Masques et Nez, Théâtre Michel

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Critique de Masques et Nez des Sans cou, vu le 26 octobre 2011 au théâtre Michel
Avec en alternance : Jeanne Arenes, Marc Arnaud, Clément Aubert, Jonathan Cohen, Romain Cottard, Florine Delobel, Laurent Ferraro, Tewfik Jallab, Paul Jeanson, Adrien Melin, Igor Mendjisky, Arnaud Pfeiffer, César Van Den Driessche, Esther Van Den Driessche, mis en scène par Igor Mendjisky

J’avais déjà critiqué cette pièce lors du festival d’Avignon. Lorsque j’ai vu qu’elle repassait à Paris, je n’ai pas hésité, et j’ai repris des places.

Igor Mendjisky conserve l’ouverture du spectacle : « Ceci n’est pas un spectacle ». Cela fait rire certains, d’autres sont étonnés. Pas de réaction spéciale pour ma part ; je m’y attendais.

Après une pointe de déception quand j’ai constaté que, dans les 4 acteurs présents sur scène (plus une actrice annoncée comme « en retard ») ne se trouvait pas Adrien Melin, un acteur que j’admire beaucoup, j’ai été heureuse de reconnaître Romain Cottard (qui jouait Hamlet dans Hamlet), qui incarnait un professeur de français (Ferdinand) en collège, prof principal de la « 6e orange ». Dans le genre un peu coincé, il faisait merveille. A côté de lui, je n’ai malheureusement pas le nom des acteurs, mais on trouvait un boxeur sortant de prison (Lucas), un Benoît qui voulait s’affirmer et vaincre sa timidité, une future (peut-être) miss France (Jessica), et une prof de danse sortant du taxi d’un ami ….

Le principe reste le même, c’est-à-dire que 4 acteurs arrivent, et 1 est en retard, ayant préparé un texte plus ou moins connu (seul ou en groupe). Leur metteur en scène, placé sur un fauteuil sur un côté de la salle, leur fait d’abord faire quelques échauffements, puis ils présentent leur travail et attendent des critiques. Ils doivent paraître le plus naturel possible, sachant qu’ils ont tous un rôle totalement composé (la voix, le maintien, les tocs, la gestuelle, le langage).

Voir plusieurs fois une même pièce peut être très intéressant. Ici, c’était le cas. Car après l’avoir vu à Avignon, je m’étais demandée si, oui ou non, c’était de la totale impro … ça me paraissait impossible que la pièce n’ait pas été répétée. Pourtant, à présent, c’est plutôt mon avis. En fait, à présent, cela me semble évident que l’on a devant les yeux une improvisation quasi-totale (car les acteurs préparent tout de même un texte connu pour le travailler sur scène). Et c’est grâce à cela qu’on se rend compte du niveau, très élevé, des comédiens … et également de la qualité de la représentation. Les acteurs ont une excellente répartie et font à plusieurs reprises rire le public par quelques bons mots. Ils ne se coupent jamais la parole. Ils semblent toujours savoir où ils vont (lorsqu’ils miment par exemple) et ne connaissent le trou que lorsqu’ils présentent leur travail au metteur en scène (le trou est n’en paraît donc que plus réel ; c’est-à-dire que, s’ils avaient été à un « vrai » cours de théâtre, sans spectateurs, et qu’ils avaient eu un trou, il aurait eu lieu au même moment … Alors que s’ils avaient un trou lorsqu’ils parlent « normalement » (une discussion entre eux par exemple), c’est un peu invraisemblable dans ce qu’on pourrait appeler « le réel »).

Enfin, la pièce nous permet de découvrir certains textes (hier, étaient présentés : un extrait du Quai des Brumes, une chanson de Renaud, et un extrait de Quai Ouest). Les acteurs et les extraits changent tous les soirs, et ça vaut donc le coup d’y retourner !

Verdict : Impératif !

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Le jeu de l’amour et du hasard, Comédie-Française

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Critique du Jeu de l’Amour et du Hasard, de Marivaux, vu le 25 octobre 2011 à la Comédie-Française
Avec Alexandre Pavloff, Léonie Simaga, Pierre Louis-Calixte, Christian Hecq, Suliane Brahim et Pierre Niney, mis en scène par Galin Stoev

Dorante et Sylvia sont promis l’un à l’autre. Mais tous deux connaissent les enjeux du mariage, et ne tiennent pas à épouser n’importe qui. Sur le point de se rencontrer, ils échangent chacun de leur côté de personnage : Dorante prend la place de son valet, Arlequin, et Sylvia prend celle de Lisette, sa coiffeuse. Cela créé un comique de situation d’un bout à l’autre. Puis, comme souvent chez Marivaux, c’est la femme qui finira par « poser problème » (comme dans Les Serments Indiscrets, ou La Dispute) … Je ne vous en dis pas plus.

Ici, c’est une version assez … différente … de ce qu’on pourrait imaginer qui nous est présentée. Tout d’abord, les décors sont presques … grotesques. Ils représentent une maison, je suppose, avec différentes pièces, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, dont les murs sont décorés de fleurs roses … Les costumes sont très longs, parfois extravagants et assez surprenants (comme celui de Mario). En bref, ce n’est pas vraiment un cadre que l’on imaginerait pour un Marivaux.

