Extra Muros

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Critique d’Intra Muros, d’Alexis Michalik, vue le 29 mai 2019 au Théâtre de la Pépinière
Avec, en alternance, Christopher Bayemi, Raphaèle Bouchard, Hocine Choutri, Johann Dionnet, Sophie de Fürst, Jean-Louis Garçon, Nicolas Martinez, Ariane Mourier, Fayçal Safi, Marie Sambourg, Léopoldine Serre, Elisabeth Ventura, Joël Zaffarano et les musiciens Raphaël Bancou, Sylvain Briat, Raphäel Charpentier et Mathias Louis, dans une mise en scène d’Alexis Michalik

Cet article se veut bien davantage le témoin, à mon moi du futur, de ce que j’ai pu vivre lors de cette soirée théâtrale, qu’un papier à destination d’un public qui chercherait quel spectacle découvrir pour la soirée. En effet, non seulement je découvre Intra Muros pratiquement deux ans après tout le monde – les papiers dithyrambiques ont déjà eu le temps d’inonder la presse ! – mais en plus je m’y rends à quelques jours des dernières de la saison – ceci étant, à l’instar des autres spectacles d’Alexis Michalik, il sera probablement repris pendant plusieurs années au moins, ce n’est qu’une fausse frayeur.

La pièce s’ouvre sur quelques mots directs au public. Un comédien – ou un personnage ? – nous demande ce qu’est le théâtre. Le théâtre, c’est ça, aurait-on envie de répondre. Le théâtre, ce personnage – ou ce comédien ? – va le proposer comme une échappatoire aux détenus du centre pénitentiaire où il se rend, ce matin-là. Lui qui s’estime comme un metteur en scène accompli, il va leur proposer un cours de théâtre mais il ne comprend pas : devant lui, ils ne sont que deux à avoir répondu présent. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Je me souviens très bien de ma rencontre avec Alexis Michalik. On parlait déjà du dramaturge comme d’un jeune prodige, je n’y croyais pas : qui était cet auteur junior qui soulevait les foules ? Probablement encore un jugement immérité. Ce n’est que trois ans après sa création que je me suis décidée à découvrir Le Porteur d’Histoire. Je suis immédiatement revenue sur ma position : comment pourrait-il en être autrement ? J’avais été littéralement transportée durant le temps du spectacle. Cet homme a l’art de raconter une histoire.

Il m’est arrivé exactement la même chose durant Intra Muros. Michalik pouvait-il réellement exécuter cette prouesse théâtrale pour la quatrième fois d’affilée ? J’étais dubitative. J’apprendrais à ne plus douter de ce Maître : si j’ai fait la moue pendant les premières minutes, j’ai été à nouveau totalement embarquée dans son spectacle comme dans un rêve jusqu’au réveil brutal des applaudissements, quelques deux heures plus tard.

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Devant ce spectacle, l’évidence revient : Michalik est un ange-gardien du théâtre. Que dire face à tant de succès – et un succès qui semble, en plus, entièrement mérité ? Non seulement il offre des soirées exceptionnelles à son public, mais il remplit simultanément plusieurs théâtres de Paris, participant à la fois à leur économie et leur publicité, contribue à relancer le théâtre amadouant les réfractaires avec des adaptations cinématographiques de ses pièces, et surtout offre depuis de nombreuses années des rôles pérennes à de nombreux comédiens ! Cet homme a quelque chose du génie.

Ce qu’il fait est unique. Tout, sur le plateau, est parfaitement maîtrisé. D’abord le texte, qui est incroyablement ficelé : Alexis Michalik sait parfaitement où il veut aller et nous entraîne avec lui avec une facilité déconcertante. Mieux encore, le spectacle est plein de recoins sombres qu’il a parfaitement prévus mais que notre cerveau, lui, ne voyait pas du tout venir : ainsi de ce personnage que je dénigrais un peu au début du spectacle et qui devient soudainement le noeud central de la pièce. Son histoire, qui par bien des aspects aurait pu me laisser de côté, ne peut que me passionner : il traite de sujets graves non pas avec légèreté mais avec naturel. Il alterne des passages réalistes plutôt durs avec de la fiction pure, plutôt improbable, mais à laquelle on s’accroche justement parce qu’il nous tend la perche au bon moment.

Ensuite vient le jeu d’acteur. Comme d’habitude, chaque comédien incarne plusieurs personnages mais la transformation est telle qu’on ne peut les confondre entre eux. Tout change : mimique, voix, tics, personnalité, démarche, accent, et, bien évidemment, costume. Le spectacle fait alterner plusieurs distributions, et, comme toujours, on a l’impression que celle qu’on a en face de nous est la meilleure. Tel personnage, ainsi incarné, devient une évidence. Cela fait plusieurs fois que je fais face à ce tour de passe-passe, et je n’ai toujours pas compris le truc.

