L’odyssée de l’espèce

Critique de La Part Animale, de Christophe Botti, vue le 7 décembre 2022 au Théâtre Clavel
Avec Anne Clerc-Sarraf, Marion Gélain, Stéphane Henriot, Franck Isoart, Patrick Rubat du Mérac, Sacha Uzan, mis en scène par Stéphane Henriot

Le problème quand on est parisien, c’est qu’on a tellement de spectacles à se mettre sous la dent que les plus petites propositions peuvent souvent passer inaperçues. Je me suis moi-même rendu compte que j’allais souvent voir les créations des mêmes théâtres, en général des productions importantes ou en tout cas des artistes ayant déjà une petite notoriété. Je me suis dit qu’il pouvait être bien d’élargir un peu le spectre de mes sorties et de voir le travail de compagnies plus jeunes, comme je peux le faire lorsque je suis à Avignon par exemple. Alors c’est parti pour ajouter un nouveau théâtre et une nouvelle compagnie à mon escarcelle : direction le Théâtre Clavel pour La Part Animale.

On atterrit dans un laboratoire digne du Visiteur du Futur, et on comprend bien vite qu’on se trouve dans la cachette d’un groupe d’activistes écologistes extrémistes, genre Extinction Rébellion du futur. On comprend que leur refuge sert à cacher une plante qui pourrait bien sauver l’humanité, mais on comprend aussi que tous n’ont pas la même idée sur la bonne manière d’agir pour la protéger. La tension cristallise les relations et révèlera le véritable visage de chacun…

J’ai choisi ce spectacle pour son affiche. Je la trouve esthétique, claire, presque engagée. On sait de quoi on va parler, ou en tout cas on s’en doute. Pas de tromperie sur la marchandise : c’est bien la menace climatique qui est au coeur de cette histoire post apocalyptique.

C’est un projet ambitieux qui tient certaines de ses promesses, la première étant celle d’une histoire bien ficelée et prenante construite comme une série d’anticipation. Visuellement, tous les codes sont là : décors et costumes nous plongent immédiatement dans l’univers proposé qui fonctionne bien. On prend du plaisir à suivre notre équipe d’activistes et les différents rebondissements que connaît l’action tombent au bon moment pour ranimer l’intérêt. Le groupe en lui-même est d’ailleurs bien pensé, chaque personnage trouvant sa place et apportant une couleur particulière à l’ensemble. Cela permet aussi de compenser une certaine hétérogénéité chez les comédiens, et évite de perdre le spectateur (en tout cas, de me perdre moi).

Les dialogues sont bien construits et font avancer l’action, mais pêchent un peu dès qu’il s’agit de toucher au « message » qu’on cherche à faire passer. Ils sont encore trop en relief, manquent de naturel et s’entendent un peu trop dans le reste des conversations, d’autant qu’ils seront soulevés de toute façon par l’histoire en elle-même, sans que les personnages aient à les formaliser oralement. Il faut faire confiance au spectateur : le miroir tendu par les sujets brûlants que pose cette histoire devrait être suffisant pour qu’il se pose les bonnes questions. Peut-être s’agirait-il d’aller encore plus loin la prochaine fois : au-delà de l’action, encore un peu superficielle, il faudra aller titiller davantage le spectateur pour parvenir à vraiment provoquer une émotion. Et à toucher au coeur, après s’être adressé au cerveau.

L’impression d’avoir assisté à une vraie histoire, qui reste quand même encore un peu en surface. ♥

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