Festival d’Avignon 2013

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Comme chaque année depuis trois ans, je me rends à ce festival de passionnés qu’est le Festival d’Avignon. Comme chaque année, la chaleur est harassante et les rues sont couvertes d’affiches. Néanmoins, cette année, quelques différences infimes se font sentir. Moins de classiques à l’affiche, à notre plus grand regret. On voit de plus en plus, sur les affiches, « d’après Molière », ou « d’après Feydeau ». Oui mais, c’est Molière ou ce n’est pas Molière. Ce « d’après » me déplaît, et j’élimine d’office tout spectacle qui utilise ce procédé. On regrette aussi l’absence de certaines compagnies comme celle qui donnaitMasques et Nez, excellent spectacle d’improvisation, ou encore la reprise de Sarvil des Carboni, que je n’irai pas voir l’ayant déjà vu 4 ou 5 fois …

Comme chaque année, le festival est également l’occasion de rencontrer des artistes, et pour ma part d’aller quémander des autographes … C’est avec un grand plaisir que j’ai par exemple demandé hier un autographe à Loïc Corbery, que j’ai vu il y a à peine une semaine dans Cyrano. Guetter des visages connus à travers les rues ensoleillées d’Avignon est une activité qui m’enchante toujours autant …

4 jours ici et, je pense, 5 ou 6 pièces au programme. Mais, et ce pour la première fois depuis la création de mon blog, je travaillerai en collaboration. En effet, après mon départ, un proche dont les goûts théâtraux se rapprochent des miens prendra le relais, de manière à vous offrir un plus large panel de spectacle.

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Tom à la ferme, Théâtre du Chêne Noir

C’est le nom de Raphaëlline Goupilleau qui m’a donné envie de voir le spectacle. L’histoire est glauque, l’ensemble est noir. Il s’agit, en résumé, d’un jeune homme, Tom, qui se rend dans la ferme de la famille de son amant, décédé il y a peu. Il apprend alors que le frère du défunt, Francis, lui avait invité une vie avec une femme, pour cacher à sa mère son homosexualité. Tom va être contraint, sous la force des coups, à maintenir ce secret. Malgré un synopsis peu attrayant, le spectacle est plutôt réussi. Le jeu est acteurs y est pour beaucoup. En effet, le texte a parfois des longueurs, que la mise en scène ne parvient pas à ôter. Mais peut-être est-ce aussi dû à la dureté du spectacle, qui s’accroît jusqu’à devenir presque insupportable. Cependant, les acteurs sont irréprochables, et tout particulièrement celui qui incarne Tom, qui a une véritable maîtrise de son personnage et passe par tous les registres avec une extrême souplesse.

C’est une ambiance particulière qui s’installe au Théâtre du Chêne Noir chaque soir, et je ne conseille le spectacle qu’à ceux qui sont capables de soutenir violence morale et physique durant plus d’une heure. A ceux-ci, je recommande tout particulièrement le spectacle, bien construit et parfaitement interprété !

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Colorature, Théâtre du Chien qui Fume

Comme chaque année, je ne manque pas Grégori Baquet, bien que je connaisse déjà le spectacle qu’il présente. L’histoire est celle de Florence Foster Jenkins, cantatrice … enfin, c’est ce qu’elle croit. Car elle chante horriblement faux et si sa popularité augmente, c’est que le bouche à oreille fonctionne dans le mauvais sens, et tous les spectateurs se moquent d’elle. L’histoire est touchante et merveilleusement servie par deux comédiens de talent, Grégori Baquet et Agnès Bove. Elle compose son personnage avec brio, et l’on s’attache peu à peu à la cantatrice, à sa petite folie et son caractère bien à elle. Lui, à ses côtés, narre l’histoire avec le talent qu’on lui connaît, accompagnant le tout au piano, avec quelques airs qui nous restent dans la tête après le spectacle.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, voilà un petit bijou du Festival d’Avignon !

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Une Vie sur Mesure, Cinevox

C’est cette fois-ci sur les conseils de Gladscope que je suis allée voir ce spectacle. Comme l’indique le titre, le spectacle tourne autour de la musique : il s’agit de l’histoire d’un homme, Adrien, fou de batterie. Il nous raconte son enfance où naît sa passion dans un spectacle mêlant narration et performances de qualité à la batterie. Le spectacle est intéressant sur les deux points, c’est-à-dire qu’on s’attache au personnage et à son histoire, et on a envie d’en découvrir plus sur cet instrument trop souvent en retrait, mis en valeur ici par les talents de batteur de Cédric Chapuis. Mais l’acteur a plus d’un tour dans son sac, et il parvient à composer un personnage attachant, bien qu’un peu illuminé par son amour de l’instrument, et à aborder d’autres thèmes tels que la différence, avec une légéreté apparente auquel semble attachée une certaine amertume sous jacente.

Vivement conseillé !

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Pierre-Emmanunel Barré est un sale con, au Capitole

Se promener à Avignon pendant le festival est un véritable délice, car on y croise de nombreuses parades, prêtes à tout pour nous donner envie d’aller voir un spectacle. J’aime les parades originales. Alors cet homme qui accoste les festivaliers avec son air provocateur m’a intriguée, et je me suis rendue le soir-même à son spectacle. Il s’agit d’un one man show complètement décalé, et le titre convient parfaitement. Le comédien y aborde les thèmes les plus politiquement incorrects et rit de tout, du malheur des autres aux handicapés en passant par les génocides, sans jamais perdre son sérieux. Et cela marche bien, puisque la salle rit avec lui, malgré les horreurs qu’il déclame.

Je conseille à toute personne suffisamment ouverte d’esprit pour rire des pires atrocités qui peuvent sortir de la bouche de cet homme que rien n’arrête.

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L’Odyssée de la Moustache, Théâtre du Chêne Noir

Ali Bougheraba, c’est comme les Carboni, c’est une habitude du festival Off. Je ne manque aucun de leur nouveau spectacle. Cette année, après Ali au pays des merveilles où il nous racontait surtout son enfance, il revient dans son nouveau one man show avec ses angoisses de père, et aborde des questions existentielles telles que la vieillesse ou les différentes cultures auxquelles on peut être confronté. Durant plus d’1h, il se donne à fond devant nous, interprétant plusieurs personnages avec l’aisance qu’on lui connaît, sa gestuelle toujours aussi parfaite et son spectacle franchement bien écrit : on rit beaucoup !

Je prédis un grand avenir à cet artiste, et en attendant, je vous encourage vivement à réserver avant qu’il n’y ait plus de palce !

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A la Folie Feydeau, Présence Pasteur

Nous accostant dans la rue, un homme en costume de domestique et au fort accent belge … Un Feydeau ? Après tout pourquoi pas ! J’appréhende un peu après le catastrophique Mais n’te promène donc pas toute nue d’il y a quelques années, mais il faut bien se relancer ! C’est donc trois saynètes de Feydeau qui nous sont présentées par quatre acteurs, trois hommes et une femme. Ils sont complètement dans leurs personnages et se donnent à fond, il n’y a aucun doute là dessus. Mais pourtant, cela n’a pas pris sur moi, et j’ai beaucoup moins ri que d’habitude, devant un Feydeau. Difficile d’en trouver la cause … Peut-être en font-ils trop, ou les pièces sont mal choisies … Ce ne sont pas les meilleures de Feydeau, et les deux premières se ressemblent beaucoup, basées sur le qui proquo … Enfin, rajouter des intermèdes musicaux était-il nécessaire ?

