanson de l’Impératrice, et je sais vaguement qu’il y avait une histoire d’espionnage dans l’affaire. Voilà tout mon équipement avant le début du spectacle…

C’est drôle parce que je suis venue dans ce même endroit l’année dernière pour découvrir un biopic dont je n’attendais pas grand chose et j’avais été complètement happée. Glenn naissance d’un prodige n’avait pourtant rien de particulièrement original. Mais voilà, pendant le spectacle, quelque chose se passait. C’est tout ce qui manque à Mata Hari. De Glenn, on a envie de dire que c’était classique. De Mata Hari, on a envie de dire que c’était vieillot.

Pourtant, le sujet avait de quoi intéresser. Cette femme semble avoir eu une vie suffisamment riche pour en faire une pièce de théâtre. Et en même temps, peut-être que tous les mystères qui entourent encore sa vie sont trop lourds pour vraiment parvenir à dire quelque chose d’elle qui soit suffisamment tangible pour tenir le spectateur en haleine. Je n’ai rien de particulier à reprocher au spectacle. Si on regarde grossièrement, il pourrait ressembler à Glenn. Il manque peut-être un peu de rythme, un peu de simplicité, un peu d’âme. Le parcours de Mata Hari est complexe et les flash back participent à le rendre encore plus confus. Le jeu des comédiens n’est pas en cause. Ils défendent leurs personnages avec sincérité, mais comment dessiner des personnages d’une vie si mystérieuse ? Ils sont parfois un peu artificiels. Et moi, je reste à côté.

Dommage. ♥

#OFF23 – L’Exercice du super-héros

Critique de L’exercice du super-héros, de Sébastien Nivault et Martin Grandperret, vu le 9 juillet 2023 à La Factory
Avec Sébastien Nivault et Martin Grandperret, mis en scène par Emmanuel Vérité

J’ai aimé cette affiche. Le titre m’a interpelée et le pitch m’a plu. Je me sens complètement concernée par le sujet. Je crois qu’il ne se passe pas un jour sans que je me demande si je suis devenue la personne que je voulais être. Alors si je peux en plus trouver des réponses à mes questions, je prends !

Sébastien et Martin sont respectivement comédien et danseur, ils ont animé des ateliers dans des lycées. Ils racontent un an d’atelier dans un lycée de Corbeil-Essonnes. Ils interrogent les personnes que l’on est, à 17 ans, les rêves qui se dessinent, la vie qui s’ouvre devant soi.

En fait, je n’avais pas du tout en tête que le spectacle allait prendre cette forme, comme une restitution, du théâtre documentaire en quelque sorte. Je ne sais pas vraiment si j’aime le théâtre documentaire. Sans doute pas tant que ça, parce que mon premier réflexe, face à cette forme, a quand même été une petite pointe de déception. Je pense qu’il faut bien choisir son sujet. Et je crois que j’ai bien choisi mon sujet.

Je me suis toujours beaucoup intéressée aux ateliers artistiques. Quand je travaillais dans un théâtre, tout ce qui tournait autour de l’EAC, l’Éducation Artistique et Culturelle, me passionnait. C’est sûrement pour ça que je suis facilement rentrée dans ce spectacle. Mais pas seulement. Parce qu’une fois qu’on a accepté cette forme un peu différente de toutes les fictions qu’on avait enchaînées jusque-là, il faut bien reconnaître que ces artistes nous emportent dans leur histoire. On s’attache à leurs élèves, à ce Patrick qui devient l’un des protagonistes et qu’on espère tellement voir réussir.

Et, petit à petit, ces moments qu’ils nous restituent se mettent à devenir une vraie histoire. Une vraie petite fiction. Ils le mettent réellement en scène, ce théâtre qui sauve. Ce théâtre qui libère. Qui permet de s’évader, de s’exprimer, d’être soi. Et quelque chose passe. Parce que c’est ça aussi, le théâtre. C’est transmettre du plateau au spectateur. Et eux, ils transmettent. Ils font passer. Ce sont des passeurs. Leur envie en tant que prof, leur rage, leurs moments de craquage, les bras qui se baissent, les petits abandons. Eux aussi sont des super héros.