La première approche de la pièce est donc assez déroutante dans l’ensemble. Mais lorsque la première scène débute, on est pris dans l’histoire et dans le jeu des personnages. Tout particulièrement, dans cette scène d’exposition, une actrice brille et se détache : Suliane Brahim. Je l’avais déjà vu à plusieurs reprises au Français, mais c’est la première fois qu’elle me paraît aussi parfaite ; sa gestuelle comme son ton et ses manières sans doute si travaillés paraissent extrêmement naturelles. Elle a une véritable présence sur scène, c’est indéniable. A ses côtés dans cette première scène, Léonie Simaga. Elle excelle également, mais me semble tout de même plus faite pour le tragique ; peut-être est-ce plus intuitif pour elle. En tout cas ici elle ne se détachait pas autant qu’elle avait pu le faire auparavant. Dommage (mais elle reste excellente). Puis apparaît Christian Hecq. Ce n’est pas un acteur que j’aime particulièrement, et je trouve qu’il a trop tendance à tirer la couverture à lui (comme dans Un Fil à la Patte) mais bien sûr je n’ai aucun mal à reconnaître que c’est un très bon acteur. Mais ici, il aurait presque tendance à « faire du Chrisitan Hecq » … malgré lui. C’est-à-dire que dès qu’il entre, certains sourient, d’autres rient. Rien qu’en le voyant. C’est dommage car son rôle, celui d’Orgon, père de Sylvia, n’est pas spécialement comique : c’est le « bon père » qu’on voit souvent chez Marivaux. Mais comme il a un physique et des mimiques comiques, tout de suite il a tendance à en rajouter. De plus, certaines de ses répliques ne sont pas totalement compréhensibles… Venons-en à Pierre Niney, jeune pensionnaire, incarnant Mario, le frère de Sylvia. Ils lui ont donné un côté « savant fou » qui n’est pas franchement utile au texte. En fait on ne comprend pas vraiment le pourquoi du comment… Enfin, Alexandre Pavloff et Pierre Louis-Calixte (Dorante et Arlequin) forment un parfait duo ; c’était la première fois que je voyais Calixte et je n’ai pas été déçue ! Par contre c’est vrai que j’avais préféré Pavloff en Diafoirus … Il ne paraissait pas assez amoureux, ici…

Encore une fois, il faut que je parle de la salle. Entre les parents qui expliquaient l’histoire à leurs enfants et ceux qui riaient dès qu’ils entendaient un imparfait du subjonctif … Malgré tout, je crois que c’est la première fois que j’entendais une salle aussi calme et attentive (c’est pour dire !). Lors des applaudissements, j’ai été très surprise : ils étaient très fournis, et tous les spectateurs battaient des mains en même temps, ce qui donnait l’impression que nous étions deux fois plus que d’habitude … ce qui n’était pas le cas (la salle était remplie, mais comme toujours). Enfin, cela montrait l’enthousiasme du public, et les acteurs ont eu droit à plusieurs rappels.

On m’avait dit énormément de bien sur la pièce. « Indépassable ». Comme pour Badine (mais quand même un peu moins) j’ai tout de même été un peu déçue. C’était superbe, sans doute. Mais peut-être que lorsqu’on se prépare à quelque chose d’extraordinaire, alors on risque la déception … Et après tous ces éléments assez étranges (dont un que j’ai oublié de citer : à un moment, Lisette et Orgon, respectivement coiffeuse et père de Sylvia, mangent des chamallow, sur scène. Orgon va même jusqu’à aller chercher un chamallow dans le décolleté de Lisette. Hmm … Des explications ?) j’en viens à me demander si ce côté « décalé » n’a pas une signification précise : le metteur en scène ne chercherait-il pas à nous montrer que le texte se suffit à lui-même ?

Verdict : tout de même, ça vaut le coup !

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L’Avare, Comédie-Française

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Critique de L’Avare, de Molière, vu à la Comédie-Française le 1er octobre 2011
Avec Dominique Constanza, Christian Blanc, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Loïc Corbery/Benjamin Jungers, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau/Christian Blanc, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, et Julie-Marie Parmentier

C’est dingue de se dire que je n’avais ni lu ni vu L’Avare. Jamais. Je connaissais certains extraits, bien sûr, comme le monologue d’Harpagon, ou certaines répliques, comme « La peste soit de l’avarice et des avaricieux », mais même l’histoire m’était presque inconnue (je dis presque car je m’en doutais un peu quand même !). C’est donc l’histoire d’Harpagon et de sa famille ; il est père de deux enfants, Cléante et Élise, qui veulent tous deux se marier avec ceux qu’ils aiment, mais leur père ne l’entend pas ainsi. Harpagon, du haut de ses 60 ans, désire également se marier, avec celle que son fils se destinait …

On connaît tous les comiques de situation que Molière parvient à créer. On sait qu’on peut rire d’un bout à l’autre lorsque c’est bien joué et bien mis en scène. On sait aussi qu’en général, les pièces sont relativement courtes. Si je vous dis qu’il est écrit, dans la brochure distribuée à la Comédie-Française : « 2h45 avec entracte », vous me croyez ? Il le faut, car c’est vrai. Et parfois, on la sent, la lenteur de l’action. Il y a quelques longueurs bien présentes, notamment au début.

