Autour de la Folie, Lucernaire

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Critique d’Autour de la Folie créé par Arnaud Denis, vu 3 fois, au théâtre du Lucernaire
Arnaud Denis seul en scène, mise en scène d’Arnaud Denis et Jonathan Max-Bernard 

Qu’est-ce que la folie ? La question pourrait nous entrainer très loin … Arnaud Denis, partant des définitions de Oliver Wendell Holmes « On appelle fous ceux qui ne sont pas fous de la folie commune », et « La folie est souvent la logique d’un esprit juste que l’on opprime », nous présente différents textes, écrits par différents auteurs, plus ou moins connus, dont le thème est, bien évidemment, la folie. Mais les textes se suivent et ne se ressemblent pas ; et voilà comment Arnaud Denis excelle : il passe de la folie dangereuse, comme l’est celle de « Mémoire d’un fou » de Flaubert, à une folie plus douce, telle celle de Karl Valentin, avec, semble-t-il, une plus grande facilité que le spectateur, qui lui est cloué à son siège, étonné, effrayé, impuissant. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ; les passages d’un texte à l’autre ne sont pas non plus brutaux : l’enchaînement se fait à l’aide d’un noir, qui crée une sensation de vide autour de soi, qui entraîne le spectateur dans la peur, dans le trouble, dans la folie. De plus, la mise en scène (Arnaud Denis est assisté de Jonathan Max-Bernard) participe aussi à la dégradation des sens du spectateur ; ce dernier perd, par exemple, sa notion de l’espace, grâce à la taille des chaises, décor principal, qui diminue au fil du spectacle. C’est là un élément de scénographie simple, mais efficace. A plusieurs reprises, un autre objet vient compléter les chaises ; il prononce Flaubert enchaîné, en homme non-libre … et un Lautréamont crucifié, immobile. 
Peut-être reconnaissez-vous l’affiche … ou du moins, l’inspiration, de l’affiche. Cela vient – me semble-t-il – de l’autoportrait de Gustave Courbet ; « désespéré » … peinture assez mystérieuse d’ailleurs.
Je sors à peine du spectacle, à l’heure où j’écris cette critique. Je suis encore sous le choc. C’est saisissant. Le public est tendu. Les noirs paniquent et étouffent. La sensation de la folie, en face de nous, se fait de plus en plus réelle. Le talent du comédien y est évidemment pour beaucoup : il devient fou, sous nos yeux. Ses gestes – des tremblements, des tocs, ses  bruits – parfois étranges, entre le cri et le rire, son visage – exprimant tantôt la crainte, tantôt la rage, tantôt l’incompréhension qui l’amènent bien vite à la folie … tout est fait pour que le spectateur s’inquiète, se sente mal à l’aise, car inhabitué à la présence d’un fou, si proche … C’est également un spectacle où il crie beaucoup. Mais pas des cris inutiles, pas des cris « jesaispasquoifaired’autrealorsjecris », ce sont de vrais cris, authentiques, paniqués … Sa voix n’est d’ailleurs pas cassée … c’est un grand travail que d’arriver à crier sans se blesser sa voix … mais, comme aucun obstacle ne semble lui résister, il y arrive, car cela fait plus de 2 semaines qu’il joue et rien ne laisse à penser qu’il crie tant, tous les soirs …

Ce qui m’a fait le plus d’effet, ce sont les textes durs, violents, plus que ceux, par exemple, de Karl Valentin (bien que j’aie été heureuse de les découvrir !). J’ai oublié de citer les différents auteurs des textes : Maupassant, Flaubert, Shakespeare, Michaux, Karl Valentin, Lautréamont, et Francis Blanche. Car oui, Arnaud Denis clôt son spectacle  sur une chanson, « Ça tourne pas rond ». Chanson qui peut apparaître effrayante à cause de sa gestuelle … Mais il manque un texte, même lorsque je cite tous ces auteurs. Il s’agit de celui qui nous lance dans la folie, le premier que l’on entend … un témoignage d’un schizophrène, en anglais – moi qui suis très loin d’être bilingue, j’ai tout compris, rassurez-vous. J’ai beaucoup aimé celui-ci, effrayant également, par le texte et les expressions de l’acteur … C’est son entrée en scène, peut-être donc l’un des passages les plus importants, et il ne la rate pas : on en vient à se demander si c’est réellement Arnaud Denis devant nous, on a du mal à le reconnaître, dans sa tenue blanche, ses cheveux très courts, et ses étranges réactions.
On n’en sort donc pas indemne, et certains textes laissent beaucoup à réfléchir (et tout particulièrement le texte de Maupassant « Lettre d’un fou » , que j’ai trouvé extrêmement riche et intelligent … peut-être le texte qui m’a le plus troublée …). Vous pouvez trouver un extrait de la pièce ici, ainsi que plusieurs interviews sur les sites de france inter (émission « Fol été ») et france culture (émission « Déjeuner sur l’herbe »). Je vous incite fortement à aller la voir (billetreduc offre des tarifs intéressants) … elle redonne confiance en les « seul en scène autour d’un thème (très) compliqué et (très)     riche », qui n’est pas un genre facile, mais stupéfiant lorsque bien joué, avec des textes bien choisis et une mise en scène intelligente.
Et [je ne peux m’en empêcher] …  vous passerez une soirée de folie. Réelle.

A voir impérativement.

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Festival Off 2011 [Avignon]

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Comme tout critique passionné qui se respecte, je fais mon pèlerinage annuel au festival Off d’Avignon (je n’ai pas la chance d’aller au In) : 2 voire 3 pièces dans la journée, une ambiance théâtrale avec toutes ces affiches dans la rue, une bonne demi-heure d’attente devant chaque théâtre, (ou gymnase faisant office de salle pour l’occasion), tout cela me ravit. C’est donc 3 jours (j’essaierai de faire plus l’année prochaine, car j’ai trouvé que cela passe trop vite) de théâtre non-stop … un bonheur !

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Mais la liste des pièces à voir est très dure à établir ; en effet, dans le Off, on trouve du très bon comme du très mauvais. La liste établie, on réserve, on attend, et on critique. Je regrouperai toutes mes critiques sur les pièces vues dans un seul articles ; les critiques seront courtes et se termineront pas un avis général : conseillé or not conseillé, car là est toute la question.

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Masques et nez (Théâtre des Béliers)

      « Ceci n’est pas un spectacle ». Voilà comme Igor Mendjisky (déjà vu dans Nos Années Pension, metteur en scène de Hamlet), metteur en scène, accueille son public. Et quel public ; la salle était comble, certains spectateurs étaient même assis sur les escaliers. Puis ce jeune metteur en scène nous explique que nous allons assister à un cours de théâtre. Bien sûr, tous les apprentis acteurs seront joués par des acteurs confirmés, très bons dans la composition : car le principe est simple, après quelques exercices pour s’échauffer (occuper l’espace, imitations), chaque « élève » présente une petite scène. Bien évidemment, chacun met en avant un caractère spécifique à son personnage ; on peut assister à 3 distributions différentes, et je me souviens de l’acteur un peu lèche-botte et très sûr de lui, le chauffeur de taxi parisien renfermé (Eddy : Adrien Melin, toujours excellent), une racaille nommée Pistole jouant Agamemnon dans Iphigénie, accompagné d’un vieillard (très bien joué par un acteur relativement jeune ; il a d’autant plus de mérite) jouant Achille (vous imaginez donc le comique qui en ressort). Enfin, tous portent un masque de théâtre, et, il faut le dire, ils le portent très bien : cela complète leur personnage et les rend plus « réels ». On est plié d’un bout à l’autre du spectacle, et on n’a qu’une envie : y retourner … de plus, la 2e fois, il y a des places gratuites ! Verdict : vivement conseillé. 

