#OFF24 – Normal

Critique de Normal, de Jane Anderson, vu le 2 juillet 2024 à la Scala Provence
Avec Lionel Abelanski, Vincent Deniard, Colombe Ducrot, Jérémy Gillet, Guilaine Londez, Jean-Yves Roan, et la participation amicale d’Hélène Vincent, mis en scène par Julie Delarme

C’est d’abord l’affiche qui a attiré mon attention. Puis j’ai jeté un coup d’oeil à la distribution. Lionel Abelanski, Vincent Deniard. Tiens, tiens. J’ai regardé à nouveau l’affiche. Et puis j’ai lu le résumé. Et même si j’ai l’impression de voir venir le sujet à des kilomètres (comme j’espère me tromper !) j’ai très envie de laisser une chance à cette normalité-là.

Les comédiens nous demandent expressément à la fin du spectacle de ne rien dévoiler. Alors je vais faire de mon mieux, mais je ne vois pas comment vous pourriez rester complètement vierge de toute idée. Je vais essayer de donner le contexte de la manière la plus vague possible. Disons qu’on atterrit au milieu d’une famille, composée de deux parents, et de deux enfants, qui vont apprendre une nouvelle qui va bouleverser l’équilibre (déjà un peu précaire sur certains aspects, disons-le tout net) du petit groupe.

Bon, j’avais effectivement vu venir le sujet à des kilomètres. Et je retrouve l’écriture de Jane Anderson qui m’avait déjà laissée un peu sur ma faim dans Baby : un peu didactique, un peu plate, un peu prévisible. Mais fondamentalement, ce n’est pas le texte qui m’a intéressée dans ce spectacle. Ce sont les relations entre les personnages. Les réactions. Les combats.

Et tout particulièrement, la relation qui lie les deux parents, incarnés par Lionel Abelanski et Guilaine Londez. Chacun compose son personnage avec beaucoup de dignité. Ils sont touchants dans leur droiture, dans leurs tensions, dans leurs tentatives d’adaptation. Ils arrivent à faire exister leur résistance intérieur, leurs croyances, leurs démons, leurs espoirs. Et, surtout, ils forment presque, à eux deux, un troisième personnage. Leur couple devient un personnage à part entière, nourri par cette espèce de tendresse indéfectible qui les unit. Et plus ce personnage prend de place sur scène, plus il permet de retrouver l’équilibre. Un certain équilibre, en tout cas. Mais on a dit qu’on n’en dirait pas trop.

#OFF24 – La ligne solaire

Critique de La Ligne solaire, d’Ivan Viripaev, traduit par Tania Moguilevskaia et Gilles Morel, vu le 2 juillet 2024 au 11 Avignon
Avec Aurélia Arto et Bruno Blairet mis en scène par Clément Poirée

Pas évident de piocher dans la programmation du 11. Tout a l’air passionnant. Alors on choisit nos thèmes favoris. Nos sujets de prédilection. En l’occurrence, pour La ligne solaire, le couple. Et l’occasion peut-être de me réconcilier avec Viripaev.

Il est cinq heures du matin et un couple se dispute dans une cuisine. La fin est proche. Le point de rupture. Ils se disputent et rien ne semble pouvoir les rapprocher. Les réconcilier. Les adoucir. Plus ils se cherchent, plus ils s’énervent – et plus ils s’énervent plus ils semblent trouver la force de s’énerver encore. Ils vont tenter, à travers cet échange, de franchir cette ligne solaire, qui les a toujours séparés. Et qui les séparera toujours ?

Spoiler alert : je ne me suis pas réconciliée avec Viripaev. Deuxième tentative, deuxième échec. Enfin, je ne devrais pas être si négative. Je n’aime pas cette langue, je pense qu’on peut se mettre d’accord là-dessus. Mais ce serait mentir de dire qu’elle ne me touche pas. Peut-être même que ce jour-là, elle m’a un peu trop touchée. Je crois que je n’étais pas dans le bon état d’esprit. Je me rends compte que j’ai programmé un Avignon léger, pour essayer d’apaiser l’ambiance lourde du dehors. Et tout d’un coup, rentrer dans le dur du sujet, je crois que je n’en étais pas vraiment capable.

C’est étrange de voir ça après Ring. Le couple, par un autre prisme. Le langage de l’intimité qui s’effrite. Le ton qui monte, rapidement. Ça se chie à la gueule. Il n’y a pas d’autre mot. Il faut entrer dans cette langue. C’est violent. Violent dans les gestes, violent dans les mots. Tellement violent en vérité dans les échanges que les insultes qui concluent la plupart des échanges se fondent complètement dans le reste. Comme une ponctuation qui finit par devenir invisible.

Je me rends compte que je refuse de recevoir quoi que ce soit. Tout mon corps fait bloc. Fait barrière contre ce qui se joue devant moi. C’est trop dur. C’est un amour douloureux. C’est une absence d’espoir et de tendresse. C’est l’apogée de l’opposition de phase. C’est brutal. C’est dérangeant et ça pique. C’est toujours un peu dérangeant, l’opposition de phase. C’est malaisant. Comme la musique qui les accompagne. C’est vain. C’est un échange vain. Et c’est sans doute en ça qu’il est si difficile. C’est un échange qui semble gagner du temps. Pour éviter le silence. Pour éviter la conclusion. Pour éviter la fin. C’est glauque.

Et ce qui est étonnant, c’est qu’on rit. On rit souvent d’une de leur punchlines, lancée avec force, mais pas que. On rit pour évacuer la tension qui prend toute la place sur scène. On rit pour sortir de cette violence et pour éviter qu’elle nous atteigne. On rit parce qu’on voudrait que ça reste en eux et que ça ne soit jamais en nous. On rit pour s’échapper. Mais je crois que c’est trop tard. J’ai un peu d’eux en moi.

