Ça rame assez

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Critique de Ramsès II, de Sébastien Thiery, vu le 11 octobre 2017 aux Bouffes Parisiens

Avec François Berléand, Éric Elmosnino, Evelyne Buyle, et Elise Diamant, dans une mise en scène de Stéphane Hillel

Ceux qui connaissent mes goûts théâtraux se demanderont peut-être ce qui m’a poussée à aller voir Ramsès II en ce (encore, bien que tardif) début de saison. Sachez qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et que j’ai longtemps regretté d’avoir raté Momo, la précédente pièce de Sébastien Thiery avec François Berléand et Muriel Robin, qui recueillait un bon nombre de bonnes critiques là où l’auteur est généralement associé à un avis globalement moyen. Pour me rattraper, me voici donc aux Bouffes Parisiens, avec dans l’idée que même si la pièce n’est pas excellente, les têtes d’affiche sauveront le spectacle. Checked.

La première scène est intrigante : Matthieu rentre à peine d’Egypte qu’il est invité à déjeuner chez ses beaux-parents, Jean et Elisabeth, avec sa femme, Bénédicte. Mais il arrive seul et semble perdu. Aux questions de Jean et Elisabeth, il répond d’abord un peu à côté, puis commence à carrément délirer en sortant des histoires de plus en plus invraisemblables, jusqu’à poser le doute : où est Bénédicte ? Que s’est-il passé entre eux qui pourrait expliquer son absence ?

La pièce commençait plutôt bien. Cette espèce de situation un peu absurde, qui joue avec le spectateur, ça me plaît bien. Ça titille ma curiosité. Et j’adore être surprise. Alors je me disais « chouette, il va se passer plein de trucs auxquels on s’attend pas et certainement pas « situation 1 », « situation 2 », « situation 3 », « final » comme moi, en fille beaucoup trop rationnelle, je pourrais m’y attendre »… Et ben si. C’est dingue car il part pourtant de quelque chose de complètement nouveau et descend progressivement dans ce mélange de facilité et d’attendu.

La première scène est intéressante. La deuxième scène est prévisible. J’ai écrit mentalement la troisième scène pendant le noir qui la précède. Je ne comprends pas bien cela chez Sébastien Thierry ; c’est-à-dire qu’il nous pose une situation bien étrange, avec des répliques un peu extravagantes, et finalement il a beaucoup trop les pieds sur terre et retombe totalement dans le raisonnable. Et le raisonnable, avec les situations qu’il crée, c’est pas vraiment rigolo. Voire un peu morose (voire complètement déprimant). Ajoutons à cela les blagues un peu faciles (et l’éternel pipi-caca-zizi qui ne me fait plus rire depuis un bout de temps) et l’idée de base se retrouve gâchée.

Heureusement, il faut bien reconnaître que les comédiens sauvent ce qu’ils peuvent du spectacle. En vérité, si tout n’était pas si prévisible – ou si, comme on me l’a gentiment fait remarquer, j’avais su garder mon âme d’enfant sans essayer de tout rationaliser comme je le fais trop souvent – j’aurais même pu passer un bon moment, car ça reste un plaisir de les voir sur scène. On adore détester cet Eric Elmosnino à la nonchalance insupportable, et son indolence est à elle seule un des piliers comiques de la première scène. Si le comédien semblait un peu déçu de s’être vu imposer un jeu « le moins chantant possible », j’ai trouvé au contraire qu’il était excellent dans cet être monocorde et apathique.

Ses partenaires, François Berléand et Evelyne Buyle, font de leur mieux avec une partition encore moins intéressante, jouant à merveille sur le contraste entre le ton colérique de l’un et le calme de l’autre. Elise Diamant vient compléter cette distribution avec un air de déjà-vu : quelle étrange coïncidence de retrouver ici la comédienne que j’avais découverte dans Le Père, un texte qui malgré ses défauts traitait d’un sujet proche avec plus de style…

On prend les mêmes comédiens avec un vrai bon texte, et on recommence ? 

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