Ne sait pas trop quoi en penser … Mais je suis d’avis que Feydeau, dans le Off, n’est pas spectacle aisé.

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Rhinocéros, la Fabrik

Pour satisfaire la curiosité de mon accompagnateur, qui désirait connaître un peu mieux Ionesco, nous avons cherché dans le programme du Off et opté pour ce Rhinocéros qui se joue à la Fabrik’. Dès les premiers mots, il est clair que nous avons affaire à une troupe amateur, et la diction de certains acteurs laisse à désirer. Très vite, l’ennui se fait sentir et l’on n’entend plus le texte, qui n’est d’alileurs pas bien su. J’aurais continué dans le péjoratif si on ne m’avait pas signalé, après le spectacle, que la troupe avait été formée à partir de patients d’un hopital psychiatrique. Ceci explique sûrement cela.

Une expérience dont on peut se passer.

 

A présent, je quitte Avignon. Un festival un peu moins fourni que l’an dernier, mais dont je suis tout de même très satisfaite. Comme je l’ai indiqué en début d’article, je laisse la place à un autre critique en herbe, qui alimentera pendant encore quelques jours cet article.

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Les Mangeurs de Lapin, Collège de la Salle

Ce spectacle burlesque joue sur le thème des numéros de cirque et de music hall improbables ou ratés. La dramaturgie est fondée sur le rapport entre un meneur de jeu tyrannique et ses acolytes facétieux, complices avec le public. Un musicien les accompagne au clavier et batterie + cuivres quand il le faut. Même si les chutes des numéros sont parfois insuffisamment travaillées, le spectacle est généreux et réjouissant. Les artistes sont d’ailleurs de vrais circassiens, à preuve le fabuleux numéro de jonglage de la fin. Le comique, surtout visuel, tient beaucoup au physique d’un des interprètes, maigrissime, au visage effilé, et aux dons de contorsionniste. Il déclenche les rires, qu’il soit en ballerine (grand moment!), en mage oriental, en cornac, en robot, en « Toucan du Médoc »… J’ai pensé au Matamore du « Capitaine Fracasse », qui doit absolument entretenir sa maigreur pour faire rire… On rit donc beaucoup, c’est plein d’invention, parfois jusqu’à l’absurde.

Pour qui aime le spectacle pur, où les artistes n’ont d’autre ambition que de divertir toute la famille !

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Illumination(s), Théâtre des Halles

Quand on va voir du théâtre militant, on appréhende toujours que le sentiment du devoir accompli l’emporte sur le plaisir. Le succès que rencontre ce spectacle (salle pleine, liste d’attente…) rassure a priori, et en fin de compte, c’est l’enthousiasme qui domine.
Le spectacle commence par deux scènes violentes: un jeune homme tabassé par des vigiles, une scène de torture durant la guerre d’Algérie. Le strict costume noir que portent les acteurs est un uniforme grâce auquel ils interprètent les vigiles puis les soldats français. Après cette entrée en matière qui permet de marquer les limites chronologiques,  s’enchaînent des scènes qui vont évoquer sur trois générations, du bled au Val-Fourré, un emblématique « Lakhdar ».
Le propos est attendu : les difficultés à trouver sa place dans une France globalement peu accueillante, tout en devenant un étranger dans son pays d’origine. Le texte est simple, poétisé malgré tout par un aspect choral (reprises, anaphores) et la réécriture finale du « Dormeur du Val (fourré) ». Mais c’est la mise en scène qui s’impose : les interprètes, tous de jeunes hommes issus des cités, sont non-professionnels, A. Madani compense leur manque d’expérience par l’emploi de la voix off, et par le choix d’un certain statisme, mais il fait de ces contraintes un atout grâce au rythme et à la précision dans l’occupation de l’espace scénique, grâce aussi aux choix musicaux. Si le résultat est si emballant, on le doit au « casting », à la direction d’acteur et à l’engagement, à l’authenticité des interprètes. A. Madani a choisi des visages, parfois magnifiés par la vidéo en fond de scène: il y a le renfrogné, le rude, le fragile, le roublard, le tendre… Une fois de plus, et malgré la choralité du spectacle, on prend conscience qu’au théâtre tout se joue sur les visages humains, et c’est magnifique.
Un seul regret, ou plutôt deux : tout d’abord, que les rapports hommes-femmes soient très peu abordés (mais il paraît que ce spectacle est le premier d’une trilogie…). D’autre part, en ce théâtre des Halles, la scène est loin d’être le miroir de la salle: les festivaliers ne sont ni jeunes, ni immigrés, ni pauvres; à la fin, le texte joue avec cela: les interprètes jaugent les spectateurs; mais cela m’a paru trop timide, et flou dans l’intention.
Une travail très réussi, une mise en scène d’une grande rigueur, et des interprètes étonnants: un spectacle que l’on aimerait revoir pour en savourer toute la cohérence. Du très beau théâtre.

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Le festival d’Avignon est terminé, autant pour moi que pour ma complice ! Nous reviendrons l’an prochain avec, peut-être, une plus grande variété de spectacles, un séjour plus fourni en théâtre ? On l’espère.
A l’année prochaine !
 

C’est beau, c’est brillant, c’est grandiose, que dis-je c’est grandiose, c’est ex-cep-ti-on-nel !

Cyrano.jpgCritique de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand, vu le 2 juillet 2013 à la Salle Richelieu
Avec Véronique Vella / Anne Kessler / Julie Sicard, Cécile Brune / Nelly Pulicani, Sylvia Bergé / Carine Goron, Éric Ruf / Loïc Corbery, Éric Génovèse / Stéphane Varupenne, Bruno Raffaelli / Jérôme Pouly, Christian Blanc / Sébastien Pouderoux, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Michel Vuillermoz, Andrzej Seweryn, Hervé Pierre, Nicolas Lormeau, Gilles David, Nâzim Boudjenah, Adeline d’Hermy / Marion Malenfant, Samuel Labarthe, et Pierre Hancisse