La ligne solaire – Le 11 • Avignon
11 boulevard Raspail, 84000 Avignon
A partir de 10,90€
Réservez sur BAM Ticket !

#OFF24 – Ring

Critique de Ring, de Léonore Confino, vu le 2 juillet 2024 au Théâtre Actuel
Avec Amaury de Crayencour et Jina Djemba, mis en scène par Côme de Bellescize

Je crois que la perspective de retrouver Jina Djemba, que je n’ai pas vue depuis 12 ans sur un plateau, m’aurait convaincue d’aller voir n’importe quel spectacle. Mais Ring n’est pas n’importe quel spectacle. J’ai vu ce spectacle il y a plus de dix ans, avec Audrey Dana et Sami Bouajila. J’en garde un souvenir mitigé. Ma vision du couple a dû évoluer depuis (enfin, j’espère !), ma vision du théâtre aussi. J’aime bien l’idée de confronter ces deux moi. Let’s battle !

Ring s’ouvre sur une conversation avec Adam et Eve. Tous deux donnent le ton au spectacle. On est dans le quotidien du couple, parfois dans leur intimité, rarement dans la caricature. Pas question ici de le porter aux nues ou de le caricaturer, le dessin semble tout à fait réaliste. Et on a beau l’avoir déjà observé sous toutes les coutures, le couple, on a toujours l’impression que le tissu peut encore livrer quelques secrets.

Comment ai-je pu passer à côté de ce spectacle il y a dix ans ? Aujourd’hui, je n’en ai pas perdu une miette. Pas une scène qui me laisse de côté. Et chaque nouvelle situation est une formidable surprise. Ce mélange des genre, ces changements de rythme, ce regard pertinent, incisif, réaliste, parfois dur, parfois tendre, toujours très humain et souvent plein d’espoir m’a complètement saisie. Ces trouvailles du quotidien ont toutes quelque chose d’universel. Ça tire dans toutes les scènes, parfois des balles en mousse, parfois des balles en bulles, parfois des balles en plomb. Et on les reçoit aussi, comme si elles nous étaient destinées.

Il faut dire aussi qu’ils sont fascinants. Il se passe quelque chose entre ces deux-là. Sur le plateau, c’est magnétique. Ils ne sont que deux sur scène et pourtant l’air est dense, comme si le plateau était chargé de toutes les émotions qui les agite et avec lesquelles ils jouent. Je nous imagine bien devant le plateau comme devant un match de tennis, avec la tête qui va de l’un à l’autre au fil des punchlines. C’est l’impression que j’ai eue. Sans vraiment avoir envie de compter les points. Juste d’admirer un bel échange de balles.

Et puis il y a tout ce qu’on ne dit pas. Tout ce qu’on oublie de regarder et qui participe à faire de ce spectacle un moment aussi parfait. Il y a cette création sonore d’une simplicité troublante. Il y a cette scénographie qui crée de si beaux tableaux. Il y a ce travail sur les corps qui a quelque chose d’envoûtant. Et puis disons-le carrément : même les transitions entre les scènes ont quelque chose de captivant. On a littéralement l’impression de sortir d’un univers pour entrer dans une autre. Ce n’est pas « juste » simple. C’est de l’ordre de la seconde, mais cette seconde est une seconde de perfection absolue. Après tout, le diable se cache dans les détails.

#OFF24 – Arianne, un pas avant la chute

Critique d’Arianne, un pas avant la chute, de Thomas Gendronneau, vu le 1er juillet à la Factory
Avec Basile Alaïmalaïs, Anthony Falkowsky, Lucas Gonzalez, Sébastien Gorski, Sarah Horoks, Mathilde-Edith Mennetrier, Morgane Real, mis en scène par Thomas Gendronneau

Le nom de Thomas Gendronneau vous dit peut-être quelque chose après ses succès dans No Limit, Songe à la douceur ou plus récemment Glenn naissance d’un prodige ou encore Le Fléau. Bref, nous, on est assez fan, donc on va évidemment aller le soutenir pour sa deuxième pièce (oui, on avait raté la première, shame on us).

Je ne sais pas par où commencer. J’ai l’impression d’être une groupie après un concert qui essaie de raconter tous ses souvenirs pour n’en oublier aucun. Normalement, là, c’est le moment où je résume rapidement le spectacle pour ne pas trop vous perdre en chemin sans trop en dévoiler non plus. Je ne sais pas trop où mettre le curseur aujourd’hui, car je suis allée de surprise en surprise et que j’ai adoré ça. Disons simplement qu’aujourd’hui, on n’est pas seulement spectateur de théâtre, mais aussi d’un concert, et qu’on va profiter d’une interview organisée juste avant la dernière date de leur tournée pour se glisser au coeur du groupe. Et c’est toujours passionnant, de passer de l’autre côté.

Il y aurait tellement de choses à dire. Evidemment, je suis très cliente de ce genre de format. Et pas seulement du côté interview / psychologie / trifouillage des pensées et des agitations intérieures des personnages. Mais ce format en alternance, qui mélange les genres, les temporalités, qui nous fait prendre des directions sans jamais indiquer le chemin, qui nous mène par le bout du nez et qui parvient à nous tenir en haleine grâce à un scénario très bien ficelé, c’est complètement ma came. On voit les fils se nouer et se dénouer sous nos yeux, et entre deux bravos de groupie (c’est un concert, après tout), on enfile notre casquette d’enquêteur. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est participatif, mais c’est le genre de spectacle où l’énergie de la salle joue aussi. Et vu la générosité qu’ils mettent sur scène, ça donne envie d’être tout aussi exigeants de notre côté.

