Il ne m’est jamais rien arrivé

Critique de Il ne m’est jamais rien arrivé, d’après Le Journal de Jean-Luc Lagarce, adapté par Vincent Dedienne, vu le 24 janvier 2025 au Théâtre de l’Atelier
Avec Vincent Dedienne, mis en scène par Johanny Bert

Allez, on va pas se mentir : moi, je venais pour Juste la fin du monde. De Il ne m’est jamais rien arrivé, je n’attendais pas grand chose. J’avais même un peu peur de m’ennuyer. J’étais rassurée, parce que Vincent Dedienne, ennuyeux, quand même, il faut le faire, mais « adaptation du Journal de Jean-Luc Lagarce », désolée, mais comme ça, ça ne me vendait pas du rêve. MAIS ça me vend quand même une légère curiosité. Suffisante pour que je prenne le doublé Lagarce proposé à l’Atelier en cette fin de mois de janvier. Et que je me prenne une bonne claque au passage.

La surprise n’est pas tant sur les sujets abordés. Quoique. Je me doutais un peu qu’on allait parler de sexualité, d’homosexualité, plus précisément, et puis du Sida, évidemment, et de théâtre, beaucoup. Mais je ne m’attendais pas à rentrer autant dans l’intimité du personnage, à découvrir sa grande solitude, son regard trop lucide sur ce qui l’entoure, et à vivre, à travers son histoire, une espèce de voyage dans la culture française de la fin du XXe siècle.

Mais la grande surprise, c’est le ton utilisé. Je vais dire un truc très con, mais c’est sans doute ce qui fonctionne tellement bien dans ce spectacle : quand Vincent Dedienne parle, seul en scène, avec les mots de Lagarce, on dirait que c’est lui qui parle. Que ce sont ses mots. Qu’il parle de lui. Qu’il raconte son histoire. On est dans quelque chose de très quotidien, de très naturel, de très proche. Je me répète, mais si on m’avait demandé, comme ça, à l’aveugle, où on se situait, j’aurais bien plus facilement répondu chez Le Petit Nicolas – dans une version un peu dark, je vous l’accorde – que chez Lagarce.

Je ne sais pas ce qu’il a fait à ces mots, comment il les a sélectionnés, comment il les a tournés, comment il les a adaptés, mais il les a tellement en bouche, il les incarne avec tant de justesse, avec tellement de lui, tellement à nu, qu’on se croirait presque dans un de ses spectacles. C’est le « ton Dedienne », si vous voulez. Je ne m’attendais pas à ça, peut-être parce que je connais un peu le style de Lagarce et qu’on est loin de ce ton si particulier qu’on retrouvera, d’ailleurs, dans Juste la fin du Monde, l’heure d’après.

Et puis, il a ce jeu si particulier, à la fois complètement là, ancré dans le sol, dans le moment présent, face à nous, et légèrement détaché, comme s’il s’apprêtait à commenter sa propre réplique juste après l’avoir prononcé ajoute, qui encore une strate supplémentaire à ce qu’il raconte. Il joue toutes les nuances de la partition. Il y a l’urgence – dévorer la vie et la jouissance tant qu’il est encore temps – il y a une certaine légèreté – il ne manque jamais un bon mot – et il y a lui, entre deux, mélange assez unique d’âpreté, d’éclat, de désillusion, et de solitude. Il est touchant. Il est attachant.

Oh, et j’allais presque oublier. En plus, c’est beau. Cette scénographie, élégante, qui illustre sans vraiment souligner, qui laisse de la place, qui illumine et qui parfois étouffe, c’est beau. Jean-Luce Lagarce met toute son humanité dans ce Journal, Johanny Bert l’anime, Vincent Dedienne lui donne vie. On entre dans l’intimité totale de ce personnage. Comme si on y était. Comme si on lisait en lui. Comme si on voyait à travers ses yeux. C’est le principe d’un Journal. C’est le principe d’un seul en scène. C’est le principe de l’interprétation. Mais c’est surtout le principe d’une symbiose absolue.

Bonnaire, forcément Bonnaire

Critique de L’Amante anglaise, de Marguerite Duras, vue le 23 octobre 2024 au Théâtre de l’Atelier
Avec Sandrine Bonnaire, Frédéric Leidgens et Grégoire Oestermann, mis en scène par Jacques Osinski

C’est marrant, les modes. Duras n’est pas beaucoup montée, et, tout d’un coup, deux Amante anglaise à l’affiche. On s’est dit qu’on en verrait au moins une, on a choisi notre camp, et nous voilà. Découverte d’un nouveau texte, découverte de Sandrine Bonnaire sur scène, retrouvailles attendues avec Gregoire Oestermann et Frédéric Leidgens, bref, des ingrédients qui composent normalement un bon moment. Mais on ne sait jamais vraiment à quelle sauce on va être mangé. Surtout avec Duras.