Enfin, il y a la mise en scène. Tout est prévu au millimètre. La direction de Michalik, si elle n’est pas tyrannique, doit du moins être d’une rigueur et d’une exigence monstres. Les déplacements font partie intégrante du spectacle, s’organisant presque comme une chorégraphie. La musique qui accompagne la scénographie est haletante, elle crée des atmosphères, elle accompagne les comédiens, elle nous tend puis nous détend. Ces deux dernières facettes, la mise en scène et le jeu d’acteur, me font penser presque à de la Comedia Dell Arte : c’est extrêmement codifié comme manière de jouer. Mais il y a également quelque chose de nouveau. J’appellerais cela de la Comedia Dell Michalik. De la Comedichalik.

A quand le prochain ? ♥ ♥ ♥

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Baer-ci Édouard

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Critique des Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, d’Edouard Baer, vu le 28 mai 2019 au Théâtre Antoine
Avec Edouard Baer et Christophe ou Riton Liebman

Pourquoi ce spectacle m’attirait-il ? Sans doute à cause de la tête d’affiche, et sûrement pas grâce à son titre – les titres à rallonge, j’ai tendance à me méfier. Je suis un peu un mouton. Je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir, sinon que c’était interprété par un comédien en qui j’avais parfaitement confiance. Voilà un papier qui s’avère plutôt difficile à écrire, car ce qu’il nous présente n’est pas franchement descriptible : c’est un peu tout et rien à la fois.

Edouard Baer entre par la porte de la salle : il est un comédien qui s’est échappé de son théâtre, juste à côté – après tout, ce n’est pas ça qui manque sur le boulevard – car il devait jouer Les Élucubrations d’un homme frappé par la grâce mais la grâce était absente, ce soir. Il ne la sentait pas. Il devait incarner André Malraux mais il nous pose la question : peut-on réellement arriver comme ça et devenir André Malraux ? La réponse est sur toutes les lèvres. Le sourire aussi. Il commence à parler, parler, parler, et plus rien ne l’arrête.

On retrouve le Edouard Baer que l’on peut connaître grâce à Radio Nova : celui qu’on imagine presque un peu camé tant il est hors du temps, hors des mots, presqu’hors du monde. Il est rêveur, il raconte tout et n’importe quoi, il enchaîne des situations sans vraiment de lien mais ce pour notre plus grand bonheur. Il est probablement l’un des seuls à pouvoir faire ça – l’autre nom auquel je pense, évidemment, c’est Fabrice Luchini. Ce spectacle ressemble un peu à ce qu’il a pu présenter, sur son amour de la littérature, sur les grands textes qui l’ont accompagné dans sa carrière.

Mais c’est tout de même exprimé différemment. D’abord dans la forme, c’est beaucoup plus modeste, rien que par son entrée en scène. Mais dans le ton également : il est franchement dans le partage là où Luchini peut davantage être dans la recherche de l’absolu. Pour Baer, c’est un moment avec le public. C’est parce qu’il a une passion pour ce qu’il dit et qu’il voudrait presque nous la transmettre qu’on est pendus à ses lèvres. Il y a également quelque chose de profondément humain dans la manière dont il s’approprie ces textes et tente de se cacher derrière : il met en valeur ce qu’il dit, jamais sa personne. Et puis il faut bien reconnaître qu’il a une réelle présence et un charme fou : même dans les tirades les plus étranges, les moins poétiques, on est sur un petit nuage théâtral.

Le spectacle est, malgré tout, un peu bancal : si le comédien convainc sans problème, son texte a quelques petits défauts. L’ensemble est prenant, sans doute, mais certaines liaisons apparaissent un peu fabriquées : ainsi, lorsqu’il sort certains livres pour en lire des passages, cela manque d’authenticité et jure avec un ensemble qui pourrait presque donner l’illusion d’une longue improvisation. C’est là-dedans qu’il est le meilleur. On aimerait d’ailleurs que certains moments durent encore et encore : comme lorsque, grand amateur de théâtre de boulevard et de Jacqueline Maillan, il reproduit les entrées en scène classiques que l’on peut retrouver dans ce type de pièce. Il tente peut-être trois ou quatre entrées ainsi qui sont un régal absolu et l’on aimerait que ses tentatives ne finissent jamais. Ce sont, ainsi, de petits instants de grâce.

