#OFF18 – Roberto Zucco

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Critique de Roberto Zucco, de Bernard-Marie Koltès, vu le 19 juillet 2018 à la Fabrik Théâtre
Avec Lola Blanchard, Axel Granberger, Akrem Hamdi, Rose Noël, Sixtine Païtard Gilardoni, Mélie Torrell, Jonathan Turnbull, Clyde Yeguete, dans une mise en scène de Rose Noël

Je n’avais pas prévu d’aller voir Roberto Zucco. Peut-être parce que, comme pour la parisienne que je suis il m’est parfois difficile de franchir le périph’, sortir des remparts est une épreuve pour la festivalière qui sommeille en moi. Mais c’est en sortant de Nos Rêves que, discutant avec l’un des spectateurs et nous rejoignant sur notre déception commune, nous avons élargi la conversation au Festival dans sa globalité. Il m’a alors parlé de ce Roberto Zucco et ce son comédien exceptionnel. Je ne connaissais ce festivalier ni d’Ève ni d’Adam. Je savais seulement que nous avions le même avis négatif sur un spectacle. Cela voudrait-il dire que nous nous rejoindrions sur une autre proposition artistique ? Le pari fut pris.

Lorsque la pièce s’ouvre, Roberto Zucco s’échappe de la prison dans laquelle il vient d’être enfermé pour avoir tué son père. Il rentre chez lui, tue sa mère, et, ne supportant pas l’enfermement, s’enfuit à travers la France. Au cours de son parcours, presque à la manière d’un voyage initiatique, il rencontrera de nombreuses personnalités qui, toutes, incarneront une manière spécifique de vivre, et surtout d’être libre. Ou prisonnier.

On ne peut pas dire que je sois une grande fan de Koltès. Mes rares rencontres avec lui aujourd’hui se résument à une mauvaise mise en scène du Retour au désert et d’une, bien meilleure, de La solitude des champs de coton, mais ce sont chaque fois des textes qui m’ont paru bien loin de moi. Je ne m’attendais donc pas à être happée comme je l’ai été. Ne connaissant pas Roberto Zucco je ne suis pas en mesure de dire si le texte a été adapté de quelque manière que ce soit. Je peux simplement dire qu’il m’a embarquée avec lui dès la première scène pour ne plus me lâcher.

Il y a d’abord une mise en scène brillante que l’on doit à Rose Noël, qui incarne aussi un rôle dans le spectacle. Elle commence comme une claque et ne s’affaiblit pas, se déroulant crescendo jusqu’à une fin d’une beauté symbolique à couper le souffle. La mise en scène bifrontale permet d’engager tous les spectateurs, qui s’attendent presque à devenir otages de Roberto Zucco entre deux scènes. Mais c’est peut-être le choix des corps et les rapports qu’ils induisent qui fait la grandeur de ce spectacle : Rose Noël a misé sur sa troupe plutôt que sur des trucs de mise en scène artificiels. La mise en scène est sobre mais tout y fait sens.

Mais il y a aussi, et surtout, cet acteur incroyable qui incarne Roberto Zucco. Axel Granberger. On ne voit que lui même si à aucun moment il ne cabotine. Il n’est même pas si présent que ça, mais a le don, absent, de se faire chercher. Il a quelque chose du Peter Pan originel, celui qui tue les enfants perdus qui grandissent, ce Roberto Zucco. Il est fascinant. Par son regard, souvent enfantin, parfois sauvage. Par son corps, qui peut briser sa mère mais qu’on imagine sans difficulté s’envoler d’un coup de vent. Par sa diction, car si son accent étranger accentue la particularité du personnage, il a une manière de dire, de crier, de murmurer, qui tend à l’universalisme. Ou peut-être sont-ce les mots de Koltès qui sonnent si vrais dans sa bouche ?