Ça commence avec un long interrogatoire. On ne voit que l’interrogé. On écoute. On cherche à comprendre. Il est question d’un meurtre assumé, mais non expliqué. Une femme, la femme de l’interrogé, a tué une autre femme, sa propre cousine, sourde et muette. Elle a dit que c’était elle, mais elle ne sait pas pourquoi elle a fait ça. C’est tout l’objet des deux interrogatoires qui vont avoir lieu. Comprendre qui est cette femme, et pourquoi elle a fait ça.

Je pourrais vous dire « c’est Duras », je perdrais déjà pas mal de monde. Mais il faut laisser une chance à son théâtre. Moi qui ai du mal avec ses romans, je suis souvent captivée par son théâtre. Peut-être parce qu’il ajoute à cette langue si spéciale une voix, un corps, une histoire, une essence, que je ne parviens pas à retrouver à la seule lecture.

C’est un fil, Duras. Les comédiens sont en équilibre sur un fil, et, bien vite, nous aussi. Soit on accroche, soit on tombe. Mais quand on accroche, c’est pour des sensations assez folles. C’est rien, Duras. C’est des mots, et des silences. Mais c’est rien, l’équilibrisme. C’est un fil, et le vide. C’est pareil. Tant que tout est habité, alors l’espace semble plein, et le coeur se retrouve au bord des lèvres. C’est exactement ce qu’on a ici.

On est quelque part entre interrogatoire et psychanalyse. Dans un monde assez hypnotisant. Il y a deux parties très distinctes dans ce spectacle. Il y a la première, très théâtrale. Les deux comédiens jouent, ils jouent l’interrogatoire, ils jouent le doute, ils jouent les silences, et cette notion de « jeu » n’a rien de négatif, au contraire, c’est un jeu extrêmement maîtrisé, un jeu admirable, mené par deux grands comédiens, un jeu d’un naturel évidemment déconcertant, mais c’est une partie qui diffère tellement de la seconde que je ne vois pas comment la décrire autrement.

Parce qu’il y a la seconde, très durassienne. En fait, c’est le personnage incarné par Sandrine Bonnaire qui est très durassien. Autant dans la première partie on avait parfois l’impression de récolter des indices, d’avancer, en tout cas d’être face à quelque chose de linéaire, de partager un même langage, autant là, on se retrouve dans une espèce de boucle infinie où, parfois, il y a une intonation, un mot, une virgule qui va évoluer et permettre un petit pas de côté vers autre chose.

J’ai toujours vu Duras incarnée par des comédiens stylisés, et j’ai aimé ça. Des Alexandre Pavloff, des Fanny Ardant. La proposition de Sandrine Bonnaire a quelque chose de beaucoup plus déstabilisant. C’est de la matière brute. Elle joue l’autre. Celle qu’on ne comprend pas et qu’on ne pourra jamais comprendre. Et son jeu ne ressemble d’ailleurs pas à ce qu’on rencontre ailleurs. Directive ou inhabitude de la scène, qu’importe. C’était le bon choix. Elle est fascinante. Sans fioriture, elle parvient à faire sentir une vie complètement intériorisée.

Et le plus troublant, c’est probablement comme elle arrive à faire se déplacer la question qui nous agite. Seule la question du meurtre, le pourquoi du comment, semble susceptible de nous maintenir et là, tout d’un coup, avec quelques mots pas plus hauts que les autres, peut-être des phrases à peine plus longue, en tout cas quelque chose d’à peu près indiscible, le sujet se déplace. Et le sujet, ça devient elle, et c’est elle qu’on veut connaître, c’est elle qui soudainement semble occuper tout l’espace, elle et son étrangeté, son mystère, sa différence. Et c’est finalement ce qui reste de ce spectacle. Ce regard dans le vide, qui ne comprend pas ce qu’il cherche, et qui essaie désespérément de rallonger le temps d’échange, de conversation, d’intérêt qui lui est accordé. Cet échange, ce premier pas dans la lumière, avant l’obscurité qui s’annonce, c’est un fil qu’on souhaiterait infini.

Ici Gregory

Critique de Ici Nougaro, de Charif Ghattas, vu au Théâtre de l’Atelier le 10 mars 2023.
Avec Grégory Montel et Lionel Suarez, mise en scène Grégory Montel et Charif Ghattas

Par complice de MDT

Grégory Montel s’est fait connaître par son rôle d’agent dans la série Dix pour cent. Il a un physique latin de petit taureau qui rappelle celui de Claude Nougaro, ainsi qu’un reste d’accent du sud, et entretient une vraie passion pour le chanteur. Charif Ghattias lui a écrit un monologue, qui le transforme en un artiste de troisième ordre, Mathias, vivotant de galas où il campe le sosie de Nougaro. Lâché par les deux femmes de sa vie : sa compagne et son agente -qui n’a pas donné son nom pour un biopic sur Nougaro, il est harcelé par les huissiers. Grégory Montel est accompagné sur scène par un musicien, auquel il s’adresse mais qui reste muet, au point qu’on se demande s’il n’est pas une vision de l’esprit troublé de Mathias. Cet (excellent) accordéoniste l’accompagne dans les courts passages chantés et dans les transitions entre les tableaux.

