Bouquet fané

Critique du Roi se Meurt de Ionesco, vu le 23 avril 2014 au Théâtre Hébertot
Avec Michel Bouquet, Juliette Carré, Nathalie Bigarre, Pierre Forest, Lisa Martino, et Sébastien Rognoni dans une mise en scène de Georges Werler

Ne nous mentons pas : c’est autant pour Michel Bouquet que pour Ionesco que je me suis rendue au théâtre Hébertot mercredi dernier. On parle de cet acteur comme d’un monstre sacré, d’une pointure, d’un grand comédien. Mais, si c’est vrai que sur scène on sent qu’il a été quelqu’un, qu’il a cette présence, et cette voix si marquantes, en revanche, on sent qu’il n’est plus : c’est comme s’il était déjà ailleurs.

Sur scène, ils sont 6 : le roi, sa première femme (incarnée par Juliette Carré, la femme à la ville de Michel Bouquet), sa seconde femme, Juliette (femme de ménage et femme de chambre, infirmière, cuisinière et jardinière), le médecin (chirurgien, bactériologue, bourreau et astrologue), et un garde. Ils sont 5 autour du roi, malade, qui devrait mourrir à la fin de la pièce. Il a 1h30 pour résigner à cette mort, à cette fin inéluctable, mais il n’est pas encore prêt, et la pièce montrera son chemin vers l’acceptation de cette mort. La pièce est belle et émouvante, elle doit montrer le passage progressif d’une conscience à la résignation de la mort. Je n’ai rien vu de tout cela.

Il faut préciser que Michel Bouquet reprend la pièce depuis plusieurs années sans interruption. A force de jouer la mort, elle devient une banalité, et il n’a plus alors à s’habituer à l’idée le temps de la pièce, puisqu’il est déjà coutumier de ce sentiment. Je pense que là est la principe explication au manque cruel d’émotion du spectacle. De plus, il me semble que de belles tirades de la pièce ont été supprimées, pour un soucis de temps (ou de mémoire du texte ?) je suppose. 

A cela s’ajoute une mise en scène étrange, empêchant tout brin de sentiment profond d’exister : la pièce est dite à toute allure, particulièrement lorsque c’est Juliette Carré qui parle. L’actrice campe une reine effrayante et sans pitié aucune (assez mal jouée d’ailleurs), constrastant avec la seconde épouse du roi, interprétée par Lisa Martino, toujours dans les larmes et les lamentations. On ne comprend pas où veulent en venir les personnages : les deux reines ne sont-elles que des caricatures ? Une pleurnicheuse et une sans coeur ? J’ai eu de la peine à entrer dans leur jeu, à saisir la relation qui les unissait au roi.

Quant à Michel Bouquet, il a une présence indéniable et il pourrait parfaitement convenir au rôle si seulement il n’était pas aussi habitué à le jouer. Je n’ai pas ressenti d’évolution du personnage, pas de peur face à la mort, pas de résignation. C’est comme si lui-même attendait que cela finisse. Il ne donne plus l’impression de jouer, juste d’être là, d’être Michel Bouquet et non le Roi Bérenger Ier, et d’attendre. Dommage.

Le public se lève et applaudit à tout rompre, saluant plus la longue carrière de Michel Bouquet que sa prestation dans la pièce, à mon avis. Les bravos fusent, l’acteur est tout sourire. Sans doute le moment le plus émouvent du spectacle. Mais au moins je pourrais dire : « j’ai vu Michel Bouquet ». Pour ce monument : .

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