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Dorian Gray (théâtre Buffon)

Adapté du roman d’Oscar Wilde, la pièce est centrée autour de Dorian Gray, ami du peintre Basil, qui lui a peint son portrait. Mais Dorian est jaloux de ce portrait, et lorsqu’il fait la connaissance de Lord Henry, dit Harry, il comprend alors qu’il ne sera pas éternellement beau et jeune tel qu’il l’est aujourd’hui. Il fait alors un pacte avec le diable, et vend son âme pour avoir l’éternelle jeunesse. Ici, la version présentée est musicale ; pour être honnête, ça aurait été tout aussi bien sans musique. Mais passons. Ce sont de bons acteurs devant nous ; Caroline Devismes, Gilles Nicoleau, Stefan Corbin, Laurent Maurel … Grégory Benchenafi est peut-être un peu en-dessous des autres … Mais ils ont tous une belle voix. En revanche, le travail ne semble pas fini, et, même si on est pris par l’histoire d’Oscar Wilde, il manque quelque chose au spectacle ; peut-être était-ce un peu lent parfois, ou trop confus. Pour revenir sur cette histoire de musique, cela gâche un peu la pièce ; les textes ne sont pas bons et beaucoup trop répétitifs. Enfin, la salle est remplie par des fans (surtout des femmes) de Grégory Benchenafi ; car c’est lui qui interprétait Mike dans Mike Laisse nous t’aimer, et il est possible que la troupe ait compté là-dessus pour sa pub, cela expliquerait également l’ajout des musiques. Verdict : pourquoi pas ?

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Mais n’te promène donc pas toute nue (Théâtre du Chène Noir)

Saviez-vous qu’il était possible de ne pas rire devant un Feydeau ? Pour moi, c’était impossible. Jusqu’à ce que je voie ça. Des acteurs qui ne savent pas jouer, un texte comique devenu trop vulgaire, un rythme bien trop lent, des musiques style « détente » qu’on peut vous passer dans l’avion ; le résultat, c’est une salle muette. Pas un rire n’a été entendu. Mais comment peut-on continuer de jouer un Feydeau lorsque personne ne semble s’amuser ? Mais les acteurs bougeaient, se trémoussaient, dansaient, et surtout : enlevaient leur pantalon ! Car oui, dès que c’était possible on pouvait admirer le caleçon de ces messieurs, les fesses de madame (est-ce si habituel de jouer la femme en guêpière noire ? Tsss …). Enfin, le metteur en scène (Gelas) a continué dans sa pensée de monter le plus mauvais Feydeau possible, et a modifié le texte ! Peut-être ne le trouvait-il pas assez drôle … C’est clair que ses modifications ont eu un grand effet : déconseiller ce spectacle, ce metteur en scène, et ces acteurs (Olivia Forest, Emmanuel Besnault, Guillaume Lanson, Marie Pagès) à tous les festivaliers … et tous les amoureux du théâtre. Car Gérard Gelas est le directeur du Théâtre du Chène Noir … VDM. Mais le public n’est pas dupe : lorsque le noir s’est fait, on a pu entendre plusieurs spectateurs huer … ce qui a stoppé quiconque souhaitait applaudir. Verdict : je ne déconseille pas : j’ordonne à tous de ne pas y aller.

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Anne Baquet « Elle était une fois » (Théâtre du Balcon)

Décidément, j’aime beaucoup les acteurs Baquet : après avoir vu plusieurs fois Grégori Baquet (Le Timide au Palais, Colombe, Le K, L’échange ) à Paris, nous avons décidé de voir, au Festival Off, sa soeur : Anne Baquet. Elle nous présente un conte musical ; cela peut sembler enfantin, mais détrompez-vous ! Je pense que cela peut plaire à tout âge ; ce petit bout de femme fait des merveilles : elle nous raconte l’histoire d’un bébé née le jour de Noël, qui passe par l’enfance, l’adolescence, et souhaite devenir actrice : quel dur métier que celui d’acteur ! Tout cela est chanté ; et quelle voix ! C’est une pro, et cela s’entend tout de suite : en effet, elle est accompagnée au piano. Mais celui-ci joue une mélodie totalement différente de ce qu’elle chante : c’est un exercice extrêmement difficile, comme si vous chantiez Fame à côté de quelqu’un qui fredonne Frères Jacques… Mais son talent ne s’arrête pas au chant : elle joue merveilleusement bien (elle crée plusieurs personnages et les joue sans jamais s’emmêler les pinceaux), avec une gestuelle et des mimiques excellentes. En bref : Génial ! Verdict : à voir absolument  pour qui aime le chant !

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Sarvil.jpgRené Sarvil, l’oublié de la Canebière (Théâtre des Carmes)

Certains pourraient dire « ce sont des amateurs » (j’ai entendu un spectacteur, peut-être même acteur lui-même, dire ceci à la fin de Un de la Canebière. Il me semble avoir aperçu ce même spectateur lors de ce spectacle ; il avait l’air enchanté) … Mais voilà bien un spectacle de professionnels ; quelque chose de brillant, avec beaucoup d’enthousiasme, de très belles voix, d’excellents comédiens, une histoire intéressante : une délicieuse soirée. Je connaissais Les Carboni grâce à leur dernier spectacle : Un de la Canebière (puis Ali au Pays des Merveilles, le seul en scène d’Ali Bougheraba) ; je connaissais leur talent pour rendre la salle joyeuse, mais là … c’était encore mieux, car Ali Bougheraba donne réellement vie au grand parolier qu’est René Sarvil : il possède un grand talent comique, marqué par sa gestuelle et sa manière de dire les choses … On ne peut s’empêcher de sourire en le voyant ! De plus, il est merveilleusement accompagné par Anthony Doux (à l’accordéon), et (dans l’ordre sur la photo) Benjamin Falletto, Mathieu Becquerelle, et Cécile Becquerelle. Ils nous présentent donc l’histoire de Sarvil, sa vie, et ses oeuvres : comme on pouvait s’y attendre, les différentes étapes de sa vie sont ponctuées de chansons, très bien chantées, dont le parolier n’est autre que … Sarvil. Et cela nous en apprend énormément ; saviez-vous que « Ne frotte pas François », « Zou, un peu d’aïoli », « Au pays du soleil », « Les Pescadous Ouh ! Ouh ! », « Cane cane Canebière », « Adieu Venise provençale », « Le chapeau de Zozo », tout cela était de lui ? Et bien après le spectacle, vous le saurez ! Verdict : à voir impérativement, et même, comme moi, 2 fois (extrait vidéo) !