Et à la fin de l’envoi, ils touchent. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Rose et Massimo

Critique de Rose et Massimo, de Félix Radu, vu le 9 juillet 2023 au Théâtre du Girasole
Avec Lou Noérie, Félix Radu, Hugo Lebreton et Lionel Nocentini, mis en scène par Alain Sachs

C’est un spectacle qui a commencé à faire du bruit avant même le début du Festival. Les posts de Félix Radu sur les réseaux sociaux n’y étaient pas pour rien : il y révélait quelques uns des mots d’amour de Massimo à Rose, et ça donnait envie. Ça faisait un peu peur, parce que c’était peut-être un peu dégoulinant, mais en même temps, c’est aussi ça qu’on aime dans les spectacles qui parlent d’amour et je me suis dit qu’il y avait un monde où ce petit génie des Mots s’improsent arrivait à tirer les larmes de mon petit coeur d’hypersensible.

Je crois que j’aurais préféré que ça dégouline. Que ça soit envahi de mots d’amour niais, de romantisme de livre de gare et de bons sentiments. J’aurais préféré parce que je peux être cliente de ça. J’aime les histoires d’amour. C’est mon côté fleur bleue. Mais je me suis un peu sentie un peu flouée, en fait. C’est comme si tous les mots d’amour, je les avais déjà entendus dans le post de Félix Radu. Et on est vite arrivé à un problème : les seuls scènes intéressantes sont les scènes entre les deux amoureux. Et il y en a finalement assez peu.

Rose et Massimo tombent amoureux au premier regard, ou presque. Elle est une princesse promise à un prince, il est un quidam arrivé là par le fruit du hasard. Il reviendra tous les jours pour la voir et lui parler. Ils voudront s’enfuir pour défier le destin et pouvoir vivre leur amour quelque part où rien ne leur interdit. Bref, une comédie romantique prometteuse, finalement.

Mais quelque chose ne prend pas. Tout ce qui entoure les rencontres amoureuses manque d’intérêt. Comme s’il s’était surtout concentré sur l’histoire d’amour et que le reste servait à l’habiller mais qu’il n’avait pas choisi les bons vêtements. Toute l’action autour peine à exister. Les révélations et autres rebondissements tombent à plat. On s’ennuie un peu et l’émotion se fait peu à peu la malle. C’est dommage, d’autant que Félix Radu, qu’on savait bon artisan des mots, se révèle aussi un excellent comédien. Tant pis, on réessaiera la prochaine fois.

Déçue…

#OFF23 – Viril(e•s)

Critique de Viril(e•s), de Marie Mahé, vu le 7 juillet 2023 au 11 Avignon
Avec Deborah Dozoul, Mégane Ferrat, Capucine Gourmelon, Ilyes Hamadi Chassin, Sofia Harmouni, mises en scène par Marie Mahé

Je me souviens avoir ri en disant à un ami que je voyais mon premier spectacle woke du festival. Je me souviens qu’on s’est un peu pris la tête juste avant le spectacle. Et je me souviens que quand Sofia Harmouni est entrée sur le plateau, j’ai oublié le reste du monde. Parce qu’elle s’est mise à danser et que rien d’autre n’existait que ça. Et j’ai su que ce spectacle serait à part.

J’étais pas loin quand je parlais d’un spectacle woke. Ce sont des sujets qu’on n’abordait pas il y a encore quelques années. On y parle de féminité, de virilité, des codes, d’une société qui a du mal à changer mais qui essaie. On y parle de choses qui me touchent particulièrement, parce que je sais ce que c’est d’être un garçon manqué et de se l’entendre dire.

Mais je ne veux pas que woke soit l’unique qualificatif de ce spectacle. Parce que je suis persuadée que tout le monde peut s’y retrouver. C’est avant tout un spectacle libre. Un spectacle drôle. Un spectacle quelque part entre une cour de collège et un documentaire Arte. Parce qu’on y vit des choses vraies et qu’on y dit des choses intelligentes. Et parce que c’est juste une bombe, en fait.

Il y a dans ce spectacle une vitalité, une énergie, une rage dingue. Il y a une nécessité absolue de dire et d’être au monde. La scène est la pour s’exprimer. Pour se trouver. Pour se révéler. Et pour défier quiconque de dire qu’on n’y a pas sa place. Ces filles sont extraordinaires. D’authenticité, de naturelle, de niaque. Elles sont puissantes et belles. Elles m’ont bêtement rendue fière. Et elles m’ont donné de la force. La force de ne pas baisser les yeux, de me chercher encore plus, de m’accepter et de m’aimer davantage. Et de continuer à niquer le game.