Finalement, le spectacle portait bien son nom.  ♥

Varupenne et Pouderoux ne nous mettent pas l’eau à la bouche

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Critique des Serge (Gainsbourg point barre), de Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux, vu le 25 mai 2019 au Studio-Théâtre de la Comédie-Française
Avec Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Noam Morgensztern, Rebecca Marder, Yoann Gasiorowski, dans une mise en scène de Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux

J’étais en décalage avec le spectacle avant même qu’il ne commence : ce n’est que quelques jours avant de m’y rendre que j’ai compris le subtil jeu de mot qui composait le titre. Dans mon espoir de ne voir jouer sur scène que du Gainsbourg des débuts, et pas du Gainsbarre qui avait moins ma faveur, j’avais perçu dans le « point barre » la locution interjective signifiant qu’il n’y avait rien à ajouter : on y entendrait Gainsbourg, le seul et l’unique, et puis c’est tout. J’étais assez brave, il faut le reconnaître, mais j’aurais peut-être dû y sentir un signe.

Je suis une grande fan des cabarets du Français, et ce depuis leurs débuts : j’écoutais déjà les émissions de Philippe Meyer lorsque celui-ci a décidé de faire chanter les Comédiens Français, j’ai assisté aux premiers spectacles chantés sous sa direction, puis il a été plus ou moins écarté de ces spectacles repris progressivement par les comédiens eux-mêmes. J’avais été très emballée par L’Interlope l’année dernière, qui sortait des cabarets habituellement proposés au Français se composant d’une suite d’interprétations des textes d’un grand nom de la chanson française. Serge Bagdassarian, metteur en scène de L’Interlope, avait pensé son spectacle comme un tout et non une simple suite de chansons, avec une histoire comme fil directeur et des personnages davantage dessinés. Il avait réussi à insuffler une âme, créer une atmosphère, proposer au public quelque chose d’assez surprenant, à la fois gai et mélancolique. C’était brillant.

On sent venir un « mais… » à des kilomètres, le voici : je suis beaucoup moins séduite par Les Serge que j’aurais souhaité l’être. Le modèle diffère de ce qui pouvait exister les années précédentes : Serge Bagdassarian avait déjà créé quelque chose de différent, ils tentent encore une autre formule, plus proche du concert cette fois-ci. Seulement voilà : ce que je venais chercher dans les formes musicales proposées au Français, c’était avant tout une interprétation, car ces comédiens exceptionnels vivaient leur chanson différemment, si ce n’est davantage, que leur interprète originel. On avait là une véritable valeur ajoutée, qui permettait de compenser sans problème une absence de technique vocale.

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© Vincent Pontet

Ici, ils ont choisi de créer un concert autour de Gainsbourg. Je vois dans cette idée deux problèmes majeurs qui, à mon avis, sont la source de ma déception. Le premier, c’est qu’ils se sont organisés entre instrumentistes de la Troupe : là où, d’habitude, ils étaient accompagnés par des musiciens, ici, ce sont eux qui font tout. Alors certes, ils ont dû absolument s’éclater à le faire, et c’est avec plaisir – et admiration ! – qu’on découvre les comédiens qu’on connaît capables de passer aisément du trombone à la guitare, de la guitare au piano, du piano à la basse. Mais d’un point de vue purement musical, je ne vois pas forcément l’intérêt de préférer ce concert à une écoute chez soi, si ce n’est peut-être pour la modernité de certaines adaptations.

Le deuxième, c’est le choix de Gainsbourg. Il se heurte directement à ce qui constituait, selon moi, la plus-value des cabarets du Français : l’interprétation. Car les chansons de Gainsbourg, contrairement à celles de Brassens, de Boris Vian, ou de Barbara, sont bien moins narratives ; qu’apportent alors les Comédiens-Français dans leur interprétation ? Pas grand chose – au contraire, les comédiens ayant été choisis pour leurs qualités de musiciens, ils ne sont pas toujours assurés vocalement et peinent à apporter à Gainsbourg ce que lui seul mettait dans ses chansons, et qui constituait un vrai travail de funambule : étrange, parfois titubant mais toujours abouti. S’il est vrai que Gainsbourg est loin d’être mon artiste préféré, je précise quand même que je connais plutôt bien son oeuvre – j’étais même assez contente que Black Trombone et Comme un boomerang, parmi mes chansons préférées, figurent au programme. Deux interprétations qui, finalement, ne me laisseront rien.

Seule Rebecca Marder tire vocalement son épingle du jeu – j’aurais probablement abondé davantage en compliments si le choix de la comédienne n’avait pas été présenté de manière si hypocrite. Dans le programme, on peut en effet lire que « Si Rebecca est la seule fille, c’est un choix purement pragmatique car elle est la seule comédienne instrumentiste de la Troupe. » Moi-même pianiste, j’ai observé Rebecca Marder pendant tout le spectacle : elle se retrouve deux fois au clavier, les mains mal positionnées, jouant mains gauche et droite toujours séparément. Le plus dur qui lui est demandé, c’est probablement ses trois accords à la main droite qu’elle joue avec deux doigts différents. C’est faire injure aux autres comédiennes de la Troupe que sous-entendre qu’elles n’auraient pu effectuer la même prouesse artistique. La prochaine fois, il faudra assumer le choix d’une comédienne jeune et jolie.