Cyrano de Bergerac est un des personnages les plus connus du répertoire français, je pense n’apprendre rien à personne en disant cela. Ni en rappelant l’immense interprétation de Daniel Sorano dans le film de Claude Barma. Ou celle de Gérard Depardieu. Mais peut-être que je vais vous faire découvrir, par cet article, le spectacle qui se joue actuellement au Français, et – mais ce serait me vanter – peut-être vous donner envie de réserver, le plus rapidement possible, pour l’un des plus beaux spectacles de la saison.
Est-ce nécessaire de rappeler le propos de la pièce ? Le panache de Cyrano n’est-il pas connu partout dans le monde ? Le rôle est des plus lourds, puisqu’il compte plus de 1600 vers. Mais il n’en faut pas moins pour saisir la portée dramatique du personnage, qui se dévoile tout au long de la pièce, grandit et monte en puissance, jusqu’à mourir seul, de manière si dérisoire face à l’ampleur de son humanité, à son dévouement et son âme profondément bonne. Car Cyrano aime Roxane, mais il est laid et elle ne le voit pas. Elle n’a d’yeux que pour Christian, qui lui est jeune et beau. Mais l’esthétique ne fait pas tout, et lui est dénué de toute aisance à manier les mots. Devant elle, il ne sait que dire. Alors pour la séduire, il va trouver sa complémentarité chez Cyrano, qui écrira les mots qu’il dira pour sa belle … Tout en passant sa vie à l’aimer en secret. Si c’est l’amour qui anime essentiellement l’âme de Cyrano, la pièce regorge de tirades brillantes et magnifiques, de la tirade du nez aux sept moyens d’aller sur la Lune, en passant par les plus belles déclarations d’amour pour la belle Roxane …
Pour servir un texte si riche, et si beau, la mise en scène se doit d’être exemplaire. Autant dire que Denis Podalydès est tout à fait à la hauteur. On entend tous les vers, leur grâce et leur noblesse résonnent dans le théâtre, sublimés par un silence religieux. Rarement silence aussi pieux au Français, événement à souligner. La réussite de Podalydès réside en un service parfait du texte, c’est-à-dire que tout est utile et rien n’est de trop. La mise en scène est poétique à souhait, portant au plus haut la finesse des paroles prononcés. Les décors ne sont pas trop lourds, toujours utilisés à bon escient, de même que cette vidéo en début de spectacle. Moi qui me fais parfois qualifier de « réac » à cause de ma réticence devant la modification des textes, j’avoue que le remaniement de Podalydès est simple, modeste et intelligent. Le début de la pièce, qui nous présente l’entrée dans un théâtre d’un père et son fils, est ici un hommage aux grand acteurs du Français. L’ajout est court et ne dérange rien par la suite, mais il fallait y penser. Et puisque Denis Podalydès signe aussi la distribution, on ne peut que s’incliner.
Lorsqu’on le voit, il paraît évident que Michel Vuillermoz est taillé pour ce rôle. Sa noblesse d’âme se reflète dans ses regards bienveillants, mais il sait également prendre cet air fou lorsqu’il débite à toute vitesse des vers tout en combattant ses adversaires. Tout comme on lit l’amour intense dans ses yeux lorsqu’il s’adresse à Roxane dans cette sombre nuit. Plusieurs masques qu’il s’octroie puis ôte sans difficulté, tout en déployant sa partition impressionnante et si dense avec une facilité presque déconcertante. Que c’est agréable de l’entendre dire ces vers si connus, transcendés par une âme réelle, entièrement possédé par son personnage ! Voilà un Cyrano d’anthologie, un Cyrano à qui l’on n’a rien à redire, car il est tout simplement parfait. Mais il faut dire que feindre l’amour pour Roxane est chose plus aisée quand c’est Françoise Gillard qui l’interprète. Moi qui la croyais trop âgée pour la rôle, elle m’a complètement bluffée. Sur scène, avec maquillage et perruque, elle paraît 20 ans de moins. Et surtout, son interprétation est excellente ; j’ai redécouvert la grâce et la naïveté de ce personnage. Elle n’est pas, comme Cyrano, ancrée dans la pièce, c’est-à-dire qu’elle la survole, n’apparaissant que pour parler de son amour pour Christian. Mais ces instants sont magiques, car son amour est tellement puissant qu’on aimerait qu’elle ne se trompe pas. Mais tout le côté plus dramatique du personnage se dévoile dans la scène finale ; pour qui ne la connaîtrait pas, je dirai simplement que j’ai pleuré d’un bout à l’autre … Françoise Gillard incarne superbement la légèreté durant toute la pièce, puis soudain quelque chose s’éclaire, elle comprend et tout s’effondre … Son visage se durcit brusquement et le regret comme le remords tordent soudain ses traits.
J’avais vu il y a quelques années Christian par Éric Ruf. Lorsque j’ai appris que ce serait Loïc Corbery qui interpréterait le rôle de cet amant à la faible faconde, j’avoue avoir été déçue. Et puisque le temps est aux aveux, je me confesse ici : il était, au même titre que ses camarades, parfait. Tout particulièrement dans la scène précédent le balcon, son manque de répartie est si crédible qu’il en paraît encore plus pitoyable. Il s’énerve contre lui-même et durant toute la pièce, se bat contre sa conscience qui l’encouragerait plutôt à avouer la supercherie à Roxane. Cette bataille intérieure qui le ronge jusqu’à la mort est parfaitement perceptible dans le jeu sans défaut de l’acteur. Parmi les prétendants de Roxane, on trouve aussi De Guiche, un homme assez antipathique, qui se transformera au fil de la pièce, et impeccablement interprété par Andrzej Seweryn, sociétaire honoraire. Malgré sa beauté, il parvient à être repoussant par un ton dédaigneux et des manières déplaisantes. Puis soudain, un peu de son âme s’éclaire et l’on en vient à apprécier le personnage. L’acteur est imposant et puissant, d’une présence indéniable, et le retournement de situation se fait avec brio.
J’aimerais continuer, tous les décrire, mais il n’y aurait alors plus aucune surprise. Rapidement alors, mentionnons que la perfection se répand jusqu’aux personnages à partition moins importante. Le plus bel exemple est peut-être celui du capucin, personnage que l’on voit tout au plus 3 minutes, et que Gilles David interprète à merveille. Il respire alors la crédulité, la naïveté, et la profonde gentillesse, et le personnage n’en est que plus comique. Il faut être très attentif pour reconnaître Véronique Vella ou Sylvia Bergé, changeant de personnages comme de costumes tout au long de la pièce, se transformant entièrement pour incarner des opposés. Et puis Hervé Pierre, adorable Ragueneau … qui vient m’offrir une tartelette amandine dans la scène correspondante !
Bon, le choix est simple. Au Français, une des plus grandes pièces du répertoire se joue actuellement. Elle est portée par des comédiens brillants, qui se donnent corps et âme durant plus de 3 heures. Oui mais, n’y croyez pas trop à ces 3 heures, car lorsque le Français connaît le succès, il a ce pouvoir de raccourcir le temps, et j’ai eu l’impression de ne rester assise qu’une petite demi-heure. Ah oui, car à la fin j’étais debout, pour saluer la prestation de ces comédiens de génie, applaudissant à tout rompre pendant 10 bonnes minutes.

On pourrait dire bien des choses en somme … Mais je me contenterai, sur un ton admiratif et complètement comblée, de vous conseiller de courir voir ce nez avant qu’il ne se casse… ♥ ♥ ♥

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Avis sur la Comédie-Française, 2e version

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Quelques visites sur mon blog et l’on comprend bien vite que c’est là où je passe pas mal de mon temps. La Comédie-Française, il n’y a pas à dire, nous présente le plus souvent des spectacles de qualité soutenus par des comédiens de grand talent. Je vais bientôt voir mon dernier spectacle de la saison ;Cyrano de Bergerac. J’aimerais revenir rapidement sur cette saison, ayant vu près de 15 spectacles au Français cette année. 

J’ai écrit, il y a maintenant presque 2 ans, un article sur le Français. J’étais plus jeune et je m’indignais de la salle si peu attentive et de la scène un peu hypocrite que le premier théâtre de France nous présentait. Aujourd’hui, je crains que mon avis ne change pas, ou peu. La salle est toujours la même. Les portables sonnent, les gens discutent, bougent, soupirent, regardent l’heure. Sur la scène, c’est plus difficile à percevoir. Mais des signes, des anecdotes rapportées, semblent confirmer que parfois, on est plus dans lesingulis que dans le simul. Comme cette confrontation sur scène entre deux acteurs lors d’une représentation de Candide. Et comme probablement d’autres événements passés sous silence …

La Comédie-Française est un lieu qui m’impressionne et sur lequel je m’interroge souvent. Que nous cache-t-on ? Comment est-ce « à l’intérieur » ? Quelle y est la véritable ambiance ? Quel comédien lorgnait quel rôle ? Comment est-ce d’appartenir à pareille troupe ? Quel est la relation entre l’administratrice et les comédiens ? Et la relation entre les comédiens et tous ces acteurs du Français que l’on ne connaît pas : techniciens, maquilleurs, … ? Comment se déroulent les répétitions ? 