Un metteur en scène, un comédien, mais surtout un Collectif 13 à suivre.  ♥ ♥

#OFF18 – La France contre les Robots

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Critique de La France contre les robots, d’après Bernanos, vu le 19 juillet 2018 au Théâtre des Halles
Avec Jean-Baptiste Sastre, dans une mise en scène de Hiam Abbas et Jean-Baptiste Sastre

La France contre les robots. Je ne connais presque rien de Bernanos mais le titre me plaît. C’est à peine si je situe l’auteur dans le temps. Un siècle. Mettons une décade, mais pas mieux. Je ne sais pas à quoi m’attendre, moi qui suis presque vierge de toute étude de la philosophie, en tout cas en milieu scolaire. Ça me titille, la philo, ça m’intrigue, je la cherche, mais je n’ai pas encore osé sauter le pas. Alors, par le théâtre, peut-être… ?

Avec un titre pareil, je m’imaginais presque des textes parlant de la croissance du numérique, de l’automatisation de la société. Je n’étais pas si loin ! La France est aujourd’hui au main des machines et la société de consommation fait la loi. Or pour y entrer, nous avons dû renoncer à toute idée de création. La liberté n’est plus qu’une chimère. Se penser libre aujourd’hui est un pas de plus vers une certaine forme d’asservissement. Critique du capitalisme avant l’heure.

Oh comme je suis embêtée à l’idée d’écrire un article sur le sujet. C’est toujours dur d’écrire sur un seul en scène, et ça l’est encore plus lorsque ce seul en scène est philosophique. J’ai beaucoup aimé le spectacle. Mais j’ai aussi dû m’accrocher car la langue de Bernanos est rude, le genre qui nécessite de relire certaines phrases lorsque vous avez le bouquin sous les yeux. Or ici, elle est dite, et il faut se concentrer pour suivre le fil.

Pourtant, Jean-Baptiste Sastre se soumet à l’exercice avec brio. La servante trône sur la scène de la Chapelle des Halles. Elle sera son unique accessoire, la déplaçant entre deux scènes, jouant avec les ombres dans ce lieu mystérieux. Il dit ses textes avec intelligence, tentant de nous faire prendre la mesure des phrases qu’il énonce, accentuant une conclusion, ralentissant dans une démonstration. Sa voix est profonde, agréable à suivre et à écouter, et il se fait porte-parole de Bernanos avec passion. Pas la passion christique, non. Plutôt celle d’un homme qui regarde le monde des hommes courir à sa perte.

Ça vaut le coup de s’accrocher.  ♥ ♥

#OFF18 – Moi aussi je suis Barbara

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Critique de Moi aussi je suis Barbara, de Pierre Notte, vu le 19 juillet 2018 au Petit-Louvre
Avec Pauline Chagne, Chantal Trichet, Vanessa Cailhol, Augustin Bouchacourt, et Clément Walker-Very au piano, dans une mise en scène de Jean-Charles Moureaux 

Voilà une affiche que je trouve très réussie. Parce qu’elle est intrigante, et parce qu’on m’avait dit beaucoup de bien de Moi aussi je suis Catherine Deneuve, j’ai décidé de réserver pour ce nouveau spectacle de Pierre Notte. Je sais pourtant bien que Pierre Notte est capable du pire comme du meilleur. Mais sachant que j’allais découvrir un autre de ses spectacles dans le OFF, cela augmentait mes chances de découvrir une pépite !

Tout commençait presque normalement. Je dis bien presque, car dès le début, l’un des personnages, couvert de cicatrices, est sous la table. On est dans la cuisine familiale et les ennuis arrivent : avec une mère débordée par une fille qui passe son temps à se scarifier et un fils à la recherche du pistolet de son père pour se tirer une balle dans la tête, on comprend que la troisième fille de la famille pète un plomb et se prenne soudain pour Barbara.

