Rencontre avec Michaël Hirsch

Michael-Hirsch

Michaël Hirsch, c’est quelqu’un d’important pour moi. C’est un peu comme Alexis Michalik : j’entendais parler de son premier spectacle, Pourquoi ?, depuis longtemps quand j’ai enfin décidé de m’y rendre. Et non seulement j’ai adoré, mais j’ai aussi eu la chance de rencontrer le comédien, qui a même accepté de venir jouer dans le Festival artistique que j’avais créé en école d’ingénieur. J’attendais avec anxiété son deuxième spectacle – comment pouvait-il faire aussi bien ? – mais il a relevé le pari haut la main avec Je pionce donc je suis, que vous pouvez voir actuellement au Lucernaire. Je lui ai demandé un entretien pour alimenter mon mémoire et j’en ai profité pour poser quelques questions sur son travail que j’ai voulu vous partager. Ce fut un échange absolument incroyable et passionnant, durant lequel j’avais l’impression d’avoir quatre personnes en face de moi : Michaël c’est non seulement un passionné de théâtre, le genre de mec avec une culture dingue et l’oeil qui brille lorsqu’il évoque ses souvenirs sur scène ou en tant que spectateurs, mais c’est aussi quelqu’un qui réfléchit constamment au milieu, qui essaie de le faire avancer dans la bonne direction, quelqu’un entre le chercheur, le businessman, le startuper, et l’enfant. Mais il reste un artiste avant tout, et, dans une conversation comme sur scène, c’est quelqu’un qui donne énormément. J’ai essayé de retranscrire au mieux ce que j’y ai appris.

MDT : Pouvez-vous vous décrire en trois mots ?
Michael Hirsch : Rêveur, passionné, aventurier.

Votre histoire avec le théâtre ?
Le théâtre vient beaucoup des humoristes : j’ai toujours regardé beaucoup d’humour étant plus jeune, Elie Semoun, Pierre Desproge, Gad Elmaleh. Et puis s’ajoute à ça deux-trois expériences assez marquantes au théâtre : Celui qui a dit non de Robert Hossein, grosse expérience pour moi, et une double création de Sivadier avec Nicolas Bouchaud où il jouait La mort de Danton et La Vie de Galilée en alternance, avec la même scénographie qui s’inversait d’un jour sur l’autre et qui a été un véritable choc. Et puis évidemment il y a eu la rencontre avec Jean-Laurent Cochet qui a été un grand maître pour moi. C’est un personnage très marquant, trop marquant peut-être. Il a une connaissance phénoménale du répertoire, du travail d’acteur, des outils pour le comédien, donc un fond absolument exceptionnel qui s’accompagne d’une forme très difficile. Pendant mes années de cours, j’ai oublié que si je faisais ce métier c’était pour le plaisir. Il n’y a pas de plaisir avec Cochet. Le dogme et la pureté sont plus importants que le plaisir. Donc à un moment il faut se départir de ça, et il faut faire tomber la mue.

Michaël Hirsch, c’est un comédien, c’est un humoriste, c’est un auteur ?
C’est une hydre ! C’est le plaisir et le besoin de ne pas se limiter à un seul de ces travaux. C’est amusant parce que le verbe être est très piégeur. Ça ne pose de problème à personne le fait que j’écrive, que je joue et que je fasse des blagues. Par contre ça pose des problèmes à tout le monde le fait que je sois auteur, comédien et humoriste. Être les trois à la fois c’est vertigineux pour tout le monde. Je pense que c’est comme de dire qu’un comptable ne fait que compter, qu’un ingénieur ne fait qu’ingénier. Je crois aussi que c’est un problème que j’aurais ressenti même si j’avais fait un métier plus commun ; j’aurais eu du mal à me dire Michael Hirsch, c’est un chef de pub, point. Je n’ai pas envie de fermer cette porte-là, je trouve que ça n’apporte rien.

