Art flamand

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Critique de « Art » de Yasmina Reza, vu le 16 juin 2017 au Théâtre Bastille
Avec Kuno Bakker, Gillis Biesheuvel et Frank Vercruyssen, se mettant eux-même en scène

Cette période de l’année continue de m’enchanter. D’abord, parce que je poursuis ma quête de découverte de lieux ou de compagnies théâtrales jusqu’alors inconnues, en rencontrant cette fois-ci les TG Stan (ainsi que Dood Paard, ne les oublions pas !) mais également car cet aperçu de leur travail se fait au détour d’une pièce que j’adore et que je connais à peu près par cœur même si je ne l’avais encore jamais vu jouée sur scène jusqu’à ce jour : « Art » de Yasmina Reza.

Cette pièce offre une réelle réflexion tant sur le sens de l’art que sur les tenants et les aboutissants des relations humaines, en partant pourtant d’un canevas simple : Serge a acheté un tableau blanc avec de fin lisérés blancs. Rien de mal à cela, si ce n’est qu’il n’a pas l’approbation de Marc, un de ses amis – approbation qu’il ne semblait pas chercher particulièrement, d’ailleurs. Mais Marc voit plus loin que la simple acquisition d’un tableau : pour lui, c’est toute la personnalité de Serge qui devient étrangère à ses yeux, et cet achat révèle la distance et l’incompréhension qui s’est peu à peu insinuée dans leur relation, qu’ils maintenaient jusqu’ici peut-être plus par habitude que par nécessité.

J’avoue que j’ai vu passer quelques articles sur le spectacle avant de m’y rendre moi-même. A mon habitude, je n’en ai lu aucun, mais j’ai quand même vu passer des « TG Stan réinventent « Art » de Yasmina Reza ». Non… à mon sens, non. Je l’ai entendue aussi bien que lors de sa création par Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini. Non, je pense plutôt qu’on a tendance, en grands intellectuels français que nous sommes, à mépriser cette pièce trop facilement lorsqu’on ne l’a pas en tête. Mais peut-être ferions-nous bien de reconnaître une bonne fois pour toute que c’est une grande œuvre théâtrale du théâtre contemporain français…

Et c’est un pur plaisir de la redécouvrir dans une nouvelle mise en scène. La troupe donne un accent clownesque qui n’est pas pour déplaire. En réalité, en accentuant cet aspect-là des personnages, ce n’est plus Serge, l’acheteur farfelu du tableau mystérieux, qui est étrange, mais bien plutôt Marc, ce misanthrope accompli, qui fait appel à notre pitié. Leur énergie, leurs fantaisies, et leurs galéjades portent la pièce à ses extrémités : sortant du réalisme convenu de la mise en scène de Patrice Kerbrat, je me suis retrouvée à osciller constamment entre franche rigolade et rire jaune, tant l’absurdité de la situation et la solitude des personnages ressort, parfois avec brutalité.

Mon seul reproche se tournerait vers les interactions avec le public dont je n’ai sans doute pas perçu l’intérêt et le sens en début de spectacle. Mais une fois que le noir se fait totalement sur le public, l’âme du spectacle est entièrement là. Les quelques ajouts de texte en flamand accentuent encore l’énormité de la situation, et ajoutent à l’incompréhension générale de cette scène d’amitié sur sa fin, dont les non-sens se traduisent plus généralement sur la communication en général, tant les mots, comme la peinture, peinent à décrire un ressenti, une situation, un état d’âme.

Du grand Art. ♥ ♥ ♥

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