Soirée indistincte et ombreuse au Poche

AFF-LE-GARCON

Critique du Garçon sort de l’ombre de Régis de Martrin-Donos, vu au théâtre de Poche-Montparnasse le 18 mai
Avec Virginie Pradal, Sylvain Dieuaide, Sophie Lequenne/Chloé Olivères, et Marc Arnaud, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset

Petite salle que celle du Poche, mais qui pourtant accueille plusieurs spectacles. Au bar, peu avant l’entrée dans la salle, on y croise Judith Magre, Régis de Martrin-Donos, ou Jean-Marie Besset. J’aime cette ambiance, et observer les différents groupes qui se forment dans cette petite pièce acueillante. Puis nous entrons dans la salle, à peine quelques minutes avant l’heure de début de la pièce. Nous ne sommes qu’une petite trentaine. Sur scène, pas de décor à proprement parler. A cour, un réverbère, à jardin, une petite estrade faisant tantôt office de lit, tantôt office de tertre. On attend encore un peu, et finalement les lumières s’éteignent. 

Régis de Martrin-Donos a écrit la pièce lorsqu’il avait 20 ans. Est-ce en rapport avec sa propre histoire ? Je ne sais pas. Il met en scène un jeune homme, Jean, à peine majeur, s’apprêtant à passer son bac. Il vit seul avec sa mère, un peu folle et hystérique, alors que son père est parti en mer il y a longtemps. Le jeune homme sort beaucoup, à des heures tardives, espionnant l’entrée d’un cabaret, attendant des heures devant, faisant des rencontres. Peu de personnages donc, et une intrigue somme toute un peu tordue, on ne sait pas forcément où l’auteur veut en venir et c’est dommage.

Si l’histoire semblait bien débuter, rapidement, on lâche prise. Il y a beaucoup de cris, et des dialogues inutiles. On ne comprend pas tout, certains détails se mélangent. L’histoire ne prend pas vraiment, on a du mal à y croire, la vraisemblance n’est bientôt plus de mise. La pièce s’étire un peu en longueur : 1h30 aurait suffit, quelques coupes dans les dialogues auraient allégé ces 2h de spectacle. La mise en scène est légère, presque invisible. Les rares cas où elle est apparente, les « sous-entendus incestueux » par exemple, sont pour moi de trop.

La pièce commençait pourtant bien. Il faut dire que c’est Virginie Pradal qui entre en scène en premier. Une présence, une voix, un maintien et une personnalité, Virginie Pradal possède tous les atouts d’une grande actrice. Que fait-elle alors dans pareil spectacle ? Lorsque Virginie Pradal n’est pas sur scène, on l’attend. Lorsqu’elle y est, il n’y a pas à dire, elle est formidable. Malgré un texte parfois faible, elle parvient à maintenir notre attention et on lui doit les rares rires de la salle. On préfère néanmoins voir l’actrice dans des rôles plus intéressants, où elle peut encore mieux dévoiler son talent.

Les autres acteurs sont bons aussi. Sylvain Dieuaide, incarnant le personnage principal, est convaincant sans non plus briller : peut-être toujours un peu sur le même ton ? Malgré tout, il me semble qu’il est présent dans toutes les scènes de la pièce, ce qui n’est pas évident. De plus, il paraît réellement un adolescent de 18 ans, et c’est avec surprise que j’ai appris qu’il en avait plus de 30. Sophie Lequenne incarne une prostituée avec une certaine élégance, une fille de joie plutôt classe, finalement. Même si j’aurais aimé voir Chloé Olivères, que j’aime beaucoup, j’ai été heureuse de découvrir cette actrice piquante, au corps musclé et au regard ravageur. Marc Arnaud, enfin, endosse avec aisance le rôle d’un jeune homme libre, parlant de la zone du cabaret comme de « son territoire » et là pour mettre Jean dans l’embarras. Il est plutôt impressionnant et inspire à la foi curiosité et crainte. Non, décidément, je n’ai pas grand chose à reprocher aux acteurs.

Je suis partagée. Ce n’est ni tout noir ni tout blanc, mais on attendait mieux. D’après moi, Jean-Marie Besset devrait plutôt monter ses propres textes. 

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