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Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (Théâtre Buffon)

Il faut vous l’avouer tout de suite : je suis loin d’avoir tout compris. Pour tout dire, je n’ai pas compris grand chose. Je n’irai pas jusqu’à dire que je n’ai rien compris, mais pas loin … Car en effet, c’est indiqué sur le programme « à partir de 15 ans ». J’ai 15 ans. Et je peux vous assurer qu’à moins d’être fan d’histoire des idées politiques – de philosophie politique – une personne de 15 ans ne peut pas saisir grand chose. Les termes, les allusions, les critiques, rien de tout cela n’a pu m’atteindre. Malgré tout, le talent des acteurs est remarquable : je pense notamment à Jean-Paul Bordes, que j’avais déjà vu dans Colombe (rôle de composition : Poête-Chéri), et qui excelle ici en Machiavel (qui se rapproche presque d’un rôle de composition) … Je voyais les autres spectateurs, et il parvient à les tenir en haleine … J’ai pu parler à des personnes que le sujet avait interessé, et elles le trouvent formidable. Il parvient à donner une âme et un corps à des idées est ce qui me semble le plus juste … Mais je ne vous ai pas raconté la situation … c’est un dialogue, vous l’aurez compris, de deux personnes qui n’auraient pu se rencontrer (l’époque diffère) ; ces deux penseurs échangent leurs idées sur la politique, et le moyen de posséder et de conserver le pouvoir. D’un côté Machiavel (c’est lui qui monopolise la parole, il est le personnage principal), partisan de la force et la ruse. De l’autre Montesquieu, penchant vers le droit et la Constitution. Verdict : pour quelqu’un qui est en mesure de comprendre et d’être interessé par le sujet, il me semble que c’est une pièce à ne pas manquer ! Mais ne vous surestimez pas … disons plutôt « à partir de 18 ans » ou « nécessite une très bonne culture générale » …

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Les Liaisons Dangereuses (Théâtre Essaïon)

Je n’ai pas grand chose à dire sur la pièce … Déjà, je précise que c’est l’adaptation du roman de Laclos, ce n’est donc pas écrit pour le théâtre … Ensuite, le metteur en scène s’est permis de rajouter quelques scènes, ce qui allonge la pièce – qui n’en avait pas besoin. Le résultat, c’est donc quelque chose d’assez long (1h30), d’ennuyeux, soutenu par des acteurs plus ou moins bons … 3 sont bons voire très bons, mais deux (les deux atrices les plus à gauche sur la photo ci-dessous) récitent, ne jouent pas, ne sont pas dans leurs rôles … C’est une mise en scène un peu trop scolaire … Je ne crois pas avoir quelque chose à ajouter. Verdict : ne vaut pas le coup.

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Journal d’un curé de campagne (Théâtre des 3 Soleils)

Encore une pièce donc le titre n’est peut-être pas très attirant … Pour tout vous dire j’avais un peu peur. Je connais cet acteur, Maxime d’Aboville, car je l’avais vu dans Tout est bien qui finit bien (vous me direz, ce n’est pas une référence …). Mais certains l’avaient vu dans Henri IV et étaient convaincu de son talent. Et quel talent ! Dans ce seul en scène, il prouve qu’il a un quelque chose ; car ce n’est pas accordé à tout le monde de nous tenir autant en haleine, avec une histoire peu ordinaire … un thème peu ordinaire … quelque chose qui, dit autrement et par un autre acteur, aurait pu me laisser totalement de marbre. Mais là ! … on est passionné par l’histoire de ce curé, qui voit son village ne presque plus croire en Dieu, malade d’un cancer qui le tuera, essayant d’apaiser les âmes alors que la sienne ne l’est pas vraiment … Et c’est grâce à Maxime d’Aboville qu’on est touché, qu’on est ému, qu’on souffre. De plus, l’acteur semblait malade ce jour-là – une grippe, car il avait le nez pris, – et, même s’il se mouchait à plusieurs reprises, qu’il avait les yeux brillants de fièvre et quelque chose dans la voix qui rappelait son rhume, il parvenait à donner une grande intensité à son texte. Verdict : à voir !

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ed29f8ep.jpgLe K (Théâtre Buffon)

Décidément, moi qui n’étais pas fan des seuls en scène avant le festival, je peux à présent changer d’avis ! J’avais déjà vu Le K à Paris, mais lorsqu’on aime une pièce et qu’on est mordue de théâtre, retourner voir ladite pièce se fait avec énormément de plaisir. Et comme je n’avais rien de prévu à cette heure là … j’y suis retournée ! Et je n’ai pas été déçue ! Après avoir fait 50 minutes de queue, j’ai pu me placer (enfin !!!) au premier rang, milieu. Et monsieur Baquet est entré en scène. Tout le monde connaît Le K, célèbre recueil de nouvelles de Dino Buzzati. Ici, Grégori Baquet nous présente 12 de ces nouvelles, très bien choisies. La mise en scène est sans faute et rien ne manque, l’acteur est excellent (comme toujours), sa diction parfaite, et ses déplacements gracieux. C’est formidable de pouvoir revoir cela après plus d’un an ! Selon les histoires, on est angoissé, puis la suivante peut être plus légère, plus comique, et le changement d’humeur se fait sans problème. Les différentes nouvelles s’enchaînent très bien ; la fin est ponctuée d’un noir, une musique en accord avec la nouvelle histoire, le déplacement du meuble « K » qui constitue le décor (voir photo), et la suivante peut commencer. Enfin, c’est un acteur que je suis, que j’admire beaucoup, et à qui je vais d’ailleurs consacrer un article. Verdict : vous l’aurez compris, voici une pièce à ne pas rater. Mais attention, la salle est pleine !

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Voici donc venue pour moi la fin du Festival …

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Ce Festival a aussi été l’occasion, pour moi, de rencontrer des acteurs … dans la rue ! J’ai vu, par exemple, Adrien Melin, lorsque je faisais la queue pour Dorian Gray.
J’ai également pu obtenir un autographe d’Ali Bougheraba, et une photo dédicacée de Grégori Baquet – avec qui j’ai pu échanger quelques mots : c’est un instant de pur bonheur que de pouvoir parler à quelqu’un qu’on admire.
Vivement l’année prochaine !

Léonie Simaga

Léonie Simaga, sociétaire du Français

Léonie Simaga, sociétaire du Français

Léonie Simaga est une actrice que j’ai découverte dans Andromaque de Racine : elle jouait Hermione, et semblait alors parfaite pour jouer la tragédie. Je ne l’imaginais pas en un personnage autre qu’une jeune amoureuse trahie, pleurant sur l’épaule de l’homme qu’elle aime mais qui la rejette, se suicidant au dessus du corps, mort, de Pyrrhus, mélant son sang au sien : en deux mots, une véritable tragédienne. Puis, j’ai appris qu’elle jouait et chantait dans L’Opéra de Quat’sous … pièce que j’ai vue le jour de la fête de la musique : j’avais du mal à croire que j’avais des acteurs, et non des chanteurs, en face de moi. Et particulièrement, semblant se détacher des autres, Léonie Simaga, jouant le rôle principal (Polly), avec une voix magnifique, une gestuelle parfaite, un jeu absolument excellent.

C’est une jeune actrice, née en 1978, sociétaire de la Comédie-Française depuis 2010. Elle a mis en scène quelques pièces (Pour un oui ou pour un non au Vieux-Colombier, La Dernière Lettre et Epître aux jeunes lecteurs au Théâtre du Conservatoire). Elle a également fait un peu de cinéma (Le Bal des Actrices, Mon Pote), apparaissant même dans la série Vénus et Apollon.