Enfin, le troisième problème vient du fait qu’ils n’ont pas su trouver un biais intéressant pour sortir du format de cabaret habituel. Comme pour justifier leur concert, les chansons sont entrecoupées d’extraits d’interviews de Gainsbourg avec ses folies, ses manières, ses bons mots. Ça aurait pu être intéressant mais cela casse le rythme du spectacle et, à la longue, finit par ennuyer. Ce qui en ressort, c’est un spectacle qui manque d’âme, qui ne réussit pas à créer l’atmosphère qu’il souhaiterait – l’alcool, les cigarettes et les repettos blanches ne suffisent pas à reproduire cette ambiance particulière – et qui apparaît finalement comme un peu fade. On lui reconnaîtra malgré tout une très jolie fin, qui reprend une « phrase-refrain », certes un peu artificielle mais qui a le mérite d’exister et d’articuler le spectacle, qui clôt agréablement le spectacle.

Ils étaient in ; les voici un peu out 

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© Vincent Pontet

A corps et à coeur

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Critique de Dans ton coeur, par la compagnie Akoreacro et Pierre Guillois, vu le 23 mai 2019 à La Villette
Avec Claire Aldaya, Romain Vigier, Maxime Solé, Basile Narcy, Maxime La Sala, Antonio Segura Lizan, Craig Dagostino, Joan Ramon Graell Gabriel et les musiciens Vladimir Tserabun, Eric Delbouys, Nicolas Bachet et Johann Chauveau, dans une mise en scène de Pierre Guillois

Je n’ai pas hésité longtemps : Pierre Guillois fait partie de mes incontournables depuis que j’ai vu Le gros, la vache et le mainate il y a plus de 7 ans maintenant. Il osait tout. Il n’a pas changé. L’affiche était à la fois attirante et inquiétante : que venait faire ce metteur en scène – certes impossible à cerner, mais quand même – au milieu de circassiens ? Tout simplement la même chose que d’habitude : mettre son talent, son humanité, et sa grandeur d’esprit au service de la scène. En toute simplicité.

Quand le noir se fait, tous les acrobates et voltigeurs se précipitent sur la scène. C’est la nuit, il pleut. On reconnaît une femme pour une petite dizaine d’hommes. Elle semble prendre peur. Elle court, perd ses chaussures, oublie son parapluie. Une Cendrillon des temps modernes. On comprendra par la suite que cela joue un rôle primordial. Le spectacle s’article autour de saynètes qui se relieront par une thématique commune : le rapport entre les êtres humains. Il met tout particulièrement en lumière un couple que l’on voit évoluer dans son quotidien, avec ses hauts et ses bas, ses disputes, ses moments brutaux, parfois plus doux, plus sensuels, plus charnels. Et tout cela avec, comme outils, des corps impressionnants, une musique quasi-omniprésente, des lumières splendides et une partition orale presqu’inexistante.

Ce spectacle est absolument sublime. Il ne se contente pas d’être drôle et incroyablement réglé lorsque les acrobates deviennent quasiment des clowns et livrent, pour une partie du public, un numéro de mime absolument formidable. Il ne se contente pas d’être charmant dans ses intermèdes plus légers permettant de changer de décor de manière ludique et attrayante. Il ne se contente pas d’être touchant dans les relations qu’on devine entre chacun des personnages. Il ne se contente pas d’être intelligent dans les choix des scènes qu’il propose.

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© Richard Haughton

Ce spectacle est tout à la fois. Que ce soient des bagarres ou des scènes d’amour qui nous sont présentées en plein vol, ce sont des corps autant que des âmes qui voltigent dans ce spectacle. Quasiment muet, je suis stupéfaite qu’il me soit apparue aussi clairement – à moi, comme à toute la salle. Il y a cette scène très suggestive où un homme semble se rapprocher d’un autre homme, travesti en femme. Les scolaires présents ce soir-là pouffent au début de la scène. Et les deux corps s’envolent, simulant sans équivoque l’acte d’amour, là-haut, dans les airs – après tout ne parlons-nous pas parfois d’acrobaties sexuelles ? Alors, dans la salle, plus un bruit, ou seulement des chuchotements d’admiration. Il y a des choses comme ça qui n’appellent aucun commentaire et qui nous rassemblent tous autour d’une même émotion. Le beau, par exemple.