En fait, c’est surtout les scènes où Denis Podalydès n’apparaît pas qui semblent longues. C’est dommage, mais franchement compréhensible : il est, tout simplement, formidable. On ne le reconnaît pas, lorsqu’il entre sur scène ; habillé de noir – formant ainsi un contraste avec les autres personnages dont les costumes sont très colorés, avec un maquillage qui semble vouloir souligner les traits de son « vieil âge », il se déplace pourtant avec la légèreté et l’habileté d’un homme de 20 ans ; il court, saute, s’énerve, rit, va, revient, monte les escaliers, danse, sans montrer aucun signe de fatigue. Extraordinaire, magistral, stupéfiant. Il « tient » la pièce à lui tout seul. Son monologue surtout, est absolument génial : comme je l’ai dit, je n’avais jamais vu la pièce. Mais là… ! Je ne parviens pas à imaginer meilleure interprétation. On comprend l’utilité de l’entracte ; je pense qu’il doit se reposer et se donne à fond pour sa tirade. Il saute de la scène sur les accoudoirs des premiers rangs, passe au-dessus des chanceux (dont moi !) pour se caler entre le 3e et le 4e rang. Il interroge alors la salle du regard, la questionne, l’invite à se prendre au jeu. Il semble comme possédé. Puis il revient, toujours avec cette grande agilité dont il a le secret. 

La pièce ne tarde pas à se terminer. Et c’est une très belle fin ; elle rappelle un peu la fin de La Grande Magie, pour ceux qui l’ont vue, avec la boîte (ici, la cassette), qu’il ouvre tout au bord de la scène … Les autres personnages sont alors derrière lui et l’accompagnent dans ses « retrouvailles avec son argent » …

C’est un Avare assez noir que Catherine Hiegel a tenu à nous présenter. Le personnage qu’incarne Podalydès paraît intelligent, et moins naïf que ce qu’on pourrait croire. Sans être non plus « sadique » avec ses enfants, il n’y prête aucune attention et semble franchement méchant, mauvais, et heureux lorsqu’il voit son entourage triste.

Je me dois quand même de parler des autres acteurs … qui, bien que très bons pour la plupart, étaient dans l’ombre de Podalydès, qui se détachait brillamment du lot. Il y avait bien Benjamin Jungers, que je découvrais, et qui compose un excellent Cléante ; il tenait tête à son père de la manière la plus réaliste qui soit. En revanche, sa soeur, incarnée par Julie-Marie Parmentier, n’était pas à la hauter ; se croyait-elle encore dans Badine qu’elle jouait au Vieux-Colombier la saison dernière ? Car lui a-t-on vraiment demandé de prendre cet air et ce ton desespérés tout au long de la pièce ? D’accord, quand elle parle avec son père, elle peut être triste … Mais lorsqu’elle parle à Valère, celui qu’elle aime, ne pourrait-elle pas faire passer un autre sentiment sur son visage ? Et même lorsqu’on sort de ce détail … Ne pourrait-elle pas parler plus fort ? Sa voix est à peine audible, et j’étais au 3e rang … Heureusement, elle est la seule dans ce cas-là (quoique je n’ai pas beaucoup apprecié le jeu trop monotone de Jennifer Decker), et des acteurs comme Jérôme Pouly (Maître Jacques), Nicolas Lormeau (Maître Simon) ou encore Nâzim Boudjenah (La Flèche), beaucoup plus pétillants, redonnent rapidement le sourire au spectateur.

A ne pas manquer, car un Harpagon comme celui-là, si vous voulez mon avis, ça ne court pas les rues … 

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Bérénice, Comédie-Française

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Critique de Bérénice de Racine, vu le 24 septembre 2011 à la Comédie-Française
Avec Martine Chevallier, Aurélien Recoing, Jean-Baptiste Malrtre, Simon Eine, Françoise Gillard/Adeline D’Hermy, et Yves Gasc

Quelle beauté ! Quelle tristesse que cette séparation entre Titus et Bérénice … Car, pour ceux qui ne le sauraient pas, là est tout le sujet de la pièce : Titus choisira-t-il l’amour, ou l’honneur ? Renoncera-t-il à Bérénice, qu’il aime et qui l’aime, pour contenter le peuple romain, qui ne supporterait pas une reine en guise d’impératrice ? 

C’est étrange, mais il y a environ un an, je voyais Andromaque à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Muriel Mayette. Je me souviens très bien de cet Andromaque, et j’avais dit « il est clair que c’est au spectateur d’entrer dans la pièce, et non le contraire ». Ici, c’est la même chose. Les décors sont les mêmes que pour Andromaque, et on reconnaît aisément « la patte » de Muriel Mayette : d’accord, Béréniceest plus difficile qu’Andromaque, le texte est plus « lourd » car les scènes sont plus longues, mais vraiment, j’ai l’impression qu’entre les deux mises en scène, rien n’a changé : il manque quelque chose. La question serait de savoir « quoi », mais je n’ai pas encore la réponse. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on ne voit que les personnages entrer et sortir, s’appuyer sur une colonne on s’asseoir sur les escaliers. Leurs regards semblent faux, ils ne s’accrochent pas comme ils devraient. Ainsi, Muriel Mayette a tout misé sur le texte ; ce n’est pas bête, car Racine n’a pas besoin d’une mise en scène extraordinaire pour être sublime. 

