Festival d’Avignon 2013

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Comme chaque année depuis trois ans, je me rends à ce festival de passionnés qu’est le Festival d’Avignon. Comme chaque année, la chaleur est harassante et les rues sont couvertes d’affiches. Néanmoins, cette année, quelques différences infimes se font sentir. Moins de classiques à l’affiche, à notre plus grand regret. On voit de plus en plus, sur les affiches, « d’après Molière », ou « d’après Feydeau ». Oui mais, c’est Molière ou ce n’est pas Molière. Ce « d’après » me déplaît, et j’élimine d’office tout spectacle qui utilise ce procédé. On regrette aussi l’absence de certaines compagnies comme celle qui donnaitMasques et Nez, excellent spectacle d’improvisation, ou encore la reprise de Sarvil des Carboni, que je n’irai pas voir l’ayant déjà vu 4 ou 5 fois …

Comme chaque année, le festival est également l’occasion de rencontrer des artistes, et pour ma part d’aller quémander des autographes … C’est avec un grand plaisir que j’ai par exemple demandé hier un autographe à Loïc Corbery, que j’ai vu il y a à peine une semaine dans Cyrano. Guetter des visages connus à travers les rues ensoleillées d’Avignon est une activité qui m’enchante toujours autant …

4 jours ici et, je pense, 5 ou 6 pièces au programme. Mais, et ce pour la première fois depuis la création de mon blog, je travaillerai en collaboration. En effet, après mon départ, un proche dont les goûts théâtraux se rapprochent des miens prendra le relais, de manière à vous offrir un plus large panel de spectacle.

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Tom à la ferme, Théâtre du Chêne Noir

C’est le nom de Raphaëlline Goupilleau qui m’a donné envie de voir le spectacle. L’histoire est glauque, l’ensemble est noir. Il s’agit, en résumé, d’un jeune homme, Tom, qui se rend dans la ferme de la famille de son amant, décédé il y a peu. Il apprend alors que le frère du défunt, Francis, lui avait invité une vie avec une femme, pour cacher à sa mère son homosexualité. Tom va être contraint, sous la force des coups, à maintenir ce secret. Malgré un synopsis peu attrayant, le spectacle est plutôt réussi. Le jeu est acteurs y est pour beaucoup. En effet, le texte a parfois des longueurs, que la mise en scène ne parvient pas à ôter. Mais peut-être est-ce aussi dû à la dureté du spectacle, qui s’accroît jusqu’à devenir presque insupportable. Cependant, les acteurs sont irréprochables, et tout particulièrement celui qui incarne Tom, qui a une véritable maîtrise de son personnage et passe par tous les registres avec une extrême souplesse.

C’est une ambiance particulière qui s’installe au Théâtre du Chêne Noir chaque soir, et je ne conseille le spectacle qu’à ceux qui sont capables de soutenir violence morale et physique durant plus d’une heure. A ceux-ci, je recommande tout particulièrement le spectacle, bien construit et parfaitement interprété !

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Colorature, Théâtre du Chien qui Fume

Comme chaque année, je ne manque pas Grégori Baquet, bien que je connaisse déjà le spectacle qu’il présente. L’histoire est celle de Florence Foster Jenkins, cantatrice … enfin, c’est ce qu’elle croit. Car elle chante horriblement faux et si sa popularité augmente, c’est que le bouche à oreille fonctionne dans le mauvais sens, et tous les spectateurs se moquent d’elle. L’histoire est touchante et merveilleusement servie par deux comédiens de talent, Grégori Baquet et Agnès Bove. Elle compose son personnage avec brio, et l’on s’attache peu à peu à la cantatrice, à sa petite folie et son caractère bien à elle. Lui, à ses côtés, narre l’histoire avec le talent qu’on lui connaît, accompagnant le tout au piano, avec quelques airs qui nous restent dans la tête après le spectacle.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, voilà un petit bijou du Festival d’Avignon !