Je suis surprise car on m’avait dit que, malgré le titre, le spectacle ne parlait pas de Barbara. Je m’attendais donc à un spectacle qui n’empruntait à la chanteuse que son nom. Mais c’est peut-être exagéré de prétendre que le spectacle ne tourne pas autour d’elle puisque le personnage principal prend son apparence, et même jusqu’à sa voix ! Les scènes sont d’ailleurs ponctuées de chansons de Barbara ! Je me demande comment cela se passait pour Moi aussi je suis Catherine Deneuve

A mon sens, il n’y a pas de quoi crier au génie devant le texte. On sent certains « trucs » pour faire rire, d’ailleurs déjà repérés dans d’autres spectacles du OFF, comme le fait que tout le monde corrige les fautes de français de la mère. Ça n’ajoute rien ; au contraire ça banalise le tout. Malgré tout on ne s’ennuie pas, c’est vrai, mais on le doit plus aux acteurs qu’à la partition un peu débordante (voire débordée ?).

Car il faut bien reconnaître que les acteurs sont excellents. Chantal Trichet a des allures de Catherine Hiegel et campe une mère au bout du rouleau, prête à exploser à tout instant, provoquant souvent le rire par des ruptures de rythme très réussies avec Pauline Chagne, alias Barbara. On ne peut que s’incliner devant cette transformation très réussie, jusque dans les chansons, touchantes, et devant ce personnage attachant malgré tout. Bravo également à Vanessa Cailhol, au regard lunaire, dont les rares parties chantées sont des moments de grâce. Augustin Bouchacourt, enfin, dans un style bien plus neutre que la gente féminine, vient compléter le quatuor avec brio.

Aux fans de Barbara, et même aux autres, voilà un bon divertissement.  ♥

#OFF18 – On n’est pas des chiens

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Critique d’On n’est pas des chiens, de Jean-Rémi Chaize, vu le 19 juillet 2018 au Pandora
Avec Jean-Rémi Chaize dans une mise en scène de Mathieu Quintin

Au départ, je cherchais un spectacle pour le créneau de 14h30. J’avais un trou et je pensais que je ne serais pas encore rassasiée. Puis j’ai vu passer un tweet de Vincent Dedienne conseillant ce spectacle, qui par miracle rentrait parfaitement dans mon créneau – que demander de plus ? Moi qui ai raté le one de Vincent Dedienne, je ne vais pas aussi manquer ceux qu’il conseille. Alors même si le titre est étrange, on ne se pose pas de questions et on réserve.

Jean-Rémi Chaize s’inspire du quotidien. Ses différents sketchs traitent d’une grand-mère, seule chez elle, qui pense à voix haute en écrivant sa liste de course, d’un guide au musée du Louvre, d’une femme qui s’apprête à rentrer chez elle sous la pluie, d’un mariage gay, d’une caisse de supermarché, etc.

Il est écrit humour sur le dossier de presse. Pourtant la salle n’était pas soulevée de rire le jour où j’y étais. Quant à moi, je n’ai pas desserré la mâchoire. Je n’ai pas compris ce qui pouvait être drôle. Alors oui, ce serait mentir que de ne pas reconnaître que Jean-Rémi Chaize maîtrise à la perfection ses différents personnages. Avec son physique entre Daniel Radcliffe et Jean-Paul Rouve, il trouve une nouvelle tonalité pour chaque sketch. Mais ça ne m’a pas fait rire.

Je suis pourtant bon public en ce qui concerne l’humour… pouce-en-bas

#OFF18 – Deux fois rien

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Critique de Deux fois rien, de Grég Allaeys et Benoît Dendievel, vu le 19 juillet 2018 à l’Albatros
Avec Grég Allaeys (les mots), Benoît Dendievel (le piano), dans une mise en scène de Angélique Catel

Essayer de varier les plaisirs : si je vois très peu de classiques dans le OFF, j’essaie quand même parfois de revenir à la base, c’est-à-dire aux mots. J’aime les spectacles qui jouent avec les mots, les propositions littéraires un peu barrées comme pouvait l’être le Pourquoi ? de Michaël Hirsch présenté à plusieurs reprises au Festival. Sur un style qui semble très différent, ce spectacle m’a interpelée : non, on ne peut pas dire que je n’aime pas la poésie, mais oui, c’est vrai que je m’y connais peu car ce n’est pas le genre littéraire vers lequel je me tourne lorsque j’ai un moment. Alors, j’ai hâte de savoir ce que ces deux messieurs ont à me dire sur le sujet.