Pourtant, sa carrière n’était pas toute tracée ; elle souhaitait plutôt devenir enseignante. Elle fait une hypokhâgne puis une khâgne à Condorcet, mais son échec au concours de l’ENS la dirige vers autre chose ; elle veut réussir un grand concours, et entre donc, tout naturellement, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où elle reste de 2002 à 2005. Elle entre rapidement à la Comédie-Française car on peut la voir dans Esther en 2004 puis dans Le Cid en 2005 (l’Infante, puis Chimène, en 2007). Elle est engagée comme pensionnaire le 13 juillet 2005, puis devient sociétaire le 1er janvier 2010.

C’est une excellente actrice, que je compte bien suivre ; lorsque j’ai vu sur le programme du Malade Imaginaire qu’elle interprétait, en alternance avec Julie Sicard, Angélique, j’ai espéré tomber sur elle ce soir-là : et lorsque je l’ai vue entrer sur scène, j’ai fait un grand sourire, car il n’y a rien de meilleur que de voir un acteur dont on connaît les capacités sur scène : on sait alors que notre soirée sera assurément bonne, si tant est que l’acteur/actrice en question apparaisse beaucoup. Malheureusement, là, elle avait un rôle plus secondaire : mais cela n’avait pas d’importance car elle est toujours très juste, toujours excellente, qu’elle soit le premier rôle, ou la « simple » amoureuse de second plan. Et j’ai tout de même passé une très bonne soirée (voir ici).

Je pense qu’elle peut tout jouer. Mais, si elle est parfaitement capable de jouer la comédie, la farce, comme L’Amour Médecin, on l’imagine aussi dans un grand rôle tragique ; à quand Phèdre (elle jouerait, bien sûr, Phèdre !) ? Elle a un talent … Elle dégage réellement quelque chose sur scène ; elle illumine le plateau, elle vit son rôle : comment ne pas souhaiter le retour de Pyrrhus vers Hermione après l’avoir vue se lamenter auprès de sa confidente ? comment ne pas s’indigner lorsqu’on voit Angélique découvrir son futur mari, Thomas Diafoirus ? Elle nous séduit par son jeu – parfait, sa voix – douce, son articulation – impeccable, sa beauté …sublime. Enfin, où sont ses défauts ? En a-t-elle seulement ?

Voici une interview, où on peut voir qu’elle n’est pas sûre d’elle … contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, car quand on a un tel talent, on peut se permettre d’avoir, au moins un peu, confiance en soi !

IL NE FAUT JURER DE RIEN,Léonie Simaga par publicsenat

Le Malade Imaginaire, Comédie-Française

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Critique du Malade Imaginaire de Molière, vu le 4 Juillet 2011 à la Comédie-Française
Avec Julie Sicard/Muriel Mayette, Gérard Giroudon, Catherine Sauval, Michel Favory, Alain Lenglet, Alexandre Pavloff, Laurent Stocker, Léonie Simaga/Julie Sicard, Loïc Corbery/Laurent Stocker, Nicolas Lormeau, Adrien Gamba-Gontard,  Emma Cachau/Héloïse Giret/Maud Lamy/Cécile Vaubaillon, Nathalie Macé et Camille Turlot, Carole Ségura-Kremer, Valérie Wuillème, Laurent Bourdeaux/Christophe Grapperon, Christophe Ferveur, Jorris Sauquet, Emmanuelle Guigues/Marion Martineau

J’ai déjà vu la pièce, dans la même mise en scène, au même endroit, lorsque j’avais 6 ou 7 ans. J’étais malade, peut-être trop jeune aussi, et je n’ai donc pas pu apprécier pleinement la pièce. Aujourd’hui, bien que je n’aie certainement pas tout compris, j’ai beaucoup plus saisi l’importance de cette pièce, sa richesse, et surtout le fait que c’est une pièce complète : tout d’abord par rapport aux personnages – Molière met en scène un enfant, ce qui est quasi-inexistant dans le monde théâtral – mais aussi sur les thèmes abordés, sur le fait que ce soit une comédie autour de sujets sérieux, tels que l’argent ou la médecine. Enfin, c’est la pièce où Molière fait référence à lui-même, et ça … ce n’est pas permis à n’importe qui !

La mise en scène de Claude Stratz, décédé en 2007, est celle que la Comédie-Française reprend lorsqu’elle décide de jouer Le Malade Imaginaire : c’est très compréhensible, car c’est une mise en scène parfaitement au service du texte : chose rare à la Comédie-Française, il n’y a aucune complexité. C’est simple et complet, sans être superficiel.

Il faut aussi savoir que, lorsqu’on a pareille mise en scène jouée à la Comédie-Française, cela donnera forcément (au moins) quelque chose de bien. Mais quelques perturbations peuvent arriver, et qui empêcheront le spectacle d’être parfait … Le trou de Michel Favory (il jouait Monsieur Diafoirus) qui se remarque, par exemple … Oui, car monsieur Favory a, hier, eu un oubli de texte très visible, car il a commencé à bafouiller – alors que, sur cette pièce, ce n’est pas très dur d’improviser – puis on a entendu un souffleur quelconque lui dire sa réplique – le moins discrètement du monde. Cela entraine une peur chez les autres acteurs : ils craignent une récidive… Ainsi, quand Favory a fait une pause de quelques secondes entre deux phrases, lors d’une scène suivant « l’incident », Julie Sicard, craignant un second trou, a enchaîné directement sur sa réplique : mais cela a créé une confusion car Favory connaissait son texte cette fois-ci, et il a donc parlé en même temps que Julie Sicard … qui a dû répéter ce qu’elle venait de dire juste après la fin de la réplique de Favory : cela n’est donc pas passé inaperçu aux yeux du public. Un autre élément m’a un peu gâché la pièce – non, j’exagère : une seule scène : il s’agit de Louison. 4 enfants sont en alternance pour le rôle, je ne sais donc pas celle que j’ai vue hier… Mais elle n’était vraiment pas bonne. D’accord, c’est une enfant, mais je suis sûre qu’on peut trouver de meilleures actrices de 10 ans qu’elle … car enfin, elle parlait tout bas – je n’aurais rien entendu si je n’avais pas été à l’orchestre – on ne comprenait pas ce qu’elle disait car elle avalait certains mots … Enfin, heureusement qu’elle n’a pas grand chose à dire. Mais cette scène, qui devrait être comique, m’a ici surtout paru longue. Enfin, j’aimerais mentionner un nom, qui est sûrement connu de vous :  il s’agit de Loïc Corbery. Ce jeune acteur dont tout le monde chante les louanges, et que j’ai moi-même complimenté (voir ici) après Badine, semble restreint à un seul « ton de jeu » : il semblait jouer Perdican. En tout cas, je n’ai vu aucune différence de style, entre Cléante et Perdican … Bien que proches – jeunes amoureux, voulant se marier, obstacle à leur mariage – , les personnages ne sont pas non plus les mêmes : dans la version de Badine présentée par Yves Beaunesne, Perdican appairaissait un peu sombre, assez brutal … Ce qui n’est pas du tout le cas de Cléante ! Ce ton grave qu’il prend lorsqu’il est Perdican ne s’accorde pas avec le ton, beaucoup plus comique et léger, de Cléante. Bref, il ne faudrait pas que Corbery se mette à « faire du Corbery » … ce n’est pas parce qu’il est sociétaire de la Comédie-Française que tout est acquis … Je suis peut-être un peu dure, c’est vrai, mais c’est à cause d’une légère déception …

Mais finissons avec les notes négatives, et passons à ceux que j’ai trouvés « bons ». « Bons », c’est-à-dire qu’ils étaient dans leur personnage, qu’ils jouaient bien, mais que ce n’était pas transcendant : Catherine Sauval (Béline), et Alain Lenglet (Béralde).