Je suis toujours excitée à l’idée d’aller au Français. Quoi que j’aille voir, j’aime retrouver ces comédiens que je commence à « connaître », dont la voix m’est familière et le jeu pourtant toujours renouvelé. Et puis, disons-le, lorsque le Français rate, il rate en profondeur, et c’est aussi drôle (enfin, sauf pour le porte-monnaie). J’avouerais que je me suis presque amusée à écrire cet article sur Phèdre, malgré mon indignation. C’est toujours plus facile de démonter un spectacle que de l’encenser. Et un ratage aussi complet que celui-ci m’offrait un article entièrement négatif : c’est rare et précieux, il ne faut pas le gâcher. Pour revenir à la pièce, elle est malgré tout la preuve que le Français fait des erreurs … et n’apprend pas de celles-ci. Car Phèdre est repris l’an prochain. Lisez les autres critiques, je ne suis pas seule négative.C’est Phèdre qu’on assassine dit Armelle Héliot. Alors pourquoi reprendre un tel spectacle ? Encore une question qui demeure sans réponse.

Heureusement, on voit également des spectacles d’un niveau que l’on trouve rarement ailleurs. Je pense à Antigone, ou encore aux Trois Soeurs. Autant de spectacles qui me laissent un souvenir imperissable. Des spectacles qui m’ont émue aux larmes et que j’ai pris plaisir à revoir ou à réécouter (je rappelle qu’Antigone est disponible ici en podcast). Des spectacles où tout est parfait, de la mise en scène au moindre rayon de lumière ou coin d’ombre, d’un haussement de sourcil à un regard noir de mépris.

Le mandat de Muriel Mayette s’arrête bientôt. Sera-t-elle reconduite au poste d’Administratrice du Français ? Car elle a amené du bon, comme du mauvais … Je mentionnais Phèdre plus haut, mais là n’est pas sa seule erreur, d’après moi… Lorsque j’ai regardé le programme de l’an prochain, j’ai été déçue de l’absence des Cartes Blanches aux comédiens. Dommage que ces moments particuliers aient été supprimés ainsi … Je me souviens pourtant que la salle était pleine pour la Carte Blanche de Cécile Brune … Étonnant enfin de retrouver l’an prochain l’École d’Acteur de Pierre Niney : il me semble en effet un peu jeune pour l’exercice, contrastant avec les autres présentées l’an prochain, comme celle de Martine Chevallier. Mais, si certains des choix de Mayette s’avèrent décevant, il faut tout de même lui reconnaître un don pour dénicher des talents : Hecq, Niney, Jenicot, Lopez, Brahim … ils iront loin. Mais peut-être qu’il faudrait à présent regarnir le Français en femmes, puisque les 6 derniers engagés sont tous des hommes, qui de plus se ressemblent beaucoup … ?

Une année globalement bonne au Français donc, d’excellents spectacles, des surprises agréables, plutôt beaucoup de musique avec deux cabarets et René Guy Cadou, quelques petites déceptions comme Dom Juan, et un échec important (et pourtant improbable : rater Phèdre à ce point, c’est fou). J’en attends au moins autant pour l’année prochaine : pour moi, on n’a pas le droit de rater Hamlet ; si on le monte, c’est qu’on est sûr de soi.

Bien sûr, et même si je ne l’ai pas mentionné dans cet article, je pense à Dominique Constanza, et à ses proches. 

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Repas amer mais savoureux au Palais-Royal

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Critique du Repas des Fauves de Vahé Katcha, vu le 13 juin 2013 au Théâtre du Palais-Royal
Avec Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Cédric Chevalme, Jochen Hägele, Jérémy Prévost, Julien Sibre, Barbara Tissier, et Caroline Victoria, dans une mise en scène de Julien Sibre

Et oui, c’est bien après tout le monde, longtemps après sa première sur les planches théâtrales, que j’ai enfin vu ce Repas des Fauves dont on a tant parlé. La pièce avait totalement surpris aux Molières il y a deux ans, car on ne s’attendait pas du tout à ce qu’elle rafle 3 prix. Mais puisqu’elle durait encore et encore, je ne me pressais pas à la voir, me disant qu’elle se jouerait toujours quand j’aurais plus de temps. Le temps, je l’ai eu, et même une invitation grâce à Gilles Lanchantin et Gladscope, que je remercie chaleureusement : vous m’avez permis de passer une soirée horriblement délicieuse.

Je tiens d’abord à souligner l’excellent début du spectacle. On entend une radio quelque peu brouillée, nous rappelant Radio Londres et ses « Andromaque se parfume à la lavande » ou encore « Clémentine peut se curer les dents ». Ici, ingénieusement, les messages sont plus facilement décodables : « Les portables sont éteints ». Bonne idée ! Bien que, malheureusement, cela n’a pas empêché mes voisins de jeter de temps à autre un coup d’oeil à leur smartphone si précieux …

L’histoire, je pense que tout le monde la connaît. Un couple (Sophie et Victor) reçoit des amis à dîner pour l’anniversaire de Sophie. Ils arrivent tous les uns après les autres, et je vous les présente rapidement : il y a Pierre, un ancien militaire désormais aveugle, Jean-Paul, un médecin avec qui les autres convives évitent de parler politique, Vincent, un professeur de philosophie qui, on l’apprendra plus tard, est homosexuel, Françoise, ayant perdu son mari à la guerre et souhaitant entrer dans la résistance, et enfin André, pour qui la guerre ne semble pas un problème, et qui est prêt à collaborer pour vivre tranquillement sa paisible existence. La soirée est joviale, André ayant apporté des mets succulents (car rares) en abondance, jusqu’à ce qu’un officier nazi soit tué en bas de l’immeuble. Alors la Gestapo monte dans l’immeuble et choisit deux otages par appartement … Jusqu’à arriver chez Sophie et Victor. Mais Victor et le commandant se connaissent, donc celui-ci offre aux personnes présentes le choix suivant : choisir, parmi eux, 2 otages. Ils ont deux heures.

L’histoire, racontée ainsi, est dure. Si j’hésitais à prendre mes places, c’est également pour cela : supporter un spectacle qui tourne autour des horreurs de la 2nde guerre mondiale, ce n’est pas évident. C’est pourquoi j’ai été plutôt surprise d’autant rire. Et d’un rire franc, dû à certaines situations ou certaines répliques. C’est à cela qu’on reconnaît une pièce bien construite : si le thème et l’enjeu de l’histoire ne sort pas une seconde de notre esprit, le rythme et les répliques parfaites de la pièce parviennent tout de même à faire rire le public. Porté de plus par d’excellents acteurs, la soirée n’en devient que meilleure.

