3 ans, déjà !

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Il me paraît loin le jour où j’ai pris pour pseudonyme Mordue de théâtre sur la toile.
Déjà 3 ans que je critique tous les spectacles que je vais voir, sans exception. C’est plus de 110 critiques publiées, au moins autant de spectacles vus (car il m’arrive de retourner en voir certains !), et presque 140 articles depuis la création de ce blog. Depuis l’an dernier, j’ai eu près de 20 000 visites, et je vous en remercie.
Ça fait un moment maintenant que j’annonce la diminution de l’activité de ce blog, à cause de restrictions de temps dues à la prépa … Mais comme vous avez pu le constater, ce n’est pas encore cette année que cela entrera en vigueur, car je constate encore plus à quel point le théâtre aide à tenir ce rythme effréné. J’essaie d’être le plus active possible, c’est d’ailleurs pourquoi certains articles récents n’ont pas été écrits par moi mais par un complice, qui a la possibilité d’aller voir certains spectacles auxquels je ne peux pas assister. Cette association a lieu dans le but de vous offrir un blog plus complet.
Le mois dernier, mon blog comptabilise près de 1600 visiteurs uniques. A ce jour, près de 370 abonnés twitter. Ça fait plaisir, ça fait chaud au coeur, et je vous remercie. 
Cette année s’annonce pleine de surprises : quid des Molières ? du nouveau directeur du Conservatoire ? ou de la Comédie-Française ? Et je serai là pour commenter, critiquer, sans aucune censure, chacun des évènements théâtraux qui se produiront.

Un grand merci à tous, et vive le théâtre !

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Jemmett

Hamlet1.jpgCritique de La Tragédie d’Hamlet, de Shakespeare, vu le 29 octobre 2013 à la Comédie-Française
Avec Eric Ruf, Alain Lenglet, Denis Podalydès, Clotilde de Bayser, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Hervé Pierre, Gilles David, Jennifer Decker, Elliot Jenicot, et Benjamin Lavernhe, dans une mise en scène de Dan Jemmett

Qui n’a pas crié de joie à l’annonce de Hamlet à la Comédie-Française ? Et sauté partout lorsque le nom de Denis Podalydès s’est fait connaître pour endosser le rôle titre ? Allez, on l’a tous fait. Un évènement pareil, ça ne se rate pas. Ce sera l’Hamlet du siècle. Sans aucun doute … ç’aurait dû l’être.

Hamlet est un héros fou. Tout le pousse à l’être : le roi son père, mort récemment, lui apparaît sous la forme d’un spectre pour lui annoncer la véritable cause de sa mort : il a été assassiné par Claudius, son propre frère. De plus, celui-ci s’est récemment marié à Gertrude, veuve du roi. Hamlet doit venger son père, et pour cela, il se fait passer pour fou. Mais il semble incapable de réellement exécuter sa parole. Si bien que, devant des actions et des dires de plus en plus étranges, on en vient à se demander s’il n’est pas réellement devenu fou. Autour du comportement changeant d’Hamlet, de nombreux personnages : Ophélie, qu’il aime et par qui il est aimé. Laërte, son frère, qui voudra venger la mort de son père Polonius, tué par Hamlet. Et des comédiens. Et des fossoyeurs. Hamlet est une pièce complète, un chef-d’oeuvre de Shakespeare. Ce que j’ai vu ce soir s’en éloignait, et de beaucoup.

C’est dans un décor étonnant que se déroule la pièce. Je dis étonnant, quoique mon esprit me pousserait à direr révoltant. Mais en faisant jouer Hamlet dans un bar miteux, des toilettes pour dames à cour, des toilettes pour messieurs à jardin, un distributeur de préservatif près de celles-ci, et transformant le roi et la reine en ivrogne, peut-être ce cher metteur en scène a-t-il souhaité souligner la souillure de ce royaume de Danemark, la laideur que dénonce Hamlet ? D’après moi, ce décor est une première erreur : il n’apporte rien. Le lieu est pourtant explicite : le royaume de Danemark. Quel rapport entre un royaume et un bar ? 

Je ne pense pas avoir à inculper les comédiens. Oh, non. Ils font ce qu’ils peuvent, et même s’ils pourraient jouer plus ensemble, je ne leur ferai pas porter le chapeau. Denis Podalydès campe un Hamlet honnête, la folie illuminant ses yeux (peut-être un peu tôt, d’ailleurs). Mais il crie trop, ces cris semblent poussés, faux. Et le metteur en scène a sans doute oublié le caractère respectable d’Hamlet. Lui sert la cause qui lui paraît noble. Il veut venger son père. Quel besoin alors de le tourner en ridicule ? Pourquoi lui faire brandir un rouleau de PQ en guise de drapeau blanc devant Claudius ? Pourquoi le faire uriner dans un coin de la scène ? Pourquoi lui faire dire, juste avant le célèbre To be or not to be, « Sex ? Call number … » ? Pourquoi humilier ainsi un des plus grand personnages de la littérature anglaise ? Monsieur Jemmett, je vous le demande.