Enfin, j’ai gardé le meilleur pour la fin : voici ceux qui m’ont beaucoup plu. Tout d’abord, Léonie Simaga, qui, malgré son petit rôle (Angélique), parvient à se détacher du lot des « bons » : c’est vraiment une actrice que j’apprécie énormément et qui, à chaque fois que je la vois, parvient à dépasser ce que j’attendais pour son rôle … Je dois également parler de Julie Sicard, parfaite en Toinette : physique idéal – elle est plutôt petite et très vive – elle a un je-ne-sais-quoi de comique, auquel on ajoute un grand talent de comédienne : voici une Toinette en bonne et due forme ! Parlons aussi de Gérard Giroudon, malade en barbotteuse, attendrissant dans ses moues, étonnant dans ses (quelques) instants de colère, surprenant lorsqu’il sort subitement de sa « mort » … Magique. C’est, somme toute, un excellent malade. Et enfin, vient celui que j’ai le plus apprécié ; il s’agit d’Alexandre Pavloff, qui incarnait Thomas Diafoirus, promis à Angélique. Eh bien, il était tout simplement extraordinaire : Thomas est un rôle de composition, et Pavloff s’est réincarné en un personnage ridicule à souhait : maquillé, plein de tocs, avec une démarche trop solennelle, c’est ici le meilleur Diafoirus que l’on puisse imaginer, à mon humble avis !

J’ai également remarqué une grande utilisation des bruitages : le vent, le chien, le tic-tac de l’horloge … Je ne suis pas fan, car leur utilisation n’était pas toujours nécessaire…

C’est donc, comme on pouvait s’y attendre, un excellent Malade Imaginaire, qui frôle le parfait … Mais peut-être que nous avons assisté à une des plus mauvaises sans le savoir – paradoxe, car ce serait une « plus mauvaise qui reste excellent »…

Lysistrata, Sudden Théâtre

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Critique de Lysistrata, d’Aristophane, vu le 25 juin 2011 au Sudden Théâtre
Je cherche la liste des acteurs

Lorsqu’on est fatiguée, qu’on a eu beaucoup de très bonnes sorties au théâtre dans la semaine, et qu’on doit se trouver à 21h très loin du lieu où on habite pour aller voir une pièce jouée par des élèves comédiens, on espère au moins que le spectacle commencera à l’heure. Qu’on ne se soit pas dépêchée pour rien. Ainsi, quand on entre dans la petite salle de représentation après plus d’un quart d’heure de retard, on a un très, très mauvais a priori. Et, il faut le reconnaître, les a priori au théâtre, ce n’est pas bon : ils nous persuadent que la pièce que l’on va voir ne vaut pas le détour. Or, ici, il faut reconnaître qu’elle le valait.

Il nous est présenté une version inhabituelle de Lysistrata, dans le sens où cette version est complète : aucun passage en plus, aucun passage coupé. Et une excellente traduction. Lorsqu’on ajoute à tout cela les chœurs chantés sur des airs d’Offenbach, alors on passe une très bonne soirée. Je n’ai malheureusement pas à disposition les noms des acteurs et actrices, mais je peux déjà dire qu’ils étaient tous bons, tous chantaient parfaitement bien, et on pouvait même entendre toutes les voix (soprano, alto, ténor, basse).

J’ai particulièrement retenu le jeu des actrices, dont, comme je l’ai dit, les noms me sont inconnus, et surtout de Cléonice, avec son air de cruche et sa très belle voix, ou encore Myrrhine, avec sa voix quelque peu transformée pour faire une voix de « snob », et qui était parfaite dans la scène entre elle et son époux.

L’actrice jouant Lysistrata, quant à elle, avait un caractère essentiel pour être conforme au rôle : elle savait ordonner. Elle dégageait un je-ne-sais-quoi qui la rendait très autoritaire, sans être agressive.

On retient également le décor, simple mais élégant, comportant quelques colonnes et les Propylées (en fond de scène, au milieu) : de plus, on ajoute une bonne utilisation de la fumée (car oui, il n’y a pas de fumée sans feu, et ici les hommes veulent mettre feu à l’Acropole). La fumée est en effet de plus en plus utilisée dans les spectacles, mais on ne comprend pas toujours sa présence.

Enfin, c’était donc une excellente soirée, grâce à de bons acteurs et une excellente traduction, le tout enrobé de musique. Bravo à tous !

 

Les Journées du Conservatoire

Critique de la Classe de Daniel Mesguich, vue le 23 juin 2011 au Théâtre du Conservatoire National d’Art Dramatique

Les Journées du Conservatoire sont des journées qui consistent, on peut le deviner aisément, à présenter le travail des élèves de plusieurs classes, où les professionnels peuvent dénicher la perle rare (car nous savons que « Aux âmes bien nées / La valeur n’attend point le nombre des années »), et où, plus simplement, les amateurs peuvent envier les jeunes gens présents sur scène. Car apparemment, ils prennent plaisir à jouer, et cela se sent ; ils semblent donner le meilleur d’eux-mêmes et rien que cela les fait briller.

J’ai assisté, en ce jeudi 23 juin 2011, au spectacle de la classe de Daniel Mesguich, donc on pouvait entendre la voix entre chaque petite scène : car oui, le choix ici était plusieurs extraits de pièces très différentes, allant de Molière à Durang en passant par Tchekhov, Feydeau, et Saint-Exupéry, sans oublier Beckett ou Strindberg (et j’en passe …). C’est un choix plutôt assez judicieux, car je pense que cela permet à chacun d’avoir un « rôle-vedette » (même si certains brillaient dans tous), plutôt que de privilégier un ou deux acteurs sur une pièce unique. Mais j’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai vu … je sous-estimais leurs capacités ! Car oui, beaucoup d’entre eux m’ont étonnée : je pense particulièrement à Moustafa Benaïbout, qui excellait en Peer Gynt (Henrik Ibsen) : sa gestuelle et son ton de voix (transformée) étaient parfaits, et on descelle en lui un véritable talent comique … qui ressurgit lors d’un autre extrait : La Tour de la Défense de Copi. Mais il semble également à son aise dans quelque chose de, peut-être, plus sérieux, tel que Stella, de Johann Wolfgang von Goethe, où il incarne Fernando, jeune homme qui doit annoncer à sa belle … qu’il la quitte. Bref, voici un jeune talent à ne pas perdre de vue ! Toujours dans les acteurs, j’ai beaucoup beaucoup beaucoup aimé Ulysse Barbry, qui avait composé lui même un petit sketch, Ulysse chez les Ham-Ham, où il était presque seul en scène, et qui était en fait un mélange de « classiques » : Baker, Shakespeare, Prévert, Müller. Il était également très bon en Petit Prince, car ce côté « garçon naïf, étonné de tout, mais courageux » lui allait comme un gant. Enfin, n’oublions pas Loïc Renard, qui, dans un style un peu « enfantin », nous surprenait à chacune de ses apparitions. En effet, voilà quelqu’un qui s’adapte parfaitement au genre de la pièce : il apparaissait dansLe Jeu de l’Amour  et du Hasard (Marivaux), Platonov (Tchekhov), La Tour de la Défense (Copi), Pâques(Strindberg), et Noémie sur le Sofa (Durang)

