#OFF21 – La métamorphose des cigognes

Critique de La Métamorphose des cigognes, de Marc Arnaud, vu le 14 juillet 2021 au Théâtre du Train Bleu (13h50)

Avec Marc Arnaud, mis en scène par Benjamin Guillard

Je sais parfaitement pourquoi je suis allée voir La Métamorphose des cigognes. Il y a d’abord ce titre, un peu poétique, un peu intriguant, qui sonne vraiment bien et que, allez savoir pourquoi, je range immédiatement dans la case « titre de spectacle prometteur du Off ». C’est du flair ou de la connerie, je ne sais pas encore, mais ça marche. Il y a ensuite Benjamin Guillard, qui avait réussi un très joli coup avec son Jo inattendu il y a presque deux ans maintenant, et dont j’avais envie de retrouver le travail. Il y a enfin le tampon « Train Bleu » rassurant qui termine de me convaincre. Je sais donc parfaitement pourquoi je suis là, mais je n’ai strictement aucune idée de ce que ça peut donner.

On se retrouve dans la conscience de Marc Arnaud – comédien et personnage, donc – alors que celui-ci doit procéder à un don de sperme nécessaire à une fécondation in-vitro. Il est seul, dans une salle blanche avec un gobelet en son centre, on lui explique comment il doit procéder, par quelle étapes il doit passer, et on le laisse faire sa petite affaire. Seulement, on s’en doute, ça ne se fait pas « comme ça » et, seul face à ce gobelet blanc, il laisse ses pensées divaguer : sa première fois, son premier porno, son rendez-vous avec le médecin pour lui annoncer ses problèmes spermatiques, la salle d’attente… On le suit dans ce cheminement qui doit l’amener, finalement, à réaliser ce don.

Alors je tiens à rassurer tout de suite : ce n’est pas un spectacle dissertatif (et chiant) sur la FIV. Le sujet peut dérouter, mais clairement on est plutôt dans le seul en scène ultra dynamique, du genre qui vous prend et qui ne vous lâche pas. Dès les premières minutes, j’ai su que j’allais être emportée. Il faut dire que Marc Arnaud – est-ce parce qu’il raconte sa propre histoire ou simplement son talent de comédien – est parfait pour l’exercice. Je ne saurais expliquer, il y a des acteurs qui maîtrisent le seul en scène, et ça se sent immédiatement. Sur le plateau, un comédien mais dix personnages, tous différents, tous maîtrisés. On se plaît à les découvrir, les aimer ou les détester, les retrouver quand l’histoire avance, les juger ou les comparer. Et on s’attache à notre personnage, pauvre Marc dérouté face à son gobelet blanc.

J’adore me retrouver dans des consciences. Quand c’est bien fait, c’est toujours très plaisant. Là, on est en plein dans cette espèce de bordel créatif que peut former le cheminement de la pensée, d’autant plus drôle que notre sujet de base est propice aux digressions. Marc Arnaud maîtrise à la perfection son sujet et son personnage, il est absolument captivant, aidé dans l’exercice par la mise en scène rythmée et très visuelle de Benjamin Guillard qui contribue à créer des ambiances complètement différentes au fil des digressions.

Mais il a aussi le talent de l’écriture : pas évident de ne pas en perdre certains au passage alors qu’il passe sans cesse du coq à l’âne. Son texte est extrêmement bien ficelé : il nous prend d’abord un peu par les sentiments en se présentant, en présentant sa situation, en nous expliquant qui il est et en nous impliquant émotionnellement dans son histoire et, au fur et à mesure que sa pensée avance, il tente des digressions de plus en plus longues et « difficiles », dans ce sens où elles ne touchent pas forcément la même chose chez tous les spectateurs, mais il nous a « attrapés » depuis bien longtemps et on est tellement captivés qu’il ne nous perd pas en chemin.

Je ne pouvais rêver mieux comme lancement de festival. De l’énergie, du rythme, de l’émotion et du talent, voilà le chouette cocktail concocté par Marc Arnaud.  ♥ ♥

© Alejandro Guerrero

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