J’ai d’abord été très déçue. Déçue car finalement moi qui venais retrouver de grands classiques de poésies, c’est de la poésie contemporaine qu’on me présentait – ça m’apprendra à ne pas lire les résumés. Déçue aussi parce que la trame me semble bien superflue : les deux compères se prétendent en conflit sur le sujet du spectacle, un spectacle ou un concert ? A mon avis, cette fausse dispute est un prétexte à ne pas juste dire de la poésie, mais elle est inutile.

En effet, malgré ma déception première, je ne me braque pas. J’écoute les textes qui me sont proposés. Et je me laisse emporter. Voilà un moment bienvenu dans la folie avignonnaise, un moment de douceur, de pureté, de partage total. Un moment juste entre nous. Les textes sont parfois un peu naïfs mais ils me bercent. Et la poésie est des deux côtés : tant du bout de la plume de Greg Alleys que du bout des doigts de Benoît Dendeviel. Ses harmonies musicales sont un plaisir à écouter.

Alors la vie, la mort, le quotidien, l’amour, les naissances, mais aussi quelques sujets plus sociétaux avec Amour Akbar, autant de thèmes abordés dans les poésies de Greg Alleys. Beaucoup de jeux de mots, aussi ; certains un peu gros, d’autres plus raffinés, qui provoquent un sourire le temps que le cerveau dénoue la subtilité (« la super ficelle dans un monde d’artifice… »). Je n’aurais mis ni ce titre ni cette trame ; j’aurais juste écouté la poésie et la musique. Et c’est tout.

Retrouver le plaisir de se laisser porter à un tempo plus lent. Rare, en Avignon.  ♥

#OFF18 – Chattologie

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Critique de Chattologie de Louise Mey, vu le 19 juillet 2018 au Pandora
Avec Klaire fait Grr dans une mise en scène de Karim Tougui

Voilà un spectacle choisi de manière bien particulière ! Recevant un courriel de présentation il y a quelques semaines, je me suis évidemment arrêtée sur ce titre quelque peu provocateur ainsi que sur l’affiche qui, si je la trouve très réussie, est aussi très évocatrice. Fidèle à mon siècle, j’ai immédiatement tweeté mes réactions face à la découverte de ce spectacle, pour finalement proposer un petit jeu à mes abonnés : et s’ils décidaient eux aussi de ce que j’irai voir au OFF ? S’ils le souhaitaient, j’irai découvrir ce spectacle qui m’intrigue. Sondage créé, les twittos ont parlé, et me voilà à réserver pour un spectacle qui me fait peut-être un peu sortir de ma zone de confort. Intéressée.

Cette chattologie, c’est donc une conférence autour des menstruations, pour en apprendre plus aux femmes qui n’auraient pas poussé le sujet très loin, mais surtout, Klaire fait grr l’annonce dès le début du spectacle, pour contrer les clichés des hommes et le détruire le tabou autour des règles. Et tout y passe : anatomie, explication physiologique et déroulement détaillé des règles, protections hygiéniques utilisées aujourd’hui et leurs alternatives, la désertion des gynécologues (les chiffres sont effrayants), etc.

Si je n’ai pas appris grand chose au cours de cette conférence – mais je pense que je fais partie de celles qui se sont déjà beaucoup renseignées sur le sujet – elle m’a quand même servi de piqûre de rappel quant au chemin qu’il reste à parcourir pour dédiaboliser les règles. Il est clair que la différence est encore grande entre la manière de parler du sexe masculin et du sexe féminin dans les moeurs, et le spectacle a ce talent de nous faire passer le message tout en humour. Mention spéciale au début du spectacle qui m’a simplement fait hurler de rire. Et je n’étais pas la seule.