Quant aux actrices, et bien j’en ai retenu deux ou trois … Tout d’abord, Juliette Séjourné, qui, elle aussi, est peut-être une future Grande : nous l’avons vu dans Un Tramway nommé Désir (Williams), Le Jeu de l’Amour et du Hasard (Marivaux), Oncle Vania (Tchekhov) ; et, pareil aux autres acteurs, elle se semblait toujours faite pour le genre de la pièce dans laquelle elle jouait… alors que, entre nous, Tchekhov et Marivaux, ce n’est pas vraiment la même chose … Notons aussi Olivia Palacci, élève étrangère, qui, malheureusement, n’apparaissait qu’une seule fois … mais quelle fois ! Elle jouait Noémie dans Noémie sur le Sofa (Durang) : un rôle absolument terrifiant (mais comique). Elle faisait des merveilles ! Toute la salle riait, car elle était absolument Gé-niale ! Cette actrice possède, elle aussi, un véritable talent comique.

Enfin, j’ai vraiment trouvé que tous étaient très bons : certains se détachaient peut-être, mais les autres n’étaient vraiment « pas très loin derrière » … On leur souhaite une très bonne continuation, en espérant en voir certains sur les planches dans quelques années !

On ne badine pas avec l’amour, Comédie-Française

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Critique d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, vu le 22 juin 2011 au Théâtre du Vieux Colombier

Devinez qui était présent dans la salle, ce soir là … Vous ne trouvez pas ? Je vous le donne en mille : Thierry Hancisse, sans doute venu pour assister à la performance de ses camarades… Mais fermons cette parenthèse et entrons dans l’histoire.

Perdican et Camille sont cousins, et amis d’enfance. Ils ont étudié loin l’un de l’autre ; Perdican est à présent Docteur. Camille, quant à elle, a passé sa jeunesse dans le meilleur couvent de France. Alors, quand ils reviennent au château du père du jeune homme, le Baron, qui a prévu de les marier, leur relation a bien changé ; d’un côté Perdican, heureux de revoir sa cousine qu’il aime, heureux de se marier, heureux de vivre ; de l’autre Camille, orgueilleuse, croyant le couvent qui la pousse presque à avoir peur des hommes.

Comme à l’habitude, au Français, nous n’avons ici que des acteurs de talent ; Loïc Corbery particulièrement, brille en jeune premier : c’est un Perdican plutôt noir et agressif, vœux du metteur en scène. Ce jeune acteur est très vif, et la scène où il bloque Camille et l’empêche de sortir montre la justesse de ses mouvements. Sa partenaire, Julie-Marie Parmentier, lorsqu’on fait abstraction de son timbre de voix toujours égal (et d’une légère particularité de diction sur ses [k]), joue bien l’orgueilleuse. Elle a, de plus, le physique que j’aurais imaginé en lisant la pièce : elle est petite et rousse (on aurait également pu l’imaginer blonde), et fait très « enfant sage » ; ainsi, elle paraît très sincère dans son rôle de fille qui veut devenir religieuse. Mais un troisième élément vient troubler ce couple : c’est Rosette, sœur de lait de Camille : c’est elle qui subit l’amour des deux jeunes gens, car c’est vers elle que se dirige Perdican après le refus de Camille. C’est Suliane Brahim, cette actrice très touchante, qui l’incarne. Je dis touchante, car elle possède un je-ne-sais-quoi dans sa voix et ses mimiques qui nous la fait aimer, qui nous pousse à vouloir son bien, alors qu’elle ne fait que souffrir durant la pièce. Elle a une voix très particulière, qui d’abord peut paraître désagréable, mais finalement, on s’y habitue et on ne peut plus s’en lasser. Voilà pour ce qui est du trio des jeunes ; mais un autre groupe, quatuor cette fois, est également présent ; il est en contraste avec le sérieux des jeunes gens, car il s’agit ici des personnes plus âgées, qui ont déjà fait leur vie, et cela créé donc des personnages plus légers : c’est d’ici que vient le comique de la pièce ; tout d’abord le Baron (Roland Bertin), père de Perdican, qui accueille chez lui Maître Bridaine, le curé (Pierre Vial) et Maître Blazius, le gouverneur de Perdican (Christian Blanc) : tous deux semblent avoir un problème avec l’alcool, et chacun accuse l’autre auprès du Baron. Ces trois acteurs, malgré leur grand âge, sont parfaitement dans leur rôles, il nous font rire et permettent à la pièce de « s’aérer » un peu entre deux scènes plus graves. Enfin, la gouvernante de Camille, Dame Pluche, incarnée par Danièle Lebrun, petite mais forte femme : elle aussi semble parfaitement en accord avec ce que demande le rôle (qualité et justesse, d’accord, mais aussi beaucoup de vivacité).

Enfin, parlons de ce qui m’a le plus gênée dans la pièce : tout d’abord, je m’attendais tellement à quelque chose d’extraordinaire, car tout le monde le présentait comme le Badine du siècle, que j’ai été presque déçue. Je précise d’ores et déjà que le metteur en scène a choisi de situer la pièce dans les années 1950 : les costumes et les accessoires rappellent l’époque (mange-disque …). Mais ce qui m’a assez déroutée, c’est la mise en scène ; n’ayant pas lu la pièce (c’est un choix : j’aurais eu largement le temps de la lire entre le moment où on a pris les places et le 22 juin), il y a quelques scènes que je n’ai pas entièrement saisies : les petites disputes entre Blazius et Bridaine ne m’ont pas paru toutes claires, et plusieurs scènes ne sont pas conformes au texte, ce qui nous embrouille un peu : normalement, il doit y avoir un chœur de paysans, mais le metteur en scène a distribué son texte entre Rosette et Blazius, et en a même supprimé une partie … Par exemple, dans la scène du début, Rosette assiste à l’arrivée de Perdican, elle le voit mais lui ne la voit (étrange, elle est dans la même salle que lui) jusqu’à leur scène de rencontre ; voilà un changement qui ne paraissait donc pas essentiel.  Autre chose : je n’aime pas beaucoup le « double-plateau » qu’il a créé : il sépare la scène en deux à l’aide d’un drap, et permet ainsi à tous les personnages d’être présents même s’ils n’ont pas à l’être : cette nouvelle mode de faire apparaître tous les acteurs en même temps me paraît totalement inutile. Cela crée même des confusions car, lors d’une scène entre Perdican et Camille, le Baron et père de Perdican est présent, sur une chaise, il dort. Où est l’utilité ? J’ai vérifié dans le texte, il ne doit pas être présent … ou même, il y a un instant où Perdican est censé être « sur la place, suivi par tous les polissons du village », et où on le voit, assis, adossé au billard. Pourquoi ?

Enfin, je trouve que la scène est trop souvent baignée dans l’ombre … Il me semble pourtant que, bien que grave par instants, ce n’est pas une pièce excessivement sombre … Mais ceci est un « truc » du metteur en scène ; il a mis en scène le Partage de Midi, où tout était déjà très sombre …

Tout ceci mêlé reflète un des plus grands défauts de la Comédie-Française : la complexité des mises en scène … Ils recherchent trop, et le résultat ne donne pas vraiment quelque chose au service du texte.

