#OFF21 – La Grande Musique

Critique de La Grande Musique, de Stéphane Guérin, vu le 16 juillet au Théâtre Buffon
Avec Hélène Degy, Raphaëline Goupilleau, Pierre Hélie, Brice Hillairet, Etienne Launay et Bernard Malaka, dans une mise en scène de Salomé Villiers

Ha, cette Grande Musique, toute une histoire ! J’aurais tout d’abord dû la voir au Phenix Festival à Paris (festival dédié à la création), puis en parcourant rapidement le résumé j’ai été déçue de constater qu’il ne s’agissait pas d’un spectacle musical donc j’ai finalement reporté mon choix sur le Badine proposé aussi par Salomé Villiers au Mois Molière cette fois-ci, mais j’ai été un peu déçue donc je me suis dit que finalement je n’irai peut-être pas voir la Grande Musique. Puis elle m’a été chaudement recommandée par Apartés Théâtre et je me suis rendue compte que la merveilleuse Raphaëline Goupilleau jouait dedans donc j’ai changé d’avis et j’ai pris mes places pour ce spectacle après moultes rebondissements !

C’est une histoire de famille sur plusieurs générations. Marcel Vasseur nous apparaît sous forme de fantôme, dans son costume élimé, et l’on comprend qu’il vient d’ailleurs. En fait, il vient d’un autre temps, pour essayer de sortir son nom de l’oubli, lui qui fait partie de ces morts non identifiés des camps de concentration. Le spectacle traite de psychogénéalogie, c’est-à-dire comment des secrets de famille enfouis rejaillissent, des générations après, et peuvent influer sur le corps des descendants à qui il ne reste que, comme seule solution pour vivre, de découvrir la vérité.

Ça manquait un peu dans mon festival, les vraies histoires. L’histoire pure, pas teintée d’un message social ou politique, l’histoire qui nous transporte, l’histoire qui touche à l’enfant qui est en nous. L’histoire, qui est d’abord ce qui m’a attirée au théâtre. J’adore les histoires. Et je me rends compte, avec mon expérience de spectatrice, que ce n’est pas si facile d’écrire de bonnes histoires. N’est pas Alexis Michalik qui veut.

Pourtant, le sujet était sympa – à part le point de départ de l’histoire, que je trouve très contestable (attention spoiler) : l’un des personnages apprend que sa mère était une prostituée dans un camp de concentration, elle en a honte et finira par se suicider, geste que j’ai trouvé étrange : c’est avant tout une femme qui s’est battue pour vivre et cela devrait surtout intimer le respect… Mais ce détail mis à part, l’histoire de famille avec un secret caché, ça pouvait vraiment fonctionner. Sur la psychogénéalogie, je suis plus réservée : même si je suis contente d’avoir découvert ce que c’était, je pense qu’elle laisse plus facilement le mélo s’installer. Or ici il aurait fallu supprimer les éléments « à effets » qui n’ont pas d’influence directe sur l’avancée de l’action. Car le problème de ce spectacle vient de son texte, qui n’est pas très bien dosé : la punchline est toujours placée au bon endroit – et on remercie Raphaëline Goupilleau de les lancer si bien – mais la punchline ne fait pas avancer l’action, et le reste de l’écriture est trop lente pour vraiment nous captiver.

C’est comme si l’auteur ne faisait pas assez confiance aux spectateurs. On résout trop vite le secret de famille, bien avant les personnages, ils prennent leur temps alors que tout est déjà limpide de notre côté et ce décalage provoque l’ennui. Il aurait fallu resserrer le texte, peut-être ajouter quelques ellipses. C’est vraiment dommage car les comédiens forment un bel ensemble et on a malgré tout du plaisir à les voir. J’espère que je pourrai les retrouver dans un spectacle qui me convaincra davantage.

Le texte restera le gros bémol de cette grande musique.

Photos Cédric Vasnier © Prismo Production

#OFF21 – Pan

Critique de Pan, d’après James Matthew Barrie, adapté par Irina Brook, vu le 14 juillet au Théâtre La Luna

Avec Marine Barbarit, Lola Blanchard, Maud Bonheur, Simon Cohen, Margaux Dupré, Margaux Francioli, Akrem Hamdi, Aymeric Haumont, Nicolas Ladjici, Charles Mathorez, Léa Philippe, Thomas Rio, Rony Wolff, dans une mise en scène du Collectif la Cabale

Quand Claire Bonnot, du blog Apartés Théâtre, m’a conseillé ce spectacle, j’avoue que je n’ai pas hésité longtemps. D’abord – et j’avoue que je ne sais pas bien pourquoi – parce que sans avoir jamais lu le Pan de James Matthew Barrie, c’est un texte que j’affectionne et je m’intéresse toujours aux créations qui lui sont rattachées. Ensuite, car je garde un excellent souvenir du Peer Gynt d’Irina Brook vu il y a quelques années aux Bouffes du Nord. Enfin, je dois dire qu’un peu de féérie n’est jamais de trop dans mes programmations du Off souvent lugubres.