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Une Vie sur Mesure, Cinevox

C’est cette fois-ci sur les conseils de Gladscope que je suis allée voir ce spectacle. Comme l’indique le titre, le spectacle tourne autour de la musique : il s’agit de l’histoire d’un homme, Adrien, fou de batterie. Il nous raconte son enfance où naît sa passion dans un spectacle mêlant narration et performances de qualité à la batterie. Le spectacle est intéressant sur les deux points, c’est-à-dire qu’on s’attache au personnage et à son histoire, et on a envie d’en découvrir plus sur cet instrument trop souvent en retrait, mis en valeur ici par les talents de batteur de Cédric Chapuis. Mais l’acteur a plus d’un tour dans son sac, et il parvient à composer un personnage attachant, bien qu’un peu illuminé par son amour de l’instrument, et à aborder d’autres thèmes tels que la différence, avec une légéreté apparente auquel semble attachée une certaine amertume sous jacente.

Vivement conseillé !

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Pierre-Emmanunel Barré est un sale con, au Capitole

Se promener à Avignon pendant le festival est un véritable délice, car on y croise de nombreuses parades, prêtes à tout pour nous donner envie d’aller voir un spectacle. J’aime les parades originales. Alors cet homme qui accoste les festivaliers avec son air provocateur m’a intriguée, et je me suis rendue le soir-même à son spectacle. Il s’agit d’un one man show complètement décalé, et le titre convient parfaitement. Le comédien y aborde les thèmes les plus politiquement incorrects et rit de tout, du malheur des autres aux handicapés en passant par les génocides, sans jamais perdre son sérieux. Et cela marche bien, puisque la salle rit avec lui, malgré les horreurs qu’il déclame.

Je conseille à toute personne suffisamment ouverte d’esprit pour rire des pires atrocités qui peuvent sortir de la bouche de cet homme que rien n’arrête.

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L’Odyssée de la Moustache, Théâtre du Chêne Noir

Ali Bougheraba, c’est comme les Carboni, c’est une habitude du festival Off. Je ne manque aucun de leur nouveau spectacle. Cette année, après Ali au pays des merveilles où il nous racontait surtout son enfance, il revient dans son nouveau one man show avec ses angoisses de père, et aborde des questions existentielles telles que la vieillesse ou les différentes cultures auxquelles on peut être confronté. Durant plus d’1h, il se donne à fond devant nous, interprétant plusieurs personnages avec l’aisance qu’on lui connaît, sa gestuelle toujours aussi parfaite et son spectacle franchement bien écrit : on rit beaucoup !

Je prédis un grand avenir à cet artiste, et en attendant, je vous encourage vivement à réserver avant qu’il n’y ait plus de palce !

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A la Folie Feydeau, Présence Pasteur

Nous accostant dans la rue, un homme en costume de domestique et au fort accent belge … Un Feydeau ? Après tout pourquoi pas ! J’appréhende un peu après le catastrophique Mais n’te promène donc pas toute nue d’il y a quelques années, mais il faut bien se relancer ! C’est donc trois saynètes de Feydeau qui nous sont présentées par quatre acteurs, trois hommes et une femme. Ils sont complètement dans leurs personnages et se donnent à fond, il n’y a aucun doute là dessus. Mais pourtant, cela n’a pas pris sur moi, et j’ai beaucoup moins ri que d’habitude, devant un Feydeau. Difficile d’en trouver la cause … Peut-être en font-ils trop, ou les pièces sont mal choisies … Ce ne sont pas les meilleures de Feydeau, et les deux premières se ressemblent beaucoup, basées sur le qui proquo … Enfin, rajouter des intermèdes musicaux était-il nécessaire ?

Ne sait pas trop quoi en penser … Mais je suis d’avis que Feydeau, dans le Off, n’est pas spectacle aisé.

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Rhinocéros, la Fabrik

Pour satisfaire la curiosité de mon accompagnateur, qui désirait connaître un peu mieux Ionesco, nous avons cherché dans le programme du Off et opté pour ce Rhinocéros qui se joue à la Fabrik’. Dès les premiers mots, il est clair que nous avons affaire à une troupe amateur, et la diction de certains acteurs laisse à désirer. Très vite, l’ennui se fait sentir et l’on n’entend plus le texte, qui n’est d’alileurs pas bien su. J’aurais continué dans le péjoratif si on ne m’avait pas signalé, après le spectacle, que la troupe avait été formée à partir de patients d’un hopital psychiatrique. Ceci explique sûrement cela.

Une expérience dont on peut se passer.