Tout au long du spectacle, les corps se cherchent, se courent après, s’escaladent, se portent, se collent, se lâchent. Mais rien n’est jamais gratuit. C’est un cirque qui dit quelque chose, et c’est d’une puissance émotionnelle incomparable. Ça se joue ailleurs que dans le cerveau, de ces choses qui vous retournent de l’intérieur sans que vous en compreniez tout de suite la provenance. Je n’ose imaginer la difficulté de création d’un tel spectacle, mêlant deux mondes si différents – bien que Pierre Guillois ait déjà mis un pied dans le burlesque muet. Tout le monde doit être salué : porteurs, voltigeurs, musiciens, metteur en scène. J’ai du mal à évaluer l’apport de chacun tant le résultat forme un tout évident.

J’arrive quand même à percevoir la patte de Pierre Guillois au milieu de ces acrobaties, dans la simplicité, presque la banalité des scènes proposées. Les accessoires sont des frigos, des machines à laver. Dans la cuisine, une femme s’affaire. Elle prépare le repas, elle est au téléphone. La scène sera répétée cinq, peut-être six fois. Et chaque proposition est différente. Les portés sont près du sol et pourtant ces figures ont quelque chose de spectaculaire. Tout le monde retient son souffle. Et dans mon cerveau, soudain, une lumière s’active : cette femme que je vois s’activer dans sa cuisine, qui téléphone, qui effectue un salto, qui met le micro-onde en marche, qui attend un enfant, cette femme qui fait 10 000 choses en même temps… elle me fait penser à quelqu’un, et même à plusieurs personnes. A beaucoup de femmes, en réalité.

Pierre Guillois et la compagnie Akoreacro donnent au cirque ce qui peut parfois lui manquer : une âme. ♥ ♥ ♥

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© Richard Haughton

 

 

Boushow and Cie

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© Jean-Louis Fernandez

Critique d’Un ennemi du peuple, d’après Ibsen, vu le 17 mai 2019 au Théâtre de l’Odéon
Avec Sharif Andoura, Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Cyprien Colombo, Vincent Guédon, Jeanne Lepers, Agnès Sourdillon, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier

Je n’arrive pas à me faire d’avis déterminé sur le travail de Jean-François Sivadier. J’avais vu il y a quelques années, déjà à l’Odéon, une Dame de chez Maxim plus qu’honorable qui me laisse un bon souvenir, entaché depuis par la reprise d’Italienne scène et orchestre que j’ai découverte la saison dernière et que j’avais trouvé inutilement poussive et sans grand intérêt. Dans son Ennemi du peuple, il retrouve son fidèle Nicolas Bouchaud et lui propose à nouveau le même genre de rôle, légèrement cynique, toujours proche du public, presqu’hors de la scène et du jeu. Un rôle qui, s’il pouvait faire illusion dans ses précédentes créations, ne sied pas si bien que ça à Ibsen.

La ville dans laquelle se déroule la pièce doit une partie de sa richesse à l’établissement de bains qu’administre le préfet Peter Stockmann et pour laquelle travaille son frère, Tomas, médecin. Mais celui-ci avait des doutes quant à la propreté du lieu et a fait faire des analyses qui viennent confirmer ses soupçons : les eaux sont contaminées, d’immenses travaux sont à envisager pour garantir la santé des curistes. Tomas semble voir ici l’évidence mais tous, en face de lui, ne sont pas de cet avis et il va progressivement devenir l’ennemi du peuple.

J’ai mis du temps pour l’écrire, ce papier-là, mais je pense que je ne serai toujours pas satisfaite par ce qui en ressortira. Je suis très partagée par ce spectacle, mais les frontières entre ce que j’ai aimé et ce que j’ai moins aimé restent assez floues et je risque d’être confuse dans mes explications. Cette confusion, je la dois d’abord au spectacle qui est lui-même un peu désordonné par endroits. Je m’explique.

Il y a d’abord le texte d’Ibsen, que je découvrais. Un théâtre éminemment politique, dégageant une puissance et une grandeur qui ne cherchaient qu’à s’affirmer par la suite. Un théâtre quasiment classique par les échos à l’actualité qui résonnaient parfois dans certaines répliques. Un théâtre que j’aurais aimé réellement découvrir, comprendre, du théâtre qui m’aurait donné davantage à réfléchir que ce en quoi il a été transformé. Une transformation que je ne cautionne en aucun point.

Il y a la vision du metteur en scène, calquée par-dessus Ibsen. Une vision audible – après tout, c’est bien pour voir une interprétation que je vais au théâtre, sinon je me contenterai de lire des textes chez moi – mais que je ne partage pas et qui m’a plutôt irritée tout au long de la pièce. Pour souligner l’ironie présente chez Ibsen, Sivadier a rajouté des détails burlesques à sa mise en scène qui ne me semblaient pas nécessaires : il cherche à faire rire le public par ce que j’appellerais des actes gratuits. Les comédiens sont dirigés de manière à rendre leurs personnages presque caricaturaux. C’est facile, et ça n’ajoute rien, à part à ma mauvaise humeur. Par ailleurs, il a également fait le choix d’un procédé de distanciation, que je m’explique moins – à mon humble avis, il aurait davantage exploité la force de la pièce en la jouant franc jeu. A quoi bon montrer la machine à fumer lorsque les personnages sortent les cigares, ou jeter de la poudre blanche en s’exclamant « il neige ! » ? Cette distanciation empêche toute montée de tension dans la pièce, et c’est dommage.