J’étais venue découvrir Thomas Gendronneau metteur en scène. J’ai été servie. Il a sauté à pieds joints dans la cour des grands. La création est partout. Ça fourmille d’idées. C’est brillant. Rien que le concept a quelque chose de génial. Faire la promo d’un album au moyen d’un concert qui se veut d’abord un spectacle, c’est trop d’inception pour mon petit cerveau. Et le plus fou, c’est que de l’idée à la réalisation, rien ne perd en qualité. Tout suit cette excellence. La vidéo, qui parfois rappelle La Règle du jeu de Christiane Jatahy, fonctionne parfaitement bien. La musique fait rapidement hocher les têtes dans la salle. Les scènes d’interview sont réalistes au point de donner froid dans le dos. Les enchaînements d’un univers à l’autre sont complètement fluides. On a l’impression d’être dans une série théâtrale musicale à suspens. Et par-dessus tout ça, ils arrivent même à mettre de l’émotion. C’est fort.

#OFF24 – Je m’appelle Georges

Critique de Je m’appelle Georges, de Gilles Dyrek, vu le 1er juillet 2024 au Théâtre Actuel
Avec Grégori Baquet, Marine Dusehu, Etienne Launay, Mélanie Page, Stéphane Roux, mis en scène par Eric Bu

J’avais d’abord dit que j’allais choisir entre les deux spectacles dans lesquels jouait Grégori Baquet au OFF de cette année. Oui mais voilà, pour être tout à fait honnête, les deux spectacles sont de genres complètement différents et je me serais instinctivement tournée vers celui-ci si ma +1 n’avait pas insisté pour choisir l’autre (qui m’intéresse plutôt pour d’autres raisons, comme le fait qu’e ce spectacle’il soit entièrement porté par Grégori Baquet et fasse partie de ce beau projet qu’il mène au sein du Nouveau Théâtre du Jour à Agen). Bref, au fond, pourquoi choisir ? Allons voir les deux !

Georges vient de se séparer de Christine. Pas de chance, en face de chez lui s’est construit la Villa Christine. De quoi lui rappeler tous les jours sa séparation toute fraîche. Mais ce n’est pas le plus étonnant. Non, ce qui est vraiment étrange, c’est qu’à côté de la villa Christine il découvre la résidence Clarisse ou encore l’immeuble Adriana… qui sont les prénoms de ses exs. Et c’est comme ça dans toute la ville. Sachant que la construction en cours se nomme Émilie, il se demande si ce sera le nom de sa prochaine conquête. Ou si il doit se détacher de cette croyance absurde qui relit l’immobilier de sa ville à sa vie amoureuse.

Alala. Sacré Georges. Pour être tout à fait honnête, sans le tampon Théâtre Actuel et la présence de Grégori Baquet, jamais je ne me serais lancée – cette affiche est quand même terrible. Mais on est toujours un peu plus optimiste que la normale à Avignon. Et heureusement.

C’est un spectacle qu’on aurait du mal à classer. C’est une comédie légère et pleine d’humour. C’est une comédie romantique qui ne se prend pas au sérieux. C’est une comédie à suspense qu’on n’attendait pas. C’est un spectacle de stand up qui multiplie les bons mots. C’est un spectacle riche, léger, frais, pétillant, qui m’a complètement embarquée.

Tout de suite, on est porté par cette atmosphère réjouissante, aérienne, originale. Je crois que les décors y sont pour beaucoup. Ces deux murs blancs sur lesquels se dessinent l’environnement ont quelque chose d’à la fois curieux, élégant et enfantin, et ont provoqué en moi un effet détente immédiat. En réalité, cette fantaisie scénique imprègne tout le spectacle. Tout est surprenant, inattendu, jamais démonstratif. C’est un spectacle qui donne l’impression de se balader dans son propre univers. Qui bondit de bon mot en bon mot. Qui ouvre des portes sur des personnages secondaires – voire tertiaires, voire complètement éphémères en fait – absolument réjouissants.

Et dans toute cette légèreté, c’est même un spectacle qui plante une petite graine. On ne va pas dire que c’est d’une grande profondeur, ça reste un divertissement, mais quand même. On ne se prend pas vraiment au sérieux, mais on ne dit pas non plus de bêtises. Et on en vient à se demander ce que nous aussi, on se retrouve à faire davantage en fonction des croyances que du réel. Et je dois dire qu’un spectacle qui met en scène un voyage pour Venise en train, et plus en avion, ça aurait peut-être suffi à me conquérir. Je devrais peut-être me poser la question, moi aussi, de l’importance du symbolique dans ma vie.

Sélection Avignon OFF 2024

Dimanche 16 juin. Je pars au Festival dans à peine plus de deux semaines. J’ai rarement été autant à la bourre pour sortir ma traditionnelle sélection mais il faut dire que le OFF lui-même ne nous a pas beaucoup aidés en sortant son programme il y a une dizaine de jours. Alors c’est vrai qu’on s’attendait déjà à un Avignon un peu bizarre, un peu amputé de quelques jours à l’approche des JO, un peu bissextile avec des théâtres qui commencent plus tôt, d’autres plus tard, des compagnies qui ne jouent qu’une moitié de Festival compte tenu du contexte économique… ce sera finalement un Avignon encore plus bizarre puisque vient s’ajouter à tout ce barda un événement politique impromptu qui risque de se sentir un peu dans l’air ambiant – on se demande d’ailleurs comment vont se tenir les élections quand certaines écoles et collèges tiennent lieu de théâtre. Et pourtant. Et pourtant je crois que jamais sélection ne m’a fait autant envie. Je trépigne d’impatience. C’est comme avant un rendez-vous galant. Tout est encore possible. Alors rêvons !