Bravo les meufs. Et merci pour ce premier gros coup de coeur du Festival. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – Kessel

Critique de Kessel, de Mathieu Rannou, vu le 7 juillet au Théâtre Actuel
Avec Franck Desmedt, mis en scène par Mathieu Rannou

Pour moi, Franck Desmedt, c’est le personnage du nazi dans Adieu Monsieur Haffmann. C’est un peu resté légendaire dans mes souvenirs. J’ai même refusé de voir les seuls en scène qu’il a créés depuis pour ne pas entacher cette relique. Et voilà, je ne sais pas, mais pour Kessel, j’ai fait une exception. Peut-être parce que Kessel est lui-même relié à un très bon souvenir de théâtre, une adaptation des Cavaliers par Eric Bouvron il y a des années de ça. Les souvenirs s’entrechoquent et une porte s’ouvre. Et j’entre.

Kessel. Avec un nom pareil, on se doute un peu de ce qu’on va voir. Mais si comme moi vous ne connaissez pas tant la vie de Joseph Kessel, vous pourriez être étonné. C’est une vie d’une densité incroyable, où l’on croise Edith Piaf et Humphrey Boghart, l’on voyage des déserts africains aux tréfonds de l’Asie. Bref, le mec n’a pas chômé, et vous savez quoi ? L’adaptation théâtrale non plus.

Il y a d’abord une voix. Une voix de conteur, indéniablement. Une voix qui m’avait tant marquée il y a des années, prêtée alors à un personnage si lointain de celui qu’il incarne aujourd’hui. C’est la première fois que je le vois seul en scène, et il faut bien reconnaître que cette voix occupe tout de suite le plateau et est une première invitation au voyage.

Je ne sais pas ce que voit Franck Desmedt quand il raconte Kessel, mais ce n’est certainement pas la salle du Théâtre Actuel. Il est ailleurs, et – désolée pour le poncif, mais c’est tellement vrai – il nous emmène avec lui. Les superbes lumières de Laurent Béal sont notre vaisseau, elles nous transportent autre part, guidés par la meilleure boussole qui soit : Franck Desmedt, doux, assuré, serein, jonglant d’anecdotes en personnages, agrandissant le plateau du Théâtre Actuel au fil de ses voyages, vivant chacun de ses mots avec une telle intensité qu’il donne l’impression d’avoir fait trois fois le tour de la terre. Il nous fait traverser des bouts d’histoire, en guide éclairé et passionné, et quelque chose se transmet. On en ressort un peu plus grands, je crois.

Ce n’est pas un seul en scène. C’est une épopée à la Indiana Jones, riche et captivante. ♥ ♥ ♥

#OFF23 – L’odeur de la guerre

Critique de L’odeur de la guerre, de Julie Duval, vu le 7 juillet 2023 à la Scala Provence
Avec Julie Duval, mise en scène par Juliette Bayi et Elodie Menant

C’est ce titre sur cette affiche qui m’ont interpelée. Je trouve qu’on sent la puissance, la détermination et même presque la confiance qu’apporte le sport à travers le regard de la comédienne sur l’affiche. Je la trouve très esthétique. Le bleu des gants de boxe, la lumière sur son visage, les yeux concentrés, vraiment, j’ai été happée. Et puis j’ai un tropisme vers les pièces de théâtre qui parlent de sport. Alors ready, set… Go !

L’odeur de la guerre, c’est un spectacle sur la violence. La violence est partout dans la vie de Jeanne, ce personnage peut-être autobiographique dont on suit l’évolution sur scène. On la découvre jeune fille, évoluant dans un contexte familial déjà âpre. Puis la scolarité, les soirées, les essais, les premiers garçons, et la vie qui s’ajoute à tout ça.

Pendant tout le spectacle, je me suis demandée pourquoi je ne rentrais pas dedans. De l’extérieur d’où j’observais le spectacle, le tableau était pourtant sans défaut. L’histoire est prenante, les personnages ultra bien dessinés, le rire est là malgré ce poids constant qui pèse sur le personnage, le tout est bien équilibré. Julie Duval donne une vraie consistance à son histoire qui gagne en densité au fil du récit jusqu’à un très joli final.