Est-ce que je rejette alors la faute sur les acteurs ? Sur Martine Chevallier, qui oublie son troisième mot lors de son entrée en scène ? Sur Aurélien Recoing, qui passe le monologue de Titus à une vitesse surprenante ? Sur d’autres, qui font des vers de 14 pieds alors qu’on est en alexandrin ? Non, ce serait injuste, m’a-t-on dit. « N’oublie pas que c’est difficile ». Eh bien, si ça l’est trop, il faut le voir, et ne pas monter Bérénice. Ce sont de grands acteurs, au Français, mais certains ne sont pas faits pour jouer tous les rôles : Martine Chevallier, par exemple, n’était pas une excellente Bérénice. Elle était bien, certes, mais je verrais plutôt quelqu’un comme Léonie Simaga, qui parvenait à tenir toute la salle en haleine lors de son monologue d’Hermione. Aurélien Recoing aussi était bon, mais sans être transcendant : là aussi, je verrais quelqu’un d’autre (Eric Ruf, qui faisait un Pyrrhus incroyable). Seuls m’ont vraiment convaincue Jean-Bapiste Malartre et Simon Eine, respectivement Antiochus et son confident. En effet, il nous était présenté un Antiochus résigné, triste, et hésitant. Partir, rester ? Influencer Titus ? Car lui aussi aime Bérénice… 

J’ai retrouvé ici les spectateurs « types » de la Comédie-Française : il y avait un premier rang de dormeurs ; des gens qui se flattaient d’avoir dormi, une fois la pièce finie, qui enlevaient leur chaussures pour appuyer leurs pieds peinturlurés de vernis sur la belle scène de la Comédie-Française. Mais bon, ils se taisaient pendant la pièce, donc je passe. Il y avait aussi cette fameuse personne qui est là à chaque pièce, et qui joue avec ses bracelets/colliers (elle me fait penser à une scène de Chantons sous la pluie, où Lina Lamont, au cinéma, joue avec son collier de perles, et on n’entend que ça). Le Français est également la seule salle, à ma connaissance, où des spectateurs peuvent rire durant une tragédie classique ; hier, à plusieurs reprises, un bon nombre de spectateurs a dû trouver certaines répliques drôles et a émi un ricanement audible … Ce que je trouve scandaleux. Pauvres acteurs, s’ils entendent ça, ils doivent se poser des questions.. Enfin, et c’est là-dessus que je finirai mon article, la salle était malade mais a respecté le texte, et ça c’est vraiment beau : c’est-à-dire qu’entre chaque acte, lors d’un noir et de la musique qu’on retrouvait aussi dans Andromaque, c’était un concert de toux. Mais vraiment. Au moins, le public attendait ce moment pour tousser …

On peut s’en passer, mais peut-être vaudrait-il mieux voir la pièce lorsqu’elle aura déjà bien démarré … j’ai assisté à la deuxième représentation, et c’est peut-être une des raisons qui fait que les acteurs n’étaient pas dans leur rôle…

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Le songe d’une nuit d’été, Théâtre de la Porte Saint-Martin

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Critique du Songe d’une Nuit d’Été, de Shakespeare, vu le 21 septembre 2011 au théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Lorànt Deutsch, Mélanie Doutey, Yves Pignot, Marie-Julie Baup, Davy Sardou, Nicolas Briançon, Laurent Benoît, Ofélie Crispin, Dominique Daguier, Armelle Gerbaault, Thibault Lacour, Léon Lesacq, Maxime Lombard, Thierry Lopez, Jacques Marchand, Elsa Mollien, Carole Mollienn, Carole Mongin, Maurine Nicot, Jessy Ugolin, et Anouk Viale, mise en scène de Nicolas Briançon ]

C’est dans une ambiance « années 70 » que se déroule la célèbre comédie de Shakespeare. Une comédie ? Non, c’est plus que ça. Un songe, oui … une féérie. Car après tout, l’histoire de la Reine des Fées, d’un lutin qui s’amuse de tout, de plusieurs couples, et d’homme qui se transforme en âne, ne révèle-t-il pas ce côté de Shakespeare qu’on peut avoir tendance à oublier : une imagination débordante et une écriture d’une légèreté impressionnante ?

Mais, si Mélanie Doutey et Lorànt Deutsch sont tête d’affiche, c’est plus, il me semble, pour « attirer les foules » que pour l’importance de leurs rôles ; c’est Yves Pignot, Marie-Julie Baup, Davy Sardou, Elsa Mollien, et Thibaut Lacour qui mènent la danse. Ils sont tous excellents ; et en particulier, on a un Yves Pignot digne de plus Grands : il a un véritable talent comique, si bien qu’il lui suffit presque d’entrer en scène pour que le public rie. Une mention spéciale également à Marie-Julie Baup, que j’avais déjà vu dansLes Femmes Savantes et qui ici s’est créé un véritable personnage qu’elle dirige à merveille. Davy Sardou fait un peu « tâche » dans ce quatuor ; meilleur que dans Léocadia, il ne brille pas non plus et reste le « maillon faible » de l’équipe.