Le spectacle a été créé à Marseille, peut-être sur une scène plus modeste que celle de l’Atelier, qui n’est pas vraiment appropriée pour une scénographie si sobre, voire pauvre. Le texte est très bien écrit, dans un style « nougaresque », avec des scansions, un vrai goût de la langue, et même des passages brillants. Il est un peu moins bien construit qu’il n’est écrit, car il y a peu de progression : la fin est un retour en arrière par le souvenir, qui aurait pu s’insérer ailleurs.

Le sujet est davantage Mathias que Nougaro, même s’il y a une brève évocation biographique. Et c’est là que le bât blesse, car on est frustré sur le plan de la chanson : alors même que Grégory Montel chante extrêmement bien, qu’il s’approprie la gestuelle scénique de Nougaro de manière très juste, et sans rien de parodique, il ne dispense que quelques mesures de ces chansons magnifiques, qui décupleraient pourtant l’émotion qui sous-tend le texte. Peut-être y a-t-il là un problème de droits ?

Donc la soirée est frustrante, on a l’impression d’une cote mal taillée : si le chanteur est à ce point important pour le personnage, il aurait fallu renforcer la relation entre les deux, et faire un spectacle vraiment musical.
Pour autant, j’ai apprécié ce spectacle, et la raison en est Grégory Montel, qui le porte avec une sincérité énorme, nougaresque, et beaucoup de talent : se révèle un acteur capable d’occuper la scène presque seul, avec une impressionnante force de communication pour faire partager sa passion.

Un spectacle qui gagnerait à être donné dans une salle plus intime.

© Pierre Gondard

Godot à l’infini

Critique de Fin de Partie, de Samuel Beckett, vue le 2 février au Théâtre de l’Atelier
Avec Denis Lavant, Frédéric Leidgens, Claudine Delvaux et Peter Bonke, mis en scène par Jacques Osinski

J’avais évidemment entendu parler de cette Fin de partie lors du Festival d’Avignon OFF 2022, mais je me doutais bien qu’elle allait venir à Paris. Et même alors, il m’a fallu beaucoup beaucoup d’échos positifs pour me décider enfin à y aller. C’est difficile de passer après un spectacle qui vous a marqué. Fin de partie, c’est le premier Beckett que j’ai vu sur scène, c’est aussi ma première rencontre avec Alain Françon, et enfin c’est la première critique dont mon grand-père m’a dit qu’elle était particulièrement fine et poussée. Bref, il fallait vraiment un grand spectacle pour pouvoir passer au-dessus de ce souvenir. Bingo.

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. » Cette phrase qui ouvre la pièce est peut-être son meilleur résumé. J’aurais du mal à en dire beaucoup plus. On découvre Hamm et Clov dans un intérieur sombre et légèrement inquiétant, qui apparemment donne sur la mer. On n’en saura pas vraiment davantage. Hamm est aveugle et paraplégique, Clov est son serviteur. Les deux personnages semblent complètement interdépendants. Et ils jouent ce nouveau jour de leur vie devant nous.

C’est là que je me rends compte comme la langue de Beckett m’avait manqué. Et comme la mise en scène de Jacques Osinski lui fait honneur. C’est un texte qui semble appeler ce genre de mise en scène qui joue le texte sans jamais en augmenter la moindre virgule. Qui joue la situation autant que l’absence de situation. Qui joue les mots autant que les silences. Et même les sons. La première scène en est une démonstration magistrale. Rien n’est dit, et pourtant les variations de sons produites semblent poser une ambiance à elles seules. Les didascalies de Beckett, si importantes dans Fin de Partie, sont là. On les entend, on les voit, on les sent jusque dans nos orteils. Et nous voilà partis pour un voyage hors du commun.

Et c’est là que, malgré tout, je me rends compte que j’étais peut-être un peu jeune lorsque j’ai rencontré cette pièce pour la première fois. Je n’avais pas perçu, comme ici, la présence aussi intense de la fin du monde. On a parfois l’impression d’être dans Black Mirror. Jacques Osinski n’arrête rien, ne propose pas davantage. Il avance le long d’un couloir et ouvre des portes sans jamais les franchir. Ce pourrait être la dernière conversation entre Clov et Hamm, ou ce pourrait être un même scénario qui se répète. On pourrait être dans un bateau à la dérive ou dans une maison après une attaque nucléaire. Ce pourrait être l’antichambre de la mort, ou le premier jour du reste de leur vie. Ce qui semble l’intéresser particulièrement, c’est le lien qui existe entre ses personnages. S’ils sont encore là, c’est parce qu’ils existent par les autres avec qui ils interagissent.