Dans l’ensemble, j’ai donc été presque déçue, et j’estime qu’ici, le jeu des acteurs est bien au-dessus de la mise en scène … Toujours faire attention à ne pas trop rechercher non plus…

L’Opéra de Quat’sous, Comédie-Française

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Critique de L’Opéra de Quat’sous de Bertold Brecht, vu le 21 juin 2011 à la Comédie-Française
Avec  Véronique Vella, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Christian Gonon, Léonie Simaga, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudienah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Jérémy Lopez , et les Élèves-comédiens de la Comédie-Française : Armelle Abibou, Marion Lambert, Ariane Pawin, Antoine Formica, Samuel Martin, François Praud, Florence Pelly, Angélique Rivoux, Mélody Marie-Calixte, mis en scène par Laurent Pelly ; et l’orchestre ous la direction de Bruno Fontaine, avec Mathieu Adam, Jean-Philippe Audin, Osvaldo Calo, Lester Alexis Chio-Alonso, Daniel Ciampolini, Yannick Deborne, Hélène Dusserre, Marie Gondot-Abdoun, Daniel Gremelle, Olivier Innocenti, Marthe Moinet-Audin, Georges Porte, Mathieu Reinert

Quelle chance j’ai eue ! Car oui, vous l’avez vu, la pièce n’était à l’origine pas prévue dans mes choix (plus à cause de la difficulté d’obtenir des places que de l’envie – je ne demandais pas mieux qu’un billet qui tombe du ciel). Or, voilà que mardi, comme je vais réserver mes places pour l’année prochaine, une dame arrive, qui vend deux places (corbeille). Nous achetons, nous nous rendons donc à la Comédie Française le soir même, 21 juin, fête de la musique : nous ne pouvions mieux tomber ! J’ai été absolument ébahie par la voix des comédiens – et de tous ! Pas un ne fait tache, pas un ne reste en retrait ! Ils sont tous formidables.

Bertold Brecht a cette particularité, de toujours mettre une distanciation entre la pièce et les spectateurs – voilà par exemple l’explication à la « double fin » (ceux qui connaissent la pièce comprendront). Nous sommes à Londres, au moment du couronnement d’une reine (années 1920 – contemporain de l’écriture de la pièce), période très fournie en brigands de toute sorte : L’Opéra de Quat’sous semble être un « contre-opéra », dans le sens où il nous présente les bas-fonds du Londres de son époque, Londres qu’il aurait pu connaître (il était allemand). C’est donc avec l’aide de Kurt Weil, grand musicien allemand, qu’il met en scène divers malfrats : voleurs, voyous, et même putains.

Bien sûr, comme ça, l’histoire peut ne pas paraître alléchante ; mais je vous assure, que présentée par les acteurs du Français, il en résultait un bonheur intense – peut-être même trop par rapport à ce que désirait Brecht : le malaise du spectateur.

C’est donc dans cet environnement glauque et austère que Mackie Messer, chef de gang, enlève et épouse Polly, la fille de Mr Peachum, qui « fait profession d’accoutrer en infirme des hommes valides et de les envoyer mendier dans les rues de Londres » (on ne peut mieux dire : cela vient du fascicule donné par les Ouvreuses de la Comédie-Française). Polly, une fois mariée à Mackie, se voit confier par lui le soin de gérer sa « bande » en son absence (Mr Peachum le fait rechercher).  Ainsi, Polly, d’abord discrète devant ces hommes, associés de son nouveau mari, tous habillés de noir, un revolver sous leur manteau, change de profil et gère avec fermeté ces truands. Et pour changer aussi radicalement de caractère tout en restant crédible, il faut une très bonne actrice. Ils ont su la trouver : Léonie Simaga. Elle possède un talent … quelque chose d’indescriptible. Je l’avais vu dans Andromaque, où elle jouait Hermione, et où elle nous touchait dans sa tristesse et nous effrayait dans sa folie. Et là, elle revient, meilleure que jamais : sa voix est magnifique, comme si elle avait, derrière elle, une carrière de chanteuse. Sa gestuelle, son port, sa diction sont parfaits : et elle nous fait penser à une statue grecque tant elle a de charme. Son talent a-t-il des limites ? Pour l’instant, je n’en vois aucune. Son partenaire est également excellent, il s’agit de Thierry Hancisse, un acteur que je n’avais jamais vu mais que je connaissais de réputation (on me l’avait présenté comme quelqu’un d’extraordinaire) : et bien, je confirme, cette réputation est méritée. Tout comme Léonie Simaga, il a une très belle voix, à sa manière – baryton, je dirais. Il joue parfaitement les bandits séducteurs, les « mauvais-garçons » ; on a beau chercher, on ne peut rien lui reprocher. Ainsi, le couple principal est tout simplement rayonnant de justesse.

Mais les personnages « secondaires » n’en sont pas moins bons ! Au contraire, chacun parvient à se détacher ; on retient particulièrement Celia et Jonathan Peachum (Véronique Vella et Bruno Raffaelli) pour leur interprétation éclatante du couple caricaturé [mais aussi Jérôme Pouly en Matthias, et Marie-Sophie Ferdane en Lucy).

Enfin, ajoutons à tout cela un merveilleux orchestre, dirigé par Bruno Fontaine, et comprenant grand nombre d’instruments de la guitare-banjo aux percussions en passant par le piano et le bandonéon.

En conclusion ; quelle belle fête de la musique j’ai passé ! C’était également  la meilleure soirée de ces trois jours « Comédie-Française » [avec Agamemnon et Badine] : je me serais mordu les doigts si j’avais su ce que j’ai failli rater !

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Agamemnon, Comédie-Française

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Critique d’Agamemnon de Sénèque, vu le lundi 20 juin 2011 à la Comédie Française
Avec Michel Favory, Cécile Brune, Françoise Gillard, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, et Hervé Pierre, mis en scène par Denis Marleau

Agamemnon rentre vainqueur de la guerre de Troie après 10 ans d’absence. Mais il ne rentre pas seul : il est accompagné de Cassandre, sa maîtresse troyenne, fille de Priam. Clytemnestre, sa femme, et Egisthe, son amant, préparent puis accomplissent son assassinat. C’est une tragédie que j’avais étudiée au début de mon année, et j’ai donc pu aisément suivre la pièce, bien que je ne sois pas experte en mythologie – car oui, cette pièce regorge de Noms Mythologiques …

J’ai donc pu, hier, grâce à un ami extraordinaire, aller voir Agamemnon, à la Comédie-Française. Le style est très particulier, on ne fait plus de pièces comme ça, avec chœurs, sans actes (pas d’actes dans le théâtre antique), avec des récits très longs en hypotypose. Le monologue domine très largement (j’inclus dans « monologues » les scènes où, même si plusieurs personnages sont présents, un seul parle – il fait un récit, en général ; comme le récit de la Tempête).