C’est une conférence plus qu’un spectacle : même si elle incarne 3 personnages différents, je ne pense pas que Klaire fait grr prétende jouer un autre rôle que le sien. Au niveau du jeu, d’ailleurs, on reprochera une diction un peu trop brutale – j’ai cru déceler au départ un léger accent belge, mais en fait non. Mais il faut reconnaître que l’écouter parler de ce sujet, de son sujet, reste très agréable. On sent que ça lui tient à coeur, on sent un véritable désir de transmettre.

Petit regret cependant : lors de la présentation des règles vient l’inévitable slide sur la douleur qui accompagne l’épisode. Pas un mot (enfin si, un, mais trop bref, et bien plus tard), sur l’endométriose, maladie pouvant entraîner ces douleurs et encore trop méconnue en France. La douleur liée aux règles est trop souvent banalisée, et elle l’est à nouveau dans le spectacle, alors qu’elle peut être liée à cette maladie, grave, qui touche 1 femme sur 10 aujourd’hui en France. Il aurait été important pour moi d’en parler plus longuement.

Klaire fait grr brise les tabous. Mais ceux qui vont la voir en ont-ils vraiment ? Vous avez 1 heure.  ♥

#OFF18 – Lucienne et les garçons

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Critique de Lucienne et les garçons, Opus 3, vu le 18 juillet 2018 au Théâtre du Girasole
Avec Lara Neumann, Flannan Obé, Emmanuel Touchard, dans une chorégraphie de Jacques Vidal et une scénographie de Pierre Lebon

Quand j’avais une petite dizaine d’années, mes parents nous ont emmenées, ma soeur et moi, voir ce petit cabaret qui s’était installé à l’Essaïon. Même si, à l’époque, je n’avais pas dû comprendre grand chose – je vous expliquerai pourquoi – j’avais adoré. J’ai acheté le CD, je connais toutes les chansons par coeur, bref, je suis assez fan. Quelle ne fut pas ma surprise alors de retrouver Flannan Obé et Lara Neumann récemment dans l’Opéraporno de Pierre Guillois, mais surtout dans le programme du OFF 2018 ! J’attendais avec impatience ma Madeleine de Proust et je suis ravie de voir qu’avec les années, mon amour pour ce spectacle ne s’est pas terni !

Bon, j’ai donc raté l’Opus 2. Mais j’ai quand même l’impression que rien n’a changé. Certes, le spectacle tourne un peu autour du thème « il faut se renouveler », « on est vieux », « on nous attend dans de nouveaux répertoires ». Mais c’est toujours la même énergie, la même complicité, le même plaisir d’être sur scène et de partager ces chansons du répertoire français avec curieux et connaisseurs !

En un mot : ils sont formidables. On les aime quand ils chantent leurs chansons poétriques, on aime deviner le bout du texte qui sera censuré, on les aime lorsqu’ils se chamaillent, on les aime lorsqu’ils dansent à la manière du Music-Hall et jouent avec leur public. Attention : si leurs chansons sont parfois un peu canailles, on est aux antipodes de la vulgarité ! Tout est dit avec finesse, les trois compères manient le second degré avec brio et, en plus d’être des musiciens et chanteurs de talents, ils sont de véritables comédiens. Ce spectacle ne manque de rien : c’est une perfection.

C’est dur pour moi de voir un spectacle le soir, car il vient souvent après 5 autres spectacles et plusieurs jours de Festival dans les jambes : j’ai toujours peur que la fatigue prenne le dessus. Ici, pas d’inquiétude ! Leur énergie est communicative et vous en sortirez revigorés, prêts à chanter et à danser jusqu’au bout de la nuit. Pour les plus anciens, vous aurez plaisir à retrouver de grands classiques, « Ouvre la fenêtre » ou encore « La femme est faite pour l’homme ». Et pour les nouveaux, ne manquez pas de découvrir ce trio épatant qui viendra ensoleiller votre fin de journée.