Peter Pan, vous connaissez sans doute, c’est le chef des garçons perdus, ces enfants sans parents qui refusent de grandir et s’amusent entre eux, se moquent des pirates et du Capitaine Crochet. Peter Pan quitte parfois le Pays Imaginaire pour écouter les histoires que les mamans racontent à leurs enfants, et notamment celle que Mme Darling raconte à sa fille Wendy. Ce soir-là, les Darling sont sortis, Peter Pan parle à Wendy pour la première fois, et il la persuade de le suivre au Pays Imaginaire pour qu’elle devienne leur maman à tous.

Il y a d’abord la première scène, qui a quelque chose de magique. Toute la féérie que j’attendais est là. Quand Peter Pan (Nicolas Ladjici, comédien à suivre) arrive sur scène, j’ai l’impression de l’avoir toujours imaginé ainsi. Il est jeune et agile, la pesanteur ne semble pas avoir d’effet sur lui, on croirait presque à sa poudre de fée. La représentation de la fée Clochette sur scène est à la fois simple et géniale, je suis complètement sous le charme, et quand Peter invite Wendy et son frère à les suivre, j’ai envie de me lever, moi aussi, et de les accompagner au Pays Imaginaire.

Quand on découvre pour la première fois le Pays imaginaire, c’est à nouveau l’émerveillement. Les décors et les costumes, pourtant sans prétention, sont inventifs et soignés, mais ils ont surtout ce qu’il faut de créativité pour inviter au voyage en laissant l’imagination faire le reste. Ils créent aussitôt cette atmosphère particulière au milieu de laquelle évoluent les enfants perdus. Je suis sur un petit nuage de féérie et je me laisse porter.

Mais il y a quelques petites notes qui me font parfois retomber un peu de mon nuage. D’abord les apartés humoristiques et les jeux de mots du Capitaine Crochet, qui sont un peu lourds, mais c’est le personnage qui le veut. Puis le spectacle change un peu de registre. On n’est plus totalement dans la féérie, plutôt dans une grande colonie de vacances où l’on partage des références populaires communes : Michael Jackson, Cyrano, les Black Eyed Peas, la Casa de Papel. Les comédiens prennent un plaisir fou, ça se sent, c’est partagé avec les spectateurs qui chantent avec eux et je chante aussi mais cela me fait retourner dans la réalité, dans ma réalité, alors que j’étais venue pour rêver. C’est parfois un peu facile, néanmoins, rien à dire, ça prend.

Je comprends l’intention qui fait de ce Peter Pan un spectacle accessible à tous, enfants comme adultes. Moi qui voulais de la féérie, je commence par bouder un peu, par principe, mais les rires des enfants me portent et me dérident. Eux, ils s’en fichent du mélange des genres. Ils sont venus sans a priori, ils sont emportés, alors je me laisse aller aussi. Et j’ai quand même ma dose de féérie et de rêve : scéniquement, je n’ai rien à redire, le personnage de Clochette est une perfection absolue, les combats à l’épée sont très réussis. La dernière scène, à l’image de la première, nous emmène ailleurs, comme la douce fin d’un songe ou le commencement d’un nouveau. Et puis, franchement, treize comédiens au plateau, à Avignon, ça tient du rêve aussi.

A la fin du spectacle, les enfants courent sur scène pour faire des câlins aux comédiens. Comme image, il n’y a peut-être rien de plus beau. Bravo !  ♥ ♥

Peut être une image de une personne ou plus, personnes assises et intérieur

Saint-Ex ne décolle pas

Critique de Saint-Ex à New-York, de Jean-Claude Idée, vu le 4 juin 2021 au Petit Montparnasse
Avec Gaël Giraudeau, Adrien Melin, Alexandra Anseidei et Roxanne Bennett, mis en scène par Jean-Claude Idée

J’avoue que ce n’est pas vraiment comme ça que j’envisageais mon retour au théâtre. J’ai eu le plaisir de baigner au milieu des conversations des spectateurs, avant. La chair de poule pendant l’annonce portable. L’émotion qui m’envahit quand le noir se fait dans la salle. Et puis… plus grand chose, en vérité.