A présent, il faut parler de ceux qui devraient être les « stars de la soirée », à savoir Lorànt Deutsch et Mélanie Doutey. Ce sont tous deux de très bons acteurs, c’est indéniable, mais je continue à trouver cela de la publicité mensongère que de voir leurs visages dans tout Paris, que de placarder leurs noms en énorme devant le théâtre, alors que leurs rôles sont secondaires. J’avais déjà vu Mélanie Doutey dans un téléfilm, mais je ne connaissais pas Lorànt Deutsch (ou seulement de nom ; c’est l’auteur de Métronome, un livre sur l’histoire de Paris – génial, paraît-il). C’est surtout ce dernier que j’ai été très heureuse de découvrir : il a un réel talent, que n’importe qui peut remarquer malgré son rôle peu important (pas non plus inutile, mais j’ai quand même été déçue de ne pas le voir plus longuement). 

Mais quelque chose gène. Ce n’est pas une question d’acteur, mais clairement de mise en scène : il y en a trop. Trop de décor flashy, trop d’agitation. Je suis très contente que la compagnie aie les moyens de s’offrir des accessoires pareils, mais vraiment, trop c’est trop, et cela gâche un peu le songe.

Enfin dernière chose insupportable : la pièce attire beaucoup de monde. Tant mieux pour eux. C’est vraiment plein. Mais bien sûr, parmi tous les spectateurs, il y a des connaisseurs, et d’autres pas. Qu’ils découvrent le théâtre ainsi, bonne idée. Mais à ceux qui viennent tousser pendant 2h20, je dis non. Car oui, un homme m’a gâchée le spectacle en se raclant la gorge pendant tout le spectacle, toutes les 1 minute 30 environ. Et ça, durant un Shakespeare, et surtout une pièce telle que Le Songe, ça vous donne des envies de meurtre. Vraiment.

Verdict : on passe un très bon moment, si tant est qu’on échappe à la zone de tousseurs.

Sortie du DVD tant attendu

 

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie du DVD de Ce qui arrive et ce qu’on attend, de Jean-Marie Besset, mis en scène par Arnaud Denis, avec Virginie Pradal, Adrien Melin, Jonathan Max-Bernard, Jean-Pierre Leroux, Blanche Leleu, François Mougenot, et Arnaud Denis. Sa sortie officielle est le 16 septembre.

Une pièce que j’ai vu 6 fois et que je reverrai encore ; je conseille donc à ceux qui ne la connaissent pas ou qui n’ont pas eu la chance de la voir d’acheter la captation de la pièce, qui vaut vraiment le détour. 

Vous pouvez commander le DVD sur le site de la Copat : ici, ou sur amazon, ici . 

Le DVD sera également disponible en grandes surfaces (fnac, gibert). 

Réalisation : Philippe Miquel

Entre deux ils, Théâtre de l’Oeuvre

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Critique d‘Entre deux ils, d’Isabelle Cote, vu le 7 septembre 2011 au théâtre de l’Oeuvre
Avec Lysiane Meis, Bernard Malaka, et Eric Savin, mise en scène de José Paul et Agnès Boury

Une femme, deux hommes, une histoire. Claire et Rémy sont mariés depuis 10 ans et vivent à Paris. Un matin, Claire annonce à Rémy qu’elle part. Pas d’explications, mis à part une lettre, qu’elle lui demande de lire avec attention. Elle part à Toulouse, et commence à travailler dans une librairie où elle rencontre David, propriétaire de la boutique. Pendant ce temps, Rémy engage un détective qui la suit, et il part pour Toulouse. Lorsqu’il arrive, Rémy se retrouve face à la femme qu’il a aimée : il lui dit alors qu’il a bien lu la lettre, mais que non, il n’avait pas couché avec cette femme il y a quelques années (c’était le motif de son départ). Mais finalement, le motif du départ change et … attendez, franchement, l’histoire tient-elle debout ? Je réponds sans hésiter : non. Ce qui aurait du être des coups de théâtre tombe trop souvent à plat. La mise en scène procède par tableaux, et fait penser au feuilleton Plus Belle la vie. En effet, à la fin de chaque tableau, un nouveau secret et révélé, laissant un instant de suspens … jusqu’à ce que tout ce qu’on a appris depuis le début se mélange, et qu’une seule réponse arrive pour le tout. 

Je me suis trop souvent ennuyée. Ce que je déteste au théâtre, c’est être déçue, surtout lorsqu’on perd 1h30 (c’était quand même une bonne nouvelle, je croyais que la pièce avait duré 3h) et qu’on a cours le lendemain. L’histoire ne tient pas debout, et la plupart des répliques ressemblent à du « remplissage ». C’est dommage, car le début n’était pas si mal. De plus, je sais qu’il faut vivre avec son temps, mais j’ai du mal à entendre, au théâtre « il m’a appelé sur mon iPhone » ou encore « tu regardes trop Desperate Housewives« . 

Malgré tout, les acteurs semblaient « y croire » et avaient tous un excellent jeu ; j’avais déjà vu Bernard Malaka dans Le diable rouge et c’est un acteur que j’aime beaucoup. Je découvrais les deux autres et je n’ai pas été déçue. Mais, et c’est là qu’on se rend compte que d’autres textes tels que La Vérité ne sont pas si mauvais que ça … 

En conclusion, je déconseille fortement cette pièce. On s’ennuie trop souvent, pour finalement être déçue par les « révélations finales ». Je n’ai apprécié que le jeu des acteurs et .. les décors. La librairie est franchement belle ! Mais cela ne suffit pas. Verdict : inutile.