Et pourtant, il me manque quelque chose. Comme un soupçon d’âme. Ou peut-être est-ce cette violence qui infuse jusque dans la forme du spectacle ? Est-ce qu’il manque un liant entre les scènes ? Est-ce que le personnage de Jeanne n’est finalement pas assez mis en valeur et que cet environnement brutal qui l’entoure n’a pas réussi à me capter moi aussi ? Est-ce que j’attendais trop du sport qui est loin d’être central dans cette histoire ? Sans doute un peu de tout cela. Alors je suis restée un peu en retrait. Peut-être un peu comme je l’aurais été devant un match de boxe, finalement.

J’aurais aimé être sur le ring, moi aussi, mais j’ai eu l’impression de rester dans les vestiaires. ♥

Sélection Avignon OFF 2023

Une saison de plus qui s’achève. Eh oui, pour les théâtreux, ce n’est pas Noël qui signe la fin d’une année mais bien le Festival d’Avignon ! Et qui dit Festival dit sa traditionnelle sélection ! Comme chaque année, j’ai épluché pour vous le programme, en long en large et en travers. On commence par le regarder une première fois grossièrement en se fiant surtout aux affiches, puis on détaille plus soigneusement la programmation des théâtres qu’on aime le plus, puis on cherche le nom des comédiens et autres metteurs en scène habitués du Festival qu’on suit chaque année, puis on devient vraiment sérieux et on lit les résumés des pièces et là vraiment on peut dire qu’on a une sélection aboutie. Alors c’est cadeau : les envies de la Mordue sont là !

Voilà typiquement un spectacle qui fait partie de la dernière salve d’épluchage du programme. Celui-ci, c’est clairement son résumé qui m’a fait de l’oeil – peut-être parce que j’aurais moi-même besoin de quelqu’un qui pense à ma place en ce moment pour lui déléguer quelques petites taches plus ou moins ingrates… Hâte de voir comment la charge mentale est traitée !

Un bon job – Théâtre des Gémeaux – 10h – Durée 1h15

Le Théâtre Actuel fait partie de mes incontournables chaque année (et pas seulement parce qu’il est en face de la boulangerie qui fait les meilleurs moelleux d’Avignon !). Ce spectacle a vraiment tout pour me plaire : il est musical (joie !), il met en scène des comédiens que je suis (joie bis !), et il rassemble un nombre conséquent d’artistes au plateau, ce qui est toujours agréable – surtout à Avignon (joie ter !). Joie au programme, donc !

La voix d’or – Théâtre Actuel – 11h45 – Durée 1h30

Une sale histoire a d’abord échappé à mon radar lors de mon épluchage de la programmation des Béliers (qui est bien bien BIEN présent dans ma sélection cette année !) et c’est finalement le nom de Eric Herson-Macarel qui a attiré mon regard ! J’ai jeté un rapide coup d’oeil à l’histoire : bon, ce ne sera pas gai, mais au moins ce sera bien joué !

Une sale histoire – Les Béliers – 13h40 – Durée 1h30

Celui-ci, c’est au nom de Marc Pistolesi que je le dois. Je suis le comédien depuis des années et je suis toujours ravie lorsque je trouve son nom dans le programme ! Sans lire le résumé, j’ai comme une petite idée du sujet du spectacle, et je dois dire qu’en apprendre davantage sur Jacques Chirac ne me déplaît pas !

Jacques et Chirac – Théâtre des Barriques – 19h50 – Durée 1h20

Je ne sais rien de Pauline Carton. Je n’avais même jamais entendu ce nom avant de découvrir ce spectacle. Par contre, je sais que j’adore Christine Murillo. Et que ça me suffit pour savoir que je vais adorer Pauline & Carton.

Pauline & Carton – La Scala Provence – 10h15 – Durée 1h

Encore un spectacle chiné chez Les Béliers dont le cru 2023 me paraît particulièrement savoureux ! C’est d’abord le nom de Marc Fayet qui m’a sauté aux yeux, mais c’est en réalité presque toute la distribution qu’on connaît et qu’on retrouve régulièrement sur les planches depuis des années, donc je suis confiante (et intéressée par le sujet, ce qui ne gâte rien !) !