Et quels autres ! On pourrait enchaîner les poncifs, dire d’eux qu’ils sont complémentaires (c’est vrai), infiniment précis (c’est vrai), complètement fascinants (c’est toujours vrai). On pourrait en écrire des choses sur la composition gestuelle de Denis Lavant, on pourrait probablement disserter rien que sur sa manière inénarrable de monter à l’échelle. C’est un plaisir de spectateur sans pareil. Mais ce qui marque particulièrement, cette chose indicible qui semble transcender le plateau, c’est à quel point chacun de leur geste ou de leur parole vient réhausser leur humanité, comme si l’arrêt du mouvement, ou celui du son, entraînerait l’effacement de ce qu’ils sont pour toujours. C’est extrêmement mal dit, mais il y a quelque chose de cette ordre-là. Une condition humaine à laquelle on s’accroche.

Jeu, set, et match, Jacques Osinski et ses formidables comédiens remportent tout. Bravo. ♥ ♥ ♥

Rayonnements intermittents

Critique des Enfants, de Lucy Kirkwood, vu le 23 septembre 2022 au Théâtre de l’Atelier
Avec Dominique Valadié, Cécile Brune et Frédéric Pierrot, mis en scène par Éric Vigner

C’était l’un des spectacles que j’attendais avec le plus d’impatience. Trois comédiens que j’admire particulièrement, dans des styles assez différents, réunis sur la scène du théâtre de l’Atelier. J’avais confiance en Eric Vigner, dont je sais le travail de qualité. Il n’y avait que ce texte anglais que je ne connaissais pas. C’est toujours un peu ma crainte, le texte, au théâtre. Et j’ai du mal à savoir si celui-ci m’a vraiment convaincue.

Des ingénieurs nucléaires à la retraite c’est pas tous les jours qu’on en voit sur les scènes de théâtre. C’est pourtant chez eux qu’on atterrit au début du spectacle : Hazel et Robin, aujourd’hui retraités. Une ancienne collègue vient de débarquer chez eux à l’improviste ; ils avaient participé ensemble à la construction de la centrale qui alimente le village où se situe la pièce. Elle vient leur parler de la catastrophe qui a eu lieu récemment, elle vient avec ses souvenirs et ses rancoeurs, elle mettre le vieux couple face à une réalité qui dérange.

C’est un spectacle étrange. Un spectacle qui oscille sans cesse entre plusieurs sujets, plusieurs atmosphères, sans jamais se positionner clairement. Il y a la question politique, le monde laissé par la génération de nos parents, leurs erreurs, leurs échecs, leur manque d’action, il y a la sobriété nécessaire dans le monde d’après, il y a l’écologie, le handicap, la charge mentale, le couple, l’adultère, le mensonge. C’est une girouette qui tourne selon le sens du vent mais ne se fixe jamais. Pour le spectateur, c’est assez déroutant. On ne sait jamais où on va, si les paroles échangées sont de l’ordre de l’anecdotique ou du fondamental. C’est un texte intriguant, qui a ses moments et ses faiblesses, et qui me laisse un peu perplexe au sortir du théâtre.

© Pascal Gely

Ce que je reprocherai au spectacle, c’est peut-être d’avoir voulu faire trop. Trop de sujets à adresser, trop de pénombre, trop de lenteur, trop d’inconnu. Trop de combats à mener. C’est faire trop confiance au spectateur aussi, quelque part. Pour un texte autant sur le fil, une petite compensation scénique ou rythmique aurait pu être bienvenue, pour relever le tout, comme une épice en cuisine. C’est ce qui se profilait dans mon esprit dans les quelques moments où l’ennui me guettait durant la pièce. J’aurais eu besoin d’être davantage prise par la main.

Mais je ne peux pas dire non plus que j’ai passé un mauvais moment. Les échanges entre les personnages sont une recherche constante d’indices pour mieux comprendre la situation. On reste donc alerte malgré tout, même lors des moments de flottement. Le mélange des intrigues fonctionne, rebat les cartes, fait avancer le propos. Il y a quelque chose de britannique dans ce mélange d’atmosphères, dans cet humour pince-sans-rire qui surgit sans prévenir dans les dialogues. Quelque chose d’inhabituel et d’intéressant pour le spectateur. C’est un spectacle osé, sur un thème assez rare, et c’est chouette de voir ça aussi, au théâtre.