Comment vous gérez toutes ces casquettes ?
D’abord ça correspond à mon profil et mon tempérament. J’ai cette double casquette de l’école de commerce et de l’auteur. J’essaie aujourd’hui de me tenir à une chose : mes idées artistiques d’abord et après c’est à moi, en mettant mon autre casquette, de faire que mes idées artistiques puissent parvenir au public. Je vais répondre honnêtement à la question, je ne connais pas d’artistes indépendant qui ne soit pas multi casquette.
Aujourd’hui, je pense qu’on est dans un pays où on a beaucoup de mal à parler de l’artiste multi casquette. On a encore une vision très artiste d’un côté et businessman de l’autre. Ça m’étonnerait que M ne soit pas multi casquettes. Que Julien Doré ne soit pas multi casquettes. Que Fabrice Luchini, que Jeff Koons, que Bernard Werber ne soient pas multi casquettes. Je pense aujourd’hui que les artistes mono-casquettes sont de plus en plus rares. En cause, le fait que personne ne s’intéresse au développement dans le monde du théâtre. Très peu de gens sont prêts à faire du développement avec des artistes, donc tu dois toi-même te développer, et tu es rapidement contraint à faire du multi casquette avant de pouvoir déléguer ça aux autres. Moi je me suis dit que je n’avais pas le temps d’attendre quelqu’un si je voulais que ça marche, et j’ai développé au maximum mon indépendance et mon autonomie.
Le souci de l’indépendant c’est la croissance. C’est un vrai sujet de startup : à quel moment tu peux monter ? Le startuper au départ c’est un couteau suisse, et plus il croît, plus il doit déléguer. Le couteau suisse s’entoure de couteaux suisses. Et avec la croissance son besoin va se transformer et il va davantage avoir besoin d’experts. J’aurais tendance à penser qu’on ne mesure pas souvent notre métier dans le spectacle vivant à l’aune d’autres business. Je crois que ça ne nous rend pas service parce que c’est le meilleur moyen pour pas que ça change, ça ne nous rend pas service parce ça veut dire qu’on laisse le pouvoir aux mains de ceux qui savent, eux, et qui profitent allègrement du fait qu’on ne soit pas très au courant des spécificités juridiques, fiscales, comptables de notre métier. Je pense que ça nous ouvrirait l’esprit pour plein d’autres choses. Je rencontre beaucoup d’entrepreneurs en ce moment. Je m’inspire beaucoup d’eux dans leur manière de travailler, de considérer les gens qui les entourent dans le travail, dans leur relation avec le management. Dans le milieu du spectacle vivant on n’apprend pas comment parler à son producteur, ce qu’on peut demander à son diffuseur. Et plus on laisse de flou, plus on tend le bâton pour se faire battre : moins on sait comment ça fonctionne, plus on est au service des gens qui nous entourent et qui, eux, savent. Mais attention : si on dit qu’aujourd’hui le métier d’humoriste, c’est un métier d’entrepreneur, c’est hyper mal vu, les gens ne comprendraient pas forcément.

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©  Lisa Lesourd

Vous avez joué aux côtés de Pierre Arditi, Christine Murillo et Dominique Pinon dans Maman mes Charles Tordjman en 2012. Vous reverra-t-on un jour dans un travail collectif ?
Il n’y a pas eu un moment où je me suis dit que j’avais un plaisir de travailler seul. C’est venu comme ça : c’est cette forme-là d’écriture qui est venue, cette forme de spectacle parce que je m’en suis beaucoup nourri étant plus jeune, parce qu’instinctivement j’ai plus de facilité à faire exister un seul personnage que plusieurs personnages sur scène. A aucun moment je ne me suis dit j’allais travailler seul. Ça a des avantages : je vis des moments sur scène absolument extraordinaires avec le public en étant seul, j’éprouve une liberté dingue qui par moments devient vertigineuse et me rend ivre cette liberté. Mais par exemple, dans Je pionce donc je suis, j’ai la sensation d’être seul en scène mais avec tous ceux qui l’ont fait derrière moi. J’ai davantage la sensation d’être le porte-parole d’une équipe : il y a un co-auteur, une metteuse en scène, une assistante à la mise en scène, une scénographe, un créateur lumière et musique, une costumière.
Pour la suite, je ne vois aucune porte fermée. Je suis en train de travailler sur un projet collectif, une pièce que je co-écris, où on serait a priori cinq sur le plateau – après quel rôle je jouerai dans cette pièce ce n’est pas défini : pour l’instant juste auteur, on commence à parler de la possibilité que je joue dedans, tout est possible, tout est ouvert. On verra de quoi ce sera fait ! C’est une histoire que je trouve très belle, qui me tient à cœur, qui prend une super dimension, et j’aimerais bien qu’elle prenne vie. Je ne ferme aucune porte sur travailler seul, travailler à plusieurs. Je serais content de travailler sur des projets à plusieurs, c’est riche de vivre ça et ce sera d’autant plus riche que j’aurais été nourri du seul en scène ;  et si je reviens au seul en scène j’aurais été nourri d’une expérience à plusieurs… !