Et malheureusement, tous les personnages sont tournés en dérision. Gertrude n’est plus qu’une ivrogne qui se fait peloter par tout le monde : cette pauvre Clotilde de Bayser n’est pas gâtée entre ce rôle et celui d’Oenone qu’elle tenait la saison dernière. Claudius est ridicule avec ses lunettes teintées et son air enthousiaste qu’il affiche pendant tout le spectacle : quand on pense que Hervé Pierre incarnait magnifiquement Peer Gynt il n’y a pas si longtemps… Elliot Jenicot est peut-être excellent avec sa marionnette, c’est vrai, mais ce n’est pas ainsi que doivent être représentés Rosencrantz et Guildenstern, amis d’Hamlet, devenus espions de Claudius. Jérôme Pouly ne parvient pas à transmettre un semblant d’émotion à cause de cette perruque ridicule qui trone sur sa tête : impossible de prendre un tel personnage au sérieux. Dommage, la mort de Laërte peut-être si sublime… Et Éric Ruf ? C’est un acteur que j’adore. Alors le voir tourné en ridicule pareillement, c’est difficile à accepter. Dans son accoutrement jaune, j’ai peine à le reconnaître. Peine à croire qu’il ait pu accepter. 

Pour aller plus loin dans cette tragédie, la pièce est transposée dans les années 70 (d’où les perruques et le style vestimentaire de certains). Chose loin d’être nécessaire, et même complètement absurde : on se demande pourquoi ? Qu’est-ce que cela apporte ? Rien qu’un peu de bouffonnerie supplémentaire, au point où on en est. J’aurais beaucoup de choses à reprocher à Dan Jemmett encore. Comme de faire mourir Ophélie dans les toilettes. De ponctuer chaque vide d’une chanson disco. D’avoir choisi Jennifer Decker pour incarner Ophélie ; l’actrice n’a malheureusement pas le talent nécessaire pour la Maison. Encore moins pour le rôle. Les traits figés, la voix mal posée, les allures constantes, elle n’a pas le potentiel pour une grande actrice. Dommage. De manière générale, je trouve que Dan Jemmett n’a pas su diriger ses comédiens : ils sont tous brouillons. Aucun n’a véritablement de personnalité qui lui est propre. Ils mettent de la musique, ils boivent, ils rient, ils sont habillés comme des clowns et arborent des coiffures ridicules. Hamlet ? Non. Un cirque ? Bien plus. Et si on ajoutait que Hervé Pierre, durant l’entracte, nettoie les toilettes, change les rouleaux de PQ, et recharge le distributeurs de préservatifs, vous y croiriez ?

La salle rit. Personne ne s’émeut. Étrange d’insister sur la Tragédie d’Hamlet, alors. Si c’était une farce qu’on venait voir, il fallait prévenir. Je n’aurais pas été pareillement déçue. Indignée. Après la catastrophe qu’avait été Phèdre la saison dernière, on pensait que tout serait fait pour qu’un échec pareil ne se reproduise pas. Et quand on apprend qu’en plus, le spectacle sera repris, on hallucine.

Lorsque Hamlet clame que Ces pitreries obligées sont à la limite de [ses] forces, le texte résonne à double sens. On aurait aimé n’en entendre qu’un. La Comédie-Française nous déçoit profondément, une fois de plus. Combien d’autres atteintes aux plus grandes oeuvres jamais écrites devra-t-on subir ? pouce-en-bas

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Bel hommage à Cocteau

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N’ayant pas pu assister au spectacle, j’ai demandé à une complice d’y aller pour moi afin de rendre compte de cet hommage.

Dans la magnifique salle du Théâtre du Palais-Royal, que la citation de Rabelais surplombant la scène met sous le signe du plaisir et de la gaieté : « Mieulx est de ris que de larmes escripre, 
Pour ce que rire est le propre de l’homme. » j’ai pu assister à cette soirée d’hommage à Cocteau où s’entrelaçaient textes et musique.
La salle était pleine, la qualité d’écoute rare. Didier Sandre, de sa voix aux si belles intonations, a lu divers passages de La Difficulté d’être, où le poète évoque son enfance, sa fascination pour le théâtre, l’atmosphère de beauté, d’art et d’amitié qui était indispensable à sa vie, et qu’il a trouvée en particulier au Palais-Royal, où il a vécu.
La beauté régulière et frémissante de Didier Sandre, son élégance discrète et étudiée (éclat d’un gilet émeraude, cintré, sous la veste de costume…) rendent déjà hommage à ce classique qu’est au fond Cocteau. Mais c’est surtout l’art de l’acteur qui restitue l’esprit étincelant et la profonde mélancolie du poète : les textes bien choisis parcourent sa vie, son travail, ses amours, et c’est un bonheur d’entendre cette prose, une des plus belles du vingtième siècle, ces phrases diaprées, larges, mais sans enflure, d’un charme (mot qui revient dans la relation qu’entretint Cocteau avec le théâtre) incroyable. On voudrait tout retenir, tout noter, tant il y a de formules brillantes, saisissantes d’exactitude et d’originalité à la fois, toujours si visuellement évocatrices, qu’il parle du théâtre, des ennuyeux croisés à Morzine, ou du ciel au-dessus du Palais-Royal.
L’harmonie entre la littérature et la musique a contribué à la réussite de ce moment. François Chaplin a joué avec une élégance et une clarté souveraines des morceaux eux-mêmes pleins de charme et de mélancolie. Beaucoup de musique française, de contemporains de Cocteau : Satie, Poulenc, Ravel, mais aussi deux mazurkas de Chopin – je connaissais justement ce pianiste par son enregistrement remarqué des Nocturnes
J’ai le sentiment d’avoir passé une soirée rare –et pas seulement parce qu’il s’agissait d’une date unique, d’avoir célébré l’art qui transfigure la vie, avec cet hommage au poète, mort il y a 50 ans, qui n’a pas encore tout à fait la place qui lui revient. Mais peut-on panthéoniser celui qui a écrit : « Mes amis, faites semblant de pleurer, car je fais semblant de mourir » ? ♥ ♥ ♥