Mata Hari – Les Béliers – 15h35 – Durée 1h30

Myriam Boyer, en fait. Que dire de plus ? Myriam Boyer.

Juste un souvenir – Petit Chien – 19h30 – Durée 1h10

J’ai adoré l’affiche et j’ai soupçonné la thématique. Le OFF regorge particulièrement depuis quelques années de spectacles « engagés » ; reste à trouver les bons et les programmer avec parcimonie pour ne pas finir sa journée au bout d’une corde. Celui-ci promet des blagues et du rap, il n’en fallait pas davantage pour me convaincre !

Le monde ou rien – Théâtre des Béliers – 17h40 – Durée 1h20

Celui-là, je suis bien trop heureuse de le découvrir dans le programme d’Avignon ! D’autant que j’ai failli le manquer ! C’est lors d’une énième relecture du programme que je l’ai enfin vu. Fabian Richard. Éternellement le meilleur Emcee de Cabaret. Et dans un spectacle musical – évidemment ! Que demander de plus ? J’y cours !

Virginie et Paul – Essaïon Avignon – 10h – Durée 1h20

Je n’avais pas réussi à le caser dans l’agenda l’année dernière, cette année sera sûrement la bonne ! Toujours dans ma quête de spectacle musical, c’est évidemment le nom de Béatrice Agenin qui a attiré mon oeil sur celui-ci. La réunion de la mère et la fille, sur scène, pour chanter ce qui leur tient à coeur, c’est quelque chose qui me parle. Une fantaisie qui m’interroge.

Notre petit cabaret – Notre Petit Cabaret – 21h30 – 1h15

J’ai bien aimé le titre, j’ai bien aimé l’affiche, et je me sens complètement concernée par le sujet. Je crois qu’il ne se passe pas un jour sans que je me demande si je suis devenue la personne que je voulais être. Alors si je peux en plus trouver des réponses à mes questions, je prends !

L’exercice du super-héros – La Factory – 12h35 – Durée 1h20

Je ne peux envisager un Festival sans un petit tour au Train Bleu. J’adore leurs seuls en scène mi-autobiographiques mi-engagés, souvent touchants et drôles, toujours prenant. Je ne sais pas si Résilience mon cul sera de ceux-là, mais j’ai adoré le titre. Alors c’est parti !

Résilience mon cul – Le Train Bleu – 15h50 – Durée 1h15

Alors là, alors là, alors là… Je suis complètement on fire ! Je suis une inconditionnelle du Cabaret Madame Arthur à Paris alors autant vous dire que c’est en courant que je vais me rendre au Roi René !

Madame Arthur – Roi René – 23h05 – Durée 1h10

J’ai vu Dominique Pinon avant de voir Fabio Marra. J’aime beaucoup le comédien, je suis moins sensible au travail de l’auteur. Mais après tout cet avis se fonde sur un seul spectacle. Et c’était moment différent, un mood différent, une moi différente. Alors que j’ai toujours adoré Dominique Pinon. Il me surprend toujours. Alors on y va.

La couleur des souvenirs – Les Halles – 21h30 – Durée 1h30

C’est l’affiche qui a attiré mon regard, d’abord. J’ai senti l’histoire d’amour. J’adore les histoires d’amour. C’est compliqué à faire exister vraiment au théâtre, mais quand c’est réussi, c’est une explosion d’émotions qui fait un bien fou et qui donne envie de crier son amour un peu partout. Alors j’espère qu’en sortant de ces Parallèles je chanterai l’amour dans la rue.

Les Parallèles – La Scala Provence – 12h15 – Durée 1h10

Encore un comédien que je suis de Festival OFF en Festival OFF. Cette année, Benoît Giros s’installe à la Reine Blanche et me permet de rester fidèle à ce théâtre où je fais toujours un saut. Ce sera donc un saut à la fois merveilleux et dégueulasse, si j’en crois ce titre qui, je dois le reconnaître, attise ma curiosité.

Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse – La Reine Blanche – 21h50 – Durée 1h05

C’est devenu une tradition (depuis l’année dernière, ok, mais il faut bien un début à tout) : découvrir la nouvelle création de la compagnie Tout le monde n’est pas normal. J’ai de la chance en plus : cette année on y abordera le sujet si touchy si tabou mais surtout si passionnant de la sexualité !