Vous l’aurez compris, la pièce se concentre autour de la période de la vie de Antoine de Saint-Exupéry lorsque celui-ci part vivre à New-York, c’est-à-dire à partir de 1940 et jusqu’à son retour en mission en 1944. C’est durant ces années qu’il écrira son chef-d’oeuvre Le Petit Prince, mais ce n’est pas seulement autour ce travail d’écriture que se concentre l’action. On nous donne aussi à voir sa relation houleuse avec sa femme, Consuelo, ses débats d’idées avec Denis de Rougemont, ou encore son avis pessimiste sur l’avenir du monde. Rien que ça !

Le pire dans cette histoire, c’est qu’en rentrant chez moi – il faut m’imaginer avec de la fumée qui sort des oreilles, pestant contre cette programmation inexplicable à mes yeux – je me décide à relire ce que j’avais écrit sur la seule pièce de Jean-Claude Idée que j’ai vue, à l’époque déjà mise en scène par lui, et à l’époque déjà avec Adrien Melin – et à l’époque c’était déjà la raison de ma présence dans la salle. C’était il y a 7 ans. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, mais les mots que je lis, je pourrai les réécrire ce soir. Mais lisez plutôt…

« On a trop l’impression d’être devant un cours, obligés d’apprendre, d’écouter sans être assez passionnés pour être dedans ». Le style n’a pas changé : les personnages historiques représentés sur scène ne semblent là que pour dérouler leur biographie. Mais l’objet est si peu théâtral, si mal construit, si lourdement écrit, que tout espoir pédagogique s’envole : les scènes sont parfaitement interchangeables, la trame dramatique est inexistante, les débats d’idée tombent en plein milieu de certaines scènes comme des cheveux sur la soupe, et finalement on ne sait pas ce qui est véridique et ce qui a été extrapolé par l’auteur.

© Fabienne Rappeneau

« Heureusement, autour d’elle, deux talents sont là. » Ce n’est pas évident pour des comédiens de jouer des rôles ayant si peu à donner, écrits sur une simple note. Alors, franchement, respect. C’était pour Adrien Melin que j’étais venue, Adrien Melin ne m’a pas déçue. Toujours parfait, d’une précision millimétrique, interprétant Denis de Rougemont comme si c’était le rôle de sa vie, il continue de me fasciner. Il parvient à donner un tel relief à son personnage qu’il piquerait presque la vedette à Saint-Exupery, interprété par Gaël Giraudeau, et qui reste plus en surface. Alexandra Ansidei tire également son épingle du jeu en poussant sa Consuelo à l’extrême, véritable tempête sur scène, sans tomber dans la caricature.

« Notons tout de même de très jolis costumes et une mise en scène tout de même relativement réussie ». Mince, la situation se dégrade. Si les costumes sont effectivement toujours fort beaux, niveau mise en scène il faudra repasser. Elle consiste en tout et pour tout au déplacement de chaises entre les tableaux, et à des séquences qui défilent sur l’écran vidéo en fond de scène. Et quand je parle de séquences vidéo, en fait il s’agit juste d’imager ce que les personnages sont en train de raconter : les photos de famille de Saint-Ex quand Saint-Ex évoque sa famille, des photos d’avions quand il évoque des avions… Profondeur, quand tu nous tiens.

Ce qui est le plus frustrant, c’est que j’aime apprendre grâce au théâtre. Découvrir des auteurs que je connaissais mal, comprendre ce qu’a pu être leur vie, leur quotidien, leur combat. J’aurais beaucoup aimé en deviner davantage sur celui qui a écrit Le Petit Prince, oeuvre absolument fondamentale pour moi. Et je sais que c’est faisable sans être trop didactique, sans tomber dans une pédagogie pleine de lourdeurs, sans donner l’impression de réciter des pages Wikipedia. Il suffit de repenser au merveilleux Ivo Livi qui nous plongeait au coeur de la vie d’Yves Montand tout en restant un merveilleux objet théâtral.

Je vais quand même essayer de terminer sur une note positive. Avant toute chose, j’étais heureuse d’être là. C’est vrai que je me suis un peu ennuyée, mais le bonheur d’être dans une salle de théâtre était bien présent. C’est une sensation à nulle autre pareille. Et puis en toute franchise, pour moi qui ne connaissais que Le Petit Prince, ça a malgré tout éveillé ma curiosité. Ça m’a rappelé qu’il n’était pas que l’auteur de ce livre, et ça m’a donné envie de découvrir d’autres de ses oeuvres. C’est toujours ça !

Je prendrai le prochain vol du Petit Montparnasse… En espérant qu’il soit plus à ma convenance !