Et puis, cette distribution. Cécile Brune porte le spectacle avec une belle maestria. C’est elle qui amène la vie sur le plateau, c’est elle aussi qui la fait disparaître lorsque le temps vient de laisser la place. Elle est lumineuse et profonde à la fois, merveilleuse dans le cynisme comme dans l’émotion. Frédéric Pierrot, qui joue son compagnon, convainc aussi totalement avec une partition peut-être moins développée. Dominique Valadié, qui incarne l’élément perturbateur, cherche encore un peu sa place dans les dialogues, mais la trouve totalement dans le sous-texte. Sa présence hostile et pesante et sa voix hiératique amènent une vraie densité au personnage, qui parfois fait froid dans le dos.

Un spectacle intriguant. Peut-être trop. ♥

© Pascal Gely

Bienvenue en enfer

Critique de Huis Clos, de Jean-Paul Sartre, vu le 11 février 2022 au Théâtre de l’Atelier
Avec Marianne Basler, Maxime d’Aboville en alternance avec Guillaume Marquet, Mathilde Charbonneaux, Antony Cochin en alternance avec Brock, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoît

Enfin ! Enfin, j’ai pu découvrir ce Huis Clos manqué en 2020 lors de sa création au Théâtre de l’Épée de bois, faute de place dans l’agenda. Je m’en étais voulu de n’avoir pas suffisamment anticipé et gardé une place pour ce spectacle qui me faisait de l’oeil, avec ce texte que je brûlais de découvrir, avec ces comédiens que j’admire, avec ce metteur en scène en qui j’ai confiance. C’est donc impatiente et pleine d’attentes que je me suis rendue au Théâtre de l’Atelier ce soir-là. J’avais visé juste sur la qualité artistique de ce spectacle, mais je n’attendais pas ma déconvenue devant ce texte si particulier.

De Huis Clos, vous connaissez forcément cette phrase : « l’enfer, c’est les autres ». Il faut dire que Sartre situe sa pièce en enfer, dans une pièce qui comprend trois canapés, et dans laquelle entreront successivement un homme, Garcin, puis deux femmes, Inès et Estelle. On comprendra rapidement que tous les trois sont morts et condamnés à se côtoyer dans cette pièce sans issue pour l’éternité. Tel est leur châtiment.

J’étais assez fan du point de départ de la pièce, de cette idée d’enfermement avec ces « autres » avec qui il allait falloir composer. Mais je ne m’attendais pas à ce que la philosophie prenne le pas sur la théâtralité. Je me suis retrouvée face à une pièce très abstraite sans réel enjeu. On comprend que les personnages n’étaient sans doute pas très fréquentables mais ce qu’ils racontent de leur vie, ce qui leur est arrivé, ce sur quoi ils raisonnent se révèle sans grand intérêt, et légèrement démodé. La pièce manque cruellement d’humain : les personnages n’existent pas vraiment, ce sont des représentations, des prétextes, on ne peut pas vraiment s’y raccrocher.

Ma chance, dans cette légère déception, c’est d’avoir découvert ce texte dans cette mise en scène-là, avec cette distribution-là. C’était probablement la meilleure manière de découvrir cette pièce pour en tirer tout le suc en un coup gagnant. Jean-Louis Benoît est parvenu à dramatiser autant que possible des dialogues qui auraient facilement pu me perdre sinon. Il fait exister l’enfer et le monde réel grâce à une alternance de jeu avec l’avant-scène – proche du public, qui peut représenter la vie ou la réalité, donc – qui fonctionne bien. Et surtout il a su diriger le trio d’acteurs avec minutie.

Au sein du trio, il met particulièrement en lumière les trois duo : Garcin/Inès, Inès/Estelle, Garcin/Estelle. Ces trois duo sont trois nouveaux personnages, trois entités qu’il crée et à qui il donne des consistances très différentes : diabolique pour le premier, électrique pour le deuxième, langoureux pour le troisième. Lorsque les duos sont défaits, lorsque Garcin, Inès et Estelle tentent d’exister par eux-même, Jean-Louis Benoît parvient à les décorréler tout à fait, les rendant soudain très indépendant, jusqu’à avoir la sensation que tous trois jouent dans des espaces différents.

On saluera évidemment le beau travail des comédiens : Marianne Bassler, à la fois fascinante et inquiétante, qui fait passer autant dans ses silences que dans ses paroles ; Maxime d’Aboville, l’impression qu’il est constamment « au bord », faisant exister l’enfer dans son regard d’une intensité folle, et Mathilde Charbonneaux, dans cette agitation constante du paraître qui se délite progressivement pour laisser place à une perfidie insoupçonnée.