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Zelda et Scott les Magnifiques

Zelda-Scott-aventure-des-Fitzgerald-Théâtre-Bruyère-PCritique de Zelda et Scott, de Renaud Meyer, vu le 12 octobre 2013 au Théâtre La Bruyère
Avec Sara Giraudeau, Julien Boisselier, et Jean-Paul Bordes, dans une mise en scène de Renaud Meyer

Ce n’était pas forcément un spectacle qui m’aurait attiré, sans ces acteurs que je connais et que j’apprécie beaucoup. Zelda, Scott, un couple mythique que je ne connaissais pas. Mais la bande-annonce (« Zelda Sayre ? A qui ai-je l’honneur ? Scott Fitzgerald » : ah ! je la connais par coeur !), la musique sur scène, l’entrain apparent des acteurs, sont autant de raisons qui m’ont poussée à y aller. Et heureusement ; car j’aurais sinon manqué quelque chose …

La pièce se divise en deux parties. Avant l’entracte, on fait connaissance de ce couple fêtard, elle profitant de sa liberté et séduisant tout le monde bien que mariée avec Scott, lui fou d’elle, s’inspirant de sa femme pour écrire les romans qui marqueront l’Amérique. L’ambiance est à la fête, à l’alcool et au sexe. Mais la littérature ne se fait pas oublier, en la personne d’Hemingway, auteur encore inconnu du public et qui demande conseille à Scott, déjà adoré des américains. Scott, qui ne lit que ses propres romans, enfonce Hemingway et l’accable de défauts. On retrouve ce même trio après l’entracte, mais quelque chose a changé : la folie de Zelda est bien plus présente, Scott a du mal à la contrôler, ils se disputent sans cesse. Ils ont déménagé et habitent en bord de mer, non loin d’Hemingway. Lui est maintenant un auteur reconnu, alors que Scott, accro à la boisson, commence à avoir du mal à écrire. Il lui demande de l’aider, mais l’écrivain se souvient que pour ses débuts, Scott n’était pas d’une extrême gentillesse, et il n’hésite pas à lui déclarer ce qu’il pense de lui. La tension, qui était sous-jacente lors de la première partie, éclate au grand jour, et le rythme se ralentit : la fête est finie, la joie s’est éteinte. La fin de la vie du couple s’annonce difficile …

Qui d’autre pour interpréter Zelda que Sara Giraudeau ? Pimpante, séduisante, elle donne tout le caractère enthousiaste et la gaieté de son personnage dès le début. Elle saute partout, court, danse, chante, c’est une Zelda pleine de vie qui nous apparaît, à l’instar de ces années folles. Bien qu’elle passe la moitié du spectacle en sous-vêtements, elle est également d’une élégance incroyable. Mais déjà dans ses yeux, un grain de folie. A côté d’elle, Scott (Julien Boisselier) est plus calme, plus posé. Souvent, il se laisse entraîner par sa femme, mais revient toujours près de sa machine à écrire. Déjà, elle lui donne quelques frayeurs par son extravagance, la conduisant parfois à des actes inconscients. Mais on comprend parfaitement qu’il puise son inspiration dans ce personnage : le couple est parfaitement représenté. Les rapports entre Hemingway et Fitzgerald sont clairs : le premier dominé, le second dominant. J’ai rarement vu Jean-Paul Bordes se faire aussi petit, plié sous le joug de cet auteur de renom. Lorsqu’il entre en scène dans la deuxième partie, c’est un autre Bordes qui fait son apparition. Sûr de lui, la voix forte, quelque chose a même changé dans son regard. Dans celui de Zelda, quelque chose s’est éteint : on n’y retrouve plus que la folie, la colère, le mécontentement. Elle trépigne, elle s’impatiente, elle semble en vouloir au monde entier. La transformation des personnages entre les deux parties est déstabilisante : moi qui d’habitude n’apprécie pas forcément les entractes, il est ici très utile, car il permet de matérialiser le poids des années.