© Fabienne Rappeneau

Une Fable anglo-normande au Poche

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Critique des Deux frères et les lions, de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, vus le 18 novembre 2017 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon/Romain Berger, dans une mise en scène de Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

C’était la surprise de cette rentrée théâtrale – oui on est en novembre mais le spectacle est un tel succès qu’il a commencé le 1er septembre et se termine le 31 décembre, me laissant donc le temps de rattraper mon retard. Alors que le Poche proposait deux spectacles aux affiches plutôt aguicheuses – Au But et Amphitryon – son dernier spectacle, moins attendu, n’est pas resté de côté, bien au contraire ! Convaincue par la critique de Radio Mortimer et par le bouche à oreilles général autour du spectacle, j’ai décidé de me laisser tenter, moi aussi.

Les comédiens soignent l’atmosphère de ce spectacle en démarrant le spectacle dès leur entrée dans le théâtre : on se sent déjà pris dans leur tourbillon, alors qu’ils chantent avec ferveur un air de l’opéra King Arthur d’Henry Purcell pendant que les spectateurs s’installent, tout en leur proposant scones, cup of tea and whisky of course. Lorsque nous sommes tous placés dans les meilleures conditions possibles, les deux frères commencent leur histoire : comment eux, jeunes écossais d’un petit quartier d’Angleterre, ont peu à peu gravi les échelons jusqu’à devenir l’une des plus importantes fortunes de Grande-Bretagne, surfant sur la vague du capitalisme.

C’est une histoire étonnante et un spectacle très original ; d’abord, cette entrée en matière participative et plutôt rare, puis le mode de jeu des deux comédiens : pour mieux souligner leur gémellité, ils parlent souvent de concert, et ce sans aucune difficulté de compréhension pour nous. Ils jouent beaucoup avec le public, de l’entrée en salle jusqu’à la fin du spectacle, et semblent prendre beaucoup de plaisir à faire des allers-retours dans la salle. Je dois dire que, sans leur énergie communicative, sans cet entrain qu’ils mettent pour défendre ce texte, je ne sais pas si le spectacle m’aurait tant plu, car je n’ai pas trouvé un intérêt saisissant dans cette histoire. Certes, l’évolution des personnages est intéressante et ils nous mettent parfois dans une situation délicate, mais ce sont surtout des effets de forme du texte plus que du fond : s’il est plutôt très bien écrit, le fond ne m’a happée.

Un bon moment. ♥ 

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Un air engageant

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Critique d’Un air de famille, de Jaoui-Bacri, vu le 15 février au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Catherine Hiegel, Léa Drucker, Grégory Gadebois, Laurent Capelutto, Nina Meurisse, et Jean-Baptiste Marcenac, dans une mise en scène de Agnès Jaoui

Ah ! Ce cher théâtre de la Porte Saint-Martin. C’est un peu comme la Comédie-Française, pour moi : j’ai beau y voir des choses qui me font m’insurger au plus haut point, je reviens presque toujours à la création suivante. Là, comme je suis un mouton et que l’affiche est très belle – Catherine Hiegel et Grégory Gadebois me manquaient ! – j’ai pris des places – à reculons parce que quand même je gardais un très mauvais souvenir de la précédente collaboration Hiegel-Jaoui. Mais comme je suis quelqu’un de bonne foi et pas rancunière pour un sous, je vous dis sans problème que j’ai passé une très bonne soirée !

Je n’ai pas vu le film – contrairement à toute la salle qui riait avant la plupart des répliques. J’ai vu la bande-annonce – qui m’a fait un peu peur, j’avoue – mais ce n’est pas un spectacle à bande-annonce. Il y en a des comme ça : on ne peut pas en prendre des bouts sans tout gâcher. C’est un tout, ce spectacle : il aborde l’histoire d’une famille qui se retrouve comme tous les vendredi au bar d’Henri pour aller au restaurant. Ce soir-là, un événement particulier s’ajoute à l’habituelle soirée : c’est l’anniversaire de Yolande, la femme de Philippe, le frère d’Henri. Philippe, c’est un peu le fils modèle, celui qui a réussi ; d’ailleurs, on célèbre aussi son passage sur la chaîne régionale dans l’après-midi – bien que tout le monde se demande si il n’a pas un peu bafouillé. Au moment de partir au restaurant, Arlette, la femme d’Henri, se fait attendre. D’histoires de familles en règlements de compte, voilà un spectacle dans lequel tout le monde se retrouve un peu.