Jean-Louis Benoît nous ouvre les portes de l’enfer le temps d’une soirée de haut vol. ♥ ♥ ♥

Sami Frey, le passeur

Critique d’Un vivant qui passe, de Claude Lanzmann, vu le 17 septembre 2021 au Théâtre de l’Atelier
Lecture par Sami Frey

Ça faisait plus de deux ans que je n’avais pas mis les pieds au Théâtre de l’Atelier. Deux ans. Je n’en reviens pas. Mais ce n’est pas seulement le manque qui m’a fait réserver immédiatement cette lecture de Sami Frey. C’est juste son nom. Sami Frey. Je garde un souvenir impérissable de ma découverte du comédien, il y a plus de deux ans, donc, dans ce même théâtre de l’Atelier. Il disait déjà un texte que je ne connaissais pas et que je n’oublierai pas, grâce à lui. Et ce soir ? Tout pareil.

De Claude Lanzmann je ne sais pas grand chose, si ce n’est qu’il est le réalisateur de Shoah, ce documentaire fleuve de près de dix heures sur les crimes nazis composé uniquement de témoignages. C’est d’ailleurs pendant qu’il tournait Shoah qu’il a réalisé Un vivant qui passe, à partir d’un entretien avec Maurice Rossel, qui, en juin 1944, était à la tête d’une délégation du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) ce qui lui a permis d’inspecter le ghetto de Theresienstadt.

Je n’ai pas vu aucun des deux films. Mais j’ai l’impression d’avoir touché du bout des oreilles ce que souhaitait le cinéaste, car Sami Frey, en interprétant les mots de ce vivant qui passe est, lui, un passeur. Le comédien est juste avant même de prononcer un mot. Il est digne et humble, ne sera jamais larmoyant. Il entame l’échange sur un ton quotidien qui évoluera à peine. L’échange, cordial, jure avec le propos de l’horreur. Ni violence ni haine ne se feront ressentir dans sa voix. Il cherche à comprendre, il écoute, il rebondit. Sa voix trahit peu d’émotion et pourtant un frisson parcourt parfois les spectateurs. A deux reprises, il osera un silence prolongé. Boule dans la gorge garantie.

Et il va peut-être plus loin encore que Claude Lanzmann car il ajoute l’art de l’acteur à cet échange déjà glaçant. Ce que décrit Maurice Rossel apparaît sous nos yeux. La jolie petite ville factice entièrement transformée par les nazis est là, sur la scène pourtant nue du Théâtre de l’Atelier. On ne le voit plus lire, on vit ce qu’il raconte, avec lui. On entre dans le camp, on voit ce détenu nous regarder comme un vivant qui passe. Et, évidemment, on entend ce texte où il est question de manipulation, d’aveuglement, et qui résonne étrangement avec notre actualité. Il y est aussi beaucoup question de théâtre et de mise en scène, et les mensonges des nazis apparaissent d’autant plus monstrueux que la démonstration qui les accuse est dépouillée.

De ce spectacle, il me restera l’essentiel de cet échange incroyable et l’image de ce comédien debout aux saluts, s’effaçant derrière le rideau qui se baisse en grinçant. Comme un homme ayant accompli son devoir de mémoire, ou un fantôme revenu nous raconter, le temps d’une soirée. ♥ ♥ ♥

Mademoiselle Julie renversée par ses valets

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Critique de Mademoiselle Julie, de Strindberg, vue le 13 juin 2019 au Théâtre de l’Atelier
Avec Anna Mouglalis, Xavier Legrand, et Julie Brochen dans une mise en scène de Julie Brochen

C’est à la suite d’échanges sur Twitter, eux-mêmes faisant échos à des remarques qu’on avait pu me faire, que je me suis décidée à aller voir Mademoiselle Julie. D’abord refroidie par une première critweet peu enthousiaste, c’est finalement une réponse du Théâtre de l’Atelier lui-même qui me décide à me faire mon avis par moi-même. « Voir est la meilleure façon de se faire son opinion ». Ils avaient bien raison de me rappeler à l’ordre. Je ne peux me faire un avis sur la pièce, et plus largement sur la programmation de Marc Lesage, si je me contente de supputer depuis chez moi. Rendez-vous fut donc pris avec le Théâtre de la place Charles Dullin.

Mademoiselle Julie, c’est un affrontement. Affrontement entre Julie et Jean, Maître et valet, femme et homme, liberté et servitude. Elle s’ouvre sur une discussion entre Jean et Kristin, valets de la maison, fiancés, discutant de l’étrange conduite de Madame. Madame viendra par la suite les interrompre et commencer avec Jean un étrange jeu de séduction et de domination où la volonté de pouvoir autorisera tous les coups.

De Mademoiselle Julie, je ne gardais qu’un souvenir étrange. Un mélange de froideur, dû à une Juliette Binoche en petite forme desservie par une captation pas toujours flatteuse, et d’enthousiasme, lié à ma rencontre avec ce texte. Un souvenir qui laisse un goût étrange en bouche. Le goût de cette Mademoiselle Julie là est déjà mieux défini : s’il ne me permet toujours pas de rencontrer une Julie haute en couleur, il me fait mieux comprendre le personnage de Jean, et me conforte dans l’idée que j’ai face à moi un grand texte, que je découvre petit à petit.