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Présentation de la saison 2011-2012 au Vingtième Théâtre

Tout d’abord, je vous prie de m’excuser d’avance. Une année très lourde m’attend et il se pourrait que le temps que j’accordais l’année précédente à ce blog soit réduit. Les critiques seront donc peut-être moins approfondies.

Je compte ici donner mon avis, brièvement, sur certains spectacles présentés le 5 septembre, au Vingtième Théâtre (tout détailler serait trop long).

Dorian Gray [Oscar Wilde] (24 août – 30 octobre) : Par la magie d’un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences. Vous connaissez mon avis sur la pièce, je veux juste préciser que j’ai trouvé l’attitude de Grégori Benchenafi assez déplacée, il n’a fait qu’une courte apparition, sans costume, pour présenter (je cite) « l’atout-charme » de sa pièce : Caroline Devismes, qui a chanté une courte chanson. Pour peu que l’histoire nous soit inconnue, impossible de la deviner ainsi. Vraiment dommage.

Chez Mimi [Aziz Chouaki] (7 septembre – 30 octobre) : Une comédie provençale chantée qui se déroule dans les années 60. Un bistro-guinguette avec ses rumeurs de comptoir et son bal du samedi soir. Un chanteur de rock qui fascine les midinettes. Et puis la guerre, celle d’Algérie. Et, trônant derrière le comptoir, Mimi l’Algérienne, avec sa faconde, son franc-parler et ses silences sur son pays natal : Mimi, l’âme du village. Avant de voir l’extrait présenté, je pensais que j’irais. Après, j’en avais un peu moins envie. Mise en scène qui a l’air assez simple, malgré une histoire qui peut-être intéressante. 

La Sublime revanche [Camille Germser] (2 novembre – 22 janvier) : En 1973, un groupe de danseuses, employées dans différents cabarets parisiens, fondait un syndicat pour se réapproprier corps et spectacle. Elles furent toutes licenciées. Un an plus tard, ces danseuses présentaient leur propre revue. Ce spectacle fit salle comble et scandale durant trois mois, au Théâtre du Soupirail. La Sublime revanche est une reconstitution de cette revue. Ici, c’est le contraire. Aucune envie d’y aller avant d’avoir vu les 2 passages qu’elles ont présentés. Mais après … Oui, je pense que j’irai le voir.

Andromaque, fantaisie barock’  [Pierre Lericq] (9 novembre – 15 janvier) : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector … qui est mort. Après L’Odyssée, la Genèse etAntigone, Les Epis Noirs déracinent Andromaque ! Une fantaisie barock’ où se mêlent et s’entremêlent burlesque et tragédie, chant et danse … avec La Mort comme maîtresse de cérémonie. Et en effet, ce sont deux extraits avec La Mort qui ont été présentés. Je n’ai pas vu le rapport avec Andromaque, mais c’était vraiment pas mal ! J’irai.

L’Hôtel des Roches Noires [Françoise Cadol et Stefan Corbin] (18 janvier – 4 mars) : Des fantômes hantent les murs d’un ancien hôtel. De courants d’air en éclats de rire, ils jouent pour passer le temps. Leur voeu le plus cher serait la réouverture de l’hôtel pour qu’enfin les clients reviennent et avec eux, leurs histoires d’amour. Bientôt arrive un homme avec un coeur qui bat… Indécise. Peut-être, peut-être pas…

Nuremberg, la fin de Goering [Arnaud Denis] (25 janvier – 10 mars) : A la fin de la deuxième guerre mondiale, les Alliés se retrouvent devant un épineux problème : que faire des grands dirigeants nazis ? Ils ne seront pas fusillés, ils seront jugés pour crimes contre l’humanité. C’est le début d’un des plus grands procès du XXe siècle : le Procès de Nuremberg. Sur le banc des accusés, Hermann Goering, deuxième personnage du Reich, attend son jugement. Que dire, à part que le discours du procureur américan, présenté par Jean-Pierre Leroux, ne peut me rendre que plus impatiente …

Alaska forever [création collective] (7 mars – 25 mars) : Au rythme d’un reality show stellaire et déjanté, « L’Homme en blanc », gourou du management et génie de la finance, confie son histoire, celle d’un grand patron de l’industrie pétrolière confronté à une catastrophe écologique sans précédent. Définitivement, non.

Pasolini [Michel Azama] (21 mars – 29 avril) : Communiste-catholique-homosexuel-dissident… controversé-excommunié-persécuté-assassiné ! Film-spectacle retraçant 25 ans de l’histoire et la fin tragique d’un des plus grands poètes, cinéaste, romancier italient du siècle dernier ! L’histoire est sûrement passionante, mais a priori … non.

Antigone [Sophocle] (28 mars – 6 mai) : Dans cette course suicidaire entre deux êtres que tout oppose, trois somédiens endossent tous les rôles tandis que le Choeur, accompagné d’un violoncelle, fait résonner cette langue d’une incroyable modernité. La salle semblait s’être endormie pendant leur présentation : sans hésitation, non.