Un must see. ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Tzigane !

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Critique de Tzigane ! chorégraphié par Pétia Iourtchenko, vu le 18 juillet 2018 au Roi René
Avec Maxim Campistron, Alissa Doubrovitskaïa, Simon Renou, Lilia Roos-Dalskaïa, Petia Iourtchenko, Cécile Joseph, Mary Landret, Kevin Souterre, Angélique Verger, dans une mise en scène de Johanna Boyé

Je ne sais pourquoi ce spectacle m’a tapé dans l’oeil. C’est peut-être l’affiche, avec ce beau mouvement qu’elle suggère et ce rouge profond qui captive. C’est peut-être mon envie de découvrir des spectacles de danse dans une période où ma soif de culture se fait toujours plus importante. C’est peut-être mon goût pour la musique manouche qui envoie l’information à mon cerveau que mes oreilles aussi aimeraient profiter de ce Festival. Quoi qu’il en soit, après avoir raté l’unique représentation parisienne au Carré Bellefeuille, je me rattrape en venant découvrir le spectacle au Roi René.

On m’avait prévenue. Dans la matinée, alors que je mentionne au détour d’une conversation que je vais voir Tzigane ! dans l’après-midi, la personne avec qui je discute fait la moue. Reproche au spectacle ces clichés. Je n’ai pas encore vu grand chose de renversant à Avignon, est-ce que ça vaut vraiment la peine que j’aille découvrir encore un spectacle qu’on me déconseille ? Allez, quand même, j’avais dit que j’irais, tentons.

Quelle belle idée ! Peut-être que c’est parce que je partais avec cette vision en tête, et que j’ai finalement eu une bonne surprise. C’est vrai, il y a des clichés. Encore que, moi qui ne connais rien à cette culture, je parle de clichés car c’est l’exacte vision que j’avais de ce monde-là avant le spectacle. Mais je suppose qu’il a évolué depuis la représentation des gens du voyage qu’on découvre dans Tintin. Homme macho, combats de coq pour une belle, l’histoire est finalement assez creuse.

Mais là n’est pas la question. On l’oublie vite, l’histoire, et à mon sens elle n’est que prétexte pour que la danse démarre. Et là, plus rien d’autre n’existe. J’ai eu la chance d’être au premier rang, de pouvoir observer chaque mouvement de pied, chaque robe voltiger, chaque claquement de doigt, de main, de torse. On est bien loin du Gitano de Kendji Girac – oui, c’est ma seule comparaison, désolée.

Ici la danse devient moyen d’expression, devient nécessité, devient vie pure et simple. L’incarnation est si intense que j’ai cru la troupe étrangère et ai été surprise lorsqu’ils nous ont parlé en français à la fin du spectacle. Ils sont beaux à regarder, ces hommes musclés et ces femmes aux chevelures impressionnantes. Ils sont beaux à regarder, lorsqu’ils nous éblouissent par leurs pas incroyablement rythmés, quelque part entre claquette et corrida. Elles sont belles à regarder lorsqu’elles tournoient dans leurs robes de flamenco. Ils sont beaux. C’est beau.

A ne pas manquer. ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Là, maintenant, tout de suite, ou l’art d’improviser

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Critique de Là, maintenant, tout de suite, ou l’art d’improviser, de Didier Landucci, vu le 18 juillet 2018 à La Maison IV de chiffre
Avec Didier Landucci dans une mise en scène d’Ali Bougheraba

Dans la série Les comédiens que je suis et que j’ai grand plaisir à retrouver à Avignon, donnez-moi Ali Bougheraba ! Je crois que chaque année, c’est le premier nom que je cherche car je n’ai encore jamais été déçue par une pièce à laquelle il participait. Même si j’aurais préféré le voir sur scène, je fais confiance à un spectacle dont il signe la collaboration artistique. Et puis, Didier Landucci n’est pas un total inconnu, puisqu’il est l’un des membres des Bonimenteurs, et qu’il avait déjà travaillé avec Ali Bougheraba sur Ali au pays des merveilles.

