L’École des femmes, Comédie-Française

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Critique de L’École des femmes, de Molière, vu le 03 décembre 2011 à la Comédie-Française
Avec Yves Gasc, Simon Eine, Thierry Hancisse, Céline Samie, Pierre Louis-Calixte, Gilles David, Julie-Marie Parmentier, et Jérémy Lopez, mise en scène de Jacques Lassalle 

Quel dur regarde porte Arnolphe sur Agnès, cette jeune femme qu’il élève depuis ses 4 ans ! Quelle sévèrité ! Il peut sembler mauvais à premier abord, mais il est juste dominé par l’amour. Car il l’aime, Agnès, et compte bien l’épouser … malheureusement pour lui, il vient d’apprendre qu’elle avait un amant.

Remontons un peu dans le temps. Il l’adopte, et fait d’elle une femme totalement innocente, naïve, heureuse d’un rien, et sotte (« Épouser une sotte, est pour n’être point sot », Adolphe, Acte I scène 1) : c’est pour cela qu’il la garde dans un endroit très reculé. Il pense que là est toute la méthode pour faire un bon mariage. Il se ravit du fait qu’Agnès lui a demandé, un jour, « Si les enfants qu’on fait, se faisaient par l’oreille ». La pièce débute sur son retour de voyage. Il ne va pas tarder à apprendre qu’Agnès a rencontré un jeune homme, Horace, pendant son absence, et qu’elle en est tombée amoureuse. Cela le met dans une fureur épouvantable, et il passera toute la pièce à essayer vainement de se marier avec Agnès, malgré son refus et les nombreux essais d’Horace à revoir sa bien-aimée.

Cette mise en scène a quelque chose de nouveau, dès le commencement : le lieu où est enfermée Agnès est une île, sur laquelle se trouve un petit fort. Ici habitent Agnès, Arnolphe, et ses deux servants, Alain et Georgette. Etrange, mais pourquoi pas ? Cela n’est pas contraire au texte, et on évoque justement au début de la pièce un « Monsieur de l’Isle ». Le décor est digne de la Comédie-Française, et certaines scènes évoquent des tableaux (je cherche les photos).

Thierry Hancisse (Arnolphe) est tout simplement … incroyable, éblouissant. Sa diction, son port, ses gestes, ses mimiques, ses rires, tout est parfait. Le metteur en scène ayant choisi de tirer la pièce vers le drame, quelque chose de plus sombre que ce qu’une comédie de Molière devrait être (j’y reviendrai), on le voit à plusieurs reprises se décomposer, pleurer, devenir fou, s’inquiéter, supplier Agnès. A plusieurs reprises, on a les larmes aux yeux, il est déchirant. Il forme avec Julie-Marie Parmentier un beau duo : en effet, il paraît très grand à côté d’elle, et montre bien ainsi l’autorité qu’il a sur elle. Cette actrice, que je n’appréciais pas particulièrement, se révèle être une excellente Agnès. On observe une réelle évolution entre le premier acte, où elle est sans arrêt joyeuse, puis le troisième où elle est déjà plus renfermée sur elle-même, et enfin le dernier acte, où elle défie clairement Arnolphe du regard, dès que leurs yeux se croisent. Jérémy Lopez, dans le rôle d’Horace, est un très bonne découverte aussi : il est amoureux puis triste et redevient confiant, il est comique sans en faire trop, et a une parfaite diction. Le duo de servants, (Pierre Louis-Calixte et Céline Samie), qui est un plus petit rôle, attire trop souvent l’attention à mon goût. Mais ils restent d’excellents acteurs et nous font tout de même rire par leurs actions, un peu décalées par rapport à la situation.

Bref, pour l’instant, on ne voit que d’excellents acteurs, tout est bien. Mais la mise en scène ne suit pas. Quelque chose risque d’étonner, c’est la durée de la pièce. 3h. 3h, pour un Molière, n’est-ce pas TRÈS étonnant ? Oui, la pièce se traîne, le rythme n’est pas « moliéresque » et le dernier acte est presque ennuyeux. Cela est causé par plusieurs éléments ; tout d’abord le passage de la ville à l’île, qui se fait par une barque (les acteurs montent dessus et se tirent sur une corde) : le manège est assez long et se répète au cours de la pièce. De plus, dans le dernier acte, le metteur en scène désirait vraiment, à mon avis, faire passer le message suivant : finalement, Agnès n’est plus amoureuse d’Horace. Le rythme, lent, montre alors la fin d’un amour. 

Enfin, le comique est trop souvent absent : la pièce devient un véritable drame. Et c’est là qu’on perd une partie du talent de Molière, qui faisait passer des sujets plutôt graves dans des pièces drôles. Là, on est trop souvent triste à mon goût…

Malgré cette lenteur, je conseille tout de même la pièce : rien que pour avoir le plaisir de voir ce très Grand acteur qu’est Thierry Hancisse, déséspéré, s’effondrer sur l’avant-scène, ainsi que constater le talent de Julie-Marie Parmentier …

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