Enfin, si le spectacle est si réussi, c’est également grâce à Renaud Meyer. Sa mise en scène est très esthétique, mettre la musique sur scène était une excellente idée : cela ajoute de la vie à ces années folles, crédibilise encore plus les scène : on se sent dans l’ambiance de ces années là. La vigueur des comédiens aide aussi. Le bruit de la machine à écrire, bien qu’un détail, est pour moi une bonne trouvaille : la manière qu’a Scott de taper son texte est très rythmique, elle entraîne des transitions musicales, elle ajoute encore de l’entrain à ce spectacle. Les décors enfin sont parfaits : un décor pour chaque groupe d’années. On retrouve la chambre de Zelda et Scott en premier, une table et une machine à écrire, leur appartement donnant sur une belle vue de New-York. Au centre de la scène, leur lit trône. On ne le retrouvera plus après : leurs pulsions auraient donc vraiment disparu ? On aperçoit cette fois-ci la mer en fond. Le cadre semble agréable. Enfin, le dernier décor, pour la fin de la vie de Zelda, sa folie, son internement, est simple mais bien trouvé, et je ne veux pas gâcher la surprise.

Le conseil est clair : courez-y ! ♥ ♥ ♥

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Gagnez vos places pour l’Hommage à Cocteau au Théâtre du Palais-Royal !

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Avis aux amateurs !
Grâce au théâtre du Palais-Royal, 3×2 places sont à gagner pour la représentation du lundi 14 octobre 2013 de l’Hommage à Cocteau.
A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Jean Cocteau, le Centre des monuments nationaux, dans le cadre de MotsNus, rend hommage au poète ele 14 octobre à 19h, en partenariat avec le théâtre du Palais-Royal.
Didier Sandre, de la Comédie-Française, évoquera Jean Cocteau à travers ses textes, notamment des extraits de « la difficulté d’être ». L’acteur sera accomagné par François Chaplin au piano qui interprétera Chopin, Schubert, Debussy, Ravel, Fauré et Poulenc.
Le Palais-Royal est très important dans la vie et l’oeuvre de Jean Cocteau. Il y vécut une quinzaine d’années et côtoya les figures importantes de la vie artistique parisienne. Pour lui « le palais royal était un village pour ceux qui avaient choisis d’y habiter ».

Pour gagner vos places pour la représentation, il suffit de répondre à cette question :
A quel comédien célèbre est associé le nom de Jean Cocteau ?
Envoyez votre réponse à mordue.de.theatre@free.fr ; les plus rapides pourront assister au spectacle !

Et les gagnants sont : Karine S., Marie S., et Hubert de S. ! 

Ludmila Mikaël à l’oeuvre

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Critique de Et jamais nous ne serons séparés de Jon Fosse, vu le 5 octobre 2013 au Théâtre de l’Oeuvre
Avec Ludmila Mikaël, Patrick Catalifo, et Agathe Dronne, dans une mise en scène de Marc Paquien

Il y a une semaine, j’écrivais un article sur Pinter, que je trouvais creux, sans âme. On pourrait croire que Fosse fait partie de cette catégorie là d’auteur, dont la plume si étrange n’est pas forcément synonyme de talent. L’écriture de Fosse est particulière car très répétitive. Durant la pièce, les acteurs doivent prononcer quelque chose comme 20 phrases différentes, dans des ordres aléatoires. Dit comme ça, j’avoue que ça ne fait pas envie. Mais le talent de l’auteur est là, et le texte est en fait d’une poésie incroyable. Peut-être pas à la lecture, mais joué par des acteurs tels que Ludmila Mikaël, aucun doute n’est possible sur la virtuosité de Fosse.
Le rideau se lève, et un rire se fait entendre. Dans ce rire, divers sentiments : un mélange de mélancolie et d’autodérision. Ce personnage sans nom, sans identité, qu’interprète Ludmila Mikaël est allongé sur le canapé, et parle seul, comme il sait si bien le faire. C’est d’ailleurs ce qui l’occupera pendant la plus grand partie de la pièce : monologuer. En dialoguant ainsi avec elle-même, elle évite le silence lié à la solitude. Et cela lui permet de faire passer le temps. L’attente paraît moins longue. Mais l’attente de quoi ? « Il va venir » répète-t-elle. Lui, sûrement un amant. Ancien amant qui l’aurait quittée ? Ou elle, revenue pour hanter les lieux ? On est dans l’indécision, mais ce n’est que secondaire. L’attention reste portée sur cette femme, à moitié folle, se rongeant les sangs devant nous. A certains moments, un homme fera son apparition. Sans doute cet ancien amant. Mais il reviendra accompagné. Elle le verra, puis elle ne le verra plus et repartira dans ses monologues.
Ludmila Mikaël est brillante. Elle compose une femme déchirée, perdue, et qui se raccroche à ce qu’elle peut en essayant de toujours positiver. L’actrice a une présence incroyable, et nos yeux ne se détachent pas d’elle. Qu’elle fasse les 100 pas ou qu’elle s’asseye sur le canapé, son ton a toujours quelque chose de nouveau, d’inattendu, de vrai. Et elle a entourée par deux excellents comédiens ; j’ai particulièrement apprécié le jeu de Patrick Catalifo, qui incarne cet amant mystérieux. Dans son regard porté au loin, aucune étincelle, comme un ennui. Sa voix, presque inquiétante, résonne dans le petit théâtre avec une certaine profondeur, il est impressionnant de gravité et de raideur. Lui aussi impose quelque chose de sombre sur ce plateau.
On le savait déjà, Marc Paquien est un grand metteur en scène contemporain. Ici, tout est fait pour que le texte puisse être entendu au mieux : les décors sont sobres, le rythme est parfait. Les transitions musicales durant les noirs permettent au spectateur de reprendre son souffle pour attaquer une nouvelle folie, une nouvelle attente, un nouveau monologue.