Ici, Denis Marleau nous présente une bonne version de cet Agamemnon ; il rend les chœurs peut-être moins « pesants » en utilisant à bon escient la vidéo : regardez la photo, c’est Clytemnestre qui s’interroge et qui hésite. Derrière elle, on peut apercevoir des visages. Il s’agit bien des chœurs : lorsqu’ils interviennent, on projette des vidéos de visages parlant sur les têtes modelées dans le mur, mur recouvert d’un drap sur ses parties planes. Je peux tout de même reprocher à cette mise en scène le reste des décors : malgré la bonne idée pour les chœurs, je m’interroge sur ces grands murs mobiles : quelle est leur utilité ? D’accord, ils servent à faire entrer les personnages (ils se cachent derrière un mur, avancent en même temps, puis se positionnent et le mur « repart sans eux »), mais cela aurait pu se faire plus facilement, d’une manière plus habituelle : sans rien !

J’ai été interloquée par la fin de la pièce : les personnages présents sont alors Cassandre (Françoise Gillard), Clytemnestre (Elsa Lepoivre), sa fille Electre (Julie Sicard), et enfin Egisthe (Hervé Pierre). Il parlent, chacun à leur tour (comme le veut le texte … et l’intelligibilité). Mais tout à coup, alors qu’ils se sont arrêtés et qu’il devrait y avoir un Noir, ils reprennent, le même texte qu’ils viennent de dire, mais tous en même temps : comme l’a dit une personne de mon entourage, cela fait alors « scène de famille », plus que « scène de Sénèque ».

Je reproche une dernière chose à la mise en scène : les acteurs portent des micros. Pourtant, cela ne leur est pas nécessaire ; ils ont des voix qui portent. De plus, cela change quelque peu leur ton, par exemple, moi qui adore la voix de Cécile Brune, j’ai été déçue par ce que j’entendais  lorsqu’elle parlait dans son micro … quelque chose d’infime avait changé.

Mais Agamemnon reste tout de même un spectacle de qualité ; le jeu des acteurs est digne du Français : j’ai particulièrement apprécié le récit de la tempête par Michel Vuillermoz (très bon acteur que j’avais déjà vu en Cyrano), car c’est un passage qui peut paraître ennuyeux lorsqu’il est mal dit … mais qui est particulièrement beau lorsqu’il est vu. Pas vu au théâtre. Vu par l’acteur. Car, hier, c’est l’impression que donnait Vuillermoz : son personnage, Eurybate, semblait réellement revivre la tempête : il découvrait, il observait, il craignait.

Je pense que la pièce peut être déroutante si on ne sait pas à quoi s’attendre – c’est du Sénèque, c’est entremêlé de chœurs longs et, pour certains, « sans grande utilité pour comprendre la pièce » (comme l’hymne à Hercule) c’est quasiment toujours très sombre, alors si vous y allez il ne faut pas vous endormir comme l’homme qui était derrière moi !

Le Capitaine Fracasse, Théâtre 14

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Critique du Capitaine Fracasse d’après Théophile Gautier vu le 18 juin 2011 au théâtre 14
Avec Albert Bourgoin, Eric Chantelauze, Marie Cuvelier, Emmanuel Dechartre, Norbert Ferrer, Marine Gay, Frédéric Guittet, Patrick Hauthier, Yvon Martin, Zoé Nonn, Patrick Simon, et en alternance, Michèle Ernou et Claire Maurier, mise en scène Renaud Garcia  

Comme vous l’aurez compris, la pièce est une adaptation du roman de Théophile Gautier : Le Capitaine Fracasse (année du bicentenaire de sa naissance). Et bien, on aurait pu penser que, à partir d’un livre presque destiné à être adapté au théâtre étant donné son thème (le baron de Sigognac accueille une troupe de comédiens dans son château – le lendemain, il part avec la troupe et remplace, par la suite, l’acteur principal), l’adaptation ne pouvait qu’être très bonne : détrompons-nous ! En effet, ce que nous présente Jean-Renaud Garcia, ce n’est pas une pièce avec des longueurs … mais une longueur, et qui dure toute la pièce : 2 heures.  On se demande d’ailleurs si « 2h » n’était pas un but à atteindre, car bon nombre de scènes sont inutiles : prenons par exemple la scène où un des personnages, qui bégayait (chose d’ailleurs rajoutée, et très loin d’être indispensable), nous résume ce qu’on vient de voir. En bégayant. Mais à quoi cela sert-il ?! Pas convaincu ? Alors un autre exemple : après la mort du Matamore (très mal faite par ailleurs : les personnages ont beau répéter « il neige ! il neige », on a du mal à comprendre qu’il meurt de froid), lorsque les comédiens l’enterrent, nous avons droit à une chanson. Pendant 5 minutes. Et les paroles (sans ironie) sont : « Il est mort … Le Matamore … est mort … Mort … Le matamore … Il est mort … » (3 notes différentes pour le tout). Cela ne sert à rien, à part à endormir le spectateur. Une dernière chose enfin : les acteurs précisent au début de la pièce que tout se passe en 1653 (et en profitent pour rappeler aux spectateurs d’éteindre leurs portables) : mais ils ne se gênent pas pour gâcher la belle langue de Gautier et rajouter un « je me fais un peu chi… » . Enfin, la pièce est en vers. En alexandrins. À peu près. Et il y a une sorte de « conteur », joué par Albert Bourgouin… Encore quelque chose qui ne sert à rien … On a tout simplement l’impression que le metteur en scène « s’est fait plaisir », qu’il n’a pas pensé au spectateur, et qu’il a suivi son bon vouloir. Car on s’aperçoit aisément que le résultat est pesant !

Ah mais oui ! J’oubliais quelque chose. L’histoire, lorsqu’elle est jouée sur scène, nous présente du théâtre dans le théâtre. Mais ici, Jean-Renaud Garcia arrive à un tout autre stade : du théâtre dans le théâtre dans le théâtre. En effet, au début de la pièce, les acteurs se demandent ce qu’ils vont jouer aujourd’hui ; et ils décident de jouer Le Capitaine Fracasse : et là je m’insurge … Combien de fois avons-nous eu droit à ce genre de mise en scène ? Où on voit les acteurs arriver .. et dire « mais que va-t-on faire aujourd’hui ? » ou on peut également les voir découvrir leur texte (cf La Vie Parisienne).

Cependant, on ne peut négliger le travail derrière tout cela. Si ce n’est le travail, c’est le talent des acteurs. Car, même si je n’ai presque pas desséré les dents de toute la pièce (la faute au texte), il est clair que les acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes : mon préféré reste Emmanuel Dechartre, qui joue le marquis (son personnage au théâtre) et également Vallombreuse ; il est par ailleurs directeur du théâtre 14 mais c’est surtout un très bon acteur. Et chez les femmes, j’ai beaucoup aimé Michelle Ernou (celle qui jouait Léonarde ce soir là), qui est peut-être la seule actrice qui a su m’arracher un sourire : en effet, elle est brillante dans son rôle qui nous rappelle Bélise dans Les Femmes Savantes (elle pense que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle) : elle a un vrai talent comique et joue beaucoup là-dessus (d’autres essaient d’être comique mais n’y parviennent pas, comme un acteur du trio – censé être comique – Norbert Ferrer, Yvon Martin et Frédéric Guittet).

 En conclusion, je n’ai pas aimé, et je commence à me lasser des spectacle du théâtre 14 – en effet, sur les 5 proposés cette année, seul un m’a (énormément, il faut le dire) convaincue : Un de la Canebière, des Carboni. Le reste pouvait être presque bien, voir moyen, ou très très passable, comme celui-ci. Ainsi, l’abonnement l’année prochaine ne se fera peut-être pas …