 Le personnage que j’ai préféré est peut-être André, car il est le plus honnête de tous, lâche peut-être mais il ne se voile pas. Il apparaît comme le pire personnage sur scène, mais tous ont la même idée que lui en tête, à savoir sauver leur peau, il n’est que le plus franc. C’est Pascal Casanova qui l’interprète, et le choix est judicieux : le naturel de l’acteur sied parfaitement au personnage, et son côté sans-gène n’en ressort que mieux. Jean-Paul, ses gestes pressant et son air stressé, sont décuplés par Cyril Aubin. Le duo formé par Olivier Bouana et Caroline Victoria, époux hôtes, renforce à la fois la tension présente en arrière plan, par les actes cruels qu’ils accomplissent, mais aussi le comique, par la naïveté enfantine de Sophie. Le côté dandy de Vincent ressort à merveille dans l’interprétation de Julien Sibre. Jochen Hagele et son fort accent allemand impose respect et crainte, de même que Barbara Tissier, presque résistante, semblant courageuse et forte. Mention spéciale à Jérémy Prévost, incarnant Pierre, l’aveugle : le jeu est si précis, la gêne aux yeux si présente, qu’on en vient à croire à l’infirmité de l’acteur. Bravo. 

On en sort en se disant « Mince, comment ai-je pu autant rire pour quelque chose d’aussi affreux ? » On n’en sort pas indemne. A voir. ♥ ♥ ♥

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Accord parfait sous la Pyramide

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Critique du Cabaret Boris Vian, vu le 8 juin 2013 au Studio Théâtre
Avec Véronique Vella, Cécile Brune, Florence Viala, Françoise Gillard, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Stéphane Varupenne et Jérémy Lopez, dirigés par Serge Bagdassarian

Quel plaisir de retrouver un de ces Cabarets que monte le Français chaque année. Cette fois, c’est autour d’un seul auteur que se focalise le spectacle ; je vous le donne en mille : Boris Vian, auteur-compositeur plutôt inconnu de moi, qui l’associais surtout à ses romans, comme L’Écume des Jours ou L’Arrache-Coeur. Pas forcément ma tasse de thé d’ailleurs, parfois trop original, mais qu’importe, j’ai confiance dans les Cabarets présentés à la Comédie-Française, et je trépignais d’impatience depuis plusieurs semaines. Impatience légitime, et récompensée ce soir par ces superbes comédiens.
L’idée vient de Serge Bagdassarian. Séduit par l’écriture de Vian, rapide, parfois drôle, ou encore excentrique, il a voulu monter le spectacle à l’image du style de l’auteur : pressé  d’écrire, pressé par la mort, et par l’envie de vivre. Cet empressement rend à merveille. Le seul bémol, c’est qu’à cause de cela, le spectacle passe peut-être trop vite ! J’aurais pu rester à les écouter pendant plusieurs heures encore.
Malgré cette rapidité, jamais vitesse et précipitation ne sont confondues. Tout est très bien ficelé, chaque détail est travaillé, chaque chanson parfaitement maîtrisée. Les comédiens comme les musiciens se donnent à fond et semblent prendre un réel plaisir à partager leurs chansons avec nous. On regrette peut-être la présence de ces énormes micros … Micros, d’accord, mais on doit bien trouver quelque chose de moins voyant ? Enfin, ce n’est qu’un détail technique. On retrouve des comédiens-chanteurs que l’on connaît bien et qu’on apprécie déjà, et on en découvre de nouveaux … Pour notre plus grand bonheur ! Sur tous les cabarets que j’ai vu pour l’instant, Cécile Brune n’en a manqué aucun, et pour cause ! Sa voix toujours aussi envoutante, son talent d’actrice indéniable, forment un mélange des plus délicieux. Ajoutons à cela son air sarcastique et moqueur, et elle était idéale pour interpréter Une bonne paire de claque. Les rires fusent, la réussite est totale ! Mais polyvalente, l’émotion est aussi au rendez-vous lorsqu’elle chanteNe te retourne pas, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Toujours dans les voix connues, il y a Serge Bagdassarian, qui malheureusement n’a pas autant chanté que ce qu’on attendait, sûrement parce qu’il supervisait le spectacle. Mais sa voix, dont on sent une maîtrise parfaite, résonne merveilleusement dans le théâtre en entraînant les applaudissements. On sent la salle entière parcourue d’un frisson lorsqu’il entonne T’es à peindre
Il y a également ceux qu’on connaissait déjà un peu, et qu’on est heureux d’entendre à nouveau. Véronique Vella, que je n’avais encore jamais vue aux cabarets mais que j’ai entendue chez Meyer, dans La Voix Humaine ou encore dans René Guy Cadou. Pour qualifier cette actrice, j’utilise sans hésiter le mot « extraordinaire ». Elle a une formation de chanteuse, et cela s’entend : elle entre en scène, et parvient à captiver la salle entière dès sa première note. C’est une ovation à la fin de Mozart avec nous, qui, en plus de souligner le potentiel vocal de l’actrice, nous dévoile l’excellente comédienne qu’elle est. Car si elle a une voix particulièrement belle, ce n’est pas là son seul atout. Lorsqu’elle dit le poème Je voudrais pas crever, le silence est presque religieux. Elle vit le texte sur scène, avec une présence et une puissance remarquable, digne des plus grands. Elsa Lepoivre, qu’on découvre sur la scène d’un cabaret mais qu’on avait aussi déjà entendue à plusieurs reprises, excelle dans les chansons plus douces et émouvantes, comme Barcelone qu’elle interprète à merveille. Mais elle surprend aussi en chantant la Complainte du Progrès, en duo avec Stéphane Varupenne. Si la chanson est des plus connues de Vian, elle n’en reste pas moins sublimée par l’interprétation des deux acteurs. Leur ton sérieux, contrastant avec le côté décalé de la chanson, est excellent. Varupenne interprète également J’suis snob avec le talent qu’on lui connaît bien, ce côté naturel et presque nonchalant qui le caractérise seyant parfaitement avec le personnage. Ajoutons que lorsqu’il ne chante pas, il est très souvent dans l’orchestre, tromboniste (et mon oreille attentive n’aurait pas su faire la différence entre son jeu et celui d’un tromboniste de profession).
Et il en reste trois, qu’on attendait beaucoup moins. Françoise Gillard, à la voix aussi menue qu’elle, et que j’ai senti un peu mal à l’aise dans Sans Blague (mais il faut dire que la difficulté de la chanson est facilement audible). Je reproche à son interprétation de Fais-moi mal, Johnny, bien que sans défaut, le ton choisi : si on a l’habitude d’entendre la chanson surjouée, elle est ici effleuré comme dans une boîte à musique, et le parti pris est pour moi moins intéressant. Néanmoins, sa voix reste toujours très agréable à écouter. De Florence Viala, je retiens surtout une chanson, en raison de sa beauté et de la douceur et du talent avec lequel elle l’a interpretée : Rue Watt. On est alors suspendu à ses lèvres, et la chanson coule plutôt doucement et très gracieusement. Mais elle change aisément de genre, ajoutant à la voix le talent du jeu dans J’coûte cher, où son côté traînant provoque les rires.  Et il y a Jérémy Lopez. Cet acteur qui ne cesse de nous surprendre dans toutes ses apparitions au Français, nous prouve une fois de plus sa virtuosité. Ouvrant brillamment le spectacle avec un Rock and Roll Mops endiablé, il excelle par la suite dans un tout autre registre. En effet, lorsqu’il nous raconte l’histoire du Gosse, la salle est comme scotchée, impressionnée par tant de génie à raconter une simple histoire. Débutant plutôt gaiement, elle évolue rapidement vers une fin sombre, et lorsqu’il mentionne un jeune garçon mis à mort sur le sol, l’émotion le gagne comme elle gagne la salle : l’histoire fait écho à un fait divers récent, et l’hommage est puissant (non intentionnel au départ, puisque l’événement date d’après la création du spectacle…). Comme pour ses partenaires, sa voix s’ajoute à son talent d’acteur, et j’ai rarement aussi bien entendu On n’est pas là pour se faire engueuler, qu’il interprétait avec brio, en duo avec Varupenne.