Comme son nom l’indique, Didier Landucci nous propose un spectacle d’improvisation. Mais pas seulement : c’est plutôt un petit cours sur cette pratique qu’il nous donne durant 1h30. Les clés pour réussir, les qualités qu’elle requiert, la méthode en quatre points pour démarrer une improvisation, tout y passe. Même les spectateurs ! Quoi de mieux en effet lorsqu’on donne un cours de vérifier que les élèves ont compris. Mais pas d’inquiétude : non seulement on ne vous obligera à rien, mais le passage sur scène est vraiment placé sous le signe de la bienveillance.

J’ai tout aimé de ce spectacle : l’improvisation, évidemment, qui m’impressionne toujours autant ! Il n’y a pas à dire, Didier Landucci est doué pour ça. Comme attendu, les thèmes donnés par le public sont toujours tirés par les cheveux, mais il s’en sort avec brio. Il arrive non seulement à faire rire son public – c’est bien la moindre des choses – mais toujours en finesse, parfois en partageant avec nous une private joke en référence au début du spectacle, et toujours avec un soupçon d’originalité.

Mais j’ai aussi pris un grand plaisir à découvrir le reste du spectacle. Le désir de transmission est si évident chez Didier Landucci que les conseils qui alternent avec les sketchs d’improvisation sont tout aussi agréables à recevoir. Même si je ne suis pas montée sur scène, on sent depuis notre chaise l’importance de ce moment de partage et à quel point il veille à ce que chacun se sente à l’aise et à sa place, aussi, sur scène. Quant aux discours sur la hiérarchisation des cours à l’école et l’importance des disciplines artistiques, trop souvent méprisée, je partage entièrement son avis. Merci.

Foncez, là, maintenant, tout de suite ! ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Lettre à un soldat d’Allah

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Critique de Lettre à un soldat d’Allah, de Karim Akouche, vu le 18 juillet 2018 au Théâtre des Halles
Avec Raouf Raïs, dans une mise en scène de Alain Timár

Impossible, dans ce OFF, de passer à côté de la menace terroriste qui existe aujourd’hui en France. Le jihadisme, la radicalisation, la religion, l’immigration, l’identité, sont autant de sujets placardés dans les rues d’Avignon. Des sujets que j’associe surtout au 11-Gilgamesh ou à la Manufacture, où se produisent beaucoup de spectacles qui interrogent le monde d’aujourd’hui. Mais ils envahissent aussi peu à peu d’autres théâtres, et, convaincue par Vertiges que je découvre aux Halles, je décide de me lancer dans cette Lettre à un soldat d’Allah.

Il ne sert à rien que je m’appesantisse sur ce papier. Je ne suis pas entrée dans ce spectacle. J’ai trouvé le propos trop simple : il ne suffit pas de dire aux femmes d’enlever les burkas et de mettre des jupes pour régler le problème vestimentaire lié à la religion. S’il s’était agi de montrer, encore, je ne dis pas, mais le texte semble même proposer des solutions naïves aux problèmes soulevés.

Je ne comprends pas l’intérêt de monter un tel spectacle dans le OFF. J’entends bien que le geste prend une toute autre ampleur lorsque le texte est joué en Algérie. Mais à Avignon, devant un public évidemment d’accord avec le propos, où est le geste artistique, politique ? De plus, bien que Raouf Raïs se donne corps et âme pour défendre son texte, j’ai trouvé que la scénographie appuyait encore le côté simpliste du propos : couvrir une page du mot liberté a-t-il vraiment une portée symbolique forte ? J’en doute.

Déçue.