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© Jean-Louis Fernandez

Il y a enfin le show Bouchaud, troisième couche de ce spectacle, qui l’alourdit encore. Ce show, je le reconnais volontiers, est tout à fait cohérent avec l’ensemble de la construction du spectacle, et particulièrement avec la distanciation voulue par Sivadier. Il permet notamment d’expliquer, et rend d’ailleurs tout à fait honneur à un ajout survenu plus tôt dans le spectacle : la montée d’un spectateur sur scène. On avait pu en effet observer comment Bouchaud se mettait progressivement le spectateur dans la poche et comment, soudainement et de manière plutôt impolie, ce dernier avait dû quitter la scène sans demander son reste – il avait été, en quelque sorte, manipulé. Cela fait écho à son discours de l’acte IV, ce fameux show Bouchaud dont je voudrais parler. Alors oui, c’est malin, c’est assez ingénieux, mais franchement, on n’est pas venus là pour ça.

Tout d’un coup, on sort d’Ibsen. On se met à parler de gilet jaune, on se retrouve dans une mise en abîme du théâtre, on se met à parler du rapport entre un comédien et son public, on se fait insulter par Nicolas Bouchaud qui nous traite allègrement de veaux – ce qui fait beaucoup rire le public de l’Odéon. De mon côté, je grommelle. Je me sens un peu trahie devant cette adaptation libre d’Ibsen alors même que le texte annonçait le texte fidèle de la pièce. La lecture de la pièce que fait Sivadier, en proposant une analogie politique/acteur et peuple/public aurait pu être intéressante, mais pas sous cette forme. J’ai l’impression qu’il a voulu en faire trop d’un coup : entre la distanciation, le burlesque, l’adaptation, il aurait fallu choisir un cap et s’y tenir. Là, on se perd. Toute cette série d’écarts au texte initial rend l’ensemble plutôt incompréhensible. Il y a une disparité gênante entre les grandes scènes de confrontation, qui viennent d’Ibsen, et cette espèce de « show » – dont j’apprendrais plus tard qu’il est issu d’une improvisation en répétition : la greffe ne prend pas.

Je suis donc partagée. Tout n’est pas à jeter, les comédiens sont très bien dirigés et donnent à entendre le texte avec brio – mais on sent qu’il pourrait être plus marquant encore. Je suis heureuse malgré tout d’avoir découvert ce grand texte derrière une mise en scène qui se regarde… et qui voudrait peut-être suivre la lignée de Ça ira, la merveille de Pommerat qui continue de se jouer actuellement à la Porte Saint-Martin. Mais n’est pas Pommerat qui veut, et si les inspirations sont continues tout au long du spectacles – sur les choix musicaux, sur les lumières qui accompagnent le show Bouchaud, sur l’utilisation du public comme d’une assemblée – Sivadier ne parvient pas à recréer l’immersion et la totalité des spectacle de Pommerat. La mayonnaise ne prend pas, et le goût qui reste en bouche est bien trop pâteux. Dommage.

Il m’en restera l’envie de découvrir ce texte… et de voir Nicolas Bouchaud, un jour, dirigé autrement.

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© Jean-Louis Fernandez

Tasteless is the night

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© Simon Gosselin

Critique d’Opening Night, d’après Cassavetes, vu le 10 mai 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord
Avec Isabelle Adjani, Morgan Lloyd Sicard, Frédéric Pierrot et la participation de Zoé Adjani, dans une mise en scène de Cyril Teste

C’est étrange de songer que, mon dernier – et unique – article consacré à Isabelle Adjani sauvait presque un spectacle pourtant unanimement descendu par la critique. Cet ordre des choses est plutôt rare : c’est souvent l’inverse qui se produit. Mais je ne me suis pas méfiée. Devant l’unanimité – positive cette fois-ci – provoquée par Opening Night, j’étais très confiante. Le film de Cassavetes me laissait un bon souvenir ; Festen, la mise en scène de Cyril Teste que j’avais découverte à l’Odéon, aussi. Mais Isabelle Adjani crée toujours la surprise, et je dois dire que celle-ci m’a laissé plutôt un goût amer en bouche.