Histoire de baiser(s) – Théâtre des Barriques – 14h35 – 1h15

J’ai découvert Justine Heynemann à travers sa mise en scène de Songe à la douceur en décembre dernier. Je dois reconnaître que je ne suis pas particulièrement emballée par le sujet de Punk.e.s, mais j’avais été tellement transportée par Songe à la douceur que je fais confiance.

Punk.e.s – La Scala Provence – 17h15 – 1h35

Les Filles de Simone, je crois qu’on ne les présente plus. Ça fait un petit moment que je les suis maintenant et j’avais manqué Derrière le hublot se cache parfois le linge pour cause de séminaire en janvier dernier, au Monfort. Mais je ne m’inquiétais pas trop : je savais qu’il serait bien repris quelque part. Et voilà !

Derrière le hublot se cache parfois le linge – Le 11 – 20h20 – 1h25

C’est ma passion pour les vieux comédiens qui m’amène ici. Le nom de Pierre Santini a résonné à mon oreille, et me voici.

Non loin d’ici – Les Gémeaux – 11h50 – Durée 1h25

C’est l’affiche qui m’a d’abord attirée vers Belles de scène. Et elle a vraiment dû me taper dans l’oeil parce qu’après l’avoir manqué faute de place l’année dernière, j’y reviens aujourd’hui. Il faut dire que l’intrigue qui se cache derrière ce travestissement attise fortement ma curiosité…

Belles de scène – Les Gémeaux – 19h – Durée 1h40

C’est rigolo : j’ai d’abord choisi ce spectacle pour sa metteuse en scène car mon accompagnatrice tenait absolument à découvrir son travail, et ce n’est qu’après que j’ai découvert que la distribution comportait Francine Bergé, géniale comédienne qui se fait rare sur les planches ces dernières années. Double go, alors !

La brève liaison de maman – Chapelle des Templiers – 15h50 – Durée 1h30

A chaque fois que je revenais au programme, le nom de Marie-Christine Barrault attirait mon regard. Alors j’ai fini par me pencher sur ce Voyage à Zurich et j’ai l’impression d’y découvrir un spectacle sur la fin de vie et une vision de la mort qui pourrait faire du bien à la grande angoissée que je suis sur ces sujets-là….

Voyage à Zurich – Présence Pasteur – 16h20 – 1h25

Nicolas Le Bricquir. C’est rigolo, moi qui ne retiens pas les noms, j’ai retenu celui-là. Il m’avait tellement marquée dans les spectacles qu’Hervé Van der Meulen montait avec les élèves du Studio d’Asnières. Il ne joue pas dans Denali, mais il signe la pièce et la mise en scène du spectacle qui a reçu le prix du public 2021 du Concours Jeunes Metteurs en Scène du Théâtre 13. De quoi mettre en confiance !

Denali – La Factory – 15h30 – Durée 1h30

C’est encore une petite tradition de la Mordue : voir l’un des spectacles de Mesguich au Festival d’Avignon. Ces dernières années, c’est souvent Mesguich fils (il faut dire que comme il confond souvent le Festival avec un marathon, c’est plutôt facile de trouver un spectacle dans lequel il joue), mais la tradition fonctionnerait aussi avec le père. Je dois bien le reconnaître : j’aime leur patte. Ce sera mon je-ne-sais-combientième Richard III de l’année, et franchement, j’adore l’idée.

Richard III – Les Gémeaux – 21h – Durée 1h50

Comme je suis toujours un peu à la ramasse, j’ai découvert David Castello-Lopes après tout le monde (trèèèèès récemment en vérité), à travers le podcast Small Talk qu’il anime pour Konbini. J’adore le concept, j’adore les interviews et j’adore le mec, alors je me dis qu’un seul en scène avec lui, je devrais adorer aussi.

Authentique – Théâtre du Rempart – 17h20 – Durée 1h30

Porn for the blind. J’ai d’abord cru que c’était un spectacle théorique, le genre de truc où « l’artiste a testé pour vous… » et raconte (j’ai d’ailleurs vu passer un spectacle dans le genre dans le programme du OFF !) Intriguée par le titre, attirée par l’affiche, je me suis finalement penchée sur le résumé du spectacle. Franchement, je suis très curieuse. Et heureuse à l’idée d’y retrouver Lison Pennec !