Il faut être beau jour, et je vais même reconnaître qu’au début de la pièce je boudais un peu. J’avais un mauvais a priori, je dois le reconnaître. Ce n’est pas la première scène qui m’a tout de suite emballé : on pose le cadre, c’est un peu formel. Mais une fois que Gadebois entre en scène, on est pris dans l’histoire. Il faut dire que cet acteurs a une présence qu’on ne décrit plus et il arrive à faire passer à travers ce texte, somme toute assez banale et quotidien, des émotions très fortes et parfois inattendues. Je pense – mais encore une fois je n’ai pas vu le film – qu’il ajoute une dimension supplémentaire au rôle que tenait Bacri à sa création : on connaît le côté râleur de ce dernier, mais Gadebois a une sensibilité et une mélancolie supplémentaires très touchantes. Et un côté bougon très comique aussi, évidemment !

Catherine Hiegel incarne une mère de famille dure, injuste, frondeuse, presque méchante par instants : on la connaît dans ces rôles où sa voix, son sens du rythme, et ses expressions forment un mélange parfait. Je regrette un peu que Léa Drucker n’ait pas eu plus à jouer car sa composition est – comme d’habitude – d’une finesse et d’une authenticité impeccables. J’ai découvert en Jean-Baptiste Marcenac un Philippe à la limite du prétentieux, avec ce regard de rapace sans émotion caractéristique de ces gens que seule l’ambition fait avancer. Laurent Capelutto incarne quant à lui un Denis, garçon de bar, nonchalant mais touchant et très humain. La seule faiblesse de la troupe serait Nina Meurisse, dont je vais justifier le manque de nuance par sa jeunesse qui se ressent dans sa nature explosive sur scène, mais qui peine un peu dans l’évolution.

Somme toute, on passe une très bonne soirée au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Certes, la mise en scène est très simple, voire sobre, et laisse les acteurs s’exprimer naturellement sur le plateau, mais la pièce ne demande pas beaucoup plus que ça. Je l’ai trouvée bien construite bien que peut-être un peu lente au démarrage, et surtout portée à son plus haut grâce aux acteurs réunis sur le plateau !

Un chouette moment. ♥ ♥ 

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A coeur ouvert

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Critique de Réparer les vivants, d’après Maylis de Kerangal, vu le 23 septembre 2016 au Théâtre du Rond-Point
Avec Emmanuel Noblet, dans une mise en scène de Emmanuel Noblet et Benjamin Guillard

Il est de ces spectacles qui ressortent du lot lors du Festival d’Avignon. C’est le cas de Réparer les vivants, coup de coeur du OFF 2015, et l’un de mes gros regrets. J’en ai tellement entendu parler qu’il n’était pas pensable de ne pas me rendre au Théâtre du Rond-Point, maintenant que le spectacle y a établi résidence.

Histoire étrange s’il en est au théâtre, ou du moins tellement inhabituelle. Elle raconte la mort de Simon Limbre, un adolescent de 20 ans victime d’un accident de voiture après une séance de surf lors de laquelle il nous semblait si jeune, si vivant. Le jeune homme est en mort cérébrale lorsqu’il arrive à l’hôpital : son cerveau ne présente plus d’activité mais son coeur bat et il respire grâce aux machines. Néanmoins, selon les définitions révolutionnaires de 1959, son cerveau ayant cessé de fonctionner, il est bel et bien mort.

Je ne sais pas ce qu’il se passe durant ce spectacle, mais on est pris dans cette histoire dès le prologue, lorsque cette voix de femme raconte le repos de Simon Limbre, ce repos calme durant lequel son coeur bat régulièrement, un coeur qui aurait encore tant à vivre. Et c’est notre coeur qu’on sent plus que jamais présent dans nos poitrines, la conscience de la vie si présente, la conscience de la mort, que l’on essaie d’oublier à chaque instant et qui est pourtant potentiellement si proche…

Je n’avais pas lu d’interview d’Emmanuel Noblet avant de voir le spectacle, et je suis pourtant sorti en me disant : ce texte doit être lu ou monté par cet acteur. Comme une nécessité. Je suis intimement persuadée que monté par un autre comédien, il n’aurait pas le même rendu. La nécessité se lit dans son regard, la passion se devine à travers ses mouvements, l’attachement au texte se ressent dans son ton. Il compose tous les personnages un à un avec une impressionnante facilité : de Simon au vieux chirurgien respecté, en passant par les parents de l’adolescent, sa copine, le chirurgien en charge du prélèvement de l’organe, ou le médecin chargé du dialogue avec les parents, tous les sentiments passent et traversent lentement nos organes, gelant parfois nos muscles, accélérant nos battements de coeur.

Je comprends qu’un thème tel que le don d’organe peut repousser en premier lieu. Néanmoins, Emmanuel Noblet sublime ce texte qui pourrait paraître probablement plus terne sans lui. Vite, on voit plus loin qu’un simple prône du don d’organe. J’ai étrangement pris conscience, lors de cette soirée, d’une des raisons pour lesquelles le théâtre m’étais si indispensable : certes, cela permet de s’échapper, de s’évader, mais plus loin encore, cela permet de vivre d’autres vies que la sienne. Sur la scène de Réparer les vivants, le coeur bat. Ce n’est plus ma vie qui compte, mais bien la vie qui se déroule sous mes yeux, en accéléré. Le théâtre de la vie.