La pièce s’ouvre sur la répétition d’un spectacle dont la première sera l’issue du spectacle que nous, spectateurs, sommes venus voir. Le déroulement de l’action sera donc consacré aux répétitions, aux doutes de la comédienne Myrtle Gordon sur le rôle qu’elle a à jouer, à ses tentatives vaines de modifier le texte, de s’approprier le personnage, de tenter d’entrer dans ce spectacle qu’elle ne cautionne en rien. On voudrait y voir une mise en abîme profonde, une allusion à la carrière mouvementée d’Isabelle Adjani, une puissante évocation du pouvoir du théâtre. On n’y verra qu’un miroir sur l’effort stérile de la comédienne de remonter sur les planches après une absence qui, incontestablement, s’est avérée fatale.

Avant que l’on me reproche quoi que ce soit, je tiens à préciser quelque chose. Je mourais d’envie de voir ce spectacle. Lorsque j’ai appris que je devais subir une opération début avril qui entraînerait une convalescence de plus de deux mois, ma première pensée a été pour Opening Night : j’espérais pouvoir être en état d’y assister. J’ai tout fait pour maximiser mes chances d’être aux Théâtre des Bouffes du Nord, ce soir-là. J’ai finalement pu m’y rendre. La déception n’en fut que plus cruelle.

Par où commencer ? Très vite, j’ai trouvé que ça sentait le roussi. La première scène est interminable alors même que les comédiens ne sont pas sur le plateau, devant nous, mais derrière le décor, grâce aux caméras chères à Cyril Teste. Si j’avais déjà questionné leur présence dans Festen, elle me semble ici bien plus évidente : cela permet à Isabelle Adjani de n’être en scène que 45 minutes sur les 1h20 que dure le spectacle, et donc, quelque part, de limiter la casse. Car Isabelle Adjani telle qu’on me l’a toujours décrite n’est plus. La grande comédienne que j’avais découverte dans La journée de la jupe n’était pas la même que celle présente aux Bouffes du Nord, ce soir-là, hurlant au désespoir à grand renfort de glycérine et d’effondrements intempestifs… peu crédibles.

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© Simon Gosselin

Je n’imputerai pas à la comédienne la totalité de l’échec de ce spectacle. Une grande partie vient du texte, désespérément vide, douloureusement répétitif, terriblement ennuyeux. On sent le couac dès le début : une même scène est répétée trois, peut-être quatre fois, sans qu’on comprenne exactement ce dont il s’agit, sans que cela apporte quoi que ce soit à l’histoire. Une histoire dans laquelle je ne suis pas du tout rentrée, peu intéressée par les rapports insinués entre les comédiens. Le pseudo-parallèle avec la vie d’Isabelle Adjani, la multiplicité des grilles de lecture, l’improvisation revendiquée ne sont, à mon sens, qu’une vaste supercherie venant cacher un spectacle inabouti et sans grand intérêt – on lui préfèrera sans nul doute le film de Cassavetes.

En revanche, il faut reconnaître que les deux comédiens qui l’entourent servent au mieux ce texte pâteux, évinçant aisément et sans l’ombre d’un cabotinage leur partenaire féminine, et cela reste un grand plaisir de retrouver Frédéric Pierrot sur scène. Il apporte un je-ne-sais-quoi d’humanité, de mélancolie et de tendresse à son personnage qui le rendent puissamment attachant. Ce déséquilibre dans le jeu, qui est perceptible tout au long du spectacle, est d’autant plus rageant qu’il est écarté d’un revers de main – ou plutôt d’un claquement de mains – lors des applaudissements finaux où l’on comprend aisément que la salle ne salue que son actrice fétiche. Bouquets de fleurs, standing ovation, cris, il n’y en a que pour Isabelle Adjani lors des saluts, et c’en est presque malaisant pour les deux comédiens qui saluent, dignes, à ses côtés.

Impossible en effet d’oublier que c’est pour la comédienne que nous sommes là. D’une manière générale, tout transpire les Adjani-contraintes dans ce spectacle. D’abord, ces caméras dont j’ai déjà parlé. Caméras qui, étrangement, semblent surexposées dès qu’elles filment la comédienne, effaçant tout défaut de son visage, alors même qu’aucun filtre n’est appliqué pour les autres comédiens. Ensuite, cette espèce de fan-service qui voudra qu’elle ait comme des morceaux de bravoure seule, près du public – nous ne sommes pas dupes, si la salle est remplie, c’est bien pour elle. Tout semble devenir prétexte à mettre en valeur et enrichir le mythe de cette actrice si rare sur les planches : la moindre tirade – que dire de ces deux phrases de La Mouette lues à la va-vite entre deux répliques ? – ou le moindre objet – comme cet élément de costume qui apparaît soudainement à la fin de la pièce et qui ne vient que servir la comédienne probablement désireuse de se voiler lors des applaudissements.