Comment on écrit son deuxième spectacle après 5 ans de succès avec le premier ?
Un peu poussé par la sensation que je n’avais pas envie que Pourquoi ? soit totalement terminé pour commencer le suivant. Et porté par la vision que j’avais de ce spectacle-là, que j’ai imaginé, rêvé beaucoup : à partir du moment où j’ai eu cette vision que regarder le monde à travers le prisme du sommeil nous offrait quelque chose de à la fois d’inédit, de salvateur, et de réconfortant, j’ai senti que je tenais mon sujet.

Avignon OFF, qu’est-ce que ça vous apporte ? Comment on le vit la première fois ? La deuxième fois ? Et la cinquième fois qui est un peu comme une deuxième première fois ?
Avignon c’est un condensé d’émotion. Tout y est plus fort, tout y est plus grand, tout y est plus intense. Mon premier Avignon, ça a été ma chance, parce que j’ai fait Avignon avec un projet qui n’était pas mon bébé : je n’étais pas tout seul, on était en troupe, on était 7 pour un spectacle qui s’appelle Le Paquebot Tenacity. Je ne l’avais jamais fait en tant que spectateur, ça a été une découverte totale. Et c’était merveilleux car l’aventure a été très joyeuse, une véritable aventure de troupe où quand ça ne va pas ça va quand même parce qu’on est ensemble et on se soutient. On était très insouciant et on n’avait rien à perdre. On s’est beaucoup amusé, c’était l’endroit de la fête culturelle. C’était dur physiquement mais c’était fou. Et il faut bien préciser, parce que c’est important, qu’avec ce spectacle on arrivait à Avignon avec un projet qui tenait la route et qu’on avait déjà présenté en public.
Mon deuxième Avignon, c’est mon premier avec Pourquoi ?. J’arrive à Avignon après l’avoir déjà présenté aux Déchargeurs et réécrit avec Ivan Calderac. Donc j’arrivais avec un spectacle qui avait déjà vécu. Et ce fut vraiment un premier Avignon extraordinaire pour Pourquoi ?. C’est un spectacle taillé pour Avignon : c’est un spectacle qui d’un coup rencontre son public. J’en garde des images inoubliables. Il s’est passé ce truc magique qui existe à Avignon. Je me souviens de gens qui sortaient du spectacle et qui me donnaient l’impression d’être une rock star. J’ai joué le jeu à fond, en costume dans la rue, à vendre mon spectacle comme un marchand de tapis ; pour moi ça faisait partie du job et ça n’a pas du tout été un calvaire. Dans le fond, je pense que je n’ai pas eu tellement conscience de l’enjeu que représentait Avignon ; j’étais tellement époustouflé de comment ça se passait, et je n’avais pas tant investi dans ce spectacle – j’avais payé la salle mais en seul en scène, tu équilibres assez rapidement. Je n’étais pas dans la peur de la création. Ça a été merveilleux parce que c’est là où je suis né, artistiquement, médiatiquement.
Le dernier Avignon, durant lequel j’ai créé Je pionce donc je suis, a été très différent, beaucoup plus délicat parce que la pression était là et l’enjeu économique aussi. Les dates de tournées devenaient nécessaires : j’avais davantage conscience de ça et moins confiance en ça. Et l’expérience a été difficile, d’abord parce que tout le monde compare à Pourquoi ? et moi le premier. Et ça c’est un facteur que je n’avais pas mesuré : je n’avais pas appréhendé le fait que je ne peux pas attendre d’un spectacle qui a 5 représentations derrière lui la même efficacité qu’un spectacle qui en a 400 – et en plus les spectacles sont sur des registres et des styles de jeu différents.