Pas besoin d’être greffé pour être choqué au coeur : par ce don de soi total, Emmanuel Noblet signe un grand spectacle. Bravo. ♥ ♥ 

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Tyrannicus

Britannicus

Critique de Britannicus, de Racine, vu le 27 mai 2016 à la Comédie-Française
Avec Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet, Benjamin Lavernhe, et Dominique Blanc, dans une mise en scène de Stéphane Brauschweig

Enfin ! Enfin, la Comédie-Française remonte un Racine ! Le dernier vu en date, Bérénice, monté par Muriel Mayette, ne m’a laissé qu’un vague souvenir. Ici, Eric Ruf a fait appel à son rival Braunschweig pour la mise en scène, contre lequel il avait disputé la place d’Administrateur de la Comédie-Française. D’abord réticente à sa transposition dans ces hauts lieux de pouvoir, avec des acteurs en costumes cravate – Comment ? Ne pas monter Racine en toges ? – j’ai finalement laissé sa chance au spectacle. Brillante résolution.

Si Britannicus prend pour titre celui d’un personnage de la pièce, il n’est pas toujours au premier plan. Certes, Britannicus aime Junie et est aimé d’elle. Bien sûr, son demi-frère Néron va l’enlever car il s’éprend d’elle à son tour. Mais tout cela n’est qu’une excuse pour appuyer l’intrigue : c’est d’abord une histoire de pouvoir, de passage de pouvoir, de désir de pouvoir, de trahisons pour le pouvoir… C’est une véritable pièce politique. Si une intrigue amoureuse est présente, elle n’est pas l’essentiel : on ne voit que Néron, empereur romain, tendre lentement vers une folie sûre, et rejeter peu à peu toute sa famille : son frère, Britannicus, et sa mère, Agrippine. Ce goût du pouvoir qu’il acquiert pendant la pièce, nulle doute qu’il le tient d’elle : redoutable, immorale, sans scrupule, elle écarte de son passage tout ce qui ne va pas dans son sens.

C’est dans le rôle d’Agrippine que Dominique Blanc fait son entrée comme pensionnaire à la Comédie-Française. Entrée très attendue… et très réussie. Elle est sur la scène de la Salle Richelieu comme une reine : imposante, belliqueuse, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais tout ne glisse pas sur elle sans l’atteindre, et l’on sent que malgré tout, ce pouvoir qui l’échappe ne la laisse pas indifférente et la rage de le conserver fait parfois place à la peur de le perdre. A ses côtés, le reste de la distribution excelle tout autant : Georgia Scalliet est une Junie sensible et attachante, brûlant d’un amour pour l’excellent Stéphane Varupenne qui incarne un Britannicus qui monte en assurance au fil de la pièce. Hervé Pierre est un Burrhus attachant, raisonné et troublé, dont la souffrance face à l’évolution de César a su me troubler. Benjamin Lavernhe continue de monter en puissance : il est ici un Narcisse angoissant, redoutable et sans scrupule ; et sa voix, notamment dans la scène où il semble contrôler Néron, prend une tournure sombre et menaçante qu’on ne lui connaissait pas.

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Il y a longtemps que je ne doute plus du talent de Laurent Stocker. A l’annonce de sa future interprétation de Néron, contre-emploi pour l’acteur qu’on voit peu dans ce registre, je me suis vue le défendre à plusieurs reprises, arguant qu’il avait plus d’une corde à son arc et qu’il pouvait continuer à nous surprendre. J’étais encore loin de la vérité. Quelle transformation ! La composition de Stocker en Néron est d’une perfection absolue. Réglé au millimètre, son regard de faucon le précède partout où il entre, sa moue trahissant une amertume profonde. En un quart de seconde, son visage passe d’un plein éclairage, révélant l’amertume et la rage de ses prunelles, à la pénombre plus inquiétante encore qui le rend presque démoniaque. Le geste est mesuré et l’effet angoissant. Tyran aux éclats d’enfant gâté, il compose un Néron effrayant, impulsif, basculant peu à peu dans la folie.

