Depardieu… Jouvet… Marcon

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Critique du Faiseur de théâtre, de Thomas Bernhard, vu le 16 janvier 2019 au Théâtre Déjazet
Avec André Marcon, Agathe L’huillier, Éric Caruso, Jules Pélissier, et Barbara Creutz, dans une mise en scène de Christophe Perton

C’est étrange mais je n’ai vu que peu de fois André Marcon et pourtant j’ai tout de suite voulu découvrir ce nouveau spectacle, simplement sur son nom. Je ne suis pas une fan de Thomas Bernhard, du peu que j’en connais du moins, mais j’avais renoué avec le Déjazet lors de son précédent spectacle et le spectacle m’attirait. Après tout, cela pourrait me permettre de mieux connaître ce Bernhard qui jusqu’alors m’avait laissée de marbre, et de découvrir un nouveau metteur en scène, Christophe Perton. Pas de suspens supplémentaire, donc, et rendez-vous fut pris pour la deuxième de ce spectacle.

Bruscon, le grand comédien Bruscon, l’incroyable dramaturge Bruscon, l’inoubliable metteur en scène Bruscon (on pourrait rajouter  a entraîné sa famille dans une aventure théâtrale plutôt sinistre. Ils se retrouvent en effet dans un patelin autrichien – dont le nom m’échappe présentement – pour y jouer la pièce que le père de famille a écrite et qui lui fait dire, sans aucune modestie, parlant de son propre travail : « Shakespeare… Goethe… Bruscon ». Dans un théâtre à l’abandon, les voilà qui répètent le spectacle qui se jouera le soir devant quelques deux cents personnes.

Je gardais un assez mauvais souvenir des mes rencontres avec Bernhard et me voilà agréablement surprise. Le texte, dont la partition revient aux 3/4 à André Marcon, ne se ressent pas comme un long monologue. On saluera évidemment la performance de l’acteur, qui parvient à toujours réinventer les situations et évite ainsi tout sentiment de répétition. Mais, en cause également, un texte qui n’hésite pas à se moquer de lui-même et à donner tantôt dans le cynisme, tantôt dans la provocation, de sorte qu’on rit à plusieurs reprises devant cette situation pourtant désespérée.

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© Fabien Cavacas

On saluera également une mise en scène permettant au texte de s’écouler sans jamais s’essouffler. Le travail de Christophe Perton est sans accroc : dans ce magnifique décor de théâtre, l’ennui n’a pas sa place. Il jongle habilement avec des créations sonores en totale rupture avec l’atmosphère et une utilisation intelligente de l’espace pour accentuer progressivement une tension qu’il n’a pas de mal à créer. Mais c’est aussi dans sa direction d’acteur qu’il excelle, permettant au reste de la troupe d’exister malgré un premier rôle fleuve. Chaque personnage est très bien dessiné, comme un caractère absent de la palette de jeu de Bruscon. Je pense notamment au personnage incarné par Jules Pélissier, tout en grâce et en souplesse, dont les déplacements sont un régal pour les yeux et qui semble exprimer avec son corps ce que sa bouche ne parvient à décrire. Comme une opposition exacte à son père, Bruscon, qui passe une partie de la pièce assis.

Il fallait un monstre pour incarner le tyrannique et parfois pitoyable Bruscon. Un monstre littéralement d’abord, parce que son personnage en est un : les répétitions avec chaque membre de la famille témoignent de son absolue rigueur et d’un sens du perfectionnisme au bord de la folie. Au-delà de ses critiques constantes, Bruscon est misogyne, détestable, effrayant. Mais il fallait aussi un monstre, sacré celui-ci, pour nous rendre ce personnage complexe, attachant, dernier symbole de la vie dans un cadre en ruine. Au-delà de son caractère abject, de sa détestation du monde, de son égocentrisme affirmé, il nous montre un homme qui ne lâche jamais rien. Cette détermination, qui jure avec l’ensemble de la pièce, est certes risible sur certains points, mais on ne peut nier qu’il s’en dégage une certaine puissance. Ce Bruscon-là, aussi exécrable soit-il, laisse une certaine impression !

Un must see pour les amoureux du Théâtre.  ♥ ♥

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© Fabien Cavacas

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