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© Sven Andersen

Quel regard portez-vous sur le Festival aujourd’hui ?
J’ai trouvé a posteriori qu’Avignon n’est plus si bienveillant vis-à-vis de la création – ce qui est assez paradoxal. Je pense qu’Avignon n’est plus un endroit de véritable création. C’est un endroit où on peut présenter des nouveaux spectacles déjà aboutis mais pas un lieu où on peut créer de nouveaux spectacles. Je pense que la situation du Festival s’est beaucoup détériorée en 6 ans, considérablement, avec un rapport nombre de spectateurs sur nombre de spectacles qui est de plus en plus à notre désavantage, et qui donc génère une pression supplémentaire sur quasiment tout le monde – hormis les directeurs de salle. Comme le public se raréfie, ce sont les très gros spectacles qui récupèrent l’essentiel du public. Il n’y a pas de prime à la création dans le sens où le spectateur, quand il est face à un blockbuster, n’arrive pas à prendre du recul lorsqu’il voit un spectacle qui est en création : l’offre est telle sur des spectacles aboutis que ce sont les créations qui en pâtissent !
À Avignon quand tu as une réponse, tu te la prends en pleine face au centuple. En plus d’avoir la réponse du public pendant les représentations, tu les recroises dans la rue le lendemain, et autant ça te porte quand les gens sont super heureux, autant ce n’est pas le truc le plus agréable quand ça se passe moins bien. Le fait de devoir jongler dans cette sorte d’entre deux, entre me consacrer à mon spectacle et en même temps devoir en faire la pub et donc jouer les relations publics en même temps que je le jouais : je me suis vraiment rendu compte de la dureté d’un Avignon. Parce qu’en plus on met de plus en plus les gens dans un rôle de jugement. Tout le monde est devenu critique de théâtre. Sauf qu’en fait il faut être très fort pour passer outre ça, pour vivre une expérience de création comme quelque chose de constructif. Un bon spectacle c’est tellement de choses à la fois. C’est tellement de paramètres différents, que quand j’entends qu’on n’a pas aimé je ne peux m’empêcher de penser : « mais tu n’as pas aimé par où ? » C’est la narration, c’est le personnage, l’histoire, le rythme, le propos que je défends ? Est-ce que juste la magie n’a pas opéré parce que c’était ton 8e spectacle de la journée et la critique à venir tient à une rencontre qui ne s’est pas faite ? Je pense qu’il y a un truc intéressant à pointer dans l’éducation des spectateurs, des journalistes et des blogueurs – et d’ailleurs peut-être même davantage pour les gens du métier que pour le reste du public : il faut accepter la spécificité de cet art vivant qui évolue au fur et à mesure. J’avais beau avoir connu un très grand succès avec Pourquoi ? pendant 3 ans à Avignon, cette-fois là je revenais dans le OFF avec une création. Et à l’échelle de cet Avignon j’étais un plus petit spectacle. C’est le revers de la médaille, c’est le revers de la foire. J’ai mis un peu de temps à comprendre la bienveillance des retours qu’on me faisait, même négatifs. J’ai d’abord eu l’impression d’une incompréhension, parce que j’avais pris un vrai risque artistique avec ce spectacle, je m’étais lancé dans un ovni humoristique.
Mais heureusement qu’on ne maîtrise pas tous les paramètres. Plus on demande aux artistes de maîtriser les paramètres, moins on aura droit à l’erreur. Il y a quelques personnes qui ont vu dans ce spectacle le risque artistique que j’ai pris. J’aurais pu faire un Pourquoi ? bis, mais ça n’a pas d’intérêt pour moi. Si Molière avait fait toute sa vie les pièces de Commedia dell’Arte et les bouffonneries du début, on n’aurait jamais eu Le Misanthrope. Si Corneille n’avait pas dépassé ses pièces de tribunal il n’y aurait jamais eu Le Cid. Aujourd’hui, avec la surmultiplication des commentaires, des avis de tout le monde, je pense qu’il faut des artistes hyper forts moralement pour continuer à créer en faisant simili-abstraction de tout ça. Mais c’est dur de faire abstraction. Il faut bien se rendre compte qu’Avignon, j’y joue ma vie. J’y joue la vie économique de ce spectacle, j’y joue les plusieurs dizaines de milliers d’euros que j’ai mis dans sa création. Pour un artiste indépendant, ça peut être le dernier. Si Avignon se passe très mal, derrière je ne peux pas faire le Lucernaire économiquement parlant, je ne peux pas faire un autre Avignon, je ne peux pas faire de tournée. Et mon indépendance est totalement remise en cause. C’est une construction fragile, l’indépendance, dans ce métier.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite participer au OFF ?
D’abord, je pense qu’il ne faut pas y aller avec une création. Je pense que le best case c’est de faire une trentaine de représentations à Paris, avoir déjà un peu de presse en arrivant à Avignon. Le cœur du public d’Avignon ce sont des gros consommateurs de biens culturels, des gens qui lisent la presse, qui regardent la télé, qui ont besoin d’un coup de pouce au milieu des 1700 spectacles.
Et après il faut arriver prêt physiquement. Reposé. Préparé. Parce que c’est hyper intense. C’est une folie collective dingue. Chaque année on le voit, on est tous à pas grand chose de la rupture, et on sait que certains ont vécu la rupture sans trop savoir qui c’est, mais on sait que certains s’arrêtent, pètent un plomb, partent au bout d’une semaine.
Il faut y aller avec un spectacle qu’on aime profondément, auquel on croit à fond. Il faut y aller avec l’esprit léger aussi. Je crois qu’il faut connaître le Festival avant de s’y lancer : il faut accepter le fait qu’Avignon est une foire au sens médiéval du terme. C’est un mélange entre une fête païenne et un salon de ventes. Il faut aussi être conscient qu’Avignon a ses codes et que tous les spectacles n’y fonctionneront pas. Ce n’est pas l’Eldorado de toutes les créations. Il y a des créations qui sont des objets artistiques merveilleux, très puissants, très réussis, qui ne marcheront pas à Avignon, parce que la thématique est trop lourde, parce que le sujet est trop cérébral, et parce que comme Avignon est une foire, ce n’est pas le genre de spectacle qu’on peut apprécier en en ayant vu 4 autres la même journée. Et ne pas oublier que c’est une foire où la plupart des gens qui viennent voir des spectacles sont en vacances.
Enfin il faut bien se poser la question de pourquoi on va à Avignon. Il ne faut pas y aller en jetant la pièce en l’air. Il faut y aller en se disant qu’on y va dans un but précis : vendre des dates en tournée, rencontrer des gens, montrer son travail. Si on y va en voulant tout à la fois alors on n’aura rien à la fin. Il y a des codes à Avignon, mais il faut sentir les choses, les lieux sont mouvants, les cartes sont rebattues d’une année sur l’autre. Les endroits où il faut aller pour vendre des dates sont de moins en moins nombreux. Je dirais, à la louche, qu’il y a un réseau de 300-400 salles en France qui font 50% au moins de leur programmation sur 4 salles à Avignon.