Bon, là, clairement, c’est l’affiche qui m’a eue. Cette harmonie de bleus, cette licorne en glace, ce regard qui nous juge, déjà, ça me donne envie d’aller plus loin. Plus loin, c’est le titre, qui m’interroge. Je suis déjà prise à 80%. En gros, si le résumé évite le red flag, je signe. Je lis rapidement, histoire de ne pas trop me spoiler. J’y vois un spectacle sur la singularité. Bingo ! J’ai signé.

Rallumer les lucioles – Théâtre de l’Optimist – 13h40 – Durée 1h10

J’ai été tout de suite attirée par cette affiche ô combien suggestive pour les fan de Pixar ou de Vice-Versa – dont je suis. J’ai évidemment complètement hâte de découvrir le 2 en salle. Et je suis très curieuse de ce que ça peut donner, en seul en scène, sur un plateau de théâtre.

Coeur à coeur – Théâtre des Barriques – 17h35 – Durée 1h05

Franchement, « un artiste qui parle avec humour de sa cohabitation avec sa verge », n’allez pas me faire croire que vous non plus vous ne vous êtes pas arrêté sur ce spectacle. En plus, j’avoue que je m’attendais à une affiche un peu crasseuse et que je suis complètement séduite par la proposition visuelle. Comme quoi !

Elle vous dit tout – Al Andalus – 12h30 – Durée 1h

Bon là je crois que c’est assez évident. C’est pour le titre que je suis là. Enfin pour le titre. Evidemment il est accrocheur mais en fait j’ai vraiment envie d’entendre ce qu’on peut avoir à dire sur cette question et d’écouter débattre sur les questions qu’elle soulève. Nourrir un peu ma réflexion, en fait. J’espère que le titre n’est pas trompeur sinon je serais brave.

Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? – La Factory – 15h40 – 1h05

Je les ai beaucoup croisés l’année dernière dans les rues d’Avignon et il m’ont fait envie avec leur air sympa et leur histoire de coloc en prison. J’ai bien envie de passer un moment avec ces types en orange.

Pauline & Carton8M2 – Episcène – 21h – 1h30

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais il y a beaucoup de choses qui me fascinent dans la vie. Les applications de rencontre en font partie. Peut-être parce qu’elles sont arrivées trop tard pour moi et qu’une partie de moi est un peu frustrée. Alors je fais joujou avec les comptes des amies. Et quand je vois un spectacle sur le sujet, je jette un oeil de loin. Et quand je vois que Charly Fournier en est, je jette un oeil de près.

Fast Romance – Au Palace – 19h20 – 1h15

Je crois que la perspective de retrouver Jina Djemba, que je n’ai pas vue depuis 12 ans sur un plateau, m’aurait convaincue d’aller voir n’importe quel spectacle. Mais Ring n’est pas n’importe quel spectacle. J’ai vu ce spectacle il y a plus de dix ans, avec Audrey Dana et Sami Bouajila. J’en garde un souvenir mitigé. Ma vision du couple a dû évoluer depuis (enfin, j’espère !), ma vision du théâtre aussi. J’aime bien l’idée de confronter ces deux moi. Let’s battle !

Ring – Théâtre Actuel – 10h – 1h20

J’ai vu Jean-Pierre Bouvier, je vous avoue que je ne suis pas allée chercher plus loin. Parce que je suis un peu pro, quand même, je viens de lire le résumé, et vous savez quoi ? En plus, ça me fait envie. Mais Jean-Pierre Bouvier, en fait, je crois que ça me suffisait.

M & Mme Dieu – Théâtre du Chien qui fume – 12h35 – Durée 1h30

Vous savez moi je suis faible et j’aime bien ce genre d’affiche. Je sais pas, j’ai tout de suite envie de monter dans cette voiture, moi aussi. En plus, je n’avais rien de programmé au Roi René cette année, et c’est quand même la tradition.

Ma famille en or – Roi René – 15h25 – 1h25

Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Et j’aime bien certains clins d’oeil que me fait la vie. J’ai d’abord choisi ce spectacle pour son sujet. Parce que la fille de Portugais que je suis connait trop mal La Révolution des oeillets et que ça me pèse depuis longtemps. Quand j’ai vu que la mise en scène était signée de Daguerre, j’ai été tout à fait sûre d’y aller. Et ce n’est qu’à ce moment que j’ai vu le nom de Lionel Cecilio. Lionel Cecilio, il m’avait invitée à son spectacle il y a près de dix ans de ça. Il jouait dans le tout petit Théâtre Pixel à l’époque et j’étais toute fière d’avoir pu échanger avec lui à la sortie du spectacle. Et je suis un peu émue de me dire que je vais le revoir après tout ce temps.

La fleur au fusil – Théâtre des Brunes – 19h35 – Durée 1h15

Cette année, mon quota classique à Avignon se fera avec Marivaux pour mon plus grand bonheur ! Mais vous savez ce qui décuple cette joie ? C’est que cette Double Inconstance est mise en scène par le génial Jean-Paul Tribout, qui sera aussi sur scène. Et qui nous permet de retrouver la merveilleuse Marilyne Fontaine. Que demande le peuple ?

La Double Inconstance – Essaïon Avignon – 11h45 – Durée 1h30 La Factory – 12h35 – Durée 1h20

Quand on est ingénieur en photonique et passionné de théâtre, on n’a pas vraiment le droit de manquer ce spectacle. Et puis autant je peux parler longtemps (enfin disons, un peu) de la dualité onde-particule de la lumière, autant, l’histoire de l’invention de celle-ci, c’est pas vraiment ce qu’on apprend aux ingénieurs (ou alors j’ai loupé ces cours-là, c’est possible). Bref, il n’est jamais trop tard pour compléter sa formation !