Je suis déçue de ne pas percevoir toute la complexité et l’ambiguïté des situations qu’il présente. En cause, une Anna Mouglalis trop régulière dans son jeu que j’aurais souhaité plus inattendu. Elle avait pourtant la voix parfaite pour ce rôle irrésistiblement ambivalent, elle dont la voix suave a quelque chose d’à la fois sensuel et un brin dominateur. Son port élégant ajoutait à la noblesse du personnage mais elle manquait de force pour permettre aux situations de se renverser à sa guise.

Il faut dire qu’en face, j’ai découvert un Xavier Legrand impressionnant de subtilité… et de charisme. Il compose un Jean assez énigmatique, parfois inquiétant, menant aisément le dialogue étrange entre les deux personnages et semblant ne laisser l’avantage à sa partenaire que sur sa propre décision. Il semble édicter les règles du jeu et s’impose comme le maître du plateau. Je suis partagée en réalité car j’ai trouvé son jeu d’une précision absolue, mais si la direction d’acteurs le reconnaît comme Maître, je ne devrais pas en vouloir à Anna Mouglalis… Il reste sur cette vision de la pièce un petit noeud à défaire.

Peut-être simplement que la pièce telle que je la conçois ne recouvre pas entièrement la conception de Julie Brochen. J’attendais un duel sans pitié et surtout dont l’issue serait constamment incertaine, mais ici le combat semblait gagné d’avance. J’ai quand même pris plaisir à réentendre ce texte incroyable, et j’ai également découvert le troisième personnage de la pièce… incarné par Julie Brochen elle-même. Elle donne vie à cette servante qui pourrait rester dans l’ombre sans desservir trop la pièce. En quelques répliques, en quelques regards, elle lui donne un passé, suggéré dans sa complicité avec Jean, un présent satisfaisant, sans plus, et un avenir, simple mais digne. On sent l’espoir et la brisure soudaine. En mettant ainsi en lumière ce personnage, elle permet à la pièce, qui menaçait de vaciller, de retomber malgré tout sur ses pattes.

Joli coup… de valet ! ♥ ♥

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Quelle Freycheur !

0001.jpgCritique de Premier amour, de Samuel Beckett, vu le 2 février 2019 au Théâtre de l’Atelier
Avec Sami Frey, dans une mise en scène de Sami Frey

Quelles péripéties a subi le Théâtre de l’Atelier ces derniers temps ! Lorgné par de nombreux professionnels de la profession, on a d’abord cru qu’il tomberait aux mains de Nicolas Briançon et Nagui, mais c’est finalement Antoine Courtois et Marc Lesage, ancien directeur des Célestins, qui remportent la part du gâteau. On attendait avec crainte chaque nouveau spectacle à l’affiche, notre confiance en Didier Long s’étant épuisée avec les années ; me voilà à présent curieuse et impatiente de découvrir la ligne que va suivre ce nouveau Théâtre de l’Atelier. Et plus que satisfaite de cette première rencontre.

Tout part de la mort du père de celui qui raconte son histoire. Cet événement sonnera son départ du domaine familial et, en quelque sorte, son entrée dans la vie. Posé sur un banc, il fera la connaissance de Lulu, une prostituée de qui il pense tomber amoureux et chez qui il ira vivre un temps, constatant de manière assez pragmatique qu’il entend des hommes chez elle, à plusieurs moments du jour et de la nuit. Et puis il partira, après avoir vu son ventre s’arrondir et subi les pleurs du nouveau-né. Il partira, comme il est entré. Étrange.

Premier amour nous fait rentrer dans une conscience. Je ne sais pas si le théâtre de l’Atelier a pour ambition de se spécialiser dans la psychologie de ses personnages, mais entre Premier amour et Face à face, il faut dire qu’on est servi. On rentre ici dans une conscience quasi autistique – c’est en tout cas ce vers quoi nous amène le texte de Beckett en montrant à plusieurs reprises à quel point la présence d’autres personnages est insupportable à notre protagoniste. Une conscience autre, donc, mais une conscience absolument fascinante. On reconnaît l’écriture de Beckett mais on en découvre aussi de nouveaux aspects : ce monologue est truffé de surprises – que vient soudainement faire cet éléphant dans notre histoire tout à fait quotidienne ? – pas dénué d’humour et surtout bien moins minimaliste que ce que je connaissais jusqu’ici – il est, en vérité, incroyablement vivant.