La mise en scène de Braunschweig est d’une extrême rigueur : sous cette apparente simplicité, tous les détails sont pensés, minutés, parfaitement effectués. Les lumières créent une ambiance inquiétante en éclairant habilement chaque visage, les scènes d’affrontement sont réglées à la seconde, les placements anticipent les paroles, comme cet alignement total entre Néron et Narcisse lors de l’acte V, qui vient compléter le dialogue sans équivoque. Belle idée également de transposer la pièce dans ces grandes pièces qui évoquent des lieux de pouvoir à la House of Cards : l’alexandrin naturel des acteurs s’y adapte parfaitement, et même l’histoire romaine ne choque pas dans ce décor pourtant inhabituel chez Racine. Mais la pièce, plus actuelle que jamais, épouse parfaitement les contours amenés par Braunschweig, qui la porte ainsi à son sommet.

Indispensable. ♥  

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Marguerites ou narcisses ?

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Critique de L’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, de Paul Zindel, vu le 18 décembre 2015 au Théâtre de l’Atelier
Avec Isabelle Carré, Alice Isaaz, et Lily Taïeb/Armande Boulanger, dans une mise en scène d’Isabelle Carré

Le bilan de mes dernières venues au théâtre de l’Atelier s’assombrit encore un peu : cela fait bien 3 spectacles que le sentiment majeur à la sortie du théâtre est la déception. Et cette impression, malheureusement, ne fait que s’accroître. Dans De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, outre le titre , tout semble excessivement long. Et ennuyeux.

On se retrouve en Amérique, chez Béatrice, qui élève seule ses deux filles et vit avec Nanny, une vieille dame qu’elle aide au quotidien. On comprend vite la relation malsaine que Béatrice entretient avec ses filles, interdisant à sa cadette, Matilda, d’aller à l’école sous prétexte qu’elle a déjà assez à faire à la maison. Son autre fille, Ruth, semble prendre le même chemin que sa mère, chaotique et délirant. Elle commence même à manipuler l’art du chantage. Le spectacle suit cette petite famille au quotidien, jusqu’à la bonne nouvelle d’un prix décerné à Matilda, jeune surdouée, pour son expérience sur les marguerites…

J’ai du mal à comprendre comment un directeur peut accepter de monter cela. Le texte n’est pas (ou plus) adapté à notre France actuelle : il est bien trop américain pour me convaincre, en tout cas. Et même dans son écriture, on trouve des failles : quelle logique dans une fille qui prône son amour pour les sciences, et qui finalement remercie Dieu d’avoir créé les atomes ? Si le film de Paul Newman a connu un succès, je doute que ce soit le cas pour ce spectacle. Il respire l’ego d’une actrice qui a vu dans Béatrice un rôle taillé pour elle. Et qui ne l’est finalement pas : Isabelle Carré n’a pas les épaules pour incarner Béatrice. Elle manque de folie, de rage, de naïveté. Elle joue cela bien trop « classiquement » pour être crédible, son personnage est si lisse qu’à chaque parole prononcée, un décalage supplémentaire s’instaure entre Béatrice et l’actrice.

Les deux jeunes actrices qui l’accompagnent ne relèvent pas ce niveau, et on en vient à souhaiter vivement que Alice Isaaz cesse de crier ainsi ses répliques et apprenne à poser sa voix. J’ai vivement regretté ma place proche de la scène, tant mes oreilles souffraient de tant de cris. Pour faire passer la colère, la folie, il y a d’autres choses. Malheureusement, aucune des actrices ne semble correctement dirigée : c’était à prévoir, Isabelle Carré n’étant pas un metteur en scène de formation.

Un gros ratage. pouce-en-bas

COMPORTEMENT DES MARGUERITES Photo Armande Alice Isabelle (Libre de droit (c)Christophe Vootz)

Les fRustrants

Rustres

Critique des Rustres de Carlo Goldoni, vu le 12 décembre 2015 au Vieux-Colombier
Avec Gérard Giroudon, Bruno Raffaelli, Coraly Zahonero, Céline Samie, Clotilde de Bayser, Laurent Natrella, Christian Hecq, Nicolas Lormeau, Christophe Montenez, et Rebecca Marder, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoît

Les Rustres, c’est une pièce féministe qui a une certaine résonance tout particulièrement aujourd’hui. La récente montée des extrêmes en France, les attentats, tous ces événements nous amènent à nous renseigner sur ces hommes français et qui nous sont pourtant totalement étrangers, sur leurs pays, leurs modes de vie. Et on se rappelle que les femmes n’ont pas le droit (entre autres) de conduire en Arabie Saoudite.

Dans la pièce, les femmes sont interdites de sortie et leurs maris exigent d’elles une soumission totale à leurs bons vouloirs. Seulement voilà, si la plupart des femmes acceptent cette condition de vie, tout en se plaignant régulièrement, l’une d’entre elles ne l’entend pas de cette oreille et gère elle-même son couple. Elle est l’espoir, le modèle, en quelque sorte.