Ai-je besoin de résumer ? Dingue, superbe, magistral et brillant. Un moment de pur bonheur. ♥ ♥ ♥

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Un Tabou Treize enivrant

La-Bande-du-Tabou

Critique de La Bande du Tabou, vu le 7 juin 2013 au Théâtre 13
Avec Claire Barrabès, Fiona Chauvin, Sol Espeche, Antonin Meyer-Esquerré, Pascal Neyron, Yoann Parize, Lorraine de Sagazan, Jonathan Salmon, Guillaume Tarbouriech, Cédric Barbier, Delphine Dussaux, et Lucas Gaudin, dans une mise en scène de Antoine Millian

L’odeur du pop corn a déjà envahi la salle quand on y entre. Non, ce ne sont pas des spectateurs impolis, mais bien les acteurs qui préparent eux-même, sur scène, leur pop corn. De la musique en fond sonore, des acteurs plus qu’accueillants, et l’ambiance est déjà posée. Quelques minutes plus tard, une annonce est faite, invitant les spectateurs à partager le pop corn avant le début du spectacle. Inhabituel, mais après tout pourquoi pas ? Après ces quelques tentatives d’amadouement du public, avec passages dans les rangs et embrassades, on entre dans le vif du sujet.

Le sujet, c’est le St Germain des Prés des années 1950, et plus particulièrement un cabaret à la mode. Ce n’est pas quelque chose de scolaire, le but n’est pas de nous gaver d’informations. Juste de nous raconter une histoire à travers des chansons et des personnalités de l’époque. Devant nous, chaque comédien devient une célébrité : Gréco, Gainsbourg, Sartre, Beauvoir, Prévert, Vian, Mouloudji … Entre les parties chantées, à quelques reprises, un peu d’Histoire nous est contée. Mais rien qui doit faire fuir. L’essentiel, c’est l’ambiance et la musique.

Et la musique, ils la maîtrisent, ils en jouent, ils en vivent. Et surtout, ils refont vivre l’ambiance de l’époque sur scène. Tous sont jeunes, plein d’entrain, plein de joie, et cet enthousiasme, cette gaieté, ils la transmettent peu à peu au public. Un sourire s’élargit de plus en plus sur mon visage. Les chansons s’enchaînent, les intermèdes amènent le rire, les chorégraphies maintiennent le rythme. Les musiciens sont excellents, et c’est surtout la pianiste qui m’a impressionnée, par tant d’aisance. Elle prend un réel plaisir à jouer, regardant ses mains de temps à autres alors que nous sommes incapables de les discerner tant elles sont rapides. Elle regarde aussi beaucoup ses camarades, entonne quelques refrains, participant pleinement aux chansons.

Mais les comédiens aussi prennent leur pied. Les personnages qu’ils incarnent semblent ressusciter sur scène. L’acteur incarnant Gainsbourg (Yoann Parize), par exemple, en fait une excellente imitation, autant dans les parties parlées que chantées, clope au bec, et un peu apathique. Pour ce qui est du mimétisme, Claire Barrabès, alias Françoise Sagan, est tout aussi professionnelle. Son personnage, à l’instar de la réalité, parle très rapidement, butant sur quelques mots, réclamant souvent du whisky. Pour ce qui est de l’inteprétation des chansons à présent, on retient tout particulièrement Sol Espeche dans Deshabillez-moi, complètement sensuel et tout simplement parfait. Enfin, tous les moments de groupe sont extrêmement réussis, comme C’est le be-bop ou encore Il n’y a plus d’après. Petit bémol peut-être à l’acteur incarnant Mouloudji, dont la technique vocale semble un peu inférieure à celle des autres : Le Déserteur qu’il aurait pu être plus touchant… Mais ce n’est qu’un détail ! Les chorégraphies ajoutent aussi quelque chose, un peu de « punch » en plus qui nous donne envie de nous lever et de danser avec eux (ce que certains chanceux pourront d’ailleurs faire à la fin du spectacle … Mais je n’en dis pas plus).

Si la musique est omniprésente, certaines scènes inattendues et absoluments géniales se glissent dans le spectacle. Je pense particulièrement à une « danse des doigts » : un homme mime une scène uniquement avec ses doigts … Dis comme ça, cela paraît étrange, mais le résultat est étonnant et très efficace : les applaudissements fusent. Une scène rappelant un film noir et blanc, muet, est également bien réussi. Enfin, si les allers-retours dans le public sont peut-être un peu trop fréquents, c’est que l’ambiance du spectacle « dynamique » le veut ainsi !

Le mot de « spectacle vivant » prend tout son sens en ce moment au théâtre 13. A voir ! ♥ ♥ ♥

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Lamy puissance 4

ve-nus-phacoche-re.jpgCritique de La Vénus au Phacochère, de Christian Siméon, vu le 6 juin 2013 au théâtre de l’Atelier
Avec Alexandra Lamy, dans une mise en scène de Christophe Lidon

C’est par pure curiosité que j’ai décidé d’aller voir ce spectacle : Alexandra Lamy sur scène, qu’est-ce que ça pouvait bien donner ? Bien que la pièce semblait peu attrayante, j’ai tout de même tenté les places de dernier moment au théâtre de l’Atelier (10€ pour les -26 ans, super offre !), et j’ai donc assisté hier à la première de la reprise de son spectacle : La Vénus au Phacochère. Peu attrayante, car la pièce est une succession de lettres, et fonctionne uniquement ainsi : tout d’abord entre 3 personnages, Misia, une de ses amies Geai Simpson, et son mari Thadée, auquel viendra s’ajouter plus tard Alfred Edwards, le fameux phacochère. Misia est pianiste, Thadée est fondateur de la Revue Blanche et nous sommes au début du XXe siècle. Elle est fidèle à son mari, parfois un peu trop soumise même, affirmant cependant sa liberté peu à peu … Mais sa rencontre avec Edwards risque de chambouler son mode de vie : cet homme, infect, va prendre une place grandissante dans sa vie au fil de la pièce.
Si il y a un spectacle dans lequel je n’attendais pas Alexandra Lamy, c’est bien celui-ci. Choix étonnant que cette pièce épistolaire au sujet inhabituel, et surtout seule en scène. Je la voyais plutôt dans une comédie. Mais l’actrice a plus d’une corde à son arc et m’a totalement scotchée. A peine quelques mots prononcés qu’on est emportés dans son histoire, elle jongle avec facilité entre ses lettres et ses différents rôles … Qu’elle tient à merveille, soulignons-le ! En tout, 4 personnages, dont un plus tardif que les autres. On reconnaît aisément Alexandra Lamy dans le rôle de Misia, c’est sa voix, ses intonations, son port. Pas de composition particulière pour ce rôle là. Mais lorsqu’elle incarne Geai, par exemple, quels changements ! Une voix plus imposante, des inflexions nouvelles, plus de liberté dans les gestes … Tout en elle semble changé, même la carrure de l’actrice, qui nous apparaît soudainement avec plus de force et de hauteur. Changement tout aussi radical dans son interprétation de Thadée, que l’on identifie immédiatement comme un homme mondain et surchargé, misogyne sur les bords, mais malgré tout amoureux.
Le jeu d’Alexandra Lamy est donc impressionnant sur tous les points. Elle nous raconte cette histoire avec un talent que je ne lui connaissais qu’au cinéma, peut-être même plus encore. Elle est comme transcendée par la scène, créant rires et angoisses dans la salle, jouant aisément avec les différentes émotions de ses personnages et du public, jonglant avec brio entre télégrammes et lettres plus ou moins longues, parvenant à tisser un fil continu sans coupes ni temps mort, même lors des transitions entre les lettres. La mise en scène sobre permet une certaine liberté dans l’évolution des personnages, et probablement dans le jeu de l’actrice qui peut alors dévoiler pleinement son talent.

