Saint-Ex ne décolle pas

Critique de Saint-Ex à New-York, de Jean-Claude Idée, vu le 4 juin 2021 au Petit Montparnasse
Avec Gaël Giraudeau, Adrien Melin, Alexandra Anseidei et Roxanne Bennett, mis en scène par Jean-Claude Idée

J’avoue que ce n’est pas vraiment comme ça que j’envisageais mon retour au théâtre. J’ai eu le plaisir de baigner au milieu des conversations des spectateurs, avant. La chair de poule pendant l’annonce portable. L’émotion qui m’envahit quand le noir se fait dans la salle. Et puis… plus grand chose, en vérité.

Vous l’aurez compris, la pièce se concentre autour de la période de la vie de Antoine de Saint-Exupéry lorsque celui-ci part vivre à New-York, c’est-à-dire à partir de 1940 et jusqu’à son retour en mission en 1944. C’est durant ces années qu’il écrira son chef-d’oeuvre Le Petit Prince, mais ce n’est pas seulement autour ce travail d’écriture que se concentre l’action. On nous donne aussi à voir sa relation houleuse avec sa femme, Consuelo, ses débats d’idées avec Denis de Rougemont, ou encore son avis pessimiste sur l’avenir du monde. Rien que ça !

Le pire dans cette histoire, c’est qu’en rentrant chez moi – il faut m’imaginer avec de la fumée qui sort des oreilles, pestant contre cette programmation inexplicable à mes yeux – je me décide à relire ce que j’avais écrit sur la seule pièce de Jean-Claude Idée que j’ai vue, à l’époque déjà mise en scène par lui, et à l’époque déjà avec Adrien Melin – et à l’époque c’était déjà la raison de ma présence dans la salle. C’était il y a 7 ans. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, mais les mots que je lis, je pourrai les réécrire ce soir. Mais lisez plutôt…

« On a trop l’impression d’être devant un cours, obligés d’apprendre, d’écouter sans être assez passionnés pour être dedans ». Le style n’a pas changé : les personnages historiques représentés sur scène ne semblent là que pour dérouler leur biographie. Mais l’objet est si peu théâtral, si mal construit, si lourdement écrit, que tout espoir pédagogique s’envole : les scènes sont parfaitement interchangeables, la trame dramatique est inexistante, les débats d’idée tombent en plein milieu de certaines scènes comme des cheveux sur la soupe, et finalement on ne sait pas ce qui est véridique et ce qui a été extrapolé par l’auteur.

© Fabienne Rappeneau

« Heureusement, autour d’elle, deux talents sont là. » Ce n’est pas évident pour des comédiens de jouer des rôles ayant si peu à donner, écrits sur une simple note. Alors, franchement, respect. C’était pour Adrien Melin que j’étais venue, Adrien Melin ne m’a pas déçue. Toujours parfait, d’une précision millimétrique, interprétant Denis de Rougemont comme si c’était le rôle de sa vie, il continue de me fasciner. Il parvient à donner un tel relief à son personnage qu’il piquerait presque la vedette à Saint-Exupery, interprété par Gaël Giraudeau, et qui reste plus en surface. Alexandra Ansidei tire également son épingle du jeu en poussant sa Consuelo à l’extrême, véritable tempête sur scène, sans tomber dans la caricature.

« Notons tout de même de très jolis costumes et une mise en scène tout de même relativement réussie ». Mince, la situation se dégrade. Si les costumes sont effectivement toujours fort beaux, niveau mise en scène il faudra repasser. Elle consiste en tout et pour tout au déplacement de chaises entre les tableaux, et à des séquences qui défilent sur l’écran vidéo en fond de scène. Et quand je parle de séquences vidéo, en fait il s’agit juste d’imager ce que les personnages sont en train de raconter : les photos de famille de Saint-Ex quand Saint-Ex évoque sa famille, des photos d’avions quand il évoque des avions… Profondeur, quand tu nous tiens.

Ce qui est le plus frustrant, c’est que j’aime apprendre grâce au théâtre. Découvrir des auteurs que je connaissais mal, comprendre ce qu’a pu être leur vie, leur quotidien, leur combat. J’aurais beaucoup aimé en deviner davantage sur celui qui a écrit Le Petit Prince, oeuvre absolument fondamentale pour moi. Et je sais que c’est faisable sans être trop didactique, sans tomber dans une pédagogie pleine de lourdeurs, sans donner l’impression de réciter des pages Wikipedia. Il suffit de repenser au merveilleux Ivo Livi qui nous plongeait au coeur de la vie d’Yves Montand tout en restant un merveilleux objet théâtral.

Je vais quand même essayer de terminer sur une note positive. Avant toute chose, j’étais heureuse d’être là. C’est vrai que je me suis un peu ennuyée, mais le bonheur d’être dans une salle de théâtre était bien présent. C’est une sensation à nulle autre pareille. Et puis en toute franchise, pour moi qui ne connaissais que Le Petit Prince, ça a malgré tout éveillé ma curiosité. Ça m’a rappelé qu’il n’était pas que l’auteur de ce livre, et ça m’a donné envie de découvrir d’autres de ses oeuvres. C’est toujours ça !

Je prendrai le prochain vol du Petit Montparnasse… En espérant qu’il soit plus à ma convenance !

© Fabienne Rappeneau

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