Lumière ! – Le Girasole – 15h30 – Durée 1h20

Le chouchou Grégory Baquet est présent dans deux spectacles différents cette année et il a fallu en choisir un. On n’était pas vraiment sur le même choix avec ma +1 car elle manque cruellement de fun mais comme je manque cruellement de culture je me suis dit qu’un petit duel Rousseau/Diderot, là, ça ne pouvait que me faire le plus grand bien.

La raison du plus fou – La Luna – 11h11 – Durée 1h20

Je vais de moins en moins à La Manufacture (pourtant, promis, je ne vote toujours pas à droite) mais je continue de regarder attentivement la programmation. J’ai vu Michel Berger, je me suis dit que c’était sans doute le spectacle qui m’attendait cette année. Et si en plus il est musical, je serai tout à fait comblée.

Il nous restera la musique – Théâtre de la Manufacture – 21h10 – Durée 1h15

J’adore la Fabrik Théâtre. J’ai toujours hâte de retrouver ce chouette lieu à l’atmosphère si accueillante, à l’ambiance détendue, conviviale, presque familiale. J’y découvre chaque année de jeunes compagnies, et cette fois c’est cette adaptation de Dom Juan version rockstar qui a attiré mon attention. Vivement !

Requiem pour un fou – La Fabrik Théâtre – 21h – Durée 1h20

Tradition instaurée depuis Adieu Monsieur Haffmann : on ne rate pas le nouveau Daguerre ! C’est tout !

Du charbon dans les veines – Théâtre du Chien qui fume – 14h50 – Durée 1h30

Parce que c’est une tragédie du XVII pratiquement jamais jouée mais très intéressante qui fait la part belle au théâtre dans le théâtre. Non en vrai je sais pas si vous m’avez cru mais je rigole, perso j’en n’avais jamais entendu parler mais ma +1 tient absolument à saisir l’occasion de découvrir cette pièce et comme il faut pas mourir idiot, je suis !

Le véritable Saint Genest – Théâtre des Corps Saints – 10h30 – Durée 1h20

Ben, vraiment, ce titre. Que dire d’autre ?

Que faire des cons ? – Théâtre Notre Dame – 18h – Durée 1h10

On est sur un beau fil d’Ariane là (ne me remerciez pas pour le jeu de mot, c’est pour moi c’est cadeau). Le nom de Thomas Gendronneau vous dit peut-être quelque chose après ses succès dans No Limit, Songe à la douceur ou plus récemment Le Fléau. Bref, nous, on est assez fan, donc on va évidemment aller le soutenir pour sa deuxième pièce (oui, on avait raté la première, shame on us).

Arianne, un pas avant la chute – La Factory – 20h45 – Durée 1h20

J’ai l’impression de connaître leur nom depuis toujours mais en fait je me rends compte que je ne sais pas vraiment dire ce qu’ils font. Ou plutôt je croyais jusqu’à il y a peu que c’était des acrobates et ma +1 pensait que c’était des chanteurs a capella, si ça se trouve ce sont des dresseurs de chien mais en tout cas il est temps de lever le mystère.

Un air de fête – Les Gémeaux – 10h – Durée 1h15

J’ai envie de vous dire que c’est parce qu’on fait toujours au moins un spectacle musical à Avignon, et c’est vrai, mais la vraie raison c’est que je suis amoureuse de Christophe Malavoy. C’est tout.

Les enchanteurs – Les Gémeaux – 11h45 – Durée 1h20

J’adore Ibsen, hélas trop peu joué dans notre contrée du camembert qui voit surtout se monter Peer Gynt ou Un ennemi du peuple, et bien que je connaisse ce titre de réputation, je n’ai encore jamais eu la chance de le voir joué (et je ne l’ai par ailleurs jamais lu).

Une maison de poupée – Théâtre des Gémeaux – 13h20 – Durée 1h20

J’ai l’impression que c’est la 10e fois que j’écris ça : Régine, je connais de nom, mais je serais bien en mal de vous raconter quoi que ce soit sur elle. En fait, je suis très dans l’approximation comme meuf : je survole plein de trucs mais incapable d’aller dans le fond des choses. Heureusement que le théâtre me permet de me cultiver un peu.

Régine – Théâtre des Gémeaux – 19h05 – 1h20

Alors de un, j’aime beaucoup les scenari politiques. De deux, j’aime beaucoup Jean-Pierre Michaël. De trois, j’ai plutôt confiance en Christophe Lidon. De quatre, on s’est manqué plusieurs fois avec Davy Sardou donc c’est sûrement l’heure de la réconciliation. Et de cinq, je trouvais que j’avais pas encore assez de spectacles programmés aux Gémeaux pour cette année.

L’ami du président – Théâtre des Gémeaux – 17h15 – Durée 1h25

Pas évident de piocher dans la programmation du 11. Tout a l’air passionnant. Alors on choisit nos thèmes favoris. Nos sujets de prédilection. En l’occurrence, pour La ligne solaire, le couple. Et l’occasion peut-être de me réconcilier avec Viripaev.

La ligne solaire – Le 11 – 11h40 – Durée 1h20

Je crois que si j’avais été ministre, c’est à l’Éducation que j’aurais aimé être (c’est le moment où il faut l’annoncer, non ?). Je pense que j’ai bénéficié de toutes les failles de ce système que j’aimerais reconstruire de l’intérieur. Ça me fascine. L’éducation, ou plutôt la place du système éducatif dans nos trajectoires de vie. Et le débat, l’éternel débat sur ce système qui prône l’égalité des chances et continue de favoriser les mieux lotis.

