Antigone, Comédie-Française

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Critique d’Antigone d’Anouilh, vu le 6 octobre 2012 au Théâtre du Vieux Colombier
Avec Françoise Gillard, Bruno Raffaelli, Véronique Vella, Nâzim Boudjenah, Stéphane Varupenne, Clotilde de Bayser, Benjamun Jungers, Marion Malenfant, et Laurent Cogez, Carine Goron, Maxime Taffanel, dans une mise en scène de Marc Paquien

Qui ne connaît pas l’histoire d’Antigone ? Cette fille en retrait, différente, que personne ne remarque ? Qui coûte que coûte tentera d’enterrer Polynice, son frère, malgré l’interdiction du roi son oncle. Certains diront qu’elle est folle. D’autres qu’elle ne fait que suivre ses convictions. Que ce soit l’un ou l’autre, l’Antigoned’Anouilh est une pièce remarquable. Servie par le Français, le résultat est immense.

La plus grande réussite de ce spectacle réside peut-être dans le choix des acteurs incarnant Antigone et Créon. En nommant dans ces rôles Françoise Gillard et Bruno Rafaelli, Marc Paquien nous montre son talent de metteur en scène. Tout d’abord, parce que tous deux sont d’excellents acteurs. Elle, aussi brillante dans les scènes romantiques que celles de folie, aussi convaincante en Antigone desespérée qu’en passionnée, elle et ses yeux brillants comme ceux des enfants lorsqu’elle s’emporte seule dans ses idées, elle et sa petite voix de fille qui peut soudain devenir grave et inquiétante. Lui, homme immense et imposant mais qui passe pourtant aisément du dominant au dominé, lui et sa voix grave et si belle, ses « r » roulés », sa douceur ne tardant pas à devenir dureté, lui, ses devoirs et ses envies, son dilemme constant, sa tristesse profonde mais cachée, lui qui parvient à nous transmettre tout cela. Grandiose.

Mais ce choix est d’autant plus intelligent par les contrastes flagrants entre ces deux acteurs : tout d’abord leur carrure ; lui est grand et fort, elle, maigre, frêle, comme si elle pouvait tomber à tous moments. L’un a la voix grave et qui porte très loin sans qu’il la pousse, l’autre une voix plus douce et plus faible. Cela accentue la tension lors de la scène entre ces deux personnages cruciaux. Scène que je vais à présent aborder. Scène d’une parfaite réussite. Scène qui nous cloue sur notre chaise et nous emmène vraiment loin. Scène immense. Pourtant Marc Paquien n’a pas le même avis que moi sur le texte : dans sa version, c’est Créon qui est raisonnable, Antigone qui est folle et hors norme. Cette folie la rend supérieure aux autres, puisqu’elle n’est déjà plus là, plus grand chose ne semble pouvoir l’atteindre. Et si, au début de cette scène, Créon la toise de toute sa hauteur et la plaque sur sa chaise, peu à peu, elle reprend le contrôle et, débout sur cette même chaise, elle peut le regarder droit dans les yeux. Alors les deux sont au même niveau, alors plus aucun n’est en position de force. Sauf que Créon, lasse de tant de disputes, de contradictions, parfois sans doute de vérités blessantes dans la bouche d’Antigone, finira par plier sous le poids de cette dernière. Alors Antigone se révèle plus courageuse que jamais. Elle s’adresse au roi comme si il n’occupait pas cette fonction. Folle, mais brillante. Françoise Gillard est l’Antigone parfaite, alternant moments d’emportement et retour à la réalité. Scène inoubliable. Grandiose.

Mais une pièce ne serait pas aussi brillante si seuls ses deux personnages principaux étaient aussi resplendissants. Tout le monde suit cette excellence. A commencer à Véronique Vella, nourrice attentionnée et complètement envoutée par Antigone. Tellement qu’elle est dans une angoisse folle dès le début de la pièce, angoisse qui par la suite affectera le public. Véronique Vella, des larmes de stress dans les yeux, des gestes si rapides et nombreux qu’ils semblent dus à la nervosité, est par dessus tout attendrissante, de tant d’affection pour Antigone. Nâzim Boudjenah, Hémon touchant par son amour et sa perplexité devant les actions d’Antigone, l’acteur paraît perdre plusieurs années sur scène, et nous fait fondre lors de la confrontation avec son père, lorsqu’il quitte, triste – je devrais dire desespéré -, la scène. Encore une belle réussite de cette pièce : cet attendrissement qu’il provoque en nous est en parfait décalage avec l’atittude désinvolte et presque « je m’en foutiste » des gardes, et particulièrement de celui qu’incarne Stéphane Varupenne. Le ton las, la voix monocorde, les traits sans beaucoup de vie, le visage marqué par le métier, il compose un garde des plus réalistes, qui jure avec la tension présente dans la pièce. Pour lui, rien ne changera. Rien n’a d’importance. J’aimerais également souligner la belle performance de Marion Malenfant, que je découvrais ici. Elle nous apparaît en Ismène torturée par ses pensées, et, peut-être me suis-je emportée, mais il me semble qu’on sent et de la peur et de l’admiration face à l’audace de sa soeur … Une belle prestation. Enfin, pour structurer tout ce spectacle, on assiste à l’excellente performance de Clothilde de Bayser en Choeur. Vive, étonnante, parfois menaçante, et surtout très crédible, elle est épatante et ajoute à la tension déjà présente un je-ne-sais-quoi de réel, d’inquiétant.Grandiose.

Que dire ? Grandiose. ♥ ♥ ♥

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