Il y a une scène qui a été particulièrement dure pour moi dans ce spectacle. Une scène qui restera par le malaise qu’elle a provoqué en moi, ce sentiment d’impuissance devant l’espèce de décadence qui se jouait devant mes yeux. C’est une scène de danse. J’adore voir les comédiens danser. J’ai toujours eu une sorte de fascination pour ça. Le comédien, par la maîtrise qu’il a de son corps, est un bon danseur par essence. Même sur des pas simples, c’est toujours beau à regarder. Ce qui est cruel, c’est que Frédéric Pierrot venait d’en faire la démonstration : sur la scène précédente, il se déhanchait sur scène. Simplement, mais avec souplesse, avec grâce. Puis vient le tour d’Isabelle Adjani. J’ai bien conscience que sa scène de danse est entachée par l’alcool. Mais je ne pense pas que cet état prétendument éméché ait un quelconque rapport avec la maladresse qui me frappe. C’est là que je me rends compte qu’Isabelle Adjani n’est plus que le fantôme d’elle-même. Constat désespéré s’il en est, mais n’était-ce pas aussi, quelque part, la thèse de ce spectacle ?

From Opening Night to Opening Nightmare

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© Simon Gosselin

Au 13, la guerre c’est pas plus marrant, ni moins désespérant, en chantant

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Critique de La Victoire en chantant, de Raymond Acquaviva, vue le 9 mai 2019 au Théâtre 13
Avec Pierre Boulben, Louise Corcelette, Benoit Facerias, Philippine Martinot, Quentin Morant, Fabio Riche, Lani Sogoyou, Josephine Thoby, dans une mise en scène de Raymond Acquaviva

Je n’ai pas attendu bien longtemps pour aller découvrir cette Victoire en chantant. Il faut dire que tout les éléments semblaient réunis pour passer une très bonne soirée : les spectacles de Raymond Acquaviva ne m’avaient encore jamais déçue, le Théâtre 13 est généralement le terreau de propositions jeunes, dynamiques et plutôt plaisantes, d’autant plus lorsqu’elles sont musicales – le projet rappelait d’ailleurs à mon oreille l’excellente Bande du Tabou vue il y a plus de 5 ans maintenant mais qui résonne toujours quelque part. Bref, une belle soirée en perspective.

Mais on se rend vite compte que quelque chose manque à cette bande de huit comédiens-chanteurs qui nous content les deux guerres mondiales à travers écrits et chansons. Ce n’est pas une question d’énergie : elle est bien présente, et c’est même sans doute grâce à elle qu’on parvient à ne pas trop décrocher jusqu’à la fin. Pas non plus un problème de distribution : personne ne se démarque particulièrement, ni en bien ni en mal, mais tous rentrent dans le rang. Il est peut-être là, le bémol. Dans ce spectacle, on rentre un peu trop facilement dans le rang.

Il est trop lisse, ce spectacle, il manque cruellement d’âme. C’est un véritable sentiment de manque qui se fait connaître à la fin de la pièce. Un sentiment de : « ok, et ensuite ? ». On a enchaîné les textes et les chansons qui parlent de la guerre. Moi qui ai eu ce sujet au programme de mes concours il y a quelques années, je n’ai pu m’empêcher de penser que ça m’aurait été utile. Car le spectacle emprunte plus à l’anthologie qu’au café-concert. Les textes se suivent et se ressemblent par leur caractère un peu morne. Où est l’incarnation, la personnalité, la vie ou le désespoir derrière ces mots qui, probablement, ne parlent pas à tout le monde ?

Il y a quelque chose d’un peu surfait dans la solennité trop affichée, presque fabriquée, pour certains textes. Il y a quelque chose d’un peu scolaire dans l’enchaînement de ces textes qui évitent de prendre parti, qui soulignent un peu trop qu’il faut aussi avoir une pensée pour l’autre camp, qui affichent un patriotisme un peu froid. Difficile de comprendre la ligne de conduite : on se souvient, on regrette, on blâme, on fête ?

Le résultat, c’est qu’on se perd un peu dans ce spectacle qui annonce 1h40 mais en dure quasiment deux. Certains textes gagneraient à être supprimés – Péguy et Valéry n’étaient peut-être pas nécessaires ici – permettant ainsi de jouer entièrement d’autres qui trouvent mieux leur place, comme la Madelon à laquelle on se demande pourquoi on a tronqué un couplet. On ne laisse pas au spectateur le temps de se prendre à une chanson, tout est déroulé si vite, et ce jusqu’à la chanson finale, qui devrait nous emballer et nous enjoindre à accompagner l’air de nos rappels, mais qui nous file entre les doigts. Un peu comme nos applaudissements.

Un spectacle qui gagnerait à supprimer un bon tiers des textes et à prendre davantage son temps sur les autres.

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