Le mérite – Le 11 – 11h – Durée 1h10

Bon, ok, j’avais annoncé que je sélectionnais mes spectacles au 11 selon mes sujets de prédilection. Je ne sais pas trop ce qu’on peut conclure avec Strip – que je suis curieuse, disons. Curieuse des raisons qui poussent des artistes à se plonger dans ce milieu. Curieuse de ce qu’ils viennent y chercher. Curieuse de ce qu’ils y trouvent.

Strip (au risque d’aimer ça) – Le 11 – 20h40 – Durée 1h30

Je crois que j’aurais pu choisir ce spectacle rien que pour son affiche. Je crois que j’aime bien les affiches qui jouent uniquement sur la couleur. Je crois que j’ai jeté un vague coup d’oeil au résumé de la pièce et que les mots de développement personnel, de sentiment d’échec et de débordement m’ont tout de suite sauté aux yeux. Je crois que ce spectacle va bien me plaire.

Juliette – Les Béliers – 16h05 – Durée 1h15

Ça c’est quelque chose de rigolo. J’étais passée un peu à côté de la hype No Limit parce que je ne suis pas une grande cliente de l’humour absured. Enfin disons que j’avais reconnu la qualité du spectacle mais que je n’avais pas ri à gorge déployée (pas fun, la meuf). Et pourtant, des années après, je dois reconnaître qu’il m’en reste pas mal de choses. Bref, Robin Goubil a écrit une nouvelle pièce, voyons si j’ai gagné en fun depuis quelques années.

The Loop – Les Béliers – 19h10 – Durée 1h15

Le destin a tout fait pour que j’aille voir ce spectacle. Je suis d’abord tombée dessus complètement par hasard sur une billetterie en ligne que je ne consulte normalement jamais. Puis j’ai été tractée lors d’un spectacle des Filles de Simone pour lequel, il me semble, la comédienne assurait l’after show. Et le voilà qui se représente à nouveau sous mes yeux dans la programmation des Béliers. C’est trop et ma curiosité m’en voudrait de passer à côté !

Ma vulve et mon uku – Les Béliers – 20h25 – Durée 1h15

C’est mon côté boomer mais j’adore les spectacles qui abordent le sujet de notre rapport aux réseaux sociaux. Sans doute parce que c’est quelque chose que je trouve fascinant dans le réel. Et en plus c’est signé Ivan Calberac ? Mais je double signe !

Like – Les Béliers – 13h55 – Durée 1h20

C’est d’abord l’affiche qui a attiré mon attention. Puis j’ai jeté un coup d’oeil à la distribution. Lionel Abelanski, Vincent Deniard. Tiens, tiens. J’ai regardé à nouveau l’affiche. Et puis j’ai lu le résumé. Et même si j’ai l’impression de voir venir le sujet à des kilomètres (comme j’espère me tromper !) j’ai très envie de laisser une chance à cette normalité-là.

Normal – La Scala Provence – 14h30 – Durée 1h30

Bon, clairement, team Antigone d’Anouilh, mais on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie et déjà retrouver l’équipe de Kids c’est un bonheur, donc je signe pour Sophocle. Ou pour d’après Sophocle, d’ailleurs, ce qui peut être un peu mieux (ou complètement pire, tout dépend d’eux).

Antigone – La Scala Provence – 19h35 – Durée 1h15

J’adore Marivaux, l’adore L’Épreuve, j’adore La Dispute, et j’ai très envie de voir ce que les comédiens de l’Académie de la Comédie-Française peuvent nous proposer autour de ce sujet.

L’épreuve – La Scala Provence – 13h40 – Durée 1h20

J’aime beaucoup Jean-Paul Farré même si ma dernière expérience m’a un peu refroidie MAIS il revient à ce qu’il sait faire de mieux en prenant les traits de Beethoven. J’y crois !

Beethoven, la malédiction – La Scala Provence – 16h30 – Durée 1h15

Madani. On ira tout voir de Madani. Un point c’est tout.

Entrée des artistes – Théâtre des Halles – 11h – Durée 1h20

Et comme la vie, c’est merveilleux, Issam Rachyq-Ahrad, on l’a découvert chez Madani (ok, ok, ma +1 l’a découvert chez Madani, moi je ne l’ai découvert que bien plus tard en captation.) Et comme on adore ce genre de fil d’Ariane, et que le sujet est passionnant, on voit pas pourquoi on se priverait.

Ma république et moi – Les Halles – 14h – 1h

Allô moman bobo

Critique de Moman pourquoi les méchants sont méchants, de Jean-Claude Grumberg, vu le 22 mai 2024 à la Scala Paris
Avec Clotilde Mollet et Hervé Pierre, mis en scène par Noémie Pierre, Clotilde Mollet et Hervé Pierre

C’est déjà le troisième spectacle dans lequel joue Hervé Pierre depuis son départ de la Comédie-Française, et le deuxième en compagnie de Clotilde Mollet. Le voir dans de tels spectacles nous ferait presque regretter qu’il ne soit pas parti plus tôt. Je ne sais pas trop s’il se fait plaisir, si c’est viable, si ce sont les seuls projets qu’on lui propose depuis sa sortie du Français ou s’il profite de sa notoriété pour tenter des choses. Quelle que soit sa raison, le résultat est le même pour moi : j’en profite au maximum.

On va éviter d’en dire trop sur l’histoire pour ne pas divulgâcher. Et pour ne pas gâcher tout court, d’ailleurs. Le titre se suffit à lui-même. Il y a une mère et son fils, il y a des interrogations d’enfant et des réponses de parent. Il y a une part de délire et une part de réalité. Une part de rêve et une part de raison. Un peu la tête en l’air, un peu les pieds sur terre. Et puis il y a la vie.