 

A présent, je quitte Avignon. Un festival un peu moins fourni que l’an dernier, mais dont je suis tout de même très satisfaite. Comme je l’ai indiqué en début d’article, je laisse la place à un autre critique en herbe, qui alimentera pendant encore quelques jours cet article.

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Les Mangeurs de Lapin, Collège de la Salle

Ce spectacle burlesque joue sur le thème des numéros de cirque et de music hall improbables ou ratés. La dramaturgie est fondée sur le rapport entre un meneur de jeu tyrannique et ses acolytes facétieux, complices avec le public. Un musicien les accompagne au clavier et batterie + cuivres quand il le faut. Même si les chutes des numéros sont parfois insuffisamment travaillées, le spectacle est généreux et réjouissant. Les artistes sont d’ailleurs de vrais circassiens, à preuve le fabuleux numéro de jonglage de la fin. Le comique, surtout visuel, tient beaucoup au physique d’un des interprètes, maigrissime, au visage effilé, et aux dons de contorsionniste. Il déclenche les rires, qu’il soit en ballerine (grand moment!), en mage oriental, en cornac, en robot, en « Toucan du Médoc »… J’ai pensé au Matamore du « Capitaine Fracasse », qui doit absolument entretenir sa maigreur pour faire rire… On rit donc beaucoup, c’est plein d’invention, parfois jusqu’à l’absurde.

Pour qui aime le spectacle pur, où les artistes n’ont d’autre ambition que de divertir toute la famille !

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Illumination(s), Théâtre des Halles

Quand on va voir du théâtre militant, on appréhende toujours que le sentiment du devoir accompli l’emporte sur le plaisir. Le succès que rencontre ce spectacle (salle pleine, liste d’attente…) rassure a priori, et en fin de compte, c’est l’enthousiasme qui domine.
Le spectacle commence par deux scènes violentes: un jeune homme tabassé par des vigiles, une scène de torture durant la guerre d’Algérie. Le strict costume noir que portent les acteurs est un uniforme grâce auquel ils interprètent les vigiles puis les soldats français. Après cette entrée en matière qui permet de marquer les limites chronologiques,  s’enchaînent des scènes qui vont évoquer sur trois générations, du bled au Val-Fourré, un emblématique « Lakhdar ».
Le propos est attendu : les difficultés à trouver sa place dans une France globalement peu accueillante, tout en devenant un étranger dans son pays d’origine. Le texte est simple, poétisé malgré tout par un aspect choral (reprises, anaphores) et la réécriture finale du « Dormeur du Val (fourré) ». Mais c’est la mise en scène qui s’impose : les interprètes, tous de jeunes hommes issus des cités, sont non-professionnels, A. Madani compense leur manque d’expérience par l’emploi de la voix off, et par le choix d’un certain statisme, mais il fait de ces contraintes un atout grâce au rythme et à la précision dans l’occupation de l’espace scénique, grâce aussi aux choix musicaux. Si le résultat est si emballant, on le doit au « casting », à la direction d’acteur et à l’engagement, à l’authenticité des interprètes. A. Madani a choisi des visages, parfois magnifiés par la vidéo en fond de scène: il y a le renfrogné, le rude, le fragile, le roublard, le tendre… Une fois de plus, et malgré la choralité du spectacle, on prend conscience qu’au théâtre tout se joue sur les visages humains, et c’est magnifique.
Un seul regret, ou plutôt deux : tout d’abord, que les rapports hommes-femmes soient très peu abordés (mais il paraît que ce spectacle est le premier d’une trilogie…). D’autre part, en ce théâtre des Halles, la scène est loin d’être le miroir de la salle: les festivaliers ne sont ni jeunes, ni immigrés, ni pauvres; à la fin, le texte joue avec cela: les interprètes jaugent les spectateurs; mais cela m’a paru trop timide, et flou dans l’intention.
Une travail très réussi, une mise en scène d’une grande rigueur, et des interprètes étonnants: un spectacle que l’on aimerait revoir pour en savourer toute la cohérence. Du très beau théâtre.

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Le festival d’Avignon est terminé, autant pour moi que pour ma complice ! Nous reviendrons l’an prochain avec, peut-être, une plus grande variété de spectacles, un séjour plus fourni en théâtre ? On l’espère.
A l’année prochaine !
 

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