Dans la salle, pas un bruit, un silence religieux règne. Tous ici sont amateurs de théâtre : l’originalité du texte l’impose presque. Mais c’est à tous que je conseillerai ce beau moment de théâtre, porté au plus haut par une immense actrice. ♥ ♥ ♥

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Unhappy Birthday Party

L-Anniversaire.jpgCritique de L’Anniversaire, de Harold Pinter, vu le 28 septembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez et Marion Malenfant, dans une mise en scène de Claure Mouriéras.

J’ai découvert Pinter lors d’une lecture au festival Nava il y a deux ans, et déjà l’auteur m’avait laissée de marbre. Texte ambigu, tout est dans le sous-entendu mais rien n’est jamais expliqué : on peut s’imaginer tout et son contraire, et le metteur en scène lui-même n’est pas sûr de savoir de quoi il s’agit réellement. Monter un auteur pareil s’avère, d’après moi, dangereux. Et malgré l’excellente distribution qu’a rassemblé Claure Mouriéras sur la scène du Vieux-Colombier, le spectacle ne décolle pas.

Meg Boles et son mari Peter (Cécile Brune et Nicolas Lormeau) tiennent une pension dans un lieu somme toute peu décrit, en bord de mer. Ils n’accueillent qu’un unique pensionnaire depuis un an, Stanley, dont les relations avec Meg sont totalement ambigues. Un jour, deux nouveaux habitants arrivent, qui vont chambouler la vie tranquille de nos trois personnages. Ce sont deux hommes, qui semblent venir dans l’optique de régler leurs comptes avec Stanley. Et justement, ce jour-là, c’est son anniversaire … Ou du moins, c’est ce que prétend Meg, alors que lui le dément. L’histoire dans sa globalité est donc assez compréhensible. Mais les détails, les explications, ne sont jamais données. Qui sont réellement ces deux hommes ? Qu’a fait Stanley ? Meg se doutait-elle de quelque chose ? Pourquoi a-t-elle décidé de ce jour précis pour imposer son anniversaire à Stanley ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Sur le plan du jeu, rien à reprocher. Cécile Brune interprète une Meg soumise, dont l’attention ne se tourne plus vers son mari mais bien plus vers Stan, à qui elle semble trop dévouée pour une simple relation d’hôte à maîtresse de maison. Sa composition est de qualité, mais le rôle reste bien plat pour une actrice de cette envergure, on l’attendrait dans des pièces où la tension dramatique est plus présente. Jérémy Lopez incarne Stan avec le talent qu’on lui connaît : composant un homme désagréable à la démarche lourde, le ventre gonflé en avant, profitant de la gentillesse de son hôte, mais s’affaiblissant au fil de la pièce avec la venue de ces deux hommes. En maffieux sans scrupule, Nâzim Boudjenah et Éric Génovèse sont parfaitement crédibles. Génovèse joue beaucoup sur sa voix puissante mais calme et posée, aux côtés d’un Boudjenah plus intrigant, semblant attendre les ordres de celui qui semble son supérieur.

Malgré tout le talent de nos acteurs, la tension reste sur la scène. L’émotion ne parvient pas à passer du plateau aux spectateurs, et c’est bien dommage. Le premier problème vient sûrement du texte, que je n’ai pas su apprécier. L’ambiguité, pourquoi pas, mais le manque de compréhension pèse sur le spectacle, et vient un moment où on ne sait plus quoi croire. Les thèmes abordés sont très anglais, et l’importance de la religion dans l’histoire, thème que l’on retrouve moins dans le théâtre français, crée un décalage entre la scène et le spectateur. La mise en scène semble également un problème. Alors qu’on attend quelque chose de très opressant, une montée en puissante ravageuse, les tentatives d’oppression paraissent plutôt faibles, comme si le metteur en scène n’était pas allé au bout des choses. Quitte à monter Pinter, je pense qu’il faut y aller carrément. Que l’angoisse se fasse réellement sentir. Ce qui n’était malheureusement pas le cas ici.

Néanmoins, certaines scènes sont plutôt réussies, comme la fête d’anniversaire de Stanley. Tous les personnages à l’exception de Peter sont présents, l’alcool joue son rôle, et le plateau présente alors un tableau bien conçu : de part et d’autre de la table centrale, où l’on peut voir un Stanley dépité, nos deux mafieux s’amusent en musique avec les femmes présentes. La scène est des plus captivantes du spectacles.

Que ce soit un problème de texte ou de mise en scène, le spectacle tient surtout grâce à la performance d’acteur. Je le conseillerai surtout aux amateurs de l’auteur. 

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Voyage en Villégiature au Français

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Critique de La Trilogie de la Villégiature, de Goldoni, vu le 21 septembre 2013 à la Salle Richelieu
Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Danièle Lebrun et Benjamin Lavernhe, dans une mise en scène d’Alain Françon.