Une Vénus pareille ne se manque pas … Courez-y ! ♥ ♥ ♥

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Le Français se ré-oriente : bonne ou mauvaise idée ?

ND38717Critique de Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, vu le 22 mai à la Comédie-Française
Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arène, dans une mise en scène de Sulayman Al-Bassam

C’est l’évènement de la saison à la Comédie-Française : pour la première fois, une pièce arabe (syrienne) entre au répertoire. De plus, cette pièce est mise en scène par un Koweïtien. Et l’orientalisme se fait sentir : c’est comme un changement de genre littéraire. Ce n’est pas le théâtre que nous connaissons, et ce par plusieurs aspects, mais j’y reviendrai. Pour vous situer, reprenons d’abord rapidement l’histoire : le mufti de Damas tend un piège au prévôt Abdallah et le fait surprendre en flagrant délit avec une courtisane de la ville. Dans le même temps, il fait remplacer en prison la courtisane par la femme d’Abdallah, de sorte que le chef de la police soit à son tour confondu. La métamorphose dont parle le titre est présente à plusieurs échelles : autant celle de Mou’mina devenue Almassa, répudiée à sa demande par son mari et passant du statut de femme de prévôt à celui de courtisane, que celle d’Abdallah, mari en question, qui après avoir commis une faute décide de se consacrer à Dieu. Mais c’est aussi la ville tout entière qui change et se transforme au fil de la pièce.
En réalité, je peine à la résumer convenablement. Elle fourmille de partout, à chaque instant il se passe quelque chose, parfois sur scène notre regard doit suivre plusieurs actions, et si cela provoque l’absence de tout ennui, un inconvénient subsiste : on ne peut pas tout suivre. Lorsque presque une dizaine d’acteurs sont sur scène, difficile de fixer notre attention. A l’intérieur d’une action globale, c’est plusieurs histoires qui nous sont contées. De plus, il s’agit de littérature engagée, et cela se sent, parfois un peu trop, tout au long de la pièce. C’est très explicatif, les personnages sont assez prévisibles, on sait où ils vont et n’en démordent pas, sans non plus être caricaturaux. Si cela m’a tout d’abord deconcertée, on finit par s’y faire, et ce grâce à une mise en scène intelligente et poétisant au maximum ce texte parfois trop dénonciateur.
Mise en scène très réussie, et ce tout d’abord grâce aux décors. La Comédie-Française a de gros moyens, et ce spectacle le souligne bien : les décors, orientaux, se désagrègent au cours de la pièce, jusqu’à laisser un plateau parfaitement nu. Les lumières sont aussi très présentes et utilisées à bon escient, accentuant certaines scènes, plongeant d’autres dans une ombre, bien sûr fictive. Mais tout le reste est parfaitement pensé aussi : mettre Abdallah (Denis Podalydès) nu, c’est-à-dire montrer réellement son nouvel état d’esprit devant Dieu est pour moi une superbe idée : l’acteur reste d’un naturel impressionnant, et incarne un prévôt touchant, se détachant progressivement de l’histoire qu’il avait créée pour finir sa vie à l’écart des hommes. Thierry Hancisse campe un Mufti ambitieux et rusé, mais imposant crainte et respect lorsqu’il est devant le reste des hommes. L’acteur nous montre à nouveau la puissance de son jeu, qui faiblit néanmoins au fil de la pièce : perdant son autorité à cause d’Almassa, devenue une sorte de symbole paradoxal de la liberté. Almassa, incarnée par Julie Sicard, est le personnage décisif de la pièce : c’est elle qui lui donne son sens. Confier ce lourd poids sur les petites épaules de l’actrice … était une très bonne idée. On est surpris de la voir danser sur des musiques orientales, tout comme, dans la pièce, on est surpris de voir cette femme de haut rang souhaiter devenir courtisane. Elle compose un personnage presque abstrait, puisqu’elle ne possède pas les atouts d’une courtisane mais bien plus l’élégance de son premier état : le contraste est visible et l’actrice excellente.
Cette pièce a également été l’occasion d’une belle découverte : Louis Arène, qui jusqu’ici ne m’avait pas spécialement marquée, nous montre son talent : il joue Soumsom, un eunuque qu’on retrouve dans plusieurs scènes, et qui n’est pas là que pour notre divertissement : il sert également à dresser un panorama de toutes les conditions de vie du contexte. Et ce, il faut le dire, pour notre plus grand plaisir, il se déhanche avec grâce sur scène, très effeminé, et apporte une dose de comique importante pour l’équilibre de la pièce. Pour rester de ce côté, il y a également Laurent Natrella, policier déchu, qui comme à son habitude, grâce à un excellent sens du rythme et à une tonalité particulière, quelque peu agressive, dans sa voix, permet à certains passages qui auraient pu paraître trop longs de s’écouler sans ennui. Choix inhabituel que celui d’Elliot Jenicot, à qui l’on confiait souvent des roles comiques, et qui ici interprète un garde avec un sérieux imperturbable. Son histoire est complémentaire de celle d’un autre homme, homosexuel, et qui dénonce le côté innavouable de l’amour d’un être du même sexe. Le personnage avouant cet amour et rejeté par Elliot Jenicot est joué par Nâzim Boudjenah. L’acteur est parfait, émouvant et empli de tristesse, comme brisé. De plus, il incarne également le frère d’Almassa, et passe d’une scène à l’autre dans des registres opposés : sérieux, droit et ayant le sens du devoir, faisant presque père.
J’aimerais tous les citer, mais ce ne serait que des avalanches de compliment. Ils sont tous excellents. Pour revenir sur la mise en scène, j’ai trouvé que la prise de distance brutale qui s’opérait à la fin était une très bonne idée : cela nous rappelle aussi que s’ils nous présentent cette pièce, c’était un univers différent qui a demandé un travail. En effet, c’est comme si, soudainement, l’incarnation de leur personnages n’avait pas été totale. Plutôt bien pensé.

Finalement, cette pièce est une nouvelle occasion de confirmer tous les talents que l’on trouve au Français. Mais y trouve-t-on un réel intérêt ? Nous parle-t-elle vraiment ? J’aime les découvertes, mais celle-ci était-elle réellement indispensable ? Je me le demande encore. ♥ ♥

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Festival Mises en Capsule 2013

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Pour la première fois cette année, j’ai assisté à un des spectacles du festival Mises en Capsules qui existe depuis 7 ans déjà et se déroule ua Ciné XIII Théâtre, à Montmartre. Le principe est le suivant : une quinzaine de courtes pièces ou improvisations se jouent pendant quelques semaines dans ce théâtre, et le jury, constitué cette année d’Armelle Héliot, Tania de Montaigne, Sara Giraudeau, François de la Baume et Martine Lang de Coster, décerne un prix au spectacle qu’il aura jugé le meilleur.