C’est bien de monter cette pièce en des temps si troublés. C’est un joli clin d’oeil, c’est politiquement correct. Mais au-delà de l’allusion aux récents événements, au-delà du rappel que de tels hommes existent encore et toujours, que ce texte semble daté ! Que de longueurs ! Quel manque de finesse ! On ne rit jamais de bon coeur grâce au texte ; on sourit toujours grâce à la maîtrise de Christian Hecq ou de ses camarades. Je ne reconnais pas dans ces Rustres l’auteur de La Trilogie de la Villégiature.

Peut-être que je ne parviens à apprécier Goldoni que lorsqu’il est monté de façon plus tchekhovienne, à la manière de Françon dans cette Trilogie. Seulement ici, ce choix semble plus délicat à mettre en oeuvre. Néanmoins, ces cris perpétuels sur scène, ces mouvements incessants, ces personnages sans âme ne parviennent pas à m’intéresser. Ils sont dessinés si grossièrement, comme des marionnettes qui s’agitent devant nous. Je n’aime pas voir de simples pantins, lorsque je vais au théâtre. J’y recherche l’âme, l’être plus que le jeu.

Heureusement, les acteurs sont là pour éviter de faire de ce spectacle un échec. Christian Hecq est fabuleux, au top de sa forme : il compose un Lunardo psychorigide, lunatique, égoïste, et surtout hilarant ; je lui dois mes principaux rires tant ses facéties sont rythmées ! Et bien qu’elles soient nombreuses, il ne semble jamais tirer la couverture à lui, bien au contraire ; c’est presque sa manière de donner la réplique à ses camarades ! Cette pièce fut également l’occasion de découvrir Rebecca Marder, jeune première fraîchement engagée au Français : elle tient ici un rôle principal et s’en tire très bien pour sa première apparition au Vieux-Colombier !

On connaît le talent du reste de la troupe, et chacun sert son rôle très convenablement sans non plus délivrer une prestation inoubliable. Mention spéciale à Clotilde de Bayser, qui a sûrement le rôle le plus intéressant et qui délivre son message avec brio. Grosse déception cependant du côté de Laurent Natrella, qui est pourtant un acteur que j’admire généralement : ici, son Comte est grotesque, lourd, ridicule sans être drôle. Bien dommage. Enfin, cette pièce souligne l’éternel rôle de Céline Samie, qui joue constamment de la même manière, quelle que soit la pièce dans laquelle je la vois. Juste, certes. Mais du Français, on attend plus que de la justesse…

Pour les amoureux de Goldoni, vous serez servis. Pour ceux qui doutent, vous pouvez passer votre chemin…  

Rustres2

 

Flaubert intime

GUSTAVE - Affiche

Critique de Gustave, de Arnaud Bédouet, vue le 16 juine 2015 au Théâtre de l’Atelier
Avec Jacques Weber et Philippe Dupont, dans une mise en scène de Christine Weber

Il est de ces acteurs que l’on voit une fois et qui nous marquent réellement. À tel point qu’on se dit : s’il joue dans cette pièce, ça ne peut être mauvais. J’ai vu Jacques Weber dirigé par Peter Stein dans l’inoubliable Prix Martin monté à l’Odéon il y a quelques années. Et lorsque je revois ce même acteurs aujourd’hui, j’avoue avoir un choc : ce n’est plus le même. Est-ce une question de direction, de pièce, ou simplement n’était-il pas en forme ce soir là ? Allez savoir. Tout ce que je retiens de ce spectacle, c’est de l’ennui et, malheureusement, de l’incompréhension.

Il faut savoir que la pièce est écrite à partir des correspondances de Flaubert… Et que je ne connais pas grand chose à la vie de Flaubert. En tout cas, pas suffisamment pour suivre avec passion ce spectacle. Je parviens à saisir le sujet à plusieurs reprises, mais par moment je ne comprends pas ce qu’il se passe. Dommage, car cela restreint quand même le public à qui s’adresse le spectacle.

L’autre problème de ce spectacle réside dans le jeu de Jacques Weber. J’imagine toujours qu’un texte moyen, ou ennuyeux, peut être sublimé par un grand acteur. Ici, ce n’est malheureusement pas le cas. Certes, il y a quelques envolées, quelques beaux moments. Mais durant la majeure partie du spectacle, Jacques Weber cabotine et cela a du mal à fonctionner sur moi, d’autant plus que le texte ne me passionne pas : je vois alors trop le jeu de l’acteur, jeu forcé et si peu naturel, jeu qui en devient inintéressant.

Aux passionnés de Flaubert, je dis peut-être. Aux autres, je déconseille.

Gustave Jacques Weber