Je vais à ce spectacle dans une étrange schizophrénie. Mes précédentes rencontres avec Jean-Claude Grumberg ne sont pas de bons souvenirs de théâtre. Mais je sais ce duo capable de merveilles. Alors j’attends, quelque part entre la résignation et l’impatience.

Il y a deux choses qui coexistent dans ce spectacle. Il y a d’abord l’enfance. Partout. Dans ces personnages, d’abord, qui font exister sur scène des sensations si propres à cet âge de tous les possibles : l’insouciance, évidemment, une certaine naïveté aussi, mais surtout cette impression prégnante que rien d’autre n’existe que l’instant présent. C’est peut-être le point commun ultime entre l’enfance et le théâtre. Alors les deux mêlés ensemble, c’est le combo absolu. J’ai toujours eu un besoin de nécessité au théâtre ; là, elle habite tout le plateau. Il y a un besoin vital d’obtenir une réponse à chacune des questions posées. Tout est concentré sur le moment, sur le sujet de la question, ce qui passe par la tête de l’enfant. Et tout a la même importance. C’est quelque chose que l’on a tendance à perdre un peu, avec l’âge et cette tendance à hiérarchiser et à prioriser qui efface petit à petit la spontanéité qui nous habitait jusqu’alors, et c’est beau de pouvoir la toucher à nouveau du bout du doigt.

Cette enfance existe jusque dans leur jeu. Ce sont deux clowns. Deux grands enfants. Deux complices qui jouent ensemble. Qui jouent tout ce qu’ils ont à jouer, sans jamais rien appuyer, en s’amusant juste avec cette matière qui leur est donnée. Et avec leur talent. Il faut dire qu’ils se sont bien trouvés. Et qu’ils se renvoient des balles toujours plus incroyables. Tous les deux ont des voix de théâtre fascinantes, des voix à accent, des voix qui donnent envie de jouer avec. Avec un texte pareil, le terrain de jeu paraît infini. Pour le public, en tout cas, c’est une sacrée gourmandise. Une friandise de plus qui a le goût de l’enfance.

Mais le goût ultime de la jeunesse, cette sensation que tout est possible, vient souvent avec la conviction absolue que rien ne peut nous arriver. Perdre cette insouciance, c’est déjà devenir adulte. J’aime le théâtre parce que c’est un lieu où je me sens bien. Où je me sens à ma place, et en sécurité. Mais il y a quelque chose de plus, ici, et c’est peut-être d’autant plus fort que ça a lieu dans un endroit où mon état de base est déjà comblé. Ils arrivent à reproduire sur scène ce sentiment unique que seul le cocon familial peut faire naître. Le sentiment de protection absolue face au monde. Car moman est là, et elle est une barrière face à l’extérieur. C’est tendre. C’est drôle.

Mais c’est aussi cruel. Car si moman est une barrière face à l’extérieur, c’est que l’extérieur est sombre, effrayant, sournois. La prouesse de ce spectacle, c’est sans doute d’arriver à faire coexister les deux mondes. L’insouciance, et l’angoisse. On sent la précarité. On sent la guerre. On sent la menace, partout, tout le temps. On sent le mal qui rode et qui cherche à se faire une place dans cette maison. On sent l’ombre qui tente de nous recouvrir. Mais jusqu’au bout, même quand la lumière est au bord de se tarir, c’est sa chaleur qui prendra le dessus. Et c’est très fort.

Moman pourquoi les méchants sont méchants – La Scala Paris
13 boulevard de Strasbourg, 75010 Paris
A partir de 21 €
Réservez sur BAM Ticket !

#OFF23 – Fourmi(s)

Critique de Fourmi(s), de Florian Pâque, vu le 23 juillet 2023 au Théâtre du Train Bleu
Avec Florian Pâque et Nicolas Schmitt, mis en scène par Florian Pâque

J’avais découvert Florian Pâque dans Etienne A. à la Scala l’année dernière. J’avais trouvé le spectacle intéressant, suffisamment pour que son nom m’interpelle dans le programme du OFF mais pas suffisamment pour qu’il trouve sa place immédiatement dans le planning. Et puis en discutant dans une file d’attente des Béliers, on m’a parlé de ce spectacle de manière à la fois élogieuse et légèrement mystérieuse. Bref, on m’a donné envie !

Quand on regarde la ville de tout là-haut, depuis le toit de cette tour immense où Antoine et Jérémy ont pris l’habitude de se poser, les habitants ont l’air de petites fourmis. Ils s’affairent, ils s’agitent, mais dans quel but, exactement ? Antoine ne veut pas être une fourmi. Il veut son indépendance, gagner beaucoup d’argent et partir en Thaïlande où la vie semble idéale. Et cette indépendance, il sait comment l’obtenir. Il va devenir chauffeur VTC pour La Plateforme. Là est son salut.

Je tiens à saluer tout particulièrement ce qui a été pour moi la plus jolie scénographie du festival. La plus jolie, la plus utile, la plus intelligente, la plus efficace. Elle a quelque chose d’envoutant, et même si on a la voit de notre place de spectateurs, on comprend l’effet de rêve sur notre personnage.

Ce spectacle est une fable poétique, politique et sociale, parfaitement équilibrée. Il y a une vraie place pour la fiction, pour le dessin des personnages, pour leurs émotions et leurs rêves. Mais il y a aussi de la place pour un propos, là, en filigrane, cette critique en creux de l’ubérisation de la société et des rêves qu’elle tente de combler. C’est étonnamment construit, parce qu’on sent un étau qui se resserre petit à petit, mais pas par des moyens qu’on connaît. Le rythme n’accélère pas particulièrement. C’est indicible. C’est là, quelque part dans le texte et sur le visage des personnages.