Petit théâtre, on y croise en entrant Benjamin Bellecour (alias « Le Frère » dans Colombe vu il y a quelques années), acteur et créateur de l’évènement. Mais il n’est pas la seule personnalité que l’on y repère. J’ai ouvert grand mes yeux et mes oreilles, et j’ai repéré quelques acteurs de théâtre ou cinéma … Entre autres Blanche Leleu, Catherine Salviat, Jean-Jacques Moreau, Stéphanie Caillol, Jean-Paul Bordes, … Sortant du spectacle précédent ou entrant dans la salle en même temps que moi, il y avait du beau monde pour la mise en route de ce festival.

Je n’ai cependant vu qu’une seule pièce ; je ne sais même pas si j’aurais pu tenir pour plusieurs. Non que la qualité de la pièce m’a déçue, non non … Mais l’attente était interminable. Serrés dans un petit hall, étouffant de chaleur, l’entrée dans la salle s’est faite dans la bousculade. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la plupart des fauteuils étaient déjà réservés par des spectateurs ayant enchaîné deux spectacles, et qu’il fallait jouer des coudes pour trouver une bonne place. Après ces quelques péripéties, la pièce a tranquillement pu commencer.

Je suis allée voir L’Inappétence de Rafael Spregelbrud (mise en scène d’Adrien Melin. Comme je m’estime incapable de résumer l’intrigue, autant vous copier ce qui est indiqué sur le site du festival : la journée de Madame Levrette se déroule étrangement. Elle s’embrouille avec son mari, sort prendre l’air au jardin d’enfant où elle rencontre un gitan, se rend dans un bureau pour remplir quelques formalités, elle mange de la confiture de lait et embrasse ses copines sur la bouche. Mais rien n’est, en réalité, ce qui paraît être. Quelque part une guerre a éclaté et sa fille se porte volontaire. Mais c’est loin là-bas. Très loin. Ici, les problèmes sont tout autres.

Croyez-moi, c’est aussi déroutant à lire qu’à voir. Je pense que je n’ai rien compris. Mais étrangement j’ai su apprécier. J’ai ri, et les différentes scènes amènent plusieurs questionnements, plusieurs choix, plusieurs solutions possibles. On attribue à certaines scènes une valeur qui est peut-être toute autre. Mais malgré ma surprise, j’ai pu rentrer dans cette pièce sans difficulté. Il faut dire que les acteurs sont tous très bons, maîtrisent texte et technique sans difficulté. La mise en scène d’Adrien Melin permet de maintenir le spectateur dans l’action, malgré son incompréhension évidente. Là où il serait facile d’en faire trop, il a su rester dans une certaine sobriété et ne pas tomber dans l’exagération. Malgré tout, j’aurais bien aimé mieux comprendre la pièce.

Je ne suis allée voir qu’une pièce mais je pense que le festival est à conseiller. Connaissant le talent de Jean-Paul Bordes, je ne peux que conseiller d’aller voir sa capsule ! Mais n’hésitez pas non plus à aller voir L’Inappétence, qui est peut-être étonnant mais malgré tout intéressant et qui sort de l’ordinaire ! C’est bon de changer, parfois !

Soirée indistincte et ombreuse au Poche

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Critique du Garçon sort de l’ombre de Régis de Martrin-Donos, vu au théâtre de Poche-Montparnasse le 18 mai
Avec Virginie Pradal, Sylvain Dieuaide, Sophie Lequenne/Chloé Olivères, et Marc Arnaud, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset

Petite salle que celle du Poche, mais qui pourtant accueille plusieurs spectacles. Au bar, peu avant l’entrée dans la salle, on y croise Judith Magre, Régis de Martrin-Donos, ou Jean-Marie Besset. J’aime cette ambiance, et observer les différents groupes qui se forment dans cette petite pièce acueillante. Puis nous entrons dans la salle, à peine quelques minutes avant l’heure de début de la pièce. Nous ne sommes qu’une petite trentaine. Sur scène, pas de décor à proprement parler. A cour, un réverbère, à jardin, une petite estrade faisant tantôt office de lit, tantôt office de tertre. On attend encore un peu, et finalement les lumières s’éteignent. 

Régis de Martrin-Donos a écrit la pièce lorsqu’il avait 20 ans. Est-ce en rapport avec sa propre histoire ? Je ne sais pas. Il met en scène un jeune homme, Jean, à peine majeur, s’apprêtant à passer son bac. Il vit seul avec sa mère, un peu folle et hystérique, alors que son père est parti en mer il y a longtemps. Le jeune homme sort beaucoup, à des heures tardives, espionnant l’entrée d’un cabaret, attendant des heures devant, faisant des rencontres. Peu de personnages donc, et une intrigue somme toute un peu tordue, on ne sait pas forcément où l’auteur veut en venir et c’est dommage.

Si l’histoire semblait bien débuter, rapidement, on lâche prise. Il y a beaucoup de cris, et des dialogues inutiles. On ne comprend pas tout, certains détails se mélangent. L’histoire ne prend pas vraiment, on a du mal à y croire, la vraisemblance n’est bientôt plus de mise. La pièce s’étire un peu en longueur : 1h30 aurait suffit, quelques coupes dans les dialogues auraient allégé ces 2h de spectacle. La mise en scène est légère, presque invisible. Les rares cas où elle est apparente, les « sous-entendus incestueux » par exemple, sont pour moi de trop.

La pièce commençait pourtant bien. Il faut dire que c’est Virginie Pradal qui entre en scène en premier. Une présence, une voix, un maintien et une personnalité, Virginie Pradal possède tous les atouts d’une grande actrice. Que fait-elle alors dans pareil spectacle ? Lorsque Virginie Pradal n’est pas sur scène, on l’attend. Lorsqu’elle y est, il n’y a pas à dire, elle est formidable. Malgré un texte parfois faible, elle parvient à maintenir notre attention et on lui doit les rares rires de la salle. On préfère néanmoins voir l’actrice dans des rôles plus intéressants, où elle peut encore mieux dévoiler son talent.

Les autres acteurs sont bons aussi. Sylvain Dieuaide, incarnant le personnage principal, est convaincant sans non plus briller : peut-être toujours un peu sur le même ton ? Malgré tout, il me semble qu’il est présent dans toutes les scènes de la pièce, ce qui n’est pas évident. De plus, il paraît réellement un adolescent de 18 ans, et c’est avec surprise que j’ai appris qu’il en avait plus de 30. Sophie Lequenne incarne une prostituée avec une certaine élégance, une fille de joie plutôt classe, finalement. Même si j’aurais aimé voir Chloé Olivères, que j’aime beaucoup, j’ai été heureuse de découvrir cette actrice piquante, au corps musclé et au regard ravageur. Marc Arnaud, enfin, endosse avec aisance le rôle d’un jeune homme libre, parlant de la zone du cabaret comme de « son territoire » et là pour mettre Jean dans l’embarras. Il est plutôt impressionnant et inspire à la foi curiosité et crainte. Non, décidément, je n’ai pas grand chose à reprocher aux acteurs.

Je suis partagée. Ce n’est ni tout noir ni tout blanc, mais on attendait mieux. D’après moi, Jean-Marie Besset devrait plutôt monter ses propres textes. 

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