Porn for the blind – Les Béliers – 21h – 1h15

Bon perso j’ai repéré le nom de Brice Hillairet avant de voir celui de Catherine Jacob dans la distribution. J’ai l’impression que les spectacles sur les divas déchues ou en passe de l’être sont à la mode… et tant mieux, car ils peuvent donner lieu à de beaux moments de théâtre !

Agathe Royale – Les Gémeaux – 14h55 – 1h20

J’ai découvert Félix Radu il y a un petit moment maintenant, avec son spectacle Les mots s’improsent. Il y jouait avec la langue brillamment, à la manière d’un Devos moderne. J’ai l’impression que Rose et Massimo s’éloigne un peu de ça : les mots vont compter, évidemment, mais peut-être va-t-il moins jongler avec. Peut-être va-t-il surtout essayer de leur faire dire l’amour ?

Rose et Massimo – Le Girasole – 15h45 – 1h25

#OFF22 – Insuline & Magnolia

Critique de Insuline & Magnolia de Stanislas Roquette, vu le 19 juillet 2022 à 14h30 au Théâtre du Train Bleu
Interprété et mis en scène par Stanislas Roquette

Encore un spectacle qui multiplie les critères de sélection. D’abord, le titre du spectacle, original sans faire l’intéressant, ce qui me fait m’arrêter quelques secondes. Ensuite, le nom de Stanislas Roquette, découvert dans Le Fils mis en scène par Jacques Lassalle il y a quelques années. C’est toujours chouette de retrouver un comédien dans un spectacle totalement différent. Enfin le Train Bleu, en qui j’ai entièrement confiance pour la programmation (et je crois que ça s’est un peu vu dans mon Festival). Le thème du spectacle m’évoque La métamorphose des Cigognes, qui avait ouvert mon OFF de l’année dernière complètement au hasard, et qui avait tiré dans le mille. Plutôt de bon augure, non ?

Avec un titre pareil, Insuline & Magnolia, on a une petite idée de ce dont va traiter le spectacle. Et bien en fait, pas tant que ça. Certes, Stanislas Roquette raconte la découverte de son diabète de type 1 et tout ce qui va avec : vivre avec la maladie, les cinq piqûres par jour, l’obligation de toujours contrôler son taux de sucre. En fait, apprendre à avancer avec la mort à ses côtés. Mais cette histoire semble aussi être une excuse pour introduire celle à qui on doit l’autre partie du titre, Magnolia. Elle s’appelle Fleur, et, au moment où on fait connaissance avec elle dans le spectacle, elle est en prépa littéraire et elle semble déjà infiniment libre.

Qu’il est beau, ce spectacle hommage, comme un tombeau théâtral à cette Fleur à qui Stanislas Roquette doit tant. A l’écouter, il lui doit la découverte du théâtre et de la poésie, il lui doit d’avoir su vivre avec la maladie, il lui doit une sorte de libération face à l’épreuve de la rencontre avec la mort. C’est un récit initiatique où Stanislas apprend au côté de cette Fleur qu’il fait renaître auprès de lui, qui semble occuper tout l’espace de sa présence joyeuse. On la découvre pleine de vie et de fantaisie, et le spectacle se teinte alors de ses couleurs qu’il lui emprunte.

Loin d’être un spectacle égocentré comme je l’imaginais, Stanislas Roquette préfère nous présenter cette flamme qui semble l’avoir libéré du monde des morts dont il a fait partie trop soudainement. C’est un moment à la fois très frais et légèrement désuet, dans lequel Stanislas Roquette retrouve ses émotions d’alors, et nous les transmet aisément. C’est la littérature qui l’a aidé à surmonter les difficultés liés au diabète, et son récit est d’ailleurs truffé de références littéraires, poèmes et répliques de théâtre. Il profite du spectacle pour être à son tour un passeur : cela fait sourire les sachants, mais peut-être cela créera-t-il des vocations dans la salle, comme la sienne il y a plus de dix ans.