Dorian Gray, Vingtième Théâtre

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Critique de Dorian Gray, d’après Oscar Wilde, vu le 24 août au Vingtième Théâtre
Avec Gregory Benchenafi, Gilles Nicoleau, Laurent Maurel, Caroline Devismes et Stefan Corbin, mis en scène par Thomas Le Douarec

J’avais déjà vu le spectacle à Avignon … mais à Paris en Août, les spectacles n’abondent pas. Et comme j’aime assister aux premières ; que je n’avais pas détesté la pièce, et que cela faisait 8 jours que je n’étais pas allée au théâtre … « allez, on y retourne ! »

C’est l’histoire de Dorian Gray… un jeune homme, très beau, qui rencontre un peintre, nommé Basil, lors d’un soirée organisée par une lady … Ils deviennent amis, et Basil, subjugué par la beauté de son nouveau camarade, lui propose de peindre son portrait grandeur nature. Dorian accepte. Mais alors qu’il pose, sir Henry, dit Harry, ami de longue date de Basil, lui rend visite. Et cette rencontre entre Dorian et Harry change tout pour notre jeune héros … en effet, Harry complimente d’abord Dorian sur sa beauté, mais il lui tient également des discours étonnants sur la jeunesse … discours qui vont décider le beau jeune homme à échanger son âme contre la jeunesse éternelle … Et cela s’opère au moyen de son tableau ; il change de « place » avec celui-ci, dans la mesure où Dorian gardera toujours sa jeunesse et sa beauté, il ne changera pas au fil des années, alors que son tableau vieillira, et portera les marques de la noirceur de son âme …

L’histoire est merveilleuse. Rien n’est changé, ils ont juste supprimé une scène présente dans le célèbre roman d’Oscar Wilde, ce qui n’empêche en rien la compréhension de l’histoire. Pour expliquer mes impressions, je vais devoir séparer la pièce en plusieurs parties.

Tout d’abord, le début. Le lancement de la pièce. Pour tout vous avouer, j’ai ri. J’ai ri car ils en font trop, j’ai ri car cette scène, juste avant de rentrer dans l’histoire, semble inutile, j’ai ri car la morale « de surface » (celle à laquelle le lecteur pense en premier, avant d’approfondir la question et de se rendre compte que l’auteur a fait passer plus d’une idée dans son roman), plutôt implicite dans le roman, est déclarée ici haut et fort, à plusieurs reprises, ce qui donne un effet un peu lourd … « L’âme est un bien précieux, on peut l’acheter et la vendre … » 1 fois, d’accord. Mais quand les acteurs, avec des capes noires, dans une ambiance (musique, lumières) sombre, le répètent sans s’arrêter … Non, vraiment, je n’ai pas trouvé cela intéressant, cela n’apportait rien … le texte peut parler de lui même, et, si la pièce est bien faite, le spectateur doit parvenir à trouver, seul, cette morale. Mais ce détail, je l’accorde, n’est pas non plus d’une importance capitale ; le metteur en scène a fait un choix, il doit donc y avoir une raison. Je ne m’attarde donc plus sur ce point.

La pièce commence. J’étais à la première, les acteurs sont tendus, raides, et ne parviennent pas à entrer dans leur rôle – enfin, c’est l’impression qu’ils donnent. Malgré tout, on est immédiatement séduit par le jeu de Laurent Maurel, dans le rôle d’Harry : il est cynique à souhait, comme le veut son rôle – ses pensées immorales, mais très spirituelles, font grand effet sur le public ; il est, d’après moi, le meilleur acteur de cette distribution. Basil, incarné par Gilles Nicoleau, est également très bon ; son rôle semble plus difficile que celui de Harry, dans la mesure où il doit jouer un homme qui connaît un sentiment nouveau, celui de la passion … pour un autre homme. Mais quand arrive Grégory Benchenafi … l’effet attendu n’est pas le bon. Il ne se tient pas bien sur scène, en tout cas, lorsqu’il joue – il est bien meilleur lorsqu’il chante, mais j’en reparlerai. Les bras ballants, le visage fixe, la voix toujours sur le même ton, il ne parvient pas à étonner le spectateur. Et ce, tout au long de la pièce. C’est dommage, car c’est tout de même le personnage principal … Enfin, le dernier personnage est une femme : Caroline Devismes, qui tient tous les rôles de femmes de la pièce (3 différentes il me semble). C’est une bonne actrice, bien que sa voix ne porte pas énormément.

Il faut maintenant que je parle, malheureusement, d’un autre élément que j’ai trouvé à moitié utile. Je m’explique : il arrive un moment dans la pièce, où le temps doit passer. Une ellipse, en quelque sorte. Alors Basil et Harry, devant nos yeux, se teignent les cheveux et la barbe en gris : cela est une très bonne idée. Mais pendant ce temps, Dorian Gray nous explique son passe-temps favori (les femmes) à l’aide d’une chorégraphie très moyenne  … c’est l’autre moment du spectacle où j’ai bien ri ; c’est très prévisible : il arrive avec un gilet sans manche, sans rien dessous. Évidemment, lors de sa chorégraphie avec la femme, elle lui arrache son gilet et il se retrouve alors torse nu, pour le plus grand plaisir de ses fans (photo ici)… Voilà qui n’était peut-être pas nécessaire, vous ne pensez pas ?