Françon. Il est pour moi, comme Peter Stein, un metteur en scène à placer parmi les plus Grands. Pour la troisième fois, en signant la mise en scène de La Trilogie de la Villégiature, il me fait passer un moment inoubliable, privilégiant le texte et sa mise en valeur, recréant l’atmosphère de cette Italie du XVIIIe siècle avec aisance et simplicité. Une fois de plus, il touche à la perfection.

Le spectacle, il faut avoir envie de le voir : 4h30 de spectacle, c’est spécial. Je n’avais testé les spectacles à longue durée qu’une fois, avec Peer Gynt, et j’en gardais un excellent souvenir. Alors, avec une telle distribution et un metteur en scène pareil, l’envie de voir La Trilogie ne s’est pas fait attendre. Si le spectacle est si long, c’est que le metteur en scène a choisi de regrouper les trois comédies en un seul spectacle, à la suite : nous passons donc tout un été en compagnie d’une famille bourgeoise vivant au-dessus de ses moyens mais cherchant à passer outre. Des histoires de mariage, de jalousie, d’amour et d’honneur entrent en jeu. On assiste à la vie de ces personnages entre le moment où ils décident de partir en Villégiature, puis leur séjour à Monténero, et leur retour à Livourne.

Je me rends compte que j’aime de plus en plus ce genre d’histoire. Ou peut-être est-ce la mise en scène de Françon qui me les fait apprécier ? J’aime voir une tranche de vie se dérouler sous mes yeux, la vie avec ses moments intenses où une certaine tension se fait sentir, avec des choix importants à faire, mais également des moments d’ennui, de paresse et de lenteur. La vie, monotone et pourtant si imprévue, c’est ce qu’on retrouve dans cette Trilogie. Plusieurs histoires de mariages et de couples en parallèles, paraissant si banals, et pourtant ayant chacun sa spécificité, sa beauté ou sa raison.

Et au même titre que ces histoires, chaque personnage est unique, chacun a son propre caractère et se définit sous nos yeux. Je l’avoue, j’ai eu du mal à détacher mes yeux de Laurent Stocker, qui est pour moi un immense acteur. Touchant et attachant, il compose ici un Leonardo jaloux et amoureux, mais qui n’obtient pas l’amour qu’il désire en retour. Entre angoisse et énervement, il ne semble pas un instant accéder au véritable bonheur. Il ne crie pas sur scène, il s’énerve réellement. Il n’aime pas Georgia Scalliet, il dévore Giacinta des yeux. Le talent de ce comédien est incontestable, et il est pour moi un pilier du spectacle. Il forme avec Anne Kessler un très bon duo, qu’on avait déjà su apprécier dans Le Mariage de Figaro. Elle incarne sa soeur, Vittoria, et compose une jeune fille immature et hystérique comique à souhait … dans ses moments de crise. Lorsqu’elle se voit prise en dépit d’une autre, en revanche, des larmes noient ses yeux et sa petite voix tremble. Hypocrite comme il convient de l’être dans la société où elle se trouve, elle tente de cacher son visage de peste lorsqu’elle est en présence de Giacinta, entre autres, mais les apartés sont hilarantes. Scalliet … fait, comme à son habitude, du Scalliet : une voix monocorde, dénuée de toute intonation … qui, pour une fois, s’accorde assez bien au personnage. Il faut avouer que son jeu m’a moins dérangée qu’à l’habitude : peut-être commence-je à m’y faire ? Il faudra bien, puisqu’elle est « la découverte » de Françon et que je compte bien suivre ses futurs mises en scène ! Si Leonardo aime Giacinta et la demande en mariage, celle-ci est également aimée de Guglielmo, incarné par Guillaume Gallienne. Voici un rôle dans lequel je ne l’attendais pas, et où il excelle. Semblant sombre et inquiétant dans la première partie de la pièce, il se dévoile comme amoureux et mélancolique, on finit par s’attacher au personnage et le prendre en pitié. Gallienne est séduisant et impressionnant de tant de retenue, comme s’il voulait se mettre à pleurer à chaque moment de la pièce.

Pour équilibrer ce côté quelque peu sinistre de la pièce, des personnages à tendance plus comique sont présents. Je pense particulièrement à la si géniale Danièle Lebrun, composant une Sabina se jouant des situations de chacun, taquinant sans limite, abusant des sous-entendus, se complaisant dans la critique d’autrui. A chacune de ses apparitions, un éclat de rire. [J’attends avec grande impatience La Visite de la Vieille Dame en février : elle interprétera le rôle titre.] L’actrice était, comme à son habitude, au sommet. A son bras, un Michel Vuillermoz bien détaché de tous les malheurs qui arrivent autour de lui. Toujours gai, s’amusant aussi des circonstances, mais peut-être avec moins de cynisme, il est un type de personnage à lui tout seul : on ne sait pas grand chose de lui, si ce n’est qu’il profite des situations des autres et que c’est un bon vivant. Le personnage est lui aussi très réussi. Dans cette catégorie « à part », on retrouve également Hervé Pierre, père adorable et souhaitant principalement le bonheur de sa fille – ne pouvant en tout cas rien lui refuser. Sa tendresse et sa gentillesse, trop poussées, font de lui un homme faible, et l’acteur sait jouer de tout cela pour nous rendre son personnage comique et charmant.