Il faut dire que celui qui l’incarne ne se contente pas de sa bouche pour le déclamer. Je découvrais Sami Frey, et j’ai côtoyé, pour cette première rencontre, tant son cerveau que ses tripes, ses poumons et son coeur. Je dois reconnaître que j’ai d’abord eu un peu peur. La première phrase qu’il prononce était presque hésitante. Je me suis demandée par la suite si ce début incertain n’était pas voulu, permettant une véritable transition entre le moment où le personnage se retrouve hors du domicile familial et celui où il s’assied pour la première fois sur le banc. Car, une fois sur ce banc, Sami Frey devient autre : il prend littéralement vie sur scène et nous amène, à travers ses pensées, dans ce quotidien qu’il nous décrit. Il ne fait qu’un avec le souffle beckettien et donne à voir sur scène une sorte de naïveté transcendée absolument unique. Il redevient aisément le jeune homme de ces souvenirs – la beauté du comédien y est sans doute pour quelque chose – et cette voix profonde, ne craignant pas les ruptures, maîtresse absolue de la narration, emporte tout sur son passage. Bravo.

Un coup de foudre. ♥ ♥ ♥

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Dans la face

0x1200x17683-or.jpgCritique de Face à face, d’après Bergman, vu le 16 décembre 2018 au Théâtre 13

Avec Emmanuelle BercotNathalie Kousnetzoff, Évelyne Istria, Philippe Dormoy, David Arribe, Thomas Gendronneau, et Lola Le Lann dans une mise en scène de Léonard Matton

Cela fait longtemps que j’entends parler de ce spectacle. Face à face aurait dû d’abord être monté à l’Atelier sous la précédente direction mais, suite aux affaires qu’on connaît bien, la production a été retardée et c’est finalement au Théâtre 13 que s’ouvre ce Face à Face d’après Ingmar Bergman en cette fin 2018, juste à temps pour rentrer encore dans le cadre de cette année-hommage. Je suis contente de voir ce projet enfin abouti car, ayant découvert Léonard Matton comme créateur du Secret, ce lieu de théâtre immersif au coeur du 5e arrondissement, j’avais hâte de le revoir dans un travail plus classique. Et je ne fus pas déçue.

La scène s’ouvre sur une consultation de Jenny et d’une de ses patientes : on comprendra rapidement que Jenny est psychiatre, mais qu’elle n’est finalement pas si éloignée que ça de ses malades. Prenant quelques jours de vacances seule, sans son mari ni sa fille, elle sera confrontée à plusieurs événements qui feront remonter rêves et autres cauchemars venant se mêler à sa réalité. Commencera alors un face à face entre elle et elle, une auto-analyse pour aller puiser au plus loin les causes d’un mal être qui s’avère bien plus profond que prévu.

C’est étrange de se dire que, pour l’instant, je ne connais Ingmar Bergman qu’à partir des adaptations théâtrales que j’ai vues. Je pense forcément à Sonate d’Automne vue à l’Oeuvre il y a quelques années, qui m’avait déjà donné la température de ce qu’était Bergman. J’ai retrouvé ce ton sombre, cette culpabilité omniprésente et pesante, ce manque d’air dans la mise en scène de Léonard Matton, dont la scène psychédélique est le point d’orgue. Une atmosphère qui m’a d’ailleurs déroutée en premier lieu, mais dans laquelle je suis finalement rentrée pour n’en plus ressortir.

J’en suis rentrée par une porte bien spécifique : celle d’Emmanuelle Bercot. Elle est à la fois la fondation, les murs, et le toit de ce spectacle. Peut-être est-ce dû à sa présence tout le long du spectacle mais elle y amène un souffle particulier. La composition de son personnage contribue grandement à définir l’ambiance de cette histoire, et ses cris, toujours surprenant, son rire, presque démoniaque, ses pleurs, jamais forcés, viennent souvent dérouter un public qui ne s’y attendait pas. Elle mêle une force apparente à une fragilité plus intérieure avec beaucoup de subtilité et j’ai été captivée par cet ouragan complexe qu’elle avait réussi à créer. Sur scène pendant plus de deux heures, elle livre une performance impressionnante et vient confirmer ce que j’avais déjà senti lors du Dîner en ville : Emmanuelle Bercot est de ces grandes artistes dont je suivrai dorénavant la carrière.

Ne me faites pas dire ce qui n’est pas : le reste de la distribution est excellente. Léonard Matton a composé avec des profils étranges, ce qui transparaît surtout lors des saluts. Des physiques, des voix, des gestuelles différents, presque antagoniques, et qui forment un tout très hétérogène rendent à merveille le manque de communication, le décalage entre les personnages qui ne parviennent à s’entendre malgré une partition constante. J’ai retrouvé avec plaisir Évelyne Istria qui incarne avec brio la grand-mère de Jenny et qui fait passer beaucoup de sentiments mais jamais de tendresse sur son visage pourtant très souriant. Une belle composition !

J’espère que ce Face à face saura faire les beaux jours du Théâtre de l’Atelier où il s’installe à partir de janvier ! ♥ ♥ ♥