Comment préparez-vous votre spectacle ? C’est d’abord l’idée du thème, d’abord les jeux de mots, d’abord la trame dramatique ?
Pour Je pionce donc je suis, d’abord le thème, puis une grosse phase de recherche scientifique autour de celui-ci. J’avais besoin de savoir, de comprendre. Et au fur et à mesure de ma recherche, un bout de la trame s’est constitué. Le personnage d’Isidore est arrivé vite, dans ce monde qui va tellement vite que quelqu’un qui s’endort semble faire un acte hors du commun. Ça peut devenir révolutionnaire ou simplement extraordinaire. Et autour de ça il y a des personnages qui me sont venus. Sa femme, Sandra, je l’ai imaginée assez vite, il fallait que mon histoire soit au cœur du couple. Le monde de l’entreprise c’est quelque chose dont j’avais envie de parler parce que la productivité, notre rapport aux écrans, tout ça est relié au sommeil. Puis qui parle d’entreprise dit patron. Et puis un autre personnage avec lequel je me suis beaucoup amusé, notamment à travers cette expression de gardien de nuit, c’est Bruno. J’ai trouvé très poétique l’idée que quelqu’un garde la nuit et j’ai voulu lui donner une importance dans la pièce. Et voilà. Donc en fait c’est d’abord ça qui s’est créé, et puis les Sapionces aussi, cette sorte de société secrète dont on comprend qu’elle existe depuis toujours en nous, et l’idée après a été de mettre en action tout ça dans un récit et de trouver ma trame. Et j’ai fait ce travail avec Ivan : on s’est attaché à la narration avant de faire des blagues, on voulait d’abord raconter une histoire. Un des écueils possibles de ce spectacles vu tout ce que j’avais accumulé comme savoir c’était de faire une fausse conférence sur le sommeil mais j’avais tellement envie de raconter une histoire que ça a vraiment été la gageure du spectacle. Parce que moi, en tant que spectateur, c’est pour ça que je vais au théâtre.

2016 Michael Hirsch Photos presse ©ledroitperrin -177-min

© ledroitperrin

Carte d’identité littéraire

Livre préféré : Le Journal de Jules Renard
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Pièce de théâtre préféré : Cyrano de Bergerac
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Un grand acteur : Robin Williams
Un grand metteur en scène : Emmanuel Demarcy-Mota
Un grand réalisateur : Woody Allen
Une belle citation de théâtre : C’est vraiment très dur, j’en aurais vraiment plein à citer, mais je choisi cette phrase d’Alphonse Allais : « L’homme est plein d’imperfections mais on ne peut qu’être indulgent si l’on songe à l’époque où il fut créé. »

2 réflexions sur “Rencontre avec Michaël Hirsch

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