On trouve aussi chez Goldoni les vies des valets. Ici, c’est Eric Ruf et Elsa Lepoivre : là encore, on ne les attendait pas dans de tels rôles, qu’ils interprètent pourtant à merveille. Le malheureux Paolo en voit de toutes les couleurs par les demandes contraires de son maître, quand Brigida tente de réconforter sa maîtresse en proie à une passion amoureuse. Ils sont sans cesse occupés et leurs rares moments de libre sont destinés à l’échange de mots doux … Moments calmes et doux, ils contrastent avec les difficultés qu’ont leurs maîtres à entretenir une relation simple. Sur le même plan, on retrouve Rosina et Tognino (Adeline d’Hermy et Benjamin Lavernhe) qui rient de tout et s’opposent radicalement au reste des couples : pas un instant sombre, que des sourires et des échanges amoureux, les deux tourtereaux sont ravissants et Lavernhe incarne un Tognino à la gestuelle impeccable et remarquable, vif, et au caractère insupportable !

Si la réussite du spectacle réside donc en partie dans la distribution, la mise en scène y est aussi pour beaucoup. L’évolution de la situation, lente, est visible. La tension devient de plus en plus présente, les lumières s’assombrissent, les personnages parlent plus lentement. La gêne des autres, la honte de soi, le choix entre honneur et amour, tous ces sentiments se font omniprésents. Les déplacements se font plus rares, l’entrain se perd. On sombre peu à peu. De la comédie, on passe au drame, et rien n’indiquait qu’on pouvait s’y attendre.

Un Goldoni sublimé par une performance impeccable. L’esprit de troupe est là. A voir. ♥ ♥ ♥

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La Cigale fort bien pourvue…

20509_497404003676667_915511764_n.jpgCritique du Misanthrope, de Molière, vu le 3 septembre à La Cigale
Avec Jonathan Bizet, Hugo Brunswick, Arnaud Denis, Catherine Griffoni, Jules Houdart, Laetitia Laburthe-Tolra, Sébastien Lebinz, Hervé Rey, Stéphane Ronchewski, Jean-Laurent Silvi, Elisabeth Ventura, mise en scène de Michèle André

On dit que les trois plus grandes pièces de Molière sont Le Tartuffe, Dom Juan, et Le Misanthrope. Trois pièces autour d’un certain caractère. Du trio, je n’en connaissais que deux. Mais à l’annonce d’un Misanthrope avec pareils acteurs, ni une ni deux, les places furent prises … et pour la première s’il vous plaît ! Je mourais d’envie de découvrir la pièce … Et le moins qu’on puisse dire est que je n’ai pas été déçue.
A ceux qui ne connaîtraient pas l’intrigue, je peux la rappeler brièvement. Alceste n’aime pas l’hypocrisie des hommes et souhaite presque se retirer de la société. Mais ce personnage aux penchants si contradictoires aime la femme peut-être la plus conforme aux normes du monde dans lequel il vit, mondaine à souhait, recevant chez elle toutes sortes de personnes et feignant un intérêt pour chacun. C’est pour moi en cela que réside la meilleure définition d’Alceste, et son plus grand paradoxe : en ce personnage mystérieux qu’est Célimène. Mystérieux car on ne sait rien de ce que pense réellement la jeune femme. On comprend au fil de la pièce qu’elle dit de belles choses à chacun, et qu’elle n’entretient pas seulement une relation avec Alceste … Mais qui aime-t-elle véritablement, nous n’en savons rien.
C’est peut-être un des rôles les plus délicats du répertoire français : comment parvenir à maîtriser le rôle d’un personnage qu’on ne connaît pas vraiment, et sur lequel on a peu de certitudes ? Difficile. Pour cela, on pardonne la légère faiblesse de Laetitia Laburthe Tolra, moins juste que ses camarades, mais restant tout à fait honnête. Elle est principalement mise en valeur dans sa scène avec Catherine Griffoni, alias Arsinoé. Ce personnage s’oppose en quelques points à Célimène : plus âgée, aux moeurs différentes, elle reçoit moins et ne semble avoir de vues que sur un seul homme : Alceste. La scène dont je parle oppose les deux femmes, qui s’envoient des piques tout en feignant l’amitié. Catherine Griffoni est au sommet de son art : l’air agacé, les bouche pincée, les sourcils légèrement froncés, n’en levant qu’un de temps à autre, les gestes lents, la bouche à peine ouverte, elle incarne le personnage avec brio, et permet également à son interlocutrice de briller à ses côtés en lui donnant pareillement la réplique.
Je ne peux écrire mon article sans aborder le jeu d’un certain acteur. Présent pendant une grande partie de la pièce, il faut un bon Alceste pour que le spectacle soit réussi. C’est vrai qu’on aurait plutôt tendance à choisir un acteur quadragénaire pour interpréter le rôle, mais le confier à Arnaud Denis reste cependant une excellente idée. Tout simplement car l’acteur sait saisir un rôle, le comprendre dans ses profondeurs et le posséder, le sublimer sur scène. Habitué à ce genre de personnage, « à part » (on se souvient de lui dans Nils Abott ou Trissotin), il brille pour la première fois sur la scène de la Cigale, composant un personnage plutôt sombre, à la limite de la folie. Sa passion entraîne des accès de violence, et sa raison de longs discours … que l’on entend merveilleusement. Et ce grâce aussi à la mise en scène qui met en valeur le sublime texte de Molière, brisant légèrement l’alexandrin pour rendre le tout plus naturel, n’ajoutant aucun geste de trop, favorisant l’opposition entre Alceste de Philinte (son meilleur ami) en brusquant les déplacements de l’un ainsi que sa voix, lorsque l’autre est plus calme et moins empressé … Michèle André n’a rien ajouté au texte, qui parle de lui même : tout ce qu’elle crée est entièrement au service de ce texte : là est le bon parti, car il ne peut alors que résonner sans encombre et, porté au plus haut par sa simple existence, il enchante l’esprit du spectateur qui boit les paroles des personnages.
Le reste de la troupe n’en demeure pas moins bon. On connaissait déjà Jonathan Bizet et Elisabeth Ventura. Lui campe un marquis « hype » (tel serait mon expression au vu de ses habits), Acaste, persuadé que Célimène l’a choisi (de même que Hervé Rey, en Clitandre). Elle est peut-être légèrement moins bonne que d’habitude (poussant trop sa voix ?) dans son interprétation d’Eliante, cousine de Célimène. J’ai également découvert un véritable talent comique : Stéphane Ronchewski joue Oronte, un autre marquis qu’Alceste remettra à sa place après avoir entendu un de ses sonnets (dont la lecture est un moment hilarant). Philinte enfin, incarné par Jean-Laurent Silvi, seconde excellement Alceste lors de leurs scènes en duo, tentant de le raisonner sans pourtant réellement y croire. Il faut dire qu’Alceste crée une coupure entre leurs deux personnages dès la première scène …

