Le Malade Imaginaire, Comédie-Française

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Critique du Malade Imaginaire de Molière, vu le 4 Juillet 2011 à la Comédie-Française
Avec Julie Sicard/Muriel Mayette, Gérard Giroudon, Catherine Sauval, Michel Favory, Alain Lenglet, Alexandre Pavloff, Laurent Stocker, Léonie Simaga/Julie Sicard, Loïc Corbery/Laurent Stocker, Nicolas Lormeau, Adrien Gamba-Gontard,  Emma Cachau/Héloïse Giret/Maud Lamy/Cécile Vaubaillon, Nathalie Macé et Camille Turlot, Carole Ségura-Kremer, Valérie Wuillème, Laurent Bourdeaux/Christophe Grapperon, Christophe Ferveur, Jorris Sauquet, Emmanuelle Guigues/Marion Martineau

J’ai déjà vu la pièce, dans la même mise en scène, au même endroit, lorsque j’avais 6 ou 7 ans. J’étais malade, peut-être trop jeune aussi, et je n’ai donc pas pu apprécier pleinement la pièce. Aujourd’hui, bien que je n’aie certainement pas tout compris, j’ai beaucoup plus saisi l’importance de cette pièce, sa richesse, et surtout le fait que c’est une pièce complète : tout d’abord par rapport aux personnages – Molière met en scène un enfant, ce qui est quasi-inexistant dans le monde théâtral – mais aussi sur les thèmes abordés, sur le fait que ce soit une comédie autour de sujets sérieux, tels que l’argent ou la médecine. Enfin, c’est la pièce où Molière fait référence à lui-même, et ça … ce n’est pas permis à n’importe qui !

La mise en scène de Claude Stratz, décédé en 2007, est celle que la Comédie-Française reprend lorsqu’elle décide de jouer Le Malade Imaginaire : c’est très compréhensible, car c’est une mise en scène parfaitement au service du texte : chose rare à la Comédie-Française, il n’y a aucune complexité. C’est simple et complet, sans être superficiel.

Il faut aussi savoir que, lorsqu’on a pareille mise en scène jouée à la Comédie-Française, cela donnera forcément (au moins) quelque chose de bien. Mais quelques perturbations peuvent arriver, et qui empêcheront le spectacle d’être parfait … Le trou de Michel Favory (il jouait Monsieur Diafoirus) qui se remarque, par exemple … Oui, car monsieur Favory a, hier, eu un oubli de texte très visible, car il a commencé à bafouiller – alors que, sur cette pièce, ce n’est pas très dur d’improviser – puis on a entendu un souffleur quelconque lui dire sa réplique – le moins discrètement du monde. Cela entraine une peur chez les autres acteurs : ils craignent une récidive… Ainsi, quand Favory a fait une pause de quelques secondes entre deux phrases, lors d’une scène suivant « l’incident », Julie Sicard, craignant un second trou, a enchaîné directement sur sa réplique : mais cela a créé une confusion car Favory connaissait son texte cette fois-ci, et il a donc parlé en même temps que Julie Sicard … qui a dû répéter ce qu’elle venait de dire juste après la fin de la réplique de Favory : cela n’est donc pas passé inaperçu aux yeux du public. Un autre élément m’a un peu gâché la pièce – non, j’exagère : une seule scène : il s’agit de Louison. 4 enfants sont en alternance pour le rôle, je ne sais donc pas celle que j’ai vue hier… Mais elle n’était vraiment pas bonne. D’accord, c’est une enfant, mais je suis sûre qu’on peut trouver de meilleures actrices de 10 ans qu’elle … car enfin, elle parlait tout bas – je n’aurais rien entendu si je n’avais pas été à l’orchestre – on ne comprenait pas ce qu’elle disait car elle avalait certains mots … Enfin, heureusement qu’elle n’a pas grand chose à dire. Mais cette scène, qui devrait être comique, m’a ici surtout paru longue. Enfin, j’aimerais mentionner un nom, qui est sûrement connu de vous :  il s’agit de Loïc Corbery. Ce jeune acteur dont tout le monde chante les louanges, et que j’ai moi-même complimenté (voir ici) après Badine, semble restreint à un seul « ton de jeu » : il semblait jouer Perdican. En tout cas, je n’ai vu aucune différence de style, entre Cléante et Perdican … Bien que proches – jeunes amoureux, voulant se marier, obstacle à leur mariage – , les personnages ne sont pas non plus les mêmes : dans la version de Badine présentée par Yves Beaunesne, Perdican appairaissait un peu sombre, assez brutal … Ce qui n’est pas du tout le cas de Cléante ! Ce ton grave qu’il prend lorsqu’il est Perdican ne s’accorde pas avec le ton, beaucoup plus comique et léger, de Cléante. Bref, il ne faudrait pas que Corbery se mette à « faire du Corbery » … ce n’est pas parce qu’il est sociétaire de la Comédie-Française que tout est acquis … Je suis peut-être un peu dure, c’est vrai, mais c’est à cause d’une légère déception …

Mais finissons avec les notes négatives, et passons à ceux que j’ai trouvés « bons ». « Bons », c’est-à-dire qu’ils étaient dans leur personnage, qu’ils jouaient bien, mais que ce n’était pas transcendant : Catherine Sauval (Béline), et Alain Lenglet (Béralde).

Enfin, j’ai gardé le meilleur pour la fin : voici ceux qui m’ont beaucoup plu. Tout d’abord, Léonie Simaga, qui, malgré son petit rôle (Angélique), parvient à se détacher du lot des « bons » : c’est vraiment une actrice que j’apprécie énormément et qui, à chaque fois que je la vois, parvient à dépasser ce que j’attendais pour son rôle … Je dois également parler de Julie Sicard, parfaite en Toinette : physique idéal – elle est plutôt petite et très vive – elle a un je-ne-sais-quoi de comique, auquel on ajoute un grand talent de comédienne : voici une Toinette en bonne et due forme ! Parlons aussi de Gérard Giroudon, malade en barbotteuse, attendrissant dans ses moues, étonnant dans ses (quelques) instants de colère, surprenant lorsqu’il sort subitement de sa « mort » … Magique. C’est, somme toute, un excellent malade. Et enfin, vient celui que j’ai le plus apprécié ; il s’agit d’Alexandre Pavloff, qui incarnait Thomas Diafoirus, promis à Angélique. Eh bien, il était tout simplement extraordinaire : Thomas est un rôle de composition, et Pavloff s’est réincarné en un personnage ridicule à souhait : maquillé, plein de tocs, avec une démarche trop solennelle, c’est ici le meilleur Diafoirus que l’on puisse imaginer, à mon humble avis !

J’ai également remarqué une grande utilisation des bruitages : le vent, le chien, le tic-tac de l’horloge … Je ne suis pas fan, car leur utilisation n’était pas toujours nécessaire…

C’est donc, comme on pouvait s’y attendre, un excellent Malade Imaginaire, qui frôle le parfait … Mais peut-être que nous avons assisté à une des plus mauvaises sans le savoir – paradoxe, car ce serait une « plus mauvaise qui reste excellent »…

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