Ainsi s’est barrée Mordue de Théâtr(a)

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Critique de Ervart ou les derniers jours de Frederic Nietzsche, d’Hervé Blutsch vu le 18 janvier 2019 au Théâtre du Rond-Point
Avec Stéphane Bernard, Jean-Claude Bolle-Reddat, James Borniche, Maxime Dambrin, Vincent Dedienne, Margaux Desailly, Pauline Huruguen, Tommy Luminet, Marie-Christine Orry, dans une mise en scène de Laurent Fréchuret

Je me souviens très bien de ma réaction lors de la présentation de ce spectacle au Rond-Point en mai dernier : l’enthousiasme, l’envie, l’impatience. Ervart était l’un des spectacles que j’attendais le plus parmi la saison de Jean-Michel Ribes, car j’avais cru y déceler une folie et une originalité telles qu’on en trouve peu sur les scènes parisiennes – le genre de synopsis qui vous rappelle Le Gros, la Vache et le Mainate de Pierre Guillois, à vous faire saliver d’avance… Mais tous n’ont pas son talent, et le texte d’Hervé Blutsch m’a totalement laissée de marbre.

Tout commence par une poubelle qui trône sur la scène de la salle Renaud-Barrault. Des personnages anglais trouveront ça normal, avant de se rendre compte que cette poubelle n’est pas celle qu’ils recherchent : ce sont des comédiens qui se sont trompés de théâtre. Un bon vieux théâtre dans le théâtre pour se mettre en appétit. Puis survient Ervart, ce jeune homme persuadé d’être cocu et qui mettra la ville à feu et à sang. Un caprice devenant presque une quête, qui s’impose alors comme fil directeur du spectacle – si on peut dire.

Ce que je fais aujourd’hui est contraire à mes principes. En effet, j’ai pour habitude de ne pas écrire lorsque je n’assiste pas à l’intégralité d’un spectacle. Alors autant être honnête avec vous : je n’ai pas tenu les 2h10 que dure cet Ervart. Rapidement, j’ai senti le texte s’enliser et mon esprit avec, mais je n’ai eu les courage d’affronter mes voisins qu’au bout d’1h30. Pourquoi est-ce que je fais une entorse à mes principes aujourd’hui ? Pas tant pour descendre un spectacle qui ne m’a pas plu que pour exprimer ma déception face à un artiste que je suis, comme probablement un grand nombre de ceux qui auront pris leurs places pour Ervart – j’ai nommé Monsieur Vincent Dedienne.

J’étais déjà dans l’incompréhension de ses choix artistiques après Callisto et Arcas en septembre dernier. Et voilà que mes questionnements reprennent. Pire, une inquiétude. Le comédien, dont le talent n’est plus à prouver, cautionne-t-il le rendu final des créations dans lesquelles il joue ? Dans Ervart, Dedienne fait du Dedienne, à mon plus grand désespoir. La voix presque cassée, il m’a semblé ne plus s’amuser autant que sur la scène des Bouffes du Nord en début d’année. Ou peut-être ai-je transposé ma propre vision du spectacle sur son jeu d’acteur ? Quoi qu’il en soit, moi qui voyais en lui l’assurance de soirées réussies, je ne sais plus que croire.

Cette pièce est un foutoir, mais pas du genre « joyeux bordel ». Plutôt un dépotoir – d’ailleurs, la poubelle revient fréquemment sur le centre de la scène – où l’on a entassé plusieurs idées sans vrai lien qu’on aurait essayé de mettre bout à bout en forçant un peu. En vrac, on y retrouver du théâtre dans le théâtre, un zoophile, une putain, de l’alcool, un homme qui ne parle qu’en citations, un jeu de chaises musicales, des portes qui claquent, des blagues grivoises, des gens qui crient – beaucoup trop de gens qui crient. Au moment où je quittais enfin la salle, l’un des personnages criait « Regardez maintenant Nietzsche va faire des claquettes ! ». Je ne me suis pas retournée.

Une déception. pouce-en-bas

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