C’est un grand plaisir de retrouver Nicolas Schmitt sur scène. Il apporte quelque chose de particulier à ce personnage. Son Antoine est touchant, désarmé, désarmant. Il a le sourire de ceux qui ne savent pas réellement où est leur place, et le regard fuyant de ceux qui n’osent pas poser leurs yeux sur les choses. Comme un peu gênés d’être là. Le personnage, je ne sais pas, mais le comédien, lui, est vraiment à la bonne place.

#OFF23 – Iphigénie à Splott

Critique d’Iphigénie à Splott, de Gary Owen, vu le 16 juillet 2022 au 11 Avignon
Avec Gwendoline Gauthier accompagnée de Pierre Constant et Julien Lemonnier, mis en scène par Georges Lini

C’est pour ce titre intriguant que j’ai d’abord choisi Iphigénie à Splott. Je ne savais rien du spectacle, mais j’ai plutôt confiance dans la programmation du 11. Et puis Avignon a commencé et j’ai entendu de plus en plus de rumeurs sur ce spectacle. Que c’était LE truc à voir cette année. La pépite. Le coup de coeur. Je me méfie des bruits qui courent un peu trop dans le OFF – je me suis déjà fait avoir – alors je n’ai rien lu et je suis arrivée comme ça, comme quand j’ai choisi ce spectacle, juste curieuse. Et j’ai pris une petite claque.

La comédienne entre en scène. Elle balance une phrase au public. Et ça commence. Et ça ne s’arrêtera pas. Ce personnage a la rage. Elle a quelque chose dans le ventre qui va sortir dans un long monologue dans lequel elle racontera son histoire. Celle d’Effie, une jeune fille de ces quartiers pauvres de Cardiff, où tout n’est que misère. Celle d’une vie où le désespoir semble avoir tout contaminé. Et où soudain, une lumière a pointé le bout de son nez.

On aurait envie de dire que c’est un ring, mais ce n’est pas tout à fait ça. C’est un combat perdu d’avance, un combat injuste, un combat trop lourd à mener. Effie a un genou à terre mais elle continue à donner des coups. Elle donne l’impression que rien ni personne ne l’arrêtera.

On aurait envie de dire que c’est mené tambour battant, mais ce n’est pas tout à fait ça. C’est mené voix battante. Voix guitare basse violon synthé battants. C’est ce rythme effréné qui donne cette impression de flot inarrêtable. Ce déferlement de détresse, on se le prend dans la gueule. Littéralement.

Je dois reconnaître qu’au bout d’un moment, j’ai cherché un endroit où m’échapper. C’est tellement de rage, tellement de violence, tellement de malheur. Elle ne se laisse aucun répit, donc elle ne nous laisse aucun répit. Si elle prend, on prend. On est en apnée devant sa performance. Elle est constamment à la limite du supportable. Elle pose des petits orteils dessus mais ne la franchit jamais. Elle sait tenir son public en haleine, portée par les musiciens et les lumières. Elle sait manier les changements de rythme. Elle fait faire naître l’espoir. Elle sait utiliser cette lumière. Elle sait. Bravo.

#OFF23 – Les Michel’s

Critique des Michel’s, conçu par Sophie Jolis, vu le 21 juillet 2023 à l’Arrache-Coeur
Avec Sophie Jolis, Guillaume Nocture, Michel Goubin, mis en scène par Hélène Darche

Les Michel’s, c’est un spectacle qui m’a fait de l’oeil toute l’année à Paris, mais les contraintes de la vie réelle ont fait que je n’ai jamais réussi à le caser. Oui mais voilà, Avignon ce n’est pas la vie réelle, l’agenda devient presque extensible et à force de tetris on arrive à faire rentrer une grande partie des envies. Et ce spectacle-là était devenu une envie non négociable. Je savais qu’il était pour moi.

L’idée est simple : tout ce qui sera dit sur scène (ou presque) aura été écrit, composé, chanté, par un Michel. C’est une très chouette base, parce que des Michels de génie (et même de moins génie), il y en a un paquet. Il y a tellement de matière en vérité que l’univers des possibles semble infini. Et qu’ils ont même moyen de nous étonner.

Mais quel bonheur ! C’est le genre de spectacle qu’il me fallait, parfait pour relancer mon dernier week-end avignonnais. C’est un spectacle qui donne la pêche, qui ne s’embête pas à se demander si on met en avant davantage les chansons à textes, les chansons légères, les chansons rigolotes, ou les chansons d’amour : elles sont toutes sur le même plan, servies avec le même enthousiasme, la même générosité, la même énergie ! Les trois artistes sont formidables et parviennent à habiller chaque chanson d’une émotion particulière sans jamais forcer le trait.

L’une des grandes réussites de ce spectacle réside sans doute dans les arrangements musicaux. Ils sont vraiment étonnants. Ils diffèrent des accompagnements qu’on connaît ce qui permet d’abord un certain plaisir de spectateur lorsqu’on essaie de reconnaître la chanson qui s’annonce – mais sans déception lorsqu’on ne la connaît pas, parce que découvrir une chanson c’est toujours chouette et qu’on les a TOUTES aimées ! – mais qui laisse surtout aux artistes une grande liberté. En effet, ces arrangements permettent de faire vivre plusieurs chansons simultanément et donc de densifier encore l’offre musicale – pour notre plus grand bonheur. Et même ces chansons qu’on ne chantera pas, on leur fera un petit clin d’oeil avec un petit aparté au piano (avec l’arrangement original cette fois-ci) ou un bon mot. Ils ont pensé à tout le monde, et on aimerait que ça ne s’arrête simplement jamais !

Un spectacle qui donne envie de pousser la chansonnette – il paraît même que vous y aurez droit à la fin ! ♥ ♥ ♥