Je ne veux pas en dire plus, car ce serait risquer de gâcher un tel texte. Il ne reste qu’à prendre des places et … applaudissez, maintenant ! ♥ ♥ ♥

Farré fait fort

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Critique de Ferré Ferrat Farré, vu le 30 août 2013 au Vingtième Théâtre
Avec Jean-Paul Farré, Florence Hennequin, et Benoît Urbain

Quel plaisir de commencer ainsi la nouvelle saison théâtrale : une salle que j’aime beaucoup mais où je n’étais pas allée depuis un petit bout de temps, un grand acteur et chanteur sur cette scène que je connais si bien, et des chansons à texte … Cela ne pouvait être que bien. Mais à quel point, finalement ?
Jean-Paul Farré est un véritable personnage ; voix particulièrement reconnaissable, cheveux longs, petite personne, il ne faut pas longtemps à qui ne le connaît pas pour tomber sous son charme. Dès qu’il entre sur scène, il sait capter notre attention ; sa présence est indéniable. Son talent ne se limitant donc pas à la musique (on l’avait adoré dans Les 12 pianos d’Hercule il y a quelques années), le spectacle se déroulera également autour d’une petite histoire. Farré se transforme en candidat à la présidence de la chanson poélitique : les chansons porteront donc sur plusieurs thèmes définis en début de spectacle, et l’alternance entre Ferré, Ferrat, et Farré se fait sans choquer nos oreilles sensibles, puisque les chansons sont entrecoupées de brefs dialogues.
Comme on pouvait s’y attendre, tout ce qui est chanté est impeccable … en excluant 2 légers trous du comédien, après tout nous étions à la première et l’erreur est humaine, je pense n’avoir rien à redire. Les chansons sont excellement choisies, c’est-à-dire qu’il parvient à montrer la variété d’écriture des deux auteurs qu’il nous présente : je ne connaissais Ferrat qu’en belles chansons d’amour, et je lui ai découvert d’autres facettes bien inattendues (mais je n’en dis pas plus !). Et puis il faut avouer que Farré a une superbe voix, profonde, roulant ses [r], transmettant chaque émotion jusqu’à me mettre la larme à l’oeil. Une petite objection cependant : il nous présente lors de son spectacle des chansons qu’il a lui même composées (musique et paroles). Si c’est un très bon parolier, et qu’on salue particulièrement sa chanson sur le guide parisien des théâtres, ce n’est pas un excellent compositeur, et la mélodie manque de quelque chose. Bien dommage, car aux côtés de Ferré et de Ferrat, cela fait tache.
Aux côtés de Farré, la violoncelliste et le pianiste jouent le jeu : ils donnent la réplique à Farré lorsqu’ils ne l’accompagnent pas à l’instrument. Inutile de préciser que chacun maîtrise parfaitement son domaine … par contre, j’ai beaucoup apprécié leur participation aux spectacle, vivante et pleine d’entrain ! Malgré tout, je reste un peu sur ma faim. Le spectacle m’apparaît comme « brouillon », il ne semble pas totalement terminé et quelques arrangements seraient encore appréciés. Une histoire tournant autour d’un meeting, pourquoi pas, mais peut-être pourrait-on aller plus au fond des choses ? 

Un spectacle très conseillé pour qui aime la chanson française, ou souhaite découvrir un grand acteur français quelque peu extravagant ! ♥ ♥

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