A présent, il faut que je vous signale quelque chose, si vous ne le saviez pas encore : c’est un spectacle musical. Voilà encore quelque chose que j’ôterais (ou du moins je ferai en sorte de changer les paroles)… Les musiques sont bien (composées par Stefan Corbin, qui accompagne les chants au piano ; c’est d’ailleurs un très bon pianiste que j’ai beaucoup applaudi), mais les paroles … les refrains des différentes chansons sont « Tu as volé mon âme, Dorian », « Ne m’abandonne pas, pardonne moi », ou encore « Tu as tué mon amour, pour toujours » … Les paroles ne sont pas très recherchées et n’ajoutent rien au texte. Malgré tout, les comédiens chantent tous très bien, notamment Grégory Benchenafi, qui était à l’affiche de Mike la saison dernière. Il a une voix magnifique et, si les paroles n’étaient pas les mêmes, ce serait un réel plaisir de l’écouter. Car là, on ne parvient qu’à l’entendre …

Enfin, j’aimerais parler de la fumée… C’est un élément que je n’aime pas beaucoup au théâtre, car je ne le trouve pas souvent utile. Et là, elle est beaucoup trop présente pour être toujours réellement utile. Au début : l’ambiance brumeuse de Londres … d’accord. Mais après ? Je ne me souviens pas de tous les instants où elle est utilisée, mais je me souviens bien m’être dit à plusieurs reprises « pourquoi mettent-ils de la fumée ? ».

Pour conclure, bien que bon nombre de choix de mise en scène ne m’aient pas plus, on passe un bon moment – car après tout, lorsque je dis que « j’ai ri », même si ce n’est pas vraiment en accord avec un tel texte, je n’ai pas dit « je me suis ennuyé » (même si parfois, on frôle l’ennui).  Et je ne change pas d’avis, mon dernier mot sera : pourquoi pas ?

 

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Thomas Chagrin, Déchargeurs

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Critique de Thomas Chagrin de Will Eno, vu le 17 août au théâtre des Déchargeurs
Avec Adrien Melin, mise en scène Gilbert Désveaux 

Voilà encore une pièce que je ne serais pas allée voir si je ne suivais pas le parcours de  l’excellent acteur qu’est Adrien Melin … Découvert dans Le Diable Rouge, je l’ai revu par hasard dans Ce qui arrive et ce qu’on attend, puis dans Masques et Nez. Il a vraiment énormément de talent, et nous le prouve ici, une fois de plus.

Un homme entre. Costume qui semble trop grand, un peu froissé … sans pour autant faire clochard, … disons qu’il ne semble pas faire attention à son allure … Il essaie d’allumer une cigarette, mais souffle sur son allumette. Il retente. Puis explique que, de toute façon, il devait arrêter. Et là, il commence son histoire … Une histoire ? Mais … y en a-t-il vraiment une ? Le texte paraît brouillon, confus, comme si le narrateur se perdait dans le fil de ses idées … C’est un homme, ce Thomas Chagrin … qui se pose beaucoup de question sur la vie, la mort, l’amour … Il a déjà vécu, se souvient de la difficulté à sortir de l’enfance … se souvient de ce chien, qu’il a perdu étant enfant … puis de cette femme, perdue, étant adulte … et s’adresse à nous, au public … C’est plus un dialogue entre lui et nous, dans la mesure où à plusieurs reprises il nous pose des questions, qu’un monologue. J’ai d’ailleurs eu droit, comme à tous ceux du premier rang, à des questions, de sa part … et c’est là qu’on s’aperçoit que le rythme est excellent … car, lorsqu’il vous pose une question, en vous regardant droit dans les yeux, vous ne savez pas si vous devez lui répondre … vous réfléchissez … et quand vous avez résolu de répondre (ou non) à haute et intelligible voix, il reprend tout naturellement la parole, comme si quelqu’un lui avait répondu… le rythme vous laisse donc juste assez de temps pour réfléchir, mais pas non plus assez pour répondre … cela permet, ainsi, au personnage d’enchaîner sur autre chose … Compliqué à expliquer, mais j’espère l’avoir à peu près bien transmis…

Ainsi, malgré un texte … comment dire ? un peu cafouilleux, sans être non plus inintéressant, Adrien Melin parvient à saisir le spectateur pendant plus d’une heure, grâce à son incroyable talent (il est sorti du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 2007, et je ne serais pas étonnée s’il était dans les meilleurs de sa promotion), diction parfaite, gestuelle et déplacement excellents, et une réelle présence … il est seul, d’accord, et réussi (donc ?) aisément à attirer le regard sur lui … mais le regard s’accroche, et on ne parvient plus à le quitter des yeux, même lorsqu’il nous raconte des histoires, on a du mal à s’intéresser aux playmobils qu’il sort de sa boîte … mais on se surprend tout de même à entrer dans son histoire, quelque peu étrange, qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît, et qui semble « sortie de nulle part »  .

Sans pour autant avoir jubilé devant cette histoire, j’ai surtout énormément apprécié le jeu d’un acteur qui fait sûrement partie des Grands … Je ne sais donc pas si je dois le conseiller .. on ne s’ennuie pas, ça, c’est sûr – mais ce n’est pas une histoire qu’on retient … plutôt un acteur qu’on admire durant un peu plus d’une heure ! Et pour cette simple raison, je vous conseille d’y aller. 

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