Un spectacle à l’image de son inspiration, de son histoire et de son interprète : sincère et touchant. ♥ ♥ ♥

#OFF22 – Seuil

Critique de Seuil, de Marilyn Mattei, vu le 19 juillet à 10h au Théâtre du Train Bleu
Avec Baptiste Dupuy et Camille Soulerin, mis en scène par Pierre Cuq

Faire sa programmation pour Avignon, c’est un peu un jeu de proche en proche. Il y a des noms connus, des artistes qu’on a déjà croisés, qui sont liés à un bon souvenir théâtral. Alors, même si c’était en tant qu’acteur et que c’est pour les retrouver en tant que metteur en scène, on tente l’aventure. C’est le cas pour Seuil, mis en scène par Pierre Cuq, que j’avais découvert en tant que comédien dans L’Aiglon au début de la saison dernière. Le titre ne me parle pas, j’ai à peine jeté un coup d’oeil au résumé de la pièce, mais j’ai eu envie de faire confiance. Bien m’en a pris.

Pas facile de savoir ce qui se cache derrière ce titre. Seuil. Je n’y serais peut-être pas allée le coeur aussi léger si j’avais su. Elle se présente comme une enquête : on remonte l’histoire pour comprendre pourquoi le jeune Matteo a laissé un message inquiétant sur les réseaux sociaux. Et, pour ça, on va suivre l’arrivée à l’internat de Noa, un ami d’enfance de Matteo. On va découvrir son passé de harcelé, son entrée dans la chambre 109, son envie de faire partie du groupe, ses différentes tentatives pour l’intégrer. Et son évolution nécessaire pour en être.

Seuil est une pièce qui évoque une certaine forme de harcèlement scolaire, mais pas que. Elle aborde cette jungle qu’est le collège, avec ses règles tacites, décrivant ceux qui font la loi, aux traits si reconnaissables, et ceux qui la subissent, tout aussi identifiables. Je pense que chacun y voit un peu midi à sa porte selon ses souvenirs du collège. Moi qui ai tant haï cet endroit, qui ai analysé les règles du jeu pour mieux pouvoir les transgresser, j’y ai vu ces jeux de pouvoir, ces tests qu’on se fait passer entre adolescents pour mieux se jauger. Mais il y a aussi quelque chose de plus spécifiquement masculin, de ces normes viriles qu’on impose aux garçons pour qu’ils fassent leurs preuves, pour montrer qu’ils sont de vrais hommes. Bref, Seuil est spectacle puissant qui fait remonter des choses pas toujours agréables.

Ce n’est pas le premier spectacle que je vois sur le sujet, mais c’est sans doute le premier qui me convainc parfaitement. Il fait passer la théâtralité avant le message, et c’est comme ça qu’il est, à mon avis, le plus fort. Dramaturgiquement, c’est très réussi. On sent chez Pierre Cuq une vraie sensibilité à l’atmosphère, il veut créer un cadre dans lequel évolueront les comédiens. Il n’y a pourtant pas grand chose sur scène, mais tout apparaît. Le spectacle se déroule dans un établissement de la MAIF, la salle est aménagée comme une salle de classe, en bifrontal, et ça fonctionne très bien : la mise en scène maîtrise à merveille l’art des déplacements, s’autorise des montées en tension très rapide, rend captif le public en l’impliquant malgré lui dans le spectacle, comme lorsque tous ces regards sur notre protagoniste, Noa, se font soudain lourds de sens.

Pierre Cuq a également su diriger ses acteurs à la perfection. Leurs compositions se jouent dans les tripes. Ils nous font revivre la cour d’école dans ce qu’elle a de plus féroce, avec cette fureur propre à l’adolescence, cette rage qui monte et qu’on ne contrôle pas. Dans les rares moments de liberté aussi, ils donnent à voir la jeunesse, avec cette insouciance et ce lâcher-prise si intense quand ils éclatent au grand jour.

Baptiste Dupuy, qui incarne Noa, a le mal-être chevillé au corps, et son évolution se joue dans les détails. C’est l’attitude qui change, mais la transformation est quasiment physique. C’est impressionnant. Camille Soulerin, qui incarne quatre personnages, m’a littéralement clouée sur ma chaise. Cette comédienne a une présence, une autorité sur scène, qu’elle utilise différemment selon les personnages qu’elle incarne, le plus marquant étant celui de Boris, le camarade de la chambre 109. Il est simplement effrayant ; c’est de lui que vient la violence qui s’invite sur le plateau, et, progressivement, prend toute la place.

Un spectacle saisissant. ♥